CHAPITRE X
DIVISIONS POLITIQUES ET ADMINISTBATIVES DU SlÊNl^GAL.
Jnstitatîons diverses. — Administration de la justice. — L'instrnciion publique an Sénégal ; une idée de nègre, sa réalisation. — Principaux centres : Saint-Louis, Gh)rée, Dakar, Rufisqne, etc.
Aa point de vue politique et administratif, le Sénégal est divisé en quatre parties.
La première, désignée sous le nom de HatU-Fleuve, est placée sous l'autorité directe d'un commandant supérieur. A cette partie se rattachent les cercles de Bakel, Médine, Bafouhhé^ Kita et Bammako^ relevant d'un officier supérieur, le commandant des cercles, qui réside à Kayes. De Bakel dépendent le poste de Matam^ les pays protégés de Damga^ du Guoy^ du Kameray du Guidimakha, du Bondou et du Bambouk ; de Médine : le KhassOy le Logo et le Natiaga ; de Bafoulabé : le Barinta, le MakadougoUj le Bétéadougou, le Farinibùula, le Bafing ; de Kita : la province de ce nom
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et le Fculadougùu ; de Bammako : le Birgo et le petit Bélédougou.
La seconde et la troisième partie oonprennent les cer-* des : — 1® de Saldé, avec le Lao et le TorOy pays protégés ; — 2* de Podory avec la fraction française du Toro, et une fraction du Dimar ; — 3® de Dagana^ avec la deuxième fraction du Dimar et une partie du Oualçy divisée en deux cantons^ Khouma^N* Diangué et IPDer, ayant chacun leur chef; — 4® la banlieue de Saint-LouUy dans laquelle se trouvent comprises la seconde partie du Oualo avec les cantons de Rosi et de Mérinaghenj ainsi qu'une série de cantons r Gandiolej ATpaly Khattety Gandon,JDialahhar, ITDiago et Toubé\\bS Peuls de la banlieue forment une sorte de petite confédération à part, que commande un chef Peul nommé par le gouverneur ; — 5® les deux provinces indépendantes de N^DiambouT et de Merina ITGuicky placées sous le protectorat de la France, ainsi que les royaumes du Cayor et du Baol ; — 6® le cercle de la banlieue de Dakar et les villages des deux cantons de Rufisque ; — 7® les cercles de M*Bidjemy de TAiè«, de Portudal et de Joal.
La quatrième partie, dite des Rivières du Sud, comprend : les cercles de Kaolack (Saloum), àeKarabane et de Sedhiou (Casamance). Il faut y joindre les pays pro-
<aJ^
gouverneur.
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D'une façon générale, chaque cercle est administré par un officier ou un commandant civil, correspondant l'un et l'autre à nos préfets de France. Il a sous ses ordres les chefs de poste, de canton et de village de son cercle, en général des sous-officiers. Les chefs indigènes de canton et de village portent, comme insignes de leurs fonctions, les premiers un manteau vert à gland et à bordure d'argent ; les seconds, un manteau noir bordé d'une bande rouge.
Les trois communes du Sénégal sont Saint-Louis, Gorée-Dakar et Eufisque. Elles comptent : la première 18, la deuxième 14, et la troisième 12 conseillers municipaux.
Le Sénégal nomme un député, et possède un Conseil général élu, composé de seize membres, dont dix pour la circonscription de Saint-Louis, quatre pour celle de Gorée-Dakar, deux pour celle de Bufisque.
Le gouverneur sous l'autorité duquel est placée toute la colonie est assisté d'un Conseil d'Administration composé du Directeur de l'intérieur, du Commandant de la Marine, du Chef du service judiciaire, de deux habitants notables et du secrétaire archiviste.
La colonie est en outre dotée de difierentes institutions qu'il suffit d'énumérer : Direction de l'Intérieur avec une
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dëlëgatiûn à Dakar ; Service administratif de la Marine. Trésorerie générale à Saint-Louis, Trésorerie particulière à Dakar ; Banque du Sénégal ; Commission sanitaire, Conseils d'hygiène publique ; Service de l'Enregistrement, des Contributions, des Douanes; Société d'agriculture ; Imprimerie du Gouvernement, etc., etc.
Toutes ces institutions ne difièrent que d'une façon insensible des établissements similaires en France.
L'administration de la justice est assurée par les Cours, Tribunaux, etc., dont l'énumération suit.
Saint-Louis : Cour d'appel (un président, un conseiller et .un conseiller-auditeur, ce dernier remplissant aussi les fonctions de juge de paix conjointement avec le maire) ; Tribunal de 1" instance (un juge-président, un procureur de la Bépublique, un assesseur musulman^ un secrétaire du parquet) ; Cour d'assises.
La justice musulmane est représentée par un tribunal composé d'un cadi, d'un assesseur suppléant, d'un greffier, et par un Conseil d'appel où siègent le Gouverneur, président, le Conseiller à la Cour d'appel, le Directeur des affaires politiques, enfin le Chef de la religion musulmane ou Tamsir.
Les plaideurs ou les accusés sont assistés par des notaires, des huissiers et des conseils commiasionnés^
sorte d'officiers ministëriels^ à la fois avocatis et ayonés.
H 7 a pour rarrondissement de Gorëe-Dakar nn tribunal de 1** instance, des tribonaax correctionnels à Bakel et à Sedhioa^ des conseils de conciliation à Bakely Podor, Dagana et Sedhion,
L'instruction publique au Sénégal est donnée par des instituteurs et des institutrices laïques et congréganistes, et par des moniteurs, dans les écoles dépendant de r Alliance française foxirlA diffusion delà langue nationale.
Les écoles sont au nombre de vingt-deux.
Saint-Louis en compte sept : une école secondaire d'enseignement spécial avec onze élèves, tenue par les Frères de l'Institut de Pioërmel ; une école primaire, avec 128 élèves environ, tenue par les mêmes Frères ; une école primaire laïque, avec une centaine d'élèves ; une école enfantine laïque pour les filles, avec une douzaine d'élèves ; une école primaire, avec 152 élèves, dirigée par les Sœurs de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny ; une école-ouvroir pour les orphelines (42 élèves), tenue par les mêmes Sœurs ; enfin, deux écoles fondées par la mission protestante, celle des garçons comptant 7 élèves, celle des filles en comptant 3*
Dakar a deux écoles congréganistes : celle des Frères^ fréquentée par 66 garçons ; celle des Sœurs, par 93 filles.
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Cette dernière école est tenue par les Sœurs de la Congrégation de rimmaculée-Conception.
Les Frères de Ploërmel et les Sœurs de Saint- Joseph de Cluny dirigent les écoles de Gorée. L'école des garçons compte 150 élèves, celle des filles 138.
Rufisque possède 3 écoles : une laïque de garçons^ 51 élèves ; une laïque de filles, 24 élèves ; 14 petits garçons suivent la classe enfantine. Une école congréganiste de filles comprend 25 élèves.
En outre de ces différentes écoles qui suivent généralement la méthode pédagogique préconisée par le Ministère de l'instruction publique, et partant ses programmeSy des cours du soir sont professés pour les enfants des écoles musulmanes et pour les 'adultes. Ces cours réunissent 583 élèves, ainsi répartis : à Saint-Louis, école laïque, 289 ; école des Frères, 244 ; à Gorée, école des Frères, 50.
Les écoles de l'Alliance française à Bamnako, Koundou, Kita, Bafoulabé, Médine, Bakel, Godor, M'Pal, Sédhiou et Boké, tout récemment fondées, présentent un total d'environ 130 élèves. Les classes sont faites, sous la surveillance des commandants de poste, par des sousofficiers et des interprètes. Dans les débuis, on procède par l'enseignement mutuel, en fixant les idées des enfants
sur la valeur des mots usuels. Puis, dès que les élèves commencent à parler^ saisissent et savent se faire comprendre, on leur apprend à lire et à écrire. Les résultats obtenus sont satisfaisants.
Dans les écoles. de filles, l'ouvrage manuel est une des principales préoccupations des institutrices.
En résumé, des chiffres présentés il ressort que l,65â sujets reçoivent aujourd'hui une instruction élémentaire, que perfectionne l'école secondaire inaugurée il y a peu de temps.
La colonie ne recule devant aucun sacrifice lorsqu'il s'agit d'enseignement. En effet, le Conseil général inscrit au budget de l'instruction publique une somme de 299,885 francs.
Ces sacrifices considérables ont déjà obtenu leur récompense. Ceux qui habitent cette colonie et qui regardent en arrière de dix années constatent les progrès réalisés : le nombre des indigènes parlant actuellement le français a doublé ; de même celui des individus sachant lire et écrire. Parmi les traitants indigènes qu'emploient les grandes maisons de commerce, beaucoup tiennent en français leurs comptes de marchandises et de produits traités. Les administrations publiques, l'armée, ont déjà recruté et recruteront bien davantage encore leur per-
LE 8]£ni£gAL.
sonnel parmi les boursiers rentrant au Sénégal, comme aussi parmi les élèves de l'enseignement secondaire. Saint-Louis a possédé longtemps une Ecole des otages
z,tcr
Marché de Saint-Louis.
où les fils des chefs de tribus venaient s'instruire et s'imprégner de notre civilisation ; cet établissement n'existe malheureusement plus.
En revanche, comme on a pu le voir, la voie du relèvement du niveau intellectuel est aujourd'hui largement ouverte. Un progrès que nous souhaitons vivement de voir réalisé consisterait à envoyer un très grand nombre de noirs du Sénégal s'instruire en France, et à
les ramener ensuite dans leur pays. Le D' Quîntîn raconte qu'un nègre, causant un jour avec lui, répondait à toutes ses affirmations par cette exclamation sceptique :
— Possible! mais tu es blanc et je suis noir ï
— Alors, s'écria le docteur, il sera toujours impossible de vous instruire ?
— Impossible, non. H y aurait un moyen : que des noirs aillent s'instruire en France et reviennent nous apprendre ce qu'on leur aura enseigné chez vous.
Ce nègre avait raison.
Le D' Bordier, qui cite l'anecdote, ajouté très judicieusement : a: Nous ne ferons passer ce qu'ils peuvent absorber de notre civilisation dans la tête des races que, avec autant de fatuité que peut-être de justesse, nous nommons inférieures, que par le canal d'individus appartenant à ces races mêmes. >
Notre colonie Ta si bien compris que^ sur les sommes indiquées plus haut, elle consacre 7,000 francs à l'entretien de jeunes gens qui viennent en France suivre les cours des écoles d'arts et métiers, et 60,000 francs à l'entretien de 60 élèves boursiers dans les lycées ou établissements de France et d'Algérie.
Les principaux centres du Sénégal proprement dit sont : Saint-Louis, notre chef-lieu ; Gorée, Dakar, Rufisque.
Spabl sénégalais.
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Saint-Louis fat fondé en 1626. A quelques kilomètres de l'embouchure du Sénégal, deux îles émergent au-dessus des flots. Sur celle de gauche, longue d'un peu plus de deux kilomètres, mais large de deux cents mètres seulement, s'élève la ville, enlacée par les deux bras du fleuve. L'un, celui de l'ouest, large de deux cents mètres environ, la sépare de la pointe de Barbarie ; l'autre, à l'est, qui ne mesure pas moins de six cents mètres, s'étend entre les deux îlots, et forme le port de la ville, d'une profondeur d'à peu près douze mètres. On a bordé le rivage de quais assez élevés, car ils ont à défendre Saint- Louis contre les crues périodiques de l'hivernage. La ville recouvre environ les deux tiers de l'île ; dans l'autre partie se trouvent quelques bâtiments, une batterie, et une plaine autrefois couverte de marécages.
ce La ville, dit M. A. Barthélémy, est bâtie régulièrement, et de- belles rues droites, alignées au cordeau, ?e coupent perpendiculairement. Les maisons, pour la plupart à un étage, sont construites en briques, couvertes en terrasses, possèdent une cour intérieure et une ou deux galeries.
« La ville est divisée en deux parties. Nord et Sud, par l'hôtel du gouvernement bâti sur l'emplacement de l'ancien fort. Autour de cet édifice, les maisons européennes
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se sont groupées, et les cases de paille des indigènes ont été reléguées aux extrémités. Comme ces derniers quartiers sont sujets à de fréquents incendies, tous les cinq ans une certaine zone de ces terrains est débarrassée de ces eases^ayec interdiction d'en construire d'autres; le temps n'est pas éloigné où. il n'en existera plus une seule sur l'île. »
Les principaux édifices sont : l'hôtel du gouvernement, l'hôpital militaire, l'église catholique, la mosquée, le palais de jus tice, les casernes des divers corps de troupes, les magasins du service du haut Sénégal, les ateliers de la marine, etc., etc.
Trois ponts relient la ville à la terre ferme : l'un, le pont Faidherbe, long de 650 mètres, franchit le grand bras du fleuve et conduit à la gare, située à Bouëtville. Cette petite localité, qui fait partie de la commune de Saint-Louis, se fait remarquer par ses villas, ses jardins et ses cultures maraîchères. Le deuxième pont, qui fut également construit par les ordres du général Faidherbe, a 200 mètres de longueur ; franchissant le petit bras, il aboutit à une belle allée de cocotiers qui va jusqu'à la mer, entre les deux faubourgs du chef-lieu, Guet-N'Dar et N'Dar-Toute^ assis sur la pointe de Barbarie. Le troisième pont est un pont de bateaux de plus de six
oents mètres de long ; il s'ouvre au moment de la marée pour laisser un passage aux navires et aux bateaux de toute sorte.
<c Les quais de la partie est delà ville, c'est-à-dire de
Saint-Louis. — Font Faîdherbe.
celle qui est baignée par le grand bras du fleuve, sont bordés par les grandes maisons de commerce. Tout le mouvement maritime s'est porté de ce côté, abandonnant le petit bras où il existait autrefois, mais qui est actuellement envasé et d'un abord difficile autrement que pour les petites embarcations. Le commerce de détail, les magasins, les débits de boissons et les autres industries sont disséminés dans l'intérieur de la ville. ^
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Saint- Louis avec les faubourgs compte en nombre rond 15.000 habitants.
Gorée est une petite île de forme oblongue, éloignée de la pointe de Dakar de 2.500 mètres. Elle a, dans sa plus grande étendue, 800 mètres de long sur 300 mètres de large. Nous avons vu, au commencement de cet ouvrage, que dès le début nos traitants venaient jeter l'ancre à l'abri de ses rochers élevés.
Leur prédilection pour cet endroit s'explique par ces deux faits que Gorée, jusqu'à laquelle n'arrivent pas les souffles brûlants de Test, est un des points les plus salubresdu Sénégal, et que sa vaste radeoflFre aux navires un abri sûr, du moins pendant ITiivernage. Aujourd'hui l'abordage est encore plus facile qu'autrefois, car dans la jolie crique à fond de sable qui se trouve du côté est, on a dressé trois appontements qui permettent de débarquer par tous les temps. Quant aux côtes eud et ouest, elles sont toujours bordées par des basaltes énormes, contre lesquels la haute mer vient déferler à grand fracas.
Le sol, d'origine volcanique, est formé par des basaltes au-dessus desquels s'étend une roche ferrugineuse, que l'on retrouve aussi à Dakar.
Si, partant du nord-est, on se dirige vers le sud-est, on voit que le sol va toujours en montant, si bien quMl
LE Sl^NéGAii.
finit par dépasser de 35 mètres le niveau de la mer. Cette partie élevée est peu fréquentée ; un fort, le Castel, se dresse au sommet. C'est dans la partie nord-est que se trouvent les habitations.
Gorée. — Ville et débarcadère.
L'histoire de Gorée tient en peu de lignes. Elle portait avant le xvn* siècle le nom de Barsaguiche ; occupée à cette époque par les HoUandaîs, elle reçut d'eux sa dénomination actuelle, qui leur rappelait une île de leur patrie. Conquise en 1677 par l'amiral d'Estrées, elle fut tour à tour prise et reprise par les Anglais et les
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Français ; elle est restée en notre pouvoir depuis 1814, et nous y avons construit une véritable ville.
Ses principaux monuments sont l'église, édifice sans caractère, qui s'élève sur une petite place ombragée ; l'hôtel du commandant, d'assez belle apparence, sur la place du Gouvernement, où s'allongent les canons d'une batterie ; là se trouvent les bureaux de l'administration de la marine ; enfin l'hôpital militaire, grand et bien bâtL
Les rues sont généralement étroites, mais propres et assez bien alignées.
La défense de l'ile consiste dans la batterie que nous venons de signaler, dans une autre placée au fort qui se dresse sur la pointe Nord, enfin dans le Castel^ qui sert de caserne à la garnison»
Gorée ne produit rien. Tout ce qui est nécessaire à la subsistance de ses habitants, elle le reçoit du continent* Aussi^ lorsqu'autrefois ils se trouvaient en lutte avec les gens de la terre ferme, ceux-ci les prenaient tout simplement par la famine. Aujourd'hui, bien qu'il n'y ait plus d'hostilités, il arrive encore parfois que la viande de boucherie manque pendant plusieurs jours... quand l'état de là mer ne permet pas d'en porter.
Mais en temps ordinaire la rade est sillonnée de nom-
breuses piro^es chargées d'approvisionnements de toute sorte. Elles ne contribuent pas peu à lui donner on air de grande animation ; les canots des navires et les bateaux qui embarquent des passagers pour Dakar achèvent de mouvementer ce tableau, que les habitants viennent régulièrement contempler tous les soirs, de quatre à six heures, en respirant avec délices la brise de mer.
Ce qui achève de donner à Gorée une physionomie spéciale , c'est le grand nombre de magasins de détail, où l'on trouve de tout^ et encore la quantité considérable de cabarets qu'on y rencontre. Ces derniers ont une clientèle des plus sûres et des plus fidèles dans les nombreux matelots qui sont là en passant, dans les nègres, et même, proh pudori dans les négresses ; les unes et les autres font une effroyable consommation d'alcool.
La population de Gorée était en 1878 de 3.244 habitants ; depuis cette époque, elle diminue insensiblement par suite d'un courant d'émigration de plus en plus fort vers Dakar^ Bufisque et la côte. La valeur des immeubles a beaucoup diminué dans la petite île. Peut-être finirait-elle par se dépeupler complètement ; ce qui la maintient, c'est d'une part son port franc, de l'autre les grandes maisons de commerce qui ont là des comp toirs établis dé longue date.
Dakar, en revanche, voit son importance augmenter chaque jour. Elle doit cet avantage principalement à son port magnifique, offrant un mouillage sûr, parfaitement éclairé par trois beaux phares et plusieurs fanaux. A toutes ces qualités déjà si précieuses, il joint encore celle d'être le seul, sur toute la côte occidentale d'Afrique, de Tanger au cap de Bonne-Espérance, qui permette aux navires de s'arrêter pour réparer leurs avaries. On remarque dans la ville l'ancien fort, où. habite le Commandant^ l'hôtel de l'Agent de la compagnie des Messageries maritimes, des casernes, l'établissement des Sœurs de l'Immaoulée-Conception^ etc. Dakar compte aujourd'hui 1.500 habitants environ.
Le voyageur, à son arrivée, est agréablement distrait par une scène des plus pittoresques^ que M. A. Barthélémy décrit ainsi :
« Les pirogues qui stationnent autour du vapeur sont remplies de négrillons de toat âge^ dans le plus primitif des costumes. Ces gamins, à grands cris, avec force gestes accompagnés des quelques mots français qui forment le fond de leur connaissance de cette langue, invitent les passagers accoudés sur les lisses à leur jeter des pièces de monnaie. Les sous^ les pièces blanches pleuvent dans la mer : la transparence de l'eau permet à l'œil de
LE S^KT^GÂL.
suivre ces corps noirs plongeant avec la rapidité de réclaîr et sans nul souci des requins qui foisonnent ; ils attrapent souvent la pièce convoitée avant qu'elle ait touché le fond. Le négrillon reparaît à la surface de l'eau, la pièce aux dents, prêt à recommencer, »
Dakar. ^ Ville et Rade.
Bufisque est beaucoup moins important que Dakar, et
d'ailleurs pendant l'hivernage les magasins se ferment,
la ville reste déserte. Elle est le siège d'une paroisse
catho%ue, d'un commissariat de police^ d'un bureau
de poste et télégraphe, d'un bureau de douane, etc»
Bien que la rade soit mauvaise et que les brisants
obligent les navires à mouiller assez au large, c'est à • liB sÉirioAL. d
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Rtifisque que l'on a de toat temps transporté les arachides destinées à être embarquées abord des navires. Le cHemin de fer de Saint-Louis à Dakar est appelé à détourner le courant vers ce dernier port.
Empruntons encore à l'auteur déjà cité quelques détails intéressants sur les indigènes qui conduisent les arachides à Rufisque :
« Le vendeur y avant de retourner dans son village, parcourt les magasins de la ville pour faire ses achats d'armes, de munitions, d'eau-de-vie, de tissus de toute sorte, de tabac, etc., etc. Il met de côté quelques pièces de cinq francs, qui seront transformées en bijoux^ bagues et bracelets pour lui-même ou pour ses femmes. Vienne une année où sa récolte aura été compromise, perdue, soit parle manque de pluies, soit par les sauterelles, il vendra alors tous ces ornements pour subvenir aux besoins de sa famille. >
Parmi les postes que l'on peut considérer comme des centres de commerce, il faut citer Portudal, Joal, Kaoak, Carabane et Sédhiou.
Dans la partie des Rivières du Sud^ les principaux centres de commerce et de population sont Basalaudé, Boké, Catégoumas et Victoria. Les deux premiers sont les plus importants* Boké avait^ en 1884, 4.401 habitants. Cette
LE S^NiSqAL.
popolatioUi ainsi qae celle de Basalaudé, qui est en voie de progrès constant^ se double pendant la saison de la traite par l'arrivée d'un certain nombre d'Anglais qui se
iiiËii
* Jî^'r J i "^ — ^ — - . —
Bufisque.
livrent à ce commerce, et surtout parTaffluencedos caravanes de Foulahs qui viennent se louer comme manœuvres dans les factoreries.