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CHAPITRE III

DÉPENDAKOES DU S^NJ^GAL.

La Casamance : une navigation difficile ; Carabane ; les rives ; Sedhiou, etc. —Les Rivières du Sud : Rio-Cassini, Rio-Kunez, Rio- Fnngo, Kellacorée,

Nos possessions au siid du Sénëgal, entre les colonies anglaises de la Gambie et de Sierra-Leone, ne se composent que de postes ou de comptoirs établis sur les rives des fleuves qui se jettent dans l'océan Atlantique : Oasamance^ Kio-Oassini^ Rio-Nunez, Rio-Pungo, Mellacorée.

Casamance. — Cette rivière, située à peu près par 13^ de latitude , passa longtemps pour n'être qu'un bras de la Gambie; aujourd'hui l'on connaît presque tout son cours, mais non ses sources^ qui n'ont pas encore été explorées. D'après les récits des indigènes, on suppose qu'elles se trouvent à 80 kilomètres envi-

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ron de Dîannah, petit village de Tinté rieur, qui est lui-même à 200 kilomètres de la côte.

Comme presque tous les cours d^eaude la côte occidentale d'Afrique, la Casamance présente à son embouchure un vaste estuaire et les difficultés d'une barre. Trois bancs de sable obstruent l'entrée, mais trois passes permettent aux bateaux d'entrer dans le fleuve. Ceux qui le remontent font une navigation très pénible, car ils ont toujours à craindre de s'envaser, .et le dégagement est des plus difficiles. Pour éviter ce danger, il faut avancer la sonde à la main et suivre avec une minutieuse attention les passes et les chenaux, qu'indiquent simplement quelques branches plantées de loin en loin par des bateliers amis de leur prochain.

A deux ou trois milles de l'embouchure, sur une île de la rive gauche, s'élève la ville, ou plutôt le village de Carabane. Dans ce petit centre, sorte de marché commercial, on vend, on achète du riz, des peaux, des amandes de palmes et un peu de caoutchouc. Si ces transactions n'ont pas lieu à Carabane même, c'est du moins de ce point que les traitants sont expédiés dans toutes les directions. Ils vont, dit M. Adrien Bonhçt, dans tous les marigots d'alentour, jusque chez les Jolas et dans l'archipel de Cacheo, éphanger

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leurs marchandises contre les produits du pays, qu'ils transportent ensuite dans la ville.

a Un poste qui commande à toute la basse Casaniance est établira Oarabane et protège les intérêts français... Maid la protection la plus efficace est celle que l'on achète des chefs indigènes par des cadeaux, en obtenant d'eux Tautorisation de trafiquer sur leur territoire. • € Oarabane jouit de toutes les brises du large ; mais, pendant Thivernage, les nombreux marigots qui l'entourent et' la Casamance qui charrie des matières végétales en décomposition, j causent des fièvres redoutables. Par compensation, les gourmets y trouvent en abondance de petites huîtres qui sont délicieuses. »

A vingt milles environ de Oarabane, sur la même rive, on rencontre le comptoir de Zinghichor, chétîve épave des grandes possessions portugaises d'autrefois, où vient de temps à autre un Français. D y a peu de choses à en dire. Signalons cependant les cases de terre, protégées ^ar une enveloppe de paille, larges et bien aménagées, que les indigènes construisent avec assez d'art, et qui sont plus confortables, si l'on peut employer ici une telle expression, que celles de tous les autres peuples habitant entre le Sénégal et la Gambie, . En remontant le cour» de la Oasamancé, on arrive à

Sedhîou, situé à environ 70 milles de rembouchure. Jusqu'à cette ville, la largeur de la rivière varie entre un mille et demi et trois milles. Les bords, toujours inondés à répoque des hautes eaux, sont couverts de palétuviers extrêmement touffus, derrière lesquels s'étendent des plantations assez bien cultivées par les indigènes. Parfois sur la rive s'ouvre la bouche de quelque grand marigot, route aquatique par laquelle on va trafiquer avec les habitants de l'intérieur. Eux-mêmes , trop indi£fêrents pour se déranger, n'apporteraient jamais leurs produits jusqu'aux comptoirs européens.

Bedhiou est une petite ville qui compte environ 2,500 habitante. Les maisons de commerce des grands centres, et principalement de Gorée, y possèdent des succursales importantes, qui font surtout le commerce des arachides. Une faible garnison française y occupe un poste fortifié. Enfin nous avons à Sedhiou un tribunal correctionnel et un conseil de conciliation.

Avant de quitter cette rivière, signalons dans la hauto Casamance trois petites îles peuplées seulement d'oiseaux, de singes, de caïmans et d'hippopotames.

Le principal afiluent de la Casamance est le Soungrougou, que peuvent remonter sur une partie de son cours les petits chalands ne calant pas tout à fait un mètre.

En suivant la côte africaine, on rencontre la rivière Cacheo on San Domingo, le Rio-Céba ou Géba et le Rîo- Grande, qui appartiennent anx Portugais. C'est entre la colonie portugaise du Bio-Grande et la colonie an«glaise des Scareies que se trouvent nos possessions connues sous le nom générique de Rivières du Sud, qui comprennent les territoires arrosés par les rivières ci-dessous énumérées ou par leurs affluents : Bio-Cassini, Rio-Coupony, Rio-Nunez, rivière Kappatchez, rivière Condéyeri , rivière Coundindi , Rio-Pungo , rivière Bramaya , Rio-Dubréka , rivière Tanéney , rivière Manéah, rivière Morébayah, rivière Béreirë, rivière Forécarîah, rivière Tannah, rivière Mellacorée.

De tous ces cours d'eau, trois seulement nous appartiennent en réalité : le Rîo-Nunez, le Rio-Pungo et la Mellacorée*

Sur le Rio-Cassini étaient naguère établis des comptoirs français ; Us ont disparu, à la saite de discussions avec les indigènes. Comme le Rio-Oacheo et le Rio- Grande, le Rio-Cassini n'est guère qu'un bras de mer pénétrant dans l'intérieur des terres et accessible aux navires jusqu'à 50 kilomètres de l'embouchure.

Le Rio-Nunez a été, depuis quelques années, visité par plusieurs missions scientifiques et commerciales. Il

deâôend du Fouta-Djallon, arrose le pays des Landoumàns, des Nalous et des Bagas, passe devant notre poste fortifié de Boké, et s'écoule dans l'Atlantique par une embouchure qui est un vrai bras de liier.

Toute la région traversée par les rivières du Sud est d'une merveilleuse fécondité.

d Quand la terre aride, dit M. Bertrand Bocandé, après six mois de sécheresse, vient d'être humectée par les pluies des premiers orages^ le sol qui était dépouillé aussitôt se couvre d'une verdure épaisse^ dont les yeux peuvent en quelque sorte suivre l'accroissement. Partout la nature prodigue la vie, et l'homme n'a besoin que de remuer un peu la surface du sol pour récolter bientôt au centuple la graine qu'il lui a confiée. Vers les rivages , les palétuviers entrelacent leurs branches jusqu'à leurs cimeS; élevées comme celles des peupliers; les grands arbres dés forêts abritent eh toute saison les arbrisseaux sous leur ombrage, et le plus haut d'entre eux, Yeriodendron anfractuosum, élève son dôme magnifique qui^ planté au milieu des villages , suffit seul à ombrager la place publique et sert de loin de signe de reconnaissjance", comme les clochers dans nos pays. »

A l'embouchure du Rio-Nuriez, les marins rencontrent une île fort basse, nommée l'île de Sable, qui partage lel

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fleuve en deux bras et cause d'autant plus souvent des sinistres maritimes que Thydrographie de cette région est très insuffisante^ et qu'il n'existe ni pilotes pour guider les navires, ni fanaux pour faciliter la navigation durant la nuit.

Au sud du Rio-Nunez coulent de petites rivières, — Rîo-Camecharde, Rio-Kappatehez, Rio-Condéyëri, Rio-Coundindi, — petits bras de mer où Teau continue d'être salée fort loin dans l'intérieur; leurs sources se trouvent au pied d'un plateau d'où les eaux s'échappent dès qu'elles trouvent un niveau suffisant pour déborder en suivant la première inclinaison des terrains. On a dit avec raison que, dans cette partie de la Sénégambie^ les rivières ont un commencement, mais point de sources.

L'embouchure du Rio-Pungo se trouve au sud du cap Verga, pointe de sable assez basse, au contour indéterminé. Cette rivière n'est assurément pas un cours d'eau, mais plutôt un estuaire recouvert par les eaux de la mer. Les navires peuvent y pénétrer soit par la barre Pourou, la plus septentrionale, soit par une barre de sable où les fonds varient de dix à quinze mètres. On traverse d'abord un véritable delta, parsemé d'îles dont les plus considérables sont l'île Morerah, l'île de Quito et l'île aux Oiseaux ; puis on longe une file de rochers

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gigantesques, aux formes fantastiques, auxquels succèdent des palétuviers de haute taille, qui bordent le fleuve jusqu'à son point terminus : un tremblement de terre, paralt-il, a bouleversé, il y a trois ou quatre cents ans, le cours supérieur du Rio-Pungo, dans la région des hauts plateaux.

Ses affluents sont le Patalah, qui naît dans le- Fouta-Djallon, à treize jours de marche de l'embouchure, mais où la navigation est vite interceptée par des roches et des bancs de sable, et la rivière Ban ta ou des Hippopotames, dont le cours, parallèle à celui du Fatalah, n'est que de 20 kilomètres.

On remarque dans cette région des montagnes hautes de 400 mètres environ : le mont Mayundi,quifut jadis un cratère, à ce que racontent les indigènes, les montagnes de Bakoro, de Faringhia et de Toumbetah, qui font de ce pays la « Suisse de l'Afrique occidentale, i> comme l'appellent quelques enthousiastes.

Après avoir quitté le Rio-Pungo, en se dirigeant vers le sud, on longe la côte du pays de Koba et l'on atteint un vaste estuaire où ne peuvent pénétrer que des navires calant moins de 3 mètres : là se trouvent les embouchures de deux rivières, le Bramaya etleRio-Dubreka, qui, depuis 1880 et 1884, appartiennent à la France, ainsi que

les territoires qui en dépendent. La côte est marécageuse, l'intérieur assez accidenté. Près de Temboucliure du Bramaya se dresse le mont Soumba, qui a 420 mètres de haut. Au sud du Dubreka, s'étend une chaîne de montagnes d'où sort, dans le sud, la Mellacorée, et qui se prolonge jusqu'à l'embouchure du Rio-Dubreka ; le mont Kakulima, qui fait partie de cette chaîne, s'élève jusqu'à 800 mètres.

Au sud de ces deux rivières, les Anglais ont sous leur protectorat les îles de Loos, au nombre de cinq. La pointe continentale la plus voisine de ces îles est la presqu'île Timbo, séparée de la terre ferme par une lagune où vient se jeter la rivière Taneney, qu'obstruent des bancs de vase. Depuis la pointe méridionale de cette presqu'île jusqu'à l'embouchure de la Mellacorée, la côte tourne brusquement au sud-est et s'étend plate et marécageuse, bordée d'îles séparées du continent par des canaux asséchés à marée basse, parmi lesquelles nous citerons seulement l'île volcanique de Matacong, jadis défrichée par des colons de Sierra- Leone. Sur cette partie de la côte, viennent se jeter les rivières Maneah, Morebayah, Béreiré, Forécariah et Tannah, qui forment un delta des plus fertiles, mais où ne peuvent pénétrer que des bateaujc de la plus faible dimension,

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La Mellacorëe est la rivière an sud de laquelle cessent nos possessions delaSénëgambie et commence la colonie anglaise de Sierra-Leone. A 50 kilomètres au nord de cette dernière ville, la Mellacorëe se jette dans la mer, après avoir, dans son cours de 15 kilomètres, arrosé le pays des Sousous.Son principal affluent est, sur la rive gauche, la rivière Samo. On trouve en abondance sur ces rives de beaux bois de construction et d^épais rideaux de mangliers, derrière lesquels se déroule un sol fécond à peine ondulé. Malheureusement la navigation n'y est possible que pour des pirogues ou des barques d'un faible tirant d'eau.

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