Relation, p. UO
c'était la porte attaquée par les talibés. Plus tard j'allai dans les broussailles. Le sol n'y était, comme celui du village, qu'une litière de morts, et le lendemain, lorsque de dessous les décombres enflammés on eut retiré ces cadavres à demi brûlés et qu'on les eut traînés dans la plaine, l'odeur infecte qui s'en exhalait empestait l'air à une grande distance'. »
Les scènes do vengeance ou de pillage qui suivirent la victoire furent plus odieuses encore. Tous les prisonniers furent froidement égorgés. Après un interrogatoire sommaire, on les conduisait au bourreau, un nègre de taille gigantesque, à la figure bestiale, qui d'un seul coup de sabre enlevait la tête de la victime. Mage remarqua que presque tous les cadavres avaient la figure souriante. « Leurs yeux avaient une inexprimable expression de douceur. Peut-être ces victimes du despotisme et de la barbarie, qui n'ont jamais été mises en contact avec une religion plus élevée, et dont le bon sens repousse l'islamisme, ont-elles eu conscience, au moment de la mort, d'une seconde vie meilleure ; peut-être un horizon lumineux leur est-il apparu. » Quant au pillage, il fut exécuté avec conscience. Les vainqueurs emportèrent tout, jusqu'aux chandeliers du pays, tiges en fer munies de coquilles, où brùIe, trempée dans de Tarachide ou du beurre de karité, une mèche de coton. Les femmes réduites en esclavage, vieilles ou jeunes, furent chargées de leurs propres dépouilles, et ce bétail humain prit le chemin de Ségou. Toutes celles qui manifestaient la moinde velléité de mécontentement ou la moindre fatigue étaient aussitôt assassinées. <( Je fus témoin d'un acte de ce genre, écrit Mage^ et il me fallut rester calme et ne pas faire sauter la tête du misérable qui venait de le commettre. Noslaptots et quelques talibés même en étaient indignés; mais ils formaient l'exception, et la masse passait, ne donnant à la victime qu'un signe de dédain, accompagné de cette exclamation, qui devait être sa seule épitaphe : « Ketfir! »
Le siège de Sansandig fut fécond en épisodes plus dramatiques encore. Pendant soixante-douze jours les assiégeants campèrent sous les murs de la ville, qui était en proie à toutes