CHAPITRE XL
EXPLOITATION DU SlêN^GAL.
Agriculture : concessions de terres, productions, produits naturels ; une plante précieuse ; la gomme ; les animaux domestiques ; les autres; les essences forestières. — Richesses minérales* — Industrie et commeree* —Importation et exportation. — > Commu* nications avec le haut Sénégal ; avec la région des Rivières 4n Sud. — Chemin de fer de Dakar à Saint-Louis; un voyage peu agréable ; inconvénient bien compensé ; la ligne. — Communi* cations avec la France et rétranger«
Les concessîons de terre au Sënëgal se divisent en deux catégories, suivant qu'elles sont faites à des indi» gènes ou à des Européen».
En principe, le roi de chaque pays est seul maître et seul dispensateur de son territoire. Il concède des parties de terrain aux chefs des villages, qui en font ensuite une distribution entre\ les* habitants. Ceux-ci en ont, pour ainsi dire, l'usufruit se transmettant par succession, mais non la propriété, et la concession peut toujours leur être retirée, si telle est la volonté du roi*
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Pour les Europ<5ens, on a obtenu qu'il leur serait fait des conoessiong à perpétuité, expression qui prête à une équivoque funèbre. Ils les choisissent autant que possible sur les bords d*un cours d'eau.
On cultive au Sénégal le riz, le mil, le maïs. Les indigènes donnent aussi leurs soins au tabac, aux courges, aux giraumons, sorte de citrouilles, à l'indigo, aux piments, enân à différents légumes ; mais ils n'en récoltent que juste ce qu'il faut pour leur consommation personnelle, et ces produits n'ont qu'une importance tout à fait secondaire.
Il y a lieu de citer le café connu dans le comtnerce sous le nom de Bio-Nunez, et qui croît sur les confins du Fouta-Djallon et du pays des Sousous. Après lui, dit M. Â. Barthélémy, viennent <( le casaia occidentalis et le hoacia senegalenais, deux des meilleurs succédanés connus du café. La poudre de ces graines, légèrement terrifiée, s'incorpore tellement bien au café moulu, qu'il est impossible, soit au goût, soit à l'œil, de reconnaître le mélange, lorsque son introduction ne dépasse pas un cinquième, i
' Mais la grande culture du pays est celle des graines oléagineuses, et principalement de l'arachide.
Cette dernière a le triple avantage de produire très
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vite, presque saDS travail, de ne pas fatiguer la terre, et de se vendre à un prix rémunérateur. Les indigènes commencent par brûler les herbes qui ont envahi un champ, puis ils le grattent légèrement avecun bois pointu, font leurs semailles, et ils n'ont plus à s'occuper de rien jusqu'au moment de la récolte. L'arachide n'exige . ni engrais ni jachères ; non seulement on peut la planter indéfiniment dans le même terrain, mais elle le fait même gagner en fertilité.
On conçoit que la culture d'une telle plante se soit rapidement étendue. On la trouve dans le Cayor, une partie du Oualo, le Baol, le Sine, h Saloum, les pays de la côte jusqu'à Sierra-Leone, le long des rives de la Gambie, enfin dans tout le haut Sénégal. L'exportation annuelle,en 1840, était seulement de 1.210 kilogrammes ; elle dépasse aujourd'hui 40 millions de kilogrammes.
Les autres graines oléagineuses qui donnent lieu à des transactions d'une certaine importance sont les noix de palme, de touloucouna, de pourghère et le béraf. Les huiles que l'on en extrait servent en partie à l'alimentation, mais surtout à la savonnerie, à l'éclairage, au graissage des machines, etc.
Il faut encore signaler en dernier lieu quelques plantations d'ananas, de bananiers, d'orangers et de cannes à
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sncre sur la côte sud^ depuis la Casamance jusqu'à Sierra- Leene; enfin des tentatives de culture ont été faites pour le cocotier, le figuier et le dattier ; mais elles n'ont pas donné de brillante résultats.
Parmi les animaux domestiques, on trouve deux espèces de bœufs, l'une destinée à la boucherie, l'autre employée aux transportsconcurremmentavecl'âne et le chameau. Ces bœufs sont en très grand nombre, et leur cuir ainsi que leurs cornes font l'objet d'un commerce adsez imporia:nt. Autrefois on en expédiait beaucoup aux Antilles, soit pour la consommation, soit pour la culture ; par suite d'une maladie qui sévit sur ces animaux, ce commerce s'est beaucoup ralenti.
Les ânes sont nombreux aussi, mais de très petite taille ; quant aux chameaux, il n'y a guère que les Maures qui en possèdent.
Les moutons, comme les bœufs, sont de deux espèces. Là plus remarquable est colle du haut Sénégal, très grande, et abondamment pourvue de laine.
On voit aussi dans notre colonie quelques chevaux de race arabe ; mais le pays a son espèce particulière qui, bien que fort petite, donne de bons produits lorsqu'elle est croisée avec la première.
Enfin les indigènes élèvent des porcs ^ des poules,
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des canards, etc., que ron rencontre un peu paï*tout. '
Avec rarachîde, le produit le plus important du Sénégal est la ^omm« fournie par diverses espèces d'acacias, qui forgaent des forêts considérables sur la rive droite du fleuve. Il en existe également dans le Fouta et dans le Djoloff, mais on n'en tire point parti. Les premières sont exploitées par d^s esclaves appartenant aux Maures.
<L Après la saison des pluies, dit M. A. Barthélémy, récorce des acacias^ se gonfle ; les vents d'est, secs et brûlants, la distendent, elle crève, et la gomme coule par ces incisions naturelles sous forme de larmes ou de boules. Les gommes ainsi recueillies sont enfermées dans des sacs de cuir et apportées aux escales du fleuve^ où elles sont changées contre diverses marchandises, mais principalement contre des toiles bleues nommées guinées, sorte de monnaie courante qui était autrefois fournie par les filatures de Pondichérj. Aujourd'hui les tissages européens, français, anglais, belges et suisses, fabriquent ce genre d'étofies.-
Le commerce de la gomme, aux escales, donne droit, au profit des rois maures, à la perception d'un impôt, acquitté en gninécs, qui remplace les anciennes coutumes.
Le Sénéglil exporte, année moyenne, de 2 à 3 millions
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de kilogrammes de gommes de diverses qualités, qui sont toutes dirigées sur Bordeaux, à quelques centaines de sacs près. Le triage des gommes est une industrie entièrement bordelaise ; le contenu de chaque sac est soigneusement trié en catégories, qui répondent chacune à un emploi industriel différent. »
Après les gommiers, les principales essences forestières du Sénégal sont les suivantes:
Le ffonakié, sorte d'acacia, utilisé pour les constructions navales ; le soump, bois dur et serré, pour charpente et menuiserie ; le bauhinia fruteecenSy \e fromager, employés tous deux pour la menuiserie ; le ronierj dont le bois est impénétrable à l'humidité aussi bien qu'aux insectes ; aussi le gouvernement colonial s'est-il réservé le monopole de son exploitation : on l'emploie à la construction des ponts, des pilotis, etc. ; le koss, bon bois de menuiserie ; le ratt, qui est l'ébène du Sénégal, etc. Nous sommes obligés d'en omettre beaucoup.
Parmi les autres produits naturels exportés du Sénégal, mentionnons la cire d'abeilles, les oiseaux vivants, les singes, les plumes d'autruches, de marabouts, de pélicans, etc., les animaux féroces vivants, les peaux, les défenses d'éléphants et d'hippopotames, etc. ; le poisson $éohé, la soie du /a/e^on^, provenant del'iwcfepta^rtpran-
teuy dont un fabricant français est parvenu à faire de jolies étoffes, etc., etc.
Les principales espèces que l'on rencontre dans la faune du Sénégal sont l'éléphant, Thippopotame, le lion, la hyène, le chacal, le lynx, de nombreuses variétés de singes et d'antilopes^ le lièvre, une grande quantité d'oiseaux migrateurs, tels que la caille, l'alouette, etc. Sur les côtes on trouve en abondance du poisson, des coquillages et des huîtres.
Les production» minérales de la Sénégambie sont le fer (haut Sénégal), l'or (Bambouck) et le mercure (Sénoudébou). Au sud de Saint- Louis, près de Gandiole, s'étendent de vastes salines assez mal exploitées.
L'industrie n'existe pour ainsi dire pas au Sénégal. Les Européens ont créé quelques briqueteries^ qui emploient les terres argileuses des environs du chef-lieu ; quelques chaufourneries, alimentées par d'immenses bancs de coquilles d'huîtres fossiles dans le royaume de Sine ; enfin quelques petites fabriques d'huile d'arachides.
Des Ouoloffs exercent assez habilement les professions de menuisier, de charpentier, de peintre, de maçon, etc. Mais, dit M. A. Bartélemy, « la plupart des professions sont généralement considérées comme déshonorantes par les indigènes, surtout celles qui ont trait aux métaux,
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aux cuirs et aux étoffes. Les ouvriers de ces corps d'état forment des castes séparées, qui ne peuvent s'allier qu'entre elles, d Les plus remarquables sont les tisserands, ■ qui fabriquent et teignent des pièces d'étoffes très étroi* tes, aux dessins compliqués ; cousues ensemble, elles forment des pagnes j costume ordinaire des indigènes. Puis viennent les forgerons, qui, avec des instri^mçnts très primitifs, fabriquent de lourds outils de culture, ou au contraire indifféremment, des bracelets et dés bagues d'un travail délicat. Nous avons déjà donné des détails à ce sujet, en parlant des Maures.
ÉTAT EÉCAPITULAT2F
des marchandises françaises et étrangères importées et exporteur de 1879 à 188S.