‹ Le SénégalChapitre 11 sur 24 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Noms glorieux. —Le Soudan. — Projet abandonné. — Le capitaine Galliéni. — Tentatives diverses de pénétration dans le continent africain. — Chenun de fer transsaharien, mer intérieure, etc.

L'élément militaire a joué un rôle si considérable dans notre prise de possession du Sénégal, que nous consacrons presque exclusivement à lui seul les pages suivantes. Nous ne pouvons pas cependant ne pas prononcer au moins les noms d'hommes tels que MM. Soleillet, Duponchel^ Piétri, Marly, Jacquemart, Monteil, Pol, Bayol, Derrien, Berthelot, qui ont accompli avec tant de courage et de dévouement des missions scientifiques ou topographiques, et ne pas leur rendre ici un modeste mais sincère hommage.

Le Sénégal et le Niger, dans leur cours supérieur, arrosent des territoires qui, entre toutes les parties de l'Afrique occidentale, sont ceux où l'on trouvelesolle plus

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fertile en même temps qu'une population très nombreuse pour le mettre en valeur. Ces précieux avantages se rencontrent particulièrement au Soudan,

L'usage a restreint l'application de ce nom à la région comprise entre le Sahara au nord, le bassin du- Nil à l'est, la Sénégambie à l'ouest, la Guinée et les régions inexplorées de l'Afrique équatoriale au sud. M. Paul Bourde fournit d'intéressants renseignements sur cet immense territoire, au moins cinq fois plus grand que la France, car il mesure une longueur de 4. 600 kilomètres^ une largeur moyenne de 6 à 700 kilomètres, et une superficie de 2.750.000 kilomètres carrés. La moitié occidentale est arrosée par le Niger ; la moitié orientale se trouve comprise partie dans le bassin de la Bénoué, affluent du Niger, partie dans une série de- bassins intérieurs, dont les principaux sont ceux des lacs Tchad et Pittrî.

Dans ce sol profond, abondamment arrosé, fécondé par un soleil prodigue de ses bienfaits, le riz, l'indigo, le coton, et dans quelques parties le café, le poivre, le gingembre, la noix de gourou, viennent naturellement ; on j cultive, aux environs du désert, le bléjl'orge^les dattiers, et partout ailleurs les plantes et les graines oléagineuses, le tabac, le maïs, les patates douces, leg ignames,

les pastèques, les oignons, les fèves, les haricots, de nombreuses variétés de mil, etc.,'etc. Les forêts de gommiers, les ébénîers, Iqs arachides, les arbres à beurre se rencontrent un peu de tous côtés. Enfin aux productions de ce pays il faut ajouter de nombreux troupeaux, une grande quantité d'ivoire et de plumes d'autruches, en dernier lieu des mines d'or. Que de richesses aussi varices qu'inépuisables!

Aussi,. dit M. de Lanessan dans V Expansion coloniale de la France, « parvenir au cœur de cette région, apporter les produits de notre industrie à des populations dont nqus augmenterions les besoins pour le plus grand profit de notre commerce, et qui nous fourniraient en échange leur coton, leur indigo, leurs graines oléagineuses, etc., était une entreprise digne diî tenter l'imagination de tous ceux qui ont le souci du progrès de l'humanité et de la grandeur de leur patrie, d

A vrai dire, un tel projet, loin d'être facile à réaliser^ présentait des difficultés presque insurmontables. En effet, le Sénégal n'est navigable que jusqu'à Médine, et encore pendant quelq.uès mois seulement ; d'autre part, entre le cours supérieur du Niger et son cours inférieur on rencontre de nombreux rapides qui empêchent les bateaux de passer 3'une partie à l'autre.

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Heureusement la réanion de tant d'obstacles ne devait pas suffire à arrêter des Français. Le général Faidherbe dit lui-même qu'en créant le poste de Médine en 1855, il avait entendu poser un premier jalon sur la route de la partie navigable du Sénégal au Niger. En 1863, il chargea M. Mage, lieutenant de vaisseau, d'étudier cette route. Celui-ci explora le Ségou et la ligne qui joignait nos établissements du haut Sénégal avec le haut Niger. Il rapporta de son expédition un traité avantageux et des notes tout à fait précises; malheureusement les événements empêchèrent, pendant près de quinze ans, qu'on donnât suite à l'entreprise.

Remarquons en passant qu'il fut un moment question de pénétrer au Soudan par un chemin de fer transsaharien. On sait quel fut le dénouement tragique de l'expédition envoyée dans le but de préparer sa réalisation sous les ordres de l'infortuné colonel Flatters ; mais c'est un projet dont nous n'avons pas à nous occuper îcî.

Un autre plan se rattachant au même but glorieux, que nous devons également nous contenter de mentionner ici ; consistait en la création d'une mer intérieure au sud de nos possessions algériennes. La conception en est due au commandant Eoudaire, chef d'escadron au gme régiment de cuirassiers. Il voulait en résumé, créer

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une mer artificielle au sud de l'Algérie et de la Tunisie, en utilisant les dépressions naturelles du sol connues sous le nom de chotts de Rharsa et de Melrir^ qui ne sont en partie que d'anciens lacs salés et desséchés. Ce bassin aurait été relié à la Méditerranée par un canal de 240 kilomètres de longueur. Le gouvernement n'a pas cru devoir encourager cette entreprise qui aurait exigé des capitaux extrêmement considérables^ et l'avenir seul décidera si elle peut être menée à bonne fin par l'initiative privée.

C'est par notre colonie du Sénégal que devait se faire la pénétration si ardemment désirée.

En 1877, M. Brièredel'Isle, alors colonel et gouverneur du Sénégal, depuis général en chef de l'armée du Tonkin, reprit les desseins du général Faidherbe.

Il s'agissait d'éiablirdéfinitivementdes voies de oommnnication entre le Sénégal et le Soudan. Lorsque cette proposition fut soumise à l'examen des Chambres, l'amiral Jauréguiberry , ministre de la marine, proposa d'abord l'établissement d'un nouveau poste à Bafoulabé et la construction de trois lignes de chemin de fer : V de Dakar à Saint-Louis^ 260 kilomètres ; 2"* de Mpal (près Saînt-Louis) à Médine, 580 kilomètres; 3° de Médine au lîiger, 520 kilomètres.

Nous ne noas occaperons pas des discussions qui eurent lieu en France à ce sujet, ni des variations qu^a pu subir la politique ; nous suivrons seulement nos braves soldats au Sénég»L

La première opération fut l'attaque du tata de Sabouciré, occupé par le chef Niamody, duquel on avait tout à craindre et qui en particulier menaçait Médine. Nous eûmes dans cette affaire treize homme tués^ dont deux officiers, et 51 blessés; mais Niamody et presque tous les siens périrent, et notre petite colonne de 535 hommes, commandée par le lieutenant-colonel Reybaud, appuyée par les guerriers du Khasso sous les ordres de Demba, élève de Técole des otages, s'empara de Sabouciré le 22 septembre 1878.

L'année suivante^ on construisit un poste à Bafoulabé au confluent du Bafing et du Bakoy. Mais, avant d'aller plus loin, le gouverneur résolut de s'assurer les bonnes dispositions d'Ahmadou^ sultan de Ségou, possesseur de droit des territoires sur lesquels nous devions établir d'autres postes. Il lui envoya à cet effet le capitaine d'infanterie de marine Galliéni. Pour parvenir jusqu'au sultan, le voyage était long et dangereux, et cependant le capitaine, accompagné des lieutenants Yallière et Piétri et des docteurs Tautaîn etBayol, dut partir de

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Médine, le 20 mars 1880, escorté seulement de vingt iiraîlleurs et de dix spahis. Ils avaient à protéger 250 bêtes de somme chargées de vivres et de cadeaax destinés à Ahmadoa. Cette première tentative eut peu de résultats, car notre petite colonne, attaquée le 11 mai par deux mille Bambaras^ fut décimée, ne put parvenir jusqu'à Ségou^ et dut, par ordre d'Ahmadoù, s'arrêter à Nango, oii le sultan la retint prisonnière pendant dix mois.

Le capitaine Galliéni a raconté lui-même son expédition dans une conférence faite à la Société de géographie de Bordeaux, et elle est assez intéressante pour que nous la reproduisions presque in extenso.

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