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CHAPITRE II

Faidherbe. — La tâche du nouveau gouverneur du Sénégal était difficile ; les incursions périodiques des Maures, la tyrannie des princes indigènes, Tesclavage aboli en principe mais subsistant de fait étaient autant d'obstacles à vaincre. Faidherbe allait consacrer sa vie à cette tâche ardue, et faire « de nos misérables comptoirs du Sénégal une colonie qui devint l'amorce d'un grand empire, dont il put voir avant sa mort s'ébaucher les contours ».

« Tempérament équilibré dans lequel se conciliaient les mérites du savoir et les vertus de Faction, intelligence méthodique sans abus d'esprit de système, caractère énergique, mais d'une énergie réfléchie, dont les apparentes boutades et les merveilleuses saillies avaient leur profonde logique, capable de sang-froid ou d'ardeur, suivant les circonstances ou les aptitudes de ses collaborateurs^ il fut un des génies les plus complexes et les plus puissants de l'expansion coloniale française. Ses dispositions naturelles s'étaient développées à bonne école : dix années de service actif en Algérie, un séjour de deux ans à la Guadeloupe, une mission en Guinée où il avait très ingénieusement fortifié Dabou près de Grand'Bassam, lui avaient donné une expérience variée de nos colonies. Le maniement des Algériens, dans les dernières années de campagne active, l'avait préparé à comprendre la politique si délicate et en même temps si énergique qu'il convenait d'apphquer aux Maures ; en Guinée, il avait gagné la pratique du gouvernement des sédentaires du

pays tropical maritime. Son succès est donc une œuvre d'intelligente volonté, de méthodique application ; c'est pourquoi à ce mérite d'avoir doté la France d'une voie d'accès vers le Soudan s'ajoute le mérite plus grand encore et plus durable dans ses effets lointains, d'avoir formé à son école la pléiade d'officiers braves, humains dans la mesure des nécessités de la guerre, savants et désintéressés qui ont refait la « plus grande France » sous la troisième république. Il fut un chef et un maitre ; il laissa à son pays de vastes territoires, à ses disciples de l'armée une doctrine, une tradition, bien humaine et bien française.

Il n*est pas question ici de sa doctrine générale de colonisation française. A cet égard le grand homme, influencé par les merveilleux succèsde son entreprise sénégalaise, peut-être même touché avec excès de ce sentiment si vif d'émulation qui mit longtemps aux prises les colons de l'Algérie et ceux du Sénégal, fermait trop volontiers les yeux au mérite de notre œuvre de peuplement et de culture du Maghreb. « Il parait malheureusement certain » écrivait-il (1), « que nous sommes aujourd'hui peu aptes à fonder des colonies de peuplement. Ainsi en Algérie les deux tiers des colons sont Espagnols ou Italiens etnon Français ». Mais ces maximes d'expansion en Afrique occidentale sont d'une rare justesse et d'une netteté admirables » (2).

Aujourd'hui que la géographie du Sénégal est connue et sa carte levée, nous avonspeine à nousreprésenter exactement ce qu'il fallait d'audace pour concevoir le vaste plan dont Faidherbe assura la rigoureuse exécution. On ne connaissait le régime du fleuve que par les relations des traitants ; il s'en fallait de beaucoup que son hydrographie fut achevéecomplètement.Sil'on commençait à prendre conscience, grâce aux relations des officiers, du caractère des pays Maures de la rive droite, nous étions beaucoup moins nettement renseignés sur la nature des régions de larive gauche, en particulier des étendues désolées du Ferlo.

Aussi bien, Faidherbe^ avec une merveilleuse induction, va-

(1) Général Faidherbe, Le Sénégal, la France dans l'Af^^ique occidentale. Paris, Hachette, 1889.

i2) M. Dubois et Terrier, op. cit., p. 275.

t il rejeter les Maures au delà de nos postes du fleuve, occuper solidement le Cayor pour refouler par l'Ouest comme par le Nord les tribus du Fouta et du Ferlo, et saisir, avec la même promptitude de coup d'œil, le caractère de la domination d'El-hadj- Omar, <( dégageant la route du fleuve, seule capable d'assurer le ravitaillement de nos colonnes, faisant bonne garde le long de la lisière maritime qui s'étend de Saint-Louis à Gorée pour retirer toute ressource à ses tribus qui voudraient nous harceler sur la rive gauche, puis, grâce à ce déblaiement de la vraie voie de pénétration, arrivant en forces au devant de l'ennemi venu des régions nigériennes ».

Ainsi, en des pages qu'il est intéressant de rappeler, par l'action militaire, bornée aux campagnes indispensables et provoquées du fait des pillards et des fanatiques, par la mise en œuvre de toutes les ressources d'intelligence et de force du Sénégal, Faidherbe allait préparer la marche vers le pays du Niger, au lendemain de la pacification et de l'organisation du Sénégal.

Guerre avec les Maures. — « Nous devons dicter nos volontés aux chefs Maures pour le commerce des gommes 11 faut supprimer les escales en 1854, employer la force si Ton ne peut rien obtenir par la persuasion. Il faut supprimer tout tribut payé par nous aux Etats de fleuve, sauf à donner, quand il nous plaira^ quelques preuves de notre munificence aux chefs dont nous serons contents. Nous devons être les suzerains du fleuve. Il faut émanciper complètement le Walo en l'arrachant aux Trarzas et protéger en général les populations agricoles de la rive gauche contre les Maures. Enfin il faut entreprendre l'exécution de ce programme avec conviction et résolution ».

Telles étaient les instructions que donnait au gouverneur Faidherbe le ministre de la marine et des colonies. L'invasion du Oualo par les Trarzas de Mohammed-el-Habib qui se vantait d'aller faire son salamdans l'église de Saint-Louis fut le signal de la reprise des hostilités. Mais grâce à l'énergie de Faidherbe, les Trarzas, puis les Oualos furent défaits, les Trarzas chassés du

Oualo, la reine du Oualo déchue et le Oualo annexé en décembre

Les hostilités reprirent en 1857 et Faidherbe battit complètement les Trarzas le 13 mai au lac Cayor et le 31 mai dans le Dimar. Aussi les Trarzas n'inquiétèrent -ils point le gouverneur pendant ses opérations contre El-Hadj-Omar ; ils finirent même par demander la paix que sanctionna le traité du 20 mai 1858.

« Le roi des Trarzas reconnaissant en son nom et au nom de ses successeurs que les territoires de Oualo, de Gaë, de Bokol, de Toubé, de Dialakhar, de Gandiole, deThiong, de Djiaos, de N'diago appartiennent à la France et que tous ceux qui les habitent ou les habiteront plus tard sont soumis au gouvernement français, et par suite ne peuvent être astreints à aucune espèce de redevances ou de dépendance quelconque envers d'autres chefs que ceux que leur donnera le gouverneur du Sénégal .

Le roi des Trarzas reconnaît en son nom et au nom de ses successeurs, que le gouverneur du Sénégal est le protecteur des Etats Ouolof du Dimar, du Djolof, du Ndiambour, et des Trarzas : c'est par l'intermédiaire du gouverneur que les tributs seront perçus et livrés au roi des Trarzas, et c'est par lui que seront levées les difficultés qui pourraient s'élever entre le roi des Trarzas et ces Etats. En conséquence, aucun Maure armé ne traversera le fleuve pour aller dans ces pays, sans le consentement préalable du gouverneur.

Le roi des Trarzas s'engage, en son nom et au nom de ses successeurs, à exercer la plus grande surveillance pour empêcher les courses et pillages de quelques-unes de ses trihus sur la rive gauche du fleuve. Le gouverneur du Sénégal s'engage à aider de tout son pouvoir le roi des Trarzas dans ce but, et à soutenir son autorité contre ceux de ses sujets qui voudraient, malgré lui, revenir à leurs anciennes habitudes.

Les relations commerciales seront immédiatement rétablies entre les Français et les Trarzas. Les Français ne veulent, pour le moment acheter la gomme que dans leurs établissements de Saint-Louis, Dagana, Podor, Saldé, Matam, Bakel et Médine, et veulent l'acheter toute l'année. Le roi des Trarzas ne veut, pour le moment, laisser venir les gommes des Trarzas qu'à Dagana; il en estle maître. Le roi des Trarzas et le gouverneur prendront, chacun de leur côté et dans la limite de leurs droits, les mesures nécessaires pour faire exécuter leur volonté par leurs sujets et administrés respectifs. Le commerce de tous les autres produits des Trarzas se fera librement et partout, soit à terre, soit à bord des embarcations.

Comme le commerce d'un pays doit rapporter des revenus au gouver-

nenient de ce pays, il est juste que le roi de Trarza tire un profit du commerce des gommes. La perception de cet impôt sur le commerce de ses sujets offrant pour lui des difficultés de plus d'un genre, le gouvernement français, comme preuve de bienveillance envers son allié, veut bien se charger de cette perception. En conséquence, les commerçants qui achèteront la gomme des Trarzas à Dagana, ou peut-être plus tard sur d'autres points, sauront que ce produit . est grevé, à sa sortie du pays des ïrarzas, d'un droit d'une pièce de Guinée par 500 kilogs de gomme, soit environ 3 0/0 au profit du roi des ïrarza, et qu'ils auront à verser ce droit entre les mains du commandant ou de telle autre personne désignée, qui le livrera au roi des Trarzas quand celui-ci le désirera. La pièce de Guinée par 1000 livres de gomme sera également perçue à Saint-Louis au profit du roi des Trarzas, quand les caravanes trarzas en apporteront sur ce point avec son autorisation.

Le roi des Trarzas s'engage à protéger, par tous les moyens, en sonpouvoir, le commerce des gommes et autres produits contre tous ceux qui voudraient l'empêcher ou le gêner, et à ne jamais intervenir entre les vendeurs et les acheteurs, pas plus que le gouverneur ne le fait : si l'on apprenait que moyennant payement ou gratuitement, il influençât ses sujets pour leur faire vendre de préférence à tel ou tel particulier, on cesserait aussitôt la perception du droit d'une pièce

Le gouverneur permettra, en temps.de paix avec les Trarzas, à leurs caravanes, de traverser les territoires français pour aller faire du commerce sur la rive gauche, mais aucun Maure armé n'accompagnera ces caravanes sans une permission spéciale du gouverneur ou de ses agents autorisés De leur côté, et en observant les mêmes conditions, les sujets français pourront circuler librement et en toute sécurité sur le territoire du roi des Trarzas.

Les sujets français ne pourront, sans en avoir préalablement obtenu l'autorisation du roi des Trarzas, cultiver ou pêcher, ou en un mot faire aucun acte de propriété sur son territoire. De leur côté, les Trarzas sont soumis aux mêmes conditions vis-à vis des Français » (1).

Traité avec les Braknas. — Moins redoutables parce que notre poste de Podor et ses annexes leur barraient le passage vers le Toro et les Douaïch, pillards attitrés du Fouta, les Braknas se soumirent beaucoup plus facilement que leurs congénères de la côte, et un traité semblable à celui des Trarzas fut signé h Podor le 10 juin. Ainsi, en juin 1859, les dernières résistances étaient brisées, le Oualo, le Gayor, le Toro, le Foutaet le Damga

(1) M. Dubois et l'errier, op. cit., p.. 333

Fig. 3. — Village dans le Sine-Saloum.

Fig. 4. — RuQsque (La plage).

étaient réunis à la colonie en dépit des tentatives d'El-Hadj-Omar pour les soulever et Faidherbe pouvait écrire (l) que « grâce à la bonne volonté des chefs et à l'appui que nous leur prêtions, nous étions parvenus à mettre la rive gauche à l'abri des brigandages des Maures, même au-dessus de Podor ».

Guerre avec El-Hadj-Omar. — Mais Faidherbe n'avait point seulement à assurer la pacification des rives du fleuve à bonne distance des escales : il lui fallait mener de front la lutte contre le prophète toucouleur El-Hadj-Omar, aidé parles contingents des régions nigériennes et du Fouta Djallon. Faidherbe aimait à le rappeler : « Ceux qui pendant six ans avec des moyens bornés ont fait face à ces deux besognes, passant la saison sèche à batailler contre les Maures et la saison des hautes eaux à faire des expéditions dans le haut du fleuve, et qui ont malgré cela établi notre domination dans le Sénégal, peuvent avoir la conscience d'avoir rendu un grand service à leur pays ».

La guerre sainte d'El-Hadj-Omar fut, fort heureusement, restreinte aux Toucouleurs et aux Peulhs qui étaient rivaux des Maures dans l'exploitation pillarde des populations du moyen et du bas Sénégal, et l'œuvre de rétablissement d'une vie sédentaire et policée que le gouverneur accomplissait autour de nos escales et dans les pays riverains eut pour effet de rendre difficile le ravitaillement de la grosse armée des fanatiques qui se heurta à des places fortes comme Médine, si vaillamment défendue par Paul HoU en 1857. Holl et ses compagnons résistèrent pendant près de cent jours et allaient succomber faute de vivres, quand la colonne de secours commandée par Faidherbe en personne, vint les débloquer.

El Hadj Omar reprit l'offensive Tannée suivante, et tenta d'empêcher Faidherbe d'occuper les mines du Bambouk. Puis il se retira sur Nioro, mais Faidherbe fit enlever par le commandant Faron la garnison qu'il avait laissée à Gueinou. El-Hadj tint encore la campagne pendant plus d'une année, mais il dût bientôt se reconnaître vaincu, et en août 1860, il fit faire par son envoyé

(1) Faidherbe, Le Sénégal, op. cit., p. 157.

Tierno-Moussa, des démarches qui aboutirent à la conclusion d'un accord.

En pleine guerre, Faidherbe, qui avait donné, comme officier du génie, tous ses soins au choix de l'emplacement et à la construction des forts^ avait fait élever le poste fortifié de Matam pour tenir le Damga en respect, puis ce fut Saldé, sentinelle surveillant à la fois les Maures et le Fouta, enfin Joal, la citadelle du Sine.

L expansion française de 1862 à 1869 : le Toro. — Faidherbe se préoccupa d'ailleurs d'assurer l'expansion française chez les peuples ou tribus que l'influence des Maures ou celle d'El-Hadj- Omar essayaient de soulever contre nous, recourant tantôt à la diplomatie, tantôt à la force.

En 1862-63, en l'absence du gouverneur Faidherbe, le capitaine de vaisseau Jauréguiberry et le colonel Martin des Pallières soumirent définitivement les Toucouleurs du Fouta qui renoncèrent à toute prétention sur le Toro, et, le 1®'" septembre un traité fut conclu avec le Toro. Les chefs «reconnaissaient de nouveau » l'annexion de leur province à la colonie du Sénégal, annexion solennellement et publiquement prononcée en présence de tous les chefs du pays, notamment des signataires de la présente déclaration à Aéré, le 7 septembre 1860.

Les chefs, en leur nom et au nom des différentes populations du Toro, s^engagent à obéir aux ordres du gouverneur du Sénégal ; ils promettent de vivre en paix les uns avec les autres^ et de se secourir mutuellement contre les ennemis étrangers.

De son côté, et dans ces conditions, le gouverneur promet en son nom et au nom de ses successeurs de faire tous ses efforts pour protéger le Toro contre tout ennemi extérieur et contre les brigandages des Maures.

Dès 1856-1838, des campagnes avaient soumis le N'Diambour, le Sine, le Saloum et en 1860, le commandant Pinet-Laprade soumettait les Yolas et lesBalantes de la Gasamance.

Le Cayor. — La conquête du Gayor donna lieu également à de multiples opérations. Macadou, nommé damel du Gayor en 1860, se révolta contre nous : il nous fallut maintenir par la force le damel élu sous notre influence, Madiodio et nous eûmes

à vaincre un autre concurrent à la couronne du Cayor, Lat- Dior, qui fut battu à plusieurs reprises, notamment à Loro le 12 janvier 1864.

L'année 1865 fut consacrée à la soumission du Saloum et à la défaite du prophète Maba.

En mars 1869 Lat-Dior reprit l'offensive sous l'inspiration d'Ahmadou Cheikou, chef du Toro, il fut encore battu en diverses rencontres et s'enfuit dans le Rip.

Dans cette dernière campagne se distingua le colonel Pinet- Laprade, successeur de Faid herbe dans le gouvernement de la colonie à partir de 1865. L'énergique officier continua la politique d'expansion et procéda, en particulier, à l'occupation et à l'organisation du protectorat des Rivières du Sud.

Bientôt Lat-Dior vint faire sa soumission, et le colonel Vallières le rétablit dans ses fonctions de damel du Cayor par un traité conclu à Saint-Louis le 12 janvier 1871. Le gouvernement de la colonie espérant clore l'ère des hostilités lui rendait le Cayor, sauf les banlieues de Saint Louis et de Dakar, et la province de Diander.

Cependant déjà le Sénégal à peu près pacifié et organisé, Faidherbe assignait un nouvel objectif à ses inlassables efforts, et, sans partager un enthousiasme qui n'excluait point la logique, se demandait si « cette phrase stéréotypée dans tous les journaux que le Sénégal et l'Algérie doivent se donner la main par dessus le Sahara » avait un sens? Le grand voyage de Mage et de Quintin, achevé en 1866 sous le gouvernement de Pinet-Laprade, allait justifier les desseins de Faidherbe, et donner au Sénégal un franc accès vers les pays baignés par le Niger.

Aussi bien, n'entre-t-il pas dans le cadre de ce travail d'étudier notre expansion territoriale vers ces territoires du Soudan, que devait disloquer entre nos diverses colonies de l'Afrique Occidentale le décret du 17 octobre 1899^ et qui, partiellement rattachés au Sénégal, devaient, au cours de l'histoire administrative de cette colonie, en être disjoints pour former tour à tour les

pays de la Sénégambie et Niger, et actuellement la colonie du Haut Sénégal et Niger?

C'est à l'histoire du haut pays que se réfèrent ces pages glorieuses qu^illustrèrent la marche vers le Niger sous Brière de risle, la mission Gallieni à Segou en 1880-81^ les campagnes du général Borgnis Desbordes (1881-83), puis du général Archinard, l'occupation de Tombouctou à la suite de la campagne de 1893-94, et le massacre de la colonne Bonnier, sans parler des nombreuses missions qui s'effectuèrent dans le Niger et de la glorieuse épopée de la mission Joalland Meynier^ qui^ venant serrer les mains aux bords du Tchad à la mission Foureau Lamy, partie d'Algérie, et à la mission Gentil, partie du Congo, assurait la jonction de nos trois grands groupes de colonies africaines.

1/histoire du Sénégal se résume dès lors en des incidents purement locaux.

Soulèvement du Cayor. — Au Cayor, la construction du chemin de fer de Dakar à Saint-Louis en 1882 souleva de nouvelles difficultés ; Lat-Dior, ayant manifesté des sentiments hostiles, sa déchéance fut proclamée.

Son neveu, Samba Yaye fut installé damel et prit le nom de Ahmadi N'Goue Fall.

Quelques mois après l'avènement du nouveau prince, Samba Laobé, héritier naturel par droit de naissance du titre de Damel, se présenta à la tête des captifs de la couronne, et il fallut l'intervention de nos troupes sous les ordres du commandant Dodds pour amener Samba Laobé à faire sa soumission.

Lat-Dior ne manqua point, d'ailleurs, de profiter du mécontentement des habitants du Cayor vis-à-vis d'Ahmadi N'Goue Fall : aidé du Bomba DjolofT, il pénétra dans le pays et le damel prit la fuite, en implorant notre protection.

Le gouverneur Bourbiaux obtint l'abdication d'Ahmadi N'Goué Fall et reconnut comme damel du Cayor, Samba Laobé.

Si les débuts de son règne furent marqués par une politique de pacification qui permit la construction et l'exploitation du chemin de fer de Dakar à Saint-Louis, en mai 1886, sans prendre avis du gouvernement, le damel déclara la guerre à Aly Boury

Bomba Djoloffet marcha sur Mérinaghen. II fut battu par Aly Boury qui ne consentit à se retirer que moyennant une indemnité. Le gouverneur Génouille infligea une amende à Samba Laobé : de nouvelles malversations du damel vis-à-vis de nos sujets nécessitèrent une intervention armée et Samba Laobé périt dans un engagement.

Lat-Dior, notre infatigable adversaire, prétendit à sa succession : un détachement de spahis, chargé de surveiller les mouvements du prétendant fut surpris par lui à Dekkilé. Après un combat sanglant, les spahis reconnurent son corps parmi 80 autres cadavres.

Epuisé par tant de luttes, le Cayor entra dès lors dans une période de tranquillité ; la région fut divisée en six provinces sous la direction d'un chef énergique et le contrôle de notre protectorat. Les tentatives de quelques prétendants furent vite réprimées.

Baol, Sine et province Sérère — Notre action devait s'exercer non moins efficacement au Baol et dans le Sine.

La déposition du Tègne du Baol Thié Yacine en 1840, le désarmement des Tiédos en 1890 avaient affirmé notre autorité sur ces régions En 1894, le Baol fut divisé en deux provinces : le Baol occidental et le Baol oriental, ayant à leur tête chacun un chef.

La même organisation fut adoptée en 1898 pour le Sine et le Saloum.

Enfin, les populations Sérères, soumises seulement à la suite de la persistance qu'avait apporté à les soumettre le colonel Pinet-Laprade, furent réunies en une même province : Idi province Serère groupant les districts de M'Badaire, N'Dieghem et Sandog, auxquels fut ajouté en 1891 le pays du Dioba.

Populations de la rive gauche. — Le décret du 18 octobre 1904, en créant la colonie de la Mauritanie, dont la mission Blanchet, et plus récemment les efforts de M. le Commissaire du gouvernement Coppolani, si prématurément enlevé à la noble tâche qu'il s'était assignée, ne constituent point les moins glorieuses fastes, avait enlevé à l'administration du Sénégal le souci

d^assurer notre autorité parmi les populations établies sur la rive droite du fleuve.

Les efforts de Tadministration se concentrèrent donc sur la rive gauche, où la chute de Ségou et de Nioro et l'adaptation d'un régime de protectorat avaient fortifié notre influence.

Dès 1858, le Dimar avait été, nous Tavons vu, détaché du Fouta, et quelque temps après le Toro, le Lao et le Damga constituèrent des provinces immédiatement placées sous notre protectorat.

L'expédition dirigée par le colonel Dodds en 1891, et la mort d'Abdul Boubakar en août 1891 assurèrent la pacification de ces régions : le fort de Kaëdi, sur la rive droite du moyen Sénégal, reçut des améliorations en 1894.

Ainsi s'était peu à peu établie notre influence : le nombre des traités passés avec les divers Etats indigènes du Sénégal et dépendances depuis Faidherbe jusqu'à l'époque actuelle et dont le chiffre s'élève à environ 70, prouve surabondamment l'importance des difficultés que l'administration dut vaincre pour donner un système d'organisation et un caractère d'homogénéité à ce pays, où l'œuvre diplomatique avait été poursuivie concurremment à l'action politique.

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