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CHAPITRE lY

LE PAYS ET LES GRAiNDES RÉGIONS NATURELLES

A. — Aperçu géologique.

Les divers sondages que l'on a eu l'occasion d^efFectuer au Sénégal, soit pour exécuter divers travaux, ou forer des puits, soit dans un but scientifique nous permettent d'avoir une idée assez précise de la constitution géologique de notre colonie.

La surface du sol ne présente guère que du sable, de la latérite et de l'argile. Le long des côtes seulement, on voit apparaître des formations rocheuses.

L'étude de ces affleurements a été faite par différents spécialistes, et en particulier par une mission spéciale de sondages qui partout a trouvé les mêmes terrains.

Les différentes couches se présentent dans l'ordre suivant (1) :

1^ Sable, ou argile sablonneuse ;

2<* Latérite;

30 Argile compacte à gros silex ;

4*^ Calcaire fossilifère, appelé par M. Chautard calcaire de Fandene ;

50 Argile magnésienne, appelée par le capitaine Friry marnes feuilletées ;

6*^ Marnes magnésiennes riches en phosphate et en silex ;

7° Calcaires de Rufîsque.

(1) D'après les renseignements fournis par M. le capitaine Friry, chef de la mission de sondages.

Sable. — Le sable est plus ou moins pur et l'épaisseur de la couche est variable : nulle là où la latérite affleure, on en rencontre au contraire des épaisseurs qui vont jusqu'à 40 mètres dans les environs de Louga.

On le trouve souvent aggloméré sous forme de grés tendre dans l'intérieur de la masse et cette formation s'est souvent rencontrée dans certains puits de Louga.

Nulle part on ne trouve de fossiles.

L'argile qui est mélangée au sable, le rend quelquefois imperméable, et de nombreux villages lui doivent les nombreuses céanes qui assurent leur alimentation en eau.

Latérite, — On peut assurer que cette roche n'est pas éruptive. Gomment s'est-elle formée ? Nous laissons aux spécialisles la résolution de ce problème. On a pu supposer qu'elle était un produit de la décalcification de la roche sous-jacente Mais cette roche est pétrie de débris fossilifères alors que l'on n'en trouve aucun dans la latérite Cette hypothèse paraît donc inexacte.

La plus grande épaisseur constatée de latérite ne dépasse pas 10 mètres. En maints endroits, on n'en rencontre qu'un faible cordon de grains isolés. Sur de vastes espaces, au contraire, elle existe en masse compacte et lorsque l'argile colmate les joints de cette masse et les pores de la roche, des nappes d'eau sont retenues : c'est ce qui s'est passé à Thiès et dans de nombreuses localités du Sénégal.

Argile compacte à silex, — Le banc d'argile n'est pas continu et sa plus grande épaisseur rencontrée à Thiès ne dépasse pas 2 mètres. Cette couche fait d'ailleurs très souvent défaut.

Calcaire fossilifère de Fandène. — Cette roche n'existe pas partout. Aux environs de Thiès, l'épaisseur en est faible ; elle semble augmenter au fur et à mesure qu'on se rapproche du fond Toul-Fissel.

Entr'autres fossiles, les puits de Toul et de N'Doukoumane ont donné des oursins. Les nombreux puits qui vont être forés cette année dans cette région permettent d'espérer que l'on recueillera suffisamment de fossiles pour pouvoir déterminer ce terrain.

Argiles magnésiennes ou marnes feuilletées. — Cet étage est

le plus considérable : il atteint et parfois dépasse l'épaisseur de 50 mètres et se rencontre partout.

La masse est fragmentée en blocs qui, eux-mêmes sont composés de feuillets très minces. La couleur de l'argile est généralement blanche à la partie supérieure, elle devient ensuite d^autant plus foncée que l'on s'approche davantage du fond de la couche.

Gomme fossiles, il n'a été trouvé qu'un poisson à la partie inférieure de l'étage, dans le puits de Dieling, près de Soussoune.

Marnes magnésiennes à phosphates. — L'étage précédent repose sur des argiles riches en phosphates de chaux et en silex. Le forage du puits de Dielor a montré que cet étage était parfois assez puissant. La première couche riche en phosphate a 12 mètres d'épaisseur et pendant plus de 24 mètres, l'on est resté dans le même terrain sans pouvoir le traverser franchement.

Dans les deux puits de Dielor et de Dieling, l'eau a été trouvée dans une couche très riche en silex. Ces deux puits ont donné naissance à une nappe ascendante : ce qui semblerait indiquer que l'on s'est trouvé au-dessus d'un pli du terrain formé par les marnes magnésiennes phosphatées.

Nous ne faisons qu'une hypothèse en admettant que cette couche repose directement sur les calcaires de Rufîsque. Cela prouve seulement que l'on n'a pas rencontré de couches intermédiaires, qui peuvent exister malgré cela. Le calcaire de Rufisque étant éminemment perméable, une couche de terrain imperméable doit se trouver au-dessus. Si cette couche fait défaut, la masse des calcaires de Rufîsque, complètement noyée par une nappe d'eau, donnera naissance à des puits de grand débit.

Calcaire de Rnfisqiie. — Ce calcaire représente pour nous le dernier terrain que l'on rencontre ; il est très pauvre en fossiles.

Toutes ces formations semblent être tertiaires. Entre ces terrains et ceux qu'on trouve sur la Falémè, y a-t-il des terrains intermédiaires ? Jusqu'à présent nos connaissances ne nous permettent pas de répondre.

Quelques échantillons provenant d'un puits du Ferlo semblent nous indiquer que nous aborderons le terrain secondaire.

Un crédit important est affecté cette année à la construction de

puits ; il en sera probablement de même les années suivantes. Tous ces puits seront raccordés par un nivellement au niveau à lunette, on établira avec soin la coupe de chaque puits et Ton arrivera ainsi peu à peu à déterminer la nature géologique des couches supérieures du Sénégal.

B. — Les grandes» régions naturelles.

Relief du sol : la côte subsaharienne. — Le bas Sénégal n'est guère qu'une façade maritime du Sahara. Au Sud des possessions espagnoles, du Rio de Oro, le littoral plat de la Mauritanie, seulement accidenté par quelques dunes de sable qui ne dépassent pas 30 m. d'altitude, est couvert d'une poussière de quartz et bordé le long de la mer par des marigots à salines.

Notre ancien établissement de Portendik, havre médiocre où une race foraine faisait jadis quelque trafic de la pomme apportée de rintérieur par les Maures de TAdrar, est aujourd'hui abandonné.

Yers l'île d'Arguin, la mer est peu active, mais aussi peu hospitalière ; le vent alizé du Nord-Est la refoule sans cesse vers le large et lui oppose sur la côte des bourrelets de dunes qui parfois emprisonnent des étangs littoraux. Le relief, bas et monotone, se paursuit sous les eaux peu profondes qui s'étalent audessus du banc d'Arguin.

Ces mêmes caractères se maintiennent dans la colonie du Sénégal au Sud du fleuve Sénégal, et même un peu au-delà du Cap Vert, jusqu'à l'embouchure de la Casamance; le Cayor est plat, les sables et les argiles viennent mourir en lentes ondulations dans la mer, une flèche de sable « la langue de Barbarie » constitue entre les lagunes et la mer la plage de bains de Saint-Louis. Le Gap Vert dresse sur cette vaste plaine des falaises que leur isolement fait paraître puissantes et que soulignent en mer, les rives basaltiques de l'ilôt de Gorée.

En arrière des dunes côtières, une plaine de sables coupée par la vallée du Sénégal, remonte vers le pays tropical, glacis pauvre et desséché des plateaux intérieurs. Du fleuve, on aperçoit par places à Fhorizon de vagues amphithéâtres de collines, mais il

n'existe dans ce pays aucune masse montagneuse proprement dite, aucun centre de condensation et de dispersion des eaux.

Peut-être l'Adrar se distingue-t-il par un relief plus varié, mais la pénétration en est encore si incomplète, que nous devons nous borner ici à des conjectures. Or, on sait que le Sahara forme, au Nord de Tombouctou, un bourrelet contre lequel les eaux d'amont se sont d'abord amassées, formant les lacs Débo et Faguibine qui furent comme le premier delta du Niger. L'Adrar serait alors le bastion le plus occidental de ce redressement, celui dont le voisinage aurait courbé le Sénégal vers l'Atlantique.

La zone de relief subsaharien qui est celle du bas Sénégal se continue vers l'Est, empiétant même sur la bouche du Niger par les steppes du Kaarta et du Macina, et déjà le relief du Haut- Sénégal, où les sources que forment le Niger^ le Sénégal, le Falémé, la Gambie, le rio Grande, s'épanouissent en éventail autour du Fouta Djallon, diffère sensiblement de celui du bas pays par son caractère accidenté.

Dans cette partie de la côte sénégalienne^ deux régions sont particulièrement intéressantes : le Cayor et le Baol d'une part ; la région des Niayes, de l'autre.

« Le Cayor et le Baol constituent une région, dont le soubassement comprend des couches très variées, plissées et faillées par les grands mouvements du sol qui ont accompagné l'apparition des volcans du Cap Vert. Il est malheureusement difficile de se faire une idée très exacte de ce sous-sol, car ces l'égions ne sont entaillées par aucune érosion profonde, el les quelques tranchées nécessitées p&r l'établissement du chemin de fer de Dakar à Saint-Louis ont traversé des épaisseurs notables de latérite, mais n'ont fait qu'effleurer les calcaires et les marnes sous-jacents. Enfin de fortes épaisseurs de sable et de latérite masquent absolument le sous-sol.

Néanmoins, on a pu recueillir de précieux renseignements, d'une part, grâce aux travaux de forage de puits dans le Baol, d'autre part, grâce à Texamen des falaises qui s'étendent depuis les environs de Rufîsque jusque vers le Sine-Saloum.

Dans le Baol, lors des forages de certains puits, exécutés par l'administration des Affaires indigènes, l'on a conservé avec soin

des échantillons des diverses couches traversées, avec l'indication de leurs épaisseurs et de leurs profondeurs. Il serait à souhaiter, dans rintérêt de Tétude, encore si incomplète, de notre colonie, que cette pratique se généralisât et devint réglementaire dans tous les travaux entrepris par l'administration. Yoici deux relevés de ces forages :

Puits de Thiès (Baol).

12 mètres Sables et graviers ferrugineux.

4 — Marnes feuilletées.

6 — Graviers agglomérés.

2 — ..... Calcaires sableux à dents de squales.

3 — Calcaires à bivalves.

8 •"— Grès jfissurés {niveau de Veau),

5 — ..... Grès argileux .

3 — Calcaire crayeux.

Puits de la ferme-école de M'hamhey (Baol).

3,5 mètres Sables.

2 — Gravier ferrugineux.

3 — Gravier calcaire.

10 — Calcaire marneux.

3 — Calcaire compact.

2 — Argile feuilletée.

2 — Calcaire.

? — Calcaire à Ostrea^ niveau de l'eau.

Du cap Rouge au cap de Naze, l'examen des falaises révèle une série de bancs calcaires, quelquefois dolomitiques, plongeant à 10 degrés vers le Sud-Ouest, et dont l'épaisseur totale peut atteindre 45 mètres. Ces calcaires, très remaniés par les pluies tropicles^ sont souvent recoupés de filonnets de calcite, d'hématite, etc. Au Sud-Est de Popenguine, au cap de Naze^ ces formations calcaires sont remplacées par des épaisseurs de 25 à 30 mètres d'un grès argileux très tendre, jaune, veiné de rouge et de violet par les infiltrations d'hématite. Ces grès reposent sur de puissants bancs de marnes grises et d'argiles bleuâtres, souvent ocreuses, et entrecoupéesde petits niveaux de gypse. L'ensemble de ces formations paraît être tertiaire, peut-être avec

un peu de Crétacé. Certains fossiles, très rares, ressemblent à ceux de l'Éocène français. Des dents de squale paraissent appartenir à V Odontaspis ciispidata » (1).

Tout le long de la côte entre Dakar et Saint Louis s'étend la région des Niayes (région des palmiers).

« C'est une plaine sablonneuse, basse, étroite, adossée aux premières hauteurs du Cayor, et séparée de la mer par une chaîne de dunes. (Jes dunes d'un sable fin, allant du blanc au rouge brique, atteignent une altitude d'une trentaine de mètres et plus en certains points (Petites Mammelles, au Nord-Est de la baie d'Yof). Ces dunes, interrompues par Fembouchure du Sénégal, se continuent au Nord jusqu'à celles du Sahara. Les unes sont mobiles, les autres fixées par les plantes.

Le fond des Niayes, couvert d'une végétation abondante et touffue, est jalonné par une série d'étangs et de lagunes, les uns d'eau salée, les autres d'eau saumâtre, d'autres enfin, d'eau douce, alimentée par les infiltrations venues de l'intérieur.

La presqu'île du Cap Vert, avec les plaines calcaires basses et marécageuses où est construit Rufisque, les hauteurs de Ouakam, les falaises de calcaire altéré, injecté de fer, de Dakar, les basaltes en colonnades de Corée, du cap Manuel, des îles Madeleines, forme encore une région particulière » (2)

La côte soudanienne . — La côte, monotone et rectiligne au Sud du Cap Vert passe à des conditions nouvelles dès les embouchures des courtes rivières qui précèdent la Gambie ; des iles sont détachées du littoral ; la mer poussée par le contre-courant équatorial, ne s'épuise plus en vagues molles contre des dunes de sable ; des factoreries sont montées sur pilotis dans les alluivons grasses bordant les fleuves qu'elle a creusés ; la navigation maritime est ainsi portée par la Casamance et par la Gambie assez avant dans l'intérieur des terres ; c'est la côte du Soudan qui commence, succédant à celle du Sahara ; les différences s'accusent de plus en plus nettement jusqu'à notre Guinée par la Guinée portugaise, où l'estuaire du Rio Grande débouche en face de l'archipel des Bissagos.

(1) Cligny, op. cit.

(2) Ibid., p. 332.

Hydrographie. — Le réseau dos eaux courantes comporte principalement le bas Sénégal, qui né dans la zone des pluies tropicales se prolonge comme le Nil à travers le désert, où l'inondation d'amont le soutient en l'absence d'affluents permanents.

La vallée du Séîiégal. — La vallée du Sénégal s'étend entre les formations gréseuses du pays des Maures, du Fouta et du Ferlo, aussi désertiques les uns que les autres. Dans la vaste plaine où se creuse son lit, le fleuve s'est livré à des divagations sans nombre ; sur ses deux rives s'étend un dédale inextricable de marigots, entre ses bras, dévastes îles autrefois très boisées, maintenant presque entièrement livrées aux cultures sont à chaque crue recouvertes en partie par l'eau, qui chaque fois dépose un limon fertilisant.

En outre, le long des marigots qui avoisinent la mer, l'action des organismes vivants a créé de singulières collines de coquillages, mêlés de sables et de limons, qui peuvent s'élever à 35 mètres, comme celle exploitée pour ballast à Tountoulit. La plupart des mollusques dont les coquilles forment ces accidents appartiennent à des espèces actuellement vivantes dans les eaux saumâtres. Cette formation, bien connue dans les environs de Saint-Louis, se retrouve un peu partout où il existe des lagunes saumâtres. Ainsi, à la Somone, entre Rufîsque et Portudal, des acéphales [Arca)^ des gastéropodes {Tympanotoniis), péchés comme comestibles par les indigènes, contribuent journellement à augmenter de leurs débris des collines déjà hautes de 8 à 10 mètres.

Cours du Sénégal. — Le bas Sénégal entre dans la colonie à BakeL pris du confluent de la Falémé.

Le fleuve Sénégal, formé par plusieurs rivières (Bafîng, Bakhoy et Baoulé), descendant du Fouta-Djallon, s'étend une longueur de 1.700 kilomètres et est navigable jusqu'à Kayes. C'est un fleuve à biefs successifs et à crues annuelles importantes.

Le Sénégal n'ayant, ni lui, ni ses affluents, aucun réservoir naturel dans sa partie supérieure, la vague des eaux delà saison des pluies, cu'culant et s'écoulant sans régulateur, crée des diflé-

rences de niveau très considérables. Au mois d'avril, les vapeurs ne tirant que 60 centimètres d'eau ne peuvent pas dépasser le seuil de Mafou, à 33 milles (61 kilomètres) de Podor ; ils ne peuvent arriver là que parce que la marée s^y fait encore sentir ; on est alors obligé de traîner les pirogues et les chalands sur des seuils où il n'y a pas 10 centimètres d'eau. Aux plus hautes eaux, de juillet à octobre, des vapeurs de 1.000 tonneaux peuvent aller directement de Bordeaux à Kayes. A Bakel, la crue est de 15 mètres; à Dagana, elle atteint encore 4 mètres.

Le fleuve, dont le courant est presque insensible au mois de janvier, ronge aux hautes eaux les parties concaves de ses rives, de manière à mettre en danger certains postes, Dagana par exemple, à faire disparaître deux sur trois des rangées de magnifiques caïlcédrats bordant les quais de Podor, et à nécessiter des travaux de défense assez sérieux pour garantir certaines localités contre l'envahissement de l'eau.

De temps en temps (tous les quatre ans, disent les indigènes), des crues d'une ampleur exceptionnelle inondent la vallée sur une largeur qui atteint 30 kilomètres, transformant certains postes en îles, et fertilisant tout le fond de la vallée par le dépôt d'un limon sableux analogue à celui qui fait la richesse de l'Egypte.

Les différences de courants et de niveaux ont taillé dans les berges du Sénégal une série de gradins réguliers, qui contribuent à maintenir l'escarpement de ces berges.

Les seuils que le Sénégal est obligé de franchir sont dus à différentes causes : les uns, à la présence des bancs de roches dures, que le fleuve n'a pas encore pu détruire. D'autres, comme celui de Mafou, paraissent dus surtout à l'accumulation de débris végétaux, peut-être retenus par les aspérités d'une roche dure sous-jacente.

Dans la partie inférieure de son cours, viennent se brancher sur le fleuve un grand nombre de tnarigots, les uns (marigots de Doué, de Morghen) se comportant comme des bras du fleuve, d'autres se terminant en cul-de-sac, d'autres enfin servant de déversoir à de vastes étendues d'eau (lac Ca^ar, lac de Guier).

Ce lac de Guier, ou de Merinaghen, ou lac Paniéfoul, pré-

sente un intérêt particulier. Il occupe une vallée large de 12 kilomètres, longue de 80, qui se prolonge jusqu'au-delà de Yang- Yang par une autre vallée, plus resserrée, complètement sèche en dehors de Fhivernage, prolongée elle-même vers le Sud-Est par une suite de dépressions.

Le niveau de ce lac est assez variable, en dehors des crues annuelles ; alors que, en janvier 1900, il pouvait à peine porter des pirogues jusqu'à Merinaghen, on a pu, en 1891, lors delà campagne contre Ali Boury, ravitailler par chalands le poste de Yang-Yang.

Le lac de Guier communique avec le Sénégal par la rivière Taouey, qui vient déboucher à Richard Toll. Cette rivière tortueuse, aux rives encaissées, d'une largeur qui n'atteint pas 45 mètres a, d'avril à septembre, son courant du Nord au Sud lorsque la crue du Sénégal vient remplir le bassin de Merinaghen ; d'octobre à avril, le lac se vide dans le Sénégal, et le courant s'établit du Sud au Nord. C'est au confluent de la Taouey et du Sénégal que le bateau citerne « Akba » vient chercher une partie de l'eau douce nécessaire aux habitants de Saint-Louis lorsque la baisse des eaux du fleuve permet à la salure de l'Océan de remonter jusqu'à 100 kilomètres dans l'intérieur.

Il serait très facile, en raison de l'étroitesse de la Taouey, de la barrer au moyen d'écluses complétées par quelques digues coupant les plaines basses avoisinantes. On conserverait de la sorte dans le lac de Merinaghen une énorme masse d'eau, capable de servir de voie de pénétration commode jusqu'au cœur du Djolotf.

Dans les environs de Saint-Louis, le marigot de Kassak a été barré pour servir de réservoir d'eau douce. Une usine élévatoire, située à Makhana, envoie cette eau jusqu'à Saint-Louis.

A cinquante kilomètres en amont de Saint-Louis^ s'ouvre le marigot des Maringouins, qui se dirige perpendiculairement à la côte. Il parait avoir été un ancien passage du fleuve vers la mer. Il semble aussi que le fleuve ait utilisé autrefois un itinéraire passant parle lac de Guier, et de là par Louga, pour venir déboucher à la mer vers les Nayes ; ce qui le donne à penser, c'est, d'une part, dans les environs de Merinaghen, la présence

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d'une série de vallées, actuellement sèches, orientées N.-E. — S.-O. et d'autre part la présence sur cet itinéraire, d'un certain nombre de dépôts récents, évidemment d'eau douce. Certains géographes ont cru (mais cette opinion ne parait pas justifiée), que le tïeuve, abrité parles duaes du Cayor, suivait la direction du marigot de Bounoun et venait déboucher dans le goll'e de Rufîsque, peut-être à la Somone.

Enfin, une tradition indigène prétend qu'à Benou Boro, près de M'bala (cercle de Tivaouane), il y avait un estuaire où venaient ancrer les vaisseaux des Blancs.

Barre du Sénégal. — A l'heure actuelle, d'ailleurs, l'embouchure du Sénégal est loin d'être fixée ; depuis 1850, elle a changé de place, irrégulièrement, sur 25 kilomètres de longueur. Sur ce trajet, le fleuve coule parallèlement à la mer, dont il n'est séparé que par la Langue de Barbarie. C'est une flèche de sable, large de 300 à 400 mètres, si basse que par les gros temps les lames passent par-dessus ; un raz de marée, une tornade, ont bientôt fait de déplacer ces sables mouvants et de créer une brèche qu'agrandit le fleuve et qui devient du jour au lendemain sa nouvelle embouchure. Cette embouchure, d'ailleurs, est obstruée par les sables, qui déterminent la barre du Sénégal ; sous l'influence du conflit de la marée, des vents dominants, et du courant fluvial, elle se déplace continuellement et nécessite une surveillance incessante. A la saison sèche, elle n'a souvent pas plus de 2 m. 50 d'eau et oblige les navires à se délester pour passer ; à l'hivernage les eaux du fleuve refoulent les eaux delà mer jusqu'à plus de 10 kilomètres au large. M. Bouquet de la Grye, M. Aube, ont proposé de fixer l'embouchure du Sénégal au moyen d'une jetée qui empêcherait les divagations des sables.

Le Sénégal joue, au point de vue économique^ un rôle de premier ordre : la vie animale, assourdie sur tous les plateaux voisins par la toute puissance du régime désertique, éclate au contraire et s'épanouit le long du fleuve, et des indigènes sédentaires ont pu, rassurés par la présence des Français, établir des villages sur les points des rives où ne se tenaient autrefois que des marchés temporaires.

Les Rivières du Sud. — La côte, au Sud de Joal et jusqu'à la colonie anglaise de Sierra -Leone est entamée par une série de vastes et larges vallées-deltas, où, parmi des alluvions récentes sillonnées de nombreux marigots, la mer entre profondément et peut, jusqu'à 150 kilomètres dans l'intérieur des terres, porter des bâtiments d'un certain tonnage. Ce sont les Rivières du Sud : Saloum, Gambie, Gasamance, Rio Gacheo, Geba^ Mellacorée. Ges curieuses vallées, assez vastes pour contenir un fleuve majestueux, ne servent pourtant de réservoirs qu'à d^assez faibles rivières (Gambie et Rio Grande exceptés). Il faut peut-être y voir d'anciennes vallées^ longuement façonnées dans des territoires éloignés de l'Océan, ramenées au niveau de la mer et envahies par ses eaux à la suite d'un de ces effondrements qui ont abaissé le sol africain vers la ligne de fracture jalonnée par les volcans de Madère, des Ganaries, de Gorée, des iles du Gap Vert, des îles de Los, de Gameroun et de Saint- Thomas. Deux larges et vastes vallées, de formation analogue, coupent en deux la presqu'île du Gap Vert, du Sud au Nord, sur 40 kilomètres de large, et se joignent à la station de Pout par leurs parties amont. G'est la Somone, qui communique avec la mer au Sud, et la Tanma, séparée de la mer au Nord par une ligne de dunes. Le fond de la Somone est occupé par un vaste marigot couvert de palétuviers ; le fond de la Tanma est, pendant la saison sèche, tapissé de vases salées blanchâtres ; pendant la saison humide, rempli d'eau légèrement saumâtre. Ges eaux ne sont alimentées, pendant la saison sèche, que par quelques ruisselets provenant de sources ; pendant la saison des pluies, de vastes bassins de réception, découpés dans les assises marneuses et latéritiques du plateau de Thiès, y jettent de puissantes rivières torrentielles.

Mais ces vallées sont trop larges, le seuil qui les sépare trop peu élevé (15 mètres), les hauteurs avoisinantes trop faibles pour qu'elles aient été creusées par les eaux de ruissellement, telles qu'elles peuvent être fournies actuellement. Ge doit être des vallées d'effondrement.

Ainsi, entre le Sénégal et le Niger du Macina, les eaux superficielles sont rares ; les colonnes Archinard, à la recherche

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d'Ahmadou dans le Kaarta, durent apporter une provision d'eau potable ; les groupements indigènes sont pressés autour des puits, tels ceux d'Ouossiboujou qui furent disputés avec acharnement à nos troupes. Des ravins d'oueds, aux berges abruptes, égratignèrent de raies profondes la surface du plateau. Cette nature est celle du Ferlo, au Sud du Sénégal^ région misérable, parce qu'elle manque d'eaux courantes. Dans le Cayor même, le long de la voie ferrée du chemin de fer de Dakar à Saint -Louis, ce sont encore des eaux souterraines qu'il faut amener à la surface pour les besoins de l'homme et de l'agriculture. Mais déjà quelques courtes rivières côtières, le Joal, le Saloum, terminées par de petits estuaires^ annoncent l'approche des conditions tropicales.

Le Saloum, n'est autre chose qu'un bras de mer pénétrant très avant dans les terres et se ramifiant en plusieurs dérivations ou marigots qui se détachent du courant principal formé parle flux et le reflux de la marée. Il ne reçoit aucun affluent d'eau douce, sauf au moment des grandes pluies de l'hivernage. Cet estuaire marin et les marigots qui en dérivent baignent de leurs eaux toujours salies les Etats indigènes du Saloum, du Sine, du Niom et du Rip.

A 60 mille marins environ de son embouchure on trouve, sur la rive droite, le poste de Kaolaok que les grands bateaux peuvent atteindre en toute saison.

La Gambie. — Les conditions tropicales se précisent le long de la Gambie et de la Gasamance. La Gambie finit en terre anglaise, mais ses sources appartiennent au Fouta Djallon et son cours moyen, jusqu'à Yarboutenda, relève de notre Sénégal.

Avant d'entrer en plaine, elle traverse plusieurs défilés où elle n'est pas navigable; mais les bâtiments de mer peuvent la remonter sur plus de 300 kilomètres, et ses affluents de gauche, Sandougou, Niériko, découpent dans le plateau des brèches par où l'on gagne la Falémé et le Sénégal de Bakel sans sortir de la zone du climat tropical ; l'estuaire de la Gambie, dépendance politique de l'Angleterre, appartient économiquement aux maisons bordelaises qui font le commerce du Sénégal.

La Casam,ance. — La Gasamance dont le cours total mesure

environ 300 kilomètres, finit dans l'Océan par un chenal large de 2 kilomètres et dont les profondeurs seraient au moins 2 m. 50 jusqu'à Carabane : de là jusqu'à Sedhiou, de grandes barques de 200 tonnes remontent en toutes saisons ; elles font escale au passage à Ziguinchor, poste de la rive gauche. On a songé à pénétrer par la vallée de la Gasamance vers celle de la Gambie moyenne : mais le pays intermédiaire, raviné, coupé de petits bois, n'est guère propice à la circulation commerciale. Aussi bien la Gasamance est-elle apparue comme un impasse plutôt qu'un corridor d'entrée vers le Soudan occidental. N'en est-il pas de même d'ailleurs du Rio Grande et des petites rivières littorales dont le commandement ne dépasse pas les districts voisins de leurs rives ?

Ainsi, le Sénégal apparaît au point de vue géographique, comme une colonie de façade, et on ne saurait méconnaître l'étroite corrélation qui y existe, tant au point de vue du relief que de l'hydrographie, partant de la vie économique, entre nos territoires sénégalais et les pays de Ihinterland, établissant deux régions naturelles distinctes.

Si la zone comprise au Nord du Gap Yert accuse, en effet, un caractère nettement subsaharien, la partie méridionale de la colonie révèle une influence soudanienne, et la Gasamance est, dans notre domaine de l'Afrique occidentale^ le district le plus septentrional où des expériences d\')griculture tropicale aient été tentées.

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