Journal, t. II
ET LE SOUDAN FRANÇAIS ir.7
sont grandes, mais peu élevées. Il n'entre dans leur conslrui:lion ni pierres ni fer; les murs sont en briques roulées dans les mains et aéchées au soleil. On y comptait jusqu'à sept mosquées, mais fort délabrées et d'une architecture rudimenlaire. Le fond de la population est formé par les Nègres Sonrays. Les Maures y jouent le mime rôle que les Européens dans les colonies, et servent de correspondants aux marcUands du Maroc, du Tafilet, et mt^me du littoral méditerranéen.
Quoique le commerce soit moins important à Tombouctoii qu'à Jcnné. les Maures y font rapidement de lu-Iles alfaircs; et quand ils se jugent assez riches, ils quittent la ville pour aller jouir de leur fortune dans leur pays natal.
L'hAle de CaiHjé, Sidi .4bdalhah Chéhri, fut plein de prévenances et de soins pour lui. Il était duus t-t tranquille. Sa réscr%-e surtout plaisait fort à Caillié, car il comprenait que si on arrivait à connaître sa véritable origine et sa %'éritablv religion, îl serait immédiatr^nienl massacré, .\ussi résolut-îl de ,bàter sou départ. Sou liôte le pressait de rester à Tom-
bouctou. Il lui proposait même de l'intéresser à quelque affaire commerciale et de lui fournir les moyens de faire forlune : « Les craintes que j'avais d'être découvert, jointes au désir de revoir ma patrie, m'engagèrent à refuser ces généreuses propositions *. D'ailleurs mon départ pour l'intérieur de l'Afrique, n'étant point connu authentiquement, tomberait dans l'oubli si je venais à périr, et les observations que j'avais pu faire seraient perdues pour mon pays. »
Une occasion se présenta bientôt. Une caravane allait se rendre au Tafilet par le Sahara. Caillié hésitait à s'engager dans ce désert immense ; mais le désir de revoir sa patrie et la crainte d'être découvert le décidèrent à tout braver. La bienveillance de son hôte pourvut à ses besoins. Il lui assura un guide, un chameau et sa nourriture pour toute la traversée du Sahara. Il le recomnianda même à son correspondant d'El-Arouan. « Le convoi destiné pour cette ville, et dont je faisais partie^, écrit Caillié, devait se mettre en route le 4 mai au lever du soleil. Mon hôte fut debout de si bonne heure, qu'il eut le temps avant le départ de m'emmener déjeuner chez lui avec du thé, du pain frais et du beurre. C'est sous rimpression agréable de ce repas peu africain que je quittai Tombouctou, où j'avais passé quatorze jours (4 mai). »
La traversée du Sahara fut longue et dangereuse pour Caillié : tempêtes de sable brûlant, solitudes désolées, railleries ou mépris des Maures grossiers et ignorants de la caravane, rien ne lui fut épargné. Le manque d'eau surtout fut pénible. On fut obligé de boire l'eau qui avait servi à panser les plaies des animaux, et dé tuer un chameau pour se partager la boisson conservée dans son estomac. L'espoir du retour le soutenait. Ce n'était plus à Tombouctou qu'il songeait, mais à la Franco, à la France qui allait l'acclamer.
Après avoir traversé les territoires de Drah et d'El-Harib, où il étudia les mœurs des Berbers, Caillié franchit les passes de l'Atlas, visita Fez, Mequinez, Rabat, et arriva enfin à Tanger. Là encore il était entouré de sectaires qui lui auraient fait payer cher son déguisement, s'ils l'avaient soupçonné.