‹ Le SénégalChapitre 13 sur 24 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

DE 1877 A 1885 (suite).

Explorations du docteur Bayol. — Campagnes du colonel Borgnis- Desbordes. — Lat-Dior.

ALmadou ne consentît à laisser repartîr la missîon que le 21 mars 1881^ en apprenant la marche d'une colonne commandée par le colonel Borgnîs-Desbordes, qui venait de s'emparer de Goubanko. Le capitaine Galliéni rapporta de sa mission un traité qui nous assurait le protectorat de la petite confédération de Kita, et un second traité avec Ahmadou, qui malheureusement en modifia plus tard le texte et l'empêcha ainsi d'avoir une suite favorable.

Avantde rendre compte des campagnes du colonel Borgnis-Desbordes, accordons ici une mention spéciale aux explorations personnelles du docteur Bayol, dont le nom s'est déjà rencontré tant de fois sous notre plume. La plus importante est celle qu'il fit quand il partit de l'embou-

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chure du Rîo-Nunez le 2 mai 1881, et, se dirigeant vers l'est, atteignît Boké, d'où il gagna Bambaja, puis Donhol-Fellà et Timbo. Il revînt ensuite par le nord, en passant par Labé, Itato, Cosseba, Kerekota, Médine, où il arriva le 17 novembre 1881, à travers le Bambonk, et d'où il descendit rapidement le Sénégal jusqu'à Saint- Louis, L'exploration de ce hardi voyageur a eu pour résultat de placer, par un traité conclu avec l'almany de Timbo, le Fouta-Djallon sous le protectorat de la France (voir notre chapitre I*'), et d'assurer aux entreprises de notre commerce une base sérieuse dans le Soudan occidental (1).

Le colonel Borgnis-Desbordes avait été nommé commandant supérieur du haut Sénégal au mois d'octobre 1880. Il était chargé d'occuper le territoire qui s'étend de Médine à Kita, pour que l'on pût établir un chemin de fer allant de la première de ces villes jusqu'au Niger.

Ces travaux étaient confiés à une mission topographîque dirigée par le commandant Derrien.

Pour accomplir sa mission, le colonel n'a pas conduit moins de cinq campagnes, dont nous allons donner un rapide résumé.

(1) Année maritime^ Vn«« année, 1882,

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La première, qui eut lieu en 1880 et 1881, débuta par le fait d'armes sîgnalé plus haut, la prise de Goubanko, gros vîUage fortifié, situé à 17 kilomètres au sud-est de Kita. Nous dûmes l'emporter d'assaut, le 12 février 1881, car il comptait de nombreux et courageux défenseurs. Nous eûmes là 24 blessés et nous perdîmes cinq hommes et un officier, le brave capitaine Pol ; c'était le dixième de l'effectif de la colonne. Le jour même, elle reprît sa marche pour Kita, où elle arriva dans la soirée, et où, dès le lendemain, on se mit à pousser avec activité la construction d'un fort. Il n'était pas complètement achevé quand on repartit le 7 mai pour Médine ; mais peu s'en fallait, et on y laissa, pour le défendre, 135 hommes bien approvisionnés de munitions»

« La prise de possession de Kita, c'est-à-dire d'un point situé à mi-Klistance entre Médine et le Niger, notre protectoi*at reconnu par toutes les peuplades entre Bafou* labé et Itita, la destruction de Qoubanko,tels étaient les résultats très considérables de cette première campagne. »

Dans la deuxième campagne (1881-1882), on se proposait d'abord d'aller jusqu'au Niger et de s'y établir. Une épidémie de fièvre jaune, qui malheureusement exerça parmi les nôtres les plus grands ravages, nous

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oontraignit à modifier ce programme; et on décida que l'on se bornerait à ravitailler les postes de Bafoulabé et de Kita, à terminer celoi-ci et à en construire de nouveaox entre les deux premiers. La première partie do notre plan était à peine exécutée^ que des événements imprévus nous contraignirent à le modifier pour la troisième fois.

Samorj; chef puissant établi sur la rive droite du Niger; avait peu à peu, par la terreur qu'il inspirait, étendu son autorité sur la rive gauche, sur le Manding oriental de Kangaba, sur le Bouré, et assiégeait la ville de Kéniara qu'il comptait prendre par la famine. Les populations voisines de Kita étaient inquiètes, hésitantes, et il importait de les rassurer en donnant une sévère leçon à Samory,

Il était fortement établi dans quatre camps retran* chés devant Kéniara, dont les habitants résistaient de leur mieux, mais commençaient à souflfrir toutes les horreurs de la famine. Nous nous dirigeâmes sur cette ville ; malheureusement, quand nous y arrivâmes, elle s'était rendue depuis cinq jours. Mais Samory était toujours dans son camp. Nous l'attaquâmes vigoureusement le 26 février 1882, et bien qu'il eût 4,000 hommes sons ses ordres, il dut prendre la fuite, après avoir perdu

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un grand nombre de guerriers. De notre côté, tous les hommes étaient épuisés, et n'avaient plus à leur disposition que des animaux hors de service . Ils rentrèrent à Kita le 11 mars, non sans avoir été assaillis plusieurs fois en route. Ils avaient promené victorieusement le drapeau français sur une étendue de 544 kilomètres, terminé le fort de Kita et créé celui de Badoumbé.

La troisième expédition eut lieu en 1882-1883. Pendant cette campagne, on prit^ le 22 décembre 1882, la ville de Mourgoula, et on détruisit ce repaire fortifié derrière lequel s'abritaient des hordes pillardes de Toucoulears ; on attaqua et l'on prit Daba le 13 janvier 1883 ; on s^établit à Bammakou ; enfin on infligea d'importantes défaites à Samory et son lieutenant Fabou. Nous fûmes enfin débarrassés de ce chef turbulent et audacieux, qui alla attaquer, sans grand succès d'ailleurs, les Toucouleurs de l'Etat de Ségou.

« Les deux dernières campagnes, dit le général Faidherbe, furent toutes pacifiques. Elles eurent pour but principal le ravitaillement des postes du haut Sénégal et du Niger.

« Pendant la quatrième (1883-1884), la canonnière le Niger fut montée et lancée à Bammakou ; elle commença ànavigaer; maïs, par suite d'installations incomplètes,

elle ne pat dépasser Koulikoro. M. le commandant Archinard^ de l'artillerie de marine, qtd avait faitlestrois campagnes précédentes; construisit le poste de Kondou entre Kita et Bammakou.

d Dans la cinquième campagne (1884-1885), M. le commandant Combes, qui commandait la colonne de ravitaillement, fit construire le poste de Kiagassolo , qui ouvre, à partir de Kita, une deuxième route vers le Niger, en amont. »

Les opérations dans le Fouta sénégalais eurent pour but de réprimer la rébellion d'Abdoul-Boubakar, chef des Bosséyabé, qui, appuyé par les Toucouleurs de Ségou et du Kaarta, nous montrait depuis longtemps des dispositions hostiles, et qui, à la fin de Tannée 1880, se déclara prêt à s'opposer par la force à l'établissement de la ligne télégraphique de Saldé à Matam, à travers le territoire du Bosséa. Une colonne commandée par M. Pons, chef de bataillon d'infanterie de marine, fut envoyée contre lui au mois de février 1881. Le principal engagement de cette campagne fut la bataille de N'Dourdabian, livrée le 8 mars. Malheureusement il fut très meurtrier pour nous, car nous eûmes un assez grand nombre de blessés et de tués ; parmi ces derniei^s se ttouvaient tin capitaine^ un sous-lieutenant, un vétérinaire et un

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sous-officier. Far compensation^ le combat, où nous restâmes vainqueurs malgré ces pertes cruelles, mit fin aux opérations, c Abdoul-Boubakar signa un traité par lequel lui et les autres chefs du Bosséa s'engageaient à respecter religieusement les traités antérieurs, à laisser construire la ligne télégraphique et à en empêcher la destruction. »

Les opérations dans le Cayor furent dirigées contre Lat-Dior, damel de ce pays, et un de ses neveux, Samba- Laobé. Lat-Dior était notre ami depuis 1871, et même notre allié depuis 1875 ; en 1879, il avait donné l'autorisation de construire un chemin de fer passant par ses Etats. Mais, en 1882, comme on allait commencer les travaux, il revint sur sa détermination et voulut s'opposer par la force à nos desseins. M. René Servatius, alors gouverneur, le déclara déchu du pouvoir, et Samba- Laobé privé de ses droits à la succession ; en même temps il proclama damel un autre neveu de Lat-Dior, Amady- Ngoné-Fal II. Celui-ci signa aussitôt un traité par lequel celui de 1879 était confirmé, le Cayor placé sous le protectorat delà France, et la province de N' Diambour annexée à la colonie. Pour appuyer nos déclarations, deux colonnes furent lancées contre les rebelles, la première commandée par le colonel Vendling, la seconde sous les

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ordres du commandant Dodds. Cette dernière finit par atteindre Samba-Laobé, qui fuyait toujours, et le força à capituler avec tout son monde, le 2 mai 1883. Vaincu^ il reconnut toutes les concessions faites par Amadj- Ngonë-Fal^ et comme nous consentions à le replacer sur le trône auquel il avait droit, il s'engagea en outre à interdire pour toujours à Lat-Dior l'entrée de ses Etats.

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