‹ Le Sénégal et le Soudan françaisChapitre 37 sur 44 · Journal , 1. 11, p. 3-J · texte numérisé non relu

Journal , 1. 11, p. 3-J

Il lui fallut user de la plus grande prudence pour échapper à leur attention. Il réussit enfin à se jeter chez notre consul, Delaporte, qui lui facilita les moyens de s'embarquer pour Toulon, où il arriva le 8 octobre.

Caillié avait donc accompli, avec un bonheur presque miraculeux, cet audacieux voyage du Sénégal au Maroc par Tombouctou. Il avait parcouru un chemin énorme au milieu de contrées jusqu'alors inconnues. Le premier parmi les Européens qui avaient pu parvenir dans la cité mystérieuse, il était assez heureux pour apporter au monde savant les résultats de son voyage. Après un moment d'hésitation ou plutôt de surprise, la France le reçut en triomphateur. Il obtint le prix de dix mille francs proposé par la Société de géographie à celui qui le premier reviendrait de Tombouctou. Il fut accablé d'autant d'honneurs qu'il avait subi d'épreuves. Il aurait certes pu se poser en héros d'aventures. Il préféra rentrer dans la vie privée, et acheta d'abord à Beurlay, dans la Charente-Inférieure, puis à la Badère, une propriété qu'il se mit à cultiver lui-même. De temps à autre son ardeur se réveillait. Il aurait voulu aller à Bamakou, puis explorer les mines du Bouré ; mais sa famille le retenait. Une attaque de paralysie l'emporta, le 17 mai 1838. Des monuments ont été élevés en son honneur à Mauzé et à Pont-l'Abbé, où il fut enterré, ainsi qu'une colonne à Boké, sur le Rio-Nunez, d'où il partit pour son grand voyage, et une plaque commémorative dans l'enceinte du lycée Fontanes, à Niort. La France a le droit de s'enorgueillir de ce succès. Aussi bien, n'est-ce pas à Caillié qu'elle doit d'être, encore aujourd'hui, la seule nation qui entretienne avec Tombouctou des relations quelque peu suivies?

Le lieutenant de vaisseau Mage et son compagnon le docteur Quintin sont les successeurs immédiats de René Caillié, et encore leur voyage n'eut-il lieu qu'en 1864, trente-six ans seulement après celui de Caillié. Le général Faidherbe fut le promoteur de cette importante expédition. Ainsi qu'il l'écrivait en 1863 dans V Avenir du Sahara y « relier le Sénégal à l'Algérie à travers au moins quatre cents lieues de désert, quelle que soit la route que Ton suive, c'est chose impossible ou qui du moins n'aurait pas de conséquences sérieuses, par

suite des frais énormes du transport à dos de chameau. Pour s'emparer du commerce si important du Soudan, et particulièrement du coton qui, au dire des voyageurs, s'y trouve en grande abondance et à vil prix, il faut s'emparer du haut Niger en établissant une ligne de postes pour le rattacher au Sénégal entre Médine et Bamakou. » Le lieutenant Mage fut chargé de préparer l'exécution de ce projet hardi en allant reconnaître le pays et en signant, si faire se pouvait, un traité d'alliance avec notre ancien adversaire de Médine, Al-Hadji- Omar, le nouveau possesseur de Ségou. Mage était l'homme de la situation. Il avait déjà vécu cinq ans au Sénégal et deux sur le littoral. Il avait été chargé de diverses missions, qu'il avait toutes remplies avec honneur et profit. U venait de passer neuf mois à Makhana, entre Bakel et Médine, au milieu des noirs du haut fleuve, et s'était familiarisé avec leur langue et leurs usages. Il s'était même fait aimer par eux en les protégeant, avec sa canonnière la Coulevrine, contre les bandes d'Omar, qui tenaient encore le pays. D'un courage à toute épreuve, plein de foi dans l'œuvre qu'il entreprenait, il •avait toutes les qualités nécessaires pour réussir. Son compagnon le docleur Quintin, froid, mais résolu, peu brillant, mais solide, le secondait à merveille. Il eut en outre la bonne fortune d'être escorté par des serviteurs indigènes très braves, très dévoués, très fiers d'avoir été choisis entre beaucoup pour accompagner les deux officiers blancs.

Faidherbe leur avait donné comme instructions de reconnaître la route de Médine à Bamakou par Bafoulabé, afin d'y créer un courant commercial entre le Soudan et les possessions françaises, de négocier un traité de commerce et au besoin une alliance avec le maître de Ségou, et de revenir, suivant les circonstances, soit en descendant le Niger jusqu'à son embouchure, soit en regagnant Tunis, Alger ou le Maroc. Ce programme ne put être exécuté de point en point ; mais l'œuvre de nos explorateurs fut suffisamment grande, et il faut leur savoir gré de ne pas avoir connu un instant de défaillance au milieu des épreuves qui les attendaient.

Nous ne pouvons suivre ce voyage dans tous ses détails *•

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