CHAPITRE VI
L'étude des diverses races qui habitent le Sénégal est des plus complexes ; en contact avec les races blanches venues les unes des Etats barbaresques à travers le Sahara^ les autres du bassin du Nil, en traversant presque tout le continent, le Sénégal offre le contraste des types les plus divers : Maures se rattachant aux Arabes et aux Berbères, Peuhls originaires de la Haute-Egypte, Nigritiens autochtones ou venus du centre de l'Afrique. Cependant depuis quelques années les observations se sont multipliées et ont commencé à faire un peu de jour dans ce fouillis : Binger, en montrant les relations qui existent entre les races nigritiennes du Soudan a créé l'unité ethnique des populations jusqu'alors considérées comme différentes ; l'examen de crânes peuhls a permis récemment d'établir leurs rapports avec des crânes fellahs de la vieille Egypte et a à peu près résolu une question depuis longtemps discutée ; trois groupements semblent aujourd'hui nettement établis: les Af<2?«r^6", \es Peuhls elles Mandés. Il reste à classer les populations anciennes Ouolofs, Sérères, Diolas, Baniounkas, Bâtantes qui ont été refoulées vers le littoral et que l'arrivée de
(1) Voir à ce sujet la très intéressante monographie : les Races du Sénégal par le docteur Lasnet dans Une mission au Sénégal i Paris, 1900, in-S"^ et celle de M. Zabofowski .lans les, Colonies françaises {PavIs, Larousse, 1900, in-S") auxquelles nous avons faits de larges emprunts.
races plus fortes aurait infailliblement fait disparaître sans notre intervention : quant aux populations fétichistes du bas Sénégal et de la Gasamance, elles ont entre elles de nombreux caractères communs que Ton trouve à peu près identiques chez beaucoup d'Achantis et qui peuvent faire supposer une origine commune.
Répartition géographique des racés. — Les Maures habitent la rive droite du Sénégal depuis Bakel jusqu'à la mer ; leur limite est rigoureusement fixée au Sud par le fleuve qu'ils ne doivent pas dépasser (Traité de 1858 avec Faidherbe). Ils sont divisés en un grand nombre de tribus dont les plus importantes sont les Trarzas, les Braknas^ les Doua'ichs. Les Trarzas occupent un espace d'euviron 100 kilomètres sur le bord du Sénégal au-dessus du Oualo et Dagana est l'escale où ils apportent leurs marchandises ; les Braknas s'étendent sur un espace double en longueur au Nord du Dimar et du Fouta, leur escale est Podor ; les Douaïchs occupent une région à peu près aussi étendue au Nord- Est du Damga et viennent faire leurs échanges à Kaédi. Au Nord de ces trois groupes se trouvent les oasis de VAdrarei du Tagant^ qui entretiennent quelques relations avec le gouvernement du Sénégal et différentes tribus qui viennent rarement aux escales Oïded-Nasser, Ouled-Zaïd, Ouled-Allouch, Ouled-Embareck, Sidi-Mahmoud.
Le chiffre très approximatif de la population maure est de 80.000, tous musulmans.
Peuhls. — Les Peuhls, Pouls^ Fellahs, Foulas, Foulbès, très répandus dans l'Afrique septentrionale, forment une longue traînée depuis le lac Tchad jusqu'au Sénégal ; ils sont épars en tribus plus ou moins puissantes depuis le Darfour jusqu'au Fouta, le plus souvent très clairsemés et perdus au milieu des races noires. Au Sénégal, ils constituent la majeure partie de la population de la haute Gasamance et de la haute Gambie, sont mêlés aux Toucouleurs dans tout le Fouta et forment de nombreux groupements disséminés en pays ouolof.
Leur population peut être estimée à 110.000, dont 80.000 musulmans, les autres fétichistes.
Les Laobés inséparables des Peuhls, quoique de race différente, sont par groupes épars au milieu des populations étran-
gères; environ 10.000, dont la moitié musulmans, les autres fétichistes.
Toucoideurs. — Les Toucouleurs forment la plus grande partie de la population du Fouta sur le moj^en Sénégal, depuis Bakel jusqu'à Dagana ; ils occupent les provinces du Damga, du Fouta, du Toro, du Dimar. Tous musulmans, leur nombre dépasse 100.000.
Mandingiies. — Les Mandingues habitent les bassins de la Casamance et de la Gambie ; ils constituent la population dominante du Niani, du Ouli, du Tenda, du Gamon ; en Casamance ils occupent le Pakao, le Boudhié, le Jacine, le Brassou, le Balmadou, le Souna ; on les trouve aussi dans le Fouladougou et le Firdou mélangés à des Peuhls, dans le Bondou mêlés aux Sarracolès et aux Ouolofs, dans le cercle de Nioro avec des Sérères. Ils sont presque tous musulmans.
Sarracolès. — Les Sarracolès, autrefois nombreux et puissants, sont épars aujourd'hui au milieu des autres races ; ils habitent de nombreux villages sur les bords du Sénégal entre Kaédi et Bakel, mais c'est entre Bakel et Bafoulabé qu'ils présentent les populations les plus pures et les plus compactes ; ils occupent les pays de Galam, Guidiaga, Guoye ; on en retrouve également éparpillés dans le Sud au milieu des Mandingues et des Peuhls, depuis les contreforts du Fouta-Djallon jusqu'au Bambouk.
Tous musulmans
Khassonkès. — Les Khassonkès, métis de Mandés et de Peuhls, vivent dans les environs de Médine, habitent le Khasso, le Guidimaka, le Kamera, le Nadiaga ; sont très mélangés de SarracolèS;, Bambaras et Toucouleurs ; tous musulmans.
Le chiffre approximatif des populations de race mandé qui habitent le Sénégal jusqu'à laFalémé est d'environ 70.000 (Mandingues, Sarracolès ou Khassonkès).
Ouolofs. — Le pays occupé par les Ouolofs comprend les provinces du Oualo, du Cayor, du Djolof et une partie du Baol ; il est limité au Nord par le Sénégal qui le sépare des Maures, au Sud vers le Cap Vert il touche au pays des Sérères, à l'Ouest il donne sur l'océan Atlantique et à TEst sur le Fouta des Toucou-
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leurs, couvrant un espace à peu près quadrilatère de 220 kiL Nord-Sud sur 150 Est-Ouest. Dans le Rip, le Ouli, le Bambouk, en Gasamance (Carabane et Sedhiou), on trouve en outre de nombreuses agglomérations de la même race, débris du vieil empire Djolof ou colonies de formation récente constituées par des traitants venus pour faire des échanges et installés définitivement dans le pays.
Le nombre des Ouolofs est de 440.000 dont 2 ou 3.000 catholiques, tous les autres sont musulmans.
Sévères. — Les Sérères s'étendent au Sud du Cayor, depuis le Cap Vert jusqu'à la Gambie, embrassant tout le bassin du Saloum et une partie de celui de la Gambie. Leur territoire, qui mesure 12.000 kil. carrés, comprend les régions du Baol, du Sine et du Saloum ; ils se divisent en deux grandes fractions : les Sérères None du Gap Vert à Joal sur la côte et les Sérères Sine dans le bassin du Saloum.
La population sérère est d'environ 180.000 individus, presque tous fétichiste^.
Diolas. — Les Diolas occupent la plus grande partie de la basse Gasamance entre la Gambie et le Gacheo, jusqu'au Songrougou et à Zighinchor où commencent les Baniounkas ; au Nord, ils sont en rapport avec les Mandingues de la Gambie anglaise, au Sud avec les races portugaises des Papels et des Mandiagos, à l'Est avec les Baniounkas.
Les renseignements que l'on possède sur leur nombre sont très incomplets : près de 80.000, dont quelques chrétiens et tous les autres fétichistes.
Baniounkas. — Les Baniounkas occupent les deux rives de la Gasamance, entre les Diolas à l'Ouest, les Mandingues au Nord- Est, les Balantes au Sud-Est. Ils sont environ 25.000, dont la moitié complètement soumis aux Mandingues du Boudhié et du Yacine et devenus musulmans; les autres, sauf quelques chrétiens, à Zighinchor, sont restés fétichistes.
Balantes. — Les Balantes occupent la rive gauche de la Gasamance entre les Baniounkas à l'Ouest et les Mandingues à l'Est ; ils s'étendent au Sud dans les hauts pays du Geba et du Gacheo. GhifTre approximatif de leur population: 15.000, tous fétichistes.
Les Maures
Les Maures sont de souche berbère et appartenaient au groupe desZenagas. Ils sont établis sur la rive droite du Sénégal, auquel ils ont donné leur nom, depuis le vm^ siècle ou peut-être seulement depuis le xi®. Leur peau bronze clair est encore généralement plus claire que celle des nègres et même que celle des Peuhls. Une certaine maigreur relative, leur regard vif et dur^ leurs membres nerveux, leur port permettent de les distinguer du premier coup d'œil des vrais noirs, mais eux-mêmes sont aujourd'hui très mêlés. Faisant depuis tant de siècles des esclaves et prenant des femmes parmi leurs voisins noirs, ils se sont condamnés à une nigritisation accélérée. Il n'y a peut-être pas un dixième d'entre eux qui soit de pure souche blanche. Parmi ces blancs, on distingue quelques individus de sang et de type arabes. Pour un tiers, ce sont des nègres purs ; le reste, la grande masse, se compose de métis. Ils vivent surtout de l'exploitation des forêts de gommiers. Mais grands éleveurs de chameaux, ce sont aussi des caravaniers. Ils transportent aujourd'hui les barres de sel de Taoudenit jusqu'au haut Niger et l'échangent contre des cotonnades apportées de Saint-Louis et des noix de Kola.
Leur organisation sociale rappelle encore celle des Touareg, mais dans chaque tribu, à côté de l'aristocratie guerrière des hassanes, s'est formée l'aristocratie religieuse des marabouts, et au-dessous de la classe des tributaires, les esclaves, bien plus nombreux, jouent un rôle beaucoup plus important. Ils ne portent pas le voile sur la figure, comme le font les Touareg et leur vêtement, un peu plus pauvre et plus simple, consiste essentiellement dans le cassoiiba, chemise ou soutane de coton bleu qui déteint sur la peau, et dans le seronalla, le pantalon turc si répandu.
Ils ont conservé l'amour du cheval, le goût des armes brillantes de leurs ancêtres arabes et berbères. Quoique n'aimant pas le travail régulier, ils ont parmi eux des artisans qui fabriquent la plupart des objets dont ils ont besoin. Ils habitent la tente en étoffe de poils de chèvre ou de chameau.
Ils ne sont pas rigoureusement monogames comme les Toua-
reg, et la femme ne jouit pas chez eux de la même considération. Les mœurs sont aussi bien moins sévères puisqu'ils sont pour la plupart de sang mêlé. Le divorce est facile pour les deux conjoints et fréquent. Beaucoup d'usages nègres ont pénétré parmi eux, notamment par les femmes, dans leur façon de se vêtir, de se coiffer, de s'orner, etc., et par la formation d'une classe de griots. Ils méprisent cependant profondément les vrais noirs, à l'égard desquels ils se montrent souvent cruels.
Les Peuhls
Les Peuhls sont disséminés un peu partout dans les différentes régions du Sénégal et vivent en groupements patriarcaux.
De mœurs douces et paisibles, le Peuhl vit au milieu de ses troupeaux pour lesquels il a un soin méticuleux et une affection profonde. Malgré cela, ses déplacements, à la recherche de pâturages plus riches, sont très fréquents et parfois renouvelés plusieurs fois dans la même année.
Le Peuhl est en général de mœurs pacifiques et de caractère assez doux; les danses et le tam-tam n'exercent aucun attrait sur lui ; par contre son intelligence pour les affaires est assez vive et doublée d'une grande méfiance. A l'encontre du Ouolof, il est économe et cache toujours sa richesse de peur d'être volé.
La majorité de ces indigènes est musulmane ; toutefois^ certaines tribus ont gardé des pratiques fétichistes. Comme tous les musulmans, ils pratiquent avec beaucoup de respect le culte des morts ; les funérailles d'un des leurs sont l'occasion d'offrandes en nature et de distributions de moutons aux pauvres. La rencontre d'une tombe sur leur chemin est l'objet de manifestations pieuses et la profanation d'une sépulture est considérée par eux comme un sacrilège.
Les mariages se consacrent en présence d'un marabout ; le fiancé est tenu de faire des cadeaux à la famille de la jeune fille et cette dot, représentée généralement en nature, l'honore d'autant plus qu'elle est plus élevée.
La femme peuhle exerce un ascendant considérable sur son mari; son avis est écouté et ses enfants lui manifestent de la
déférence et de Tobéissance. La polygamie est de règle chez les Peuhls mais Tautorité de la première femme est toujours plus influente que celle des autres.
L'instruction est assez répandue chez ces nomades et presque chaque village compte un marabout chargé ds l'éducation des enfants.
Les Toucoiileurs
Les Toucouleurs^ très répandus sur les rives du moyen Sénégal, sont avant tout des musulmans très fanatiques et toujours prêts à troubler le pays sous un prétexte rehgieux. Très entreprenants et doués d'un certain courage, ils se déplacent facilement pour aller tenter fortune au loin ou pour entreprendre le pillage d'une région.
En général le Toucouleur est de haute stature, les membres sont secs et bien musclés, la coloration est très variable. Les femmes ont moins d'embonpoint que les Ouolofs. Nos régiments de tirailleurs comptent un grand nombre d'indigènes de cette race dans leurs rangs : ce sont en général d'excellents soldats, bien que parfois indisciplinés.
Les écoles musulmanes sont très répandues chez ces tribus qui fournissent un grand nombre de marabouts auxquels est confiée l'instruction des enfants; renseignement consiste dans la connaissance et la lecture du Coran. Les Toucouleurs sont aussi très amateurs de bijoux et de gris-gris qu'ils portent parfois à profusion.
Insolents et orgueilleux, ils ont un profond dédain pour les Bambaras.
Les Mandingues
Les Mandingues forment le principal élément noir de notre Soudan. Aux xiii^ et xiv® siècles ils étaient les maîtres de l'empire de Tombouctou, fondé par les Souraïs, et depuis ils se sont répandus au loin. Dans tout le Mossi, jusque dans le Mampoursi, ils constituent une couche ethnique ou une classe superposée à un fond indigène plus ancien. Ils sont à l'état de groupes distincts sur le Niger au delà de Say, les Djerma étant des Manding)ies
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venus de la région de Tombouctou, au Nord du bassin de la Volta, dans la montagne de Bandiagara, etc.
Les Dioulas, commerçants en contact avec les Maures comme avec les Ouolofs, sont surtout des Mandingues ou des Mandés.
Les Bambaras
Les Bambaras sont répandus sur la rivé droite du haut Sénégal, dans le Kaarta, jusque sur les deux rives du haut Niger, et sous le Segou. Mêlés assurément à des Toucouleurs, ils sont pris entre les Maures au Nord, les Mandingues au Sud, les Peuhls au Sud-Ouest et à l'Est. Leurs caractères sont en rapport avec ces diverses contiguïtés; ils se rattachent cependant surtout au groupe mandingue par leurs traits dominants et par la langue, comme par bien des détails de mœurs. Lorsqu'ils ne vont pas nus ou ne se contentent pas de quelque guenille attachée autour de la taille, leur vêtement consiste en une tunique descendant aux genoux, un pantalon bouffant ou une culotte de coton à deux pointes. Ils sont bons cultivateurs^ et ont une organisation et de réelles qualités militaires, qu'ils tiennent sans doute des Mandingues, dans l'histoire desquels ils ont joué un rôle important.
Les Sarakolés et les Kassonkés
Les Sarakolés ou Poninkés sont un groupe voisin des Bambaras et confinant, d'autre part, aux Kassonkés. Leur origine est à peu près le même. Us avaient naguère des chefs peuhls qui ont fini par se fondre avec eux. Leur langue, comme leur caractère, témoigne de l'influence de ces derniers ; mais leur langage de même que le bambara ne présentent que des différences dialectales avec le mandingue.
A l'Est du Fouta et de la haute Casamance au Sénégal, dans le Bambouk, un rencontre des Mandingues en groupes distincts. Plus loin à l'Est, du haut Sénégal au haut Niger s'étendent les Kassonkés qui sont, comme les Toucouleurs, des noirs en partie d'origine foulane.
Mais ils ne sont formés que de deux éléments principaux,
Mandingues et Peuhis. On trouve chez eux les mêmes usages d'origine foulane que chez les Toucouleurs, en particulier la coiffure en cimier et celle en échafaudage de tresses et de chiffons, que recouvre le voile de mousseline légère appelé boiirtoiigal.
Les Oiiolofs
L'empire ouolof s'étendait autrefois sur le Djoloff, le Oualo et le Gayor et formait une cohésion puissante : de nombreuses guerres avec les Maures et les Toucouleurs ruinèrent ces régions qui ne connurent la tranquillité que sous notre domination. Toutefois la langue ouolof, si distincte des autres dialectes africains^ est demeurée la langue du commerce, et, à ce titre, est parlée par tous les traitants.
Les Ouolofs, depuis longtemps en contact avec les Européens, sont de moeurs assez douces et affables, et ne manifestent pas le fanatisme religieux des Maures et des Toucouleurs. Bien servi par une haute et puissante stature, et possédant des allures qui ne manquent pas de distinction, le Ouolof est d'un naturel très orgueilleux; il place son honneur dans le port ostensible de vêtements de couleurs très voyantes et se pare avec profusion de bijoux en corail, argent, or ou cuivre. Les femmes se couvrent d'une foule d'objets brillants et entretiennent avec soin les trous qui sont destinés à recevoir des boucles d'oreilles ; elles se garnissent les bras de lourds bracelets en argent et les enfants eux-mêmes adorent porter quelques bibelots.
Le Ouolof profite de chaque occasion pour se divertir, car il adore le bruit et a une véritable passion pour le tam-tam et les danses dont quelques-unes sont des plus lascives et des plus passionnées.
Les gris-gris sont aussi très en faveur auprès d'eux et ils ont une confiance illimitée dans leurs vertus ; quelques indigènes en portent de véritables charges, chaque gri-gri doit le protéger contre un danger spécial ; les marabouts entretiennent du reste ces croyances avec un soin d'autant plus jaloux qu'ils sont pour la plupart les fournisseurs de ces objets.
La famille est fortement constituée ; l'autorité des parents est
respectée et les vieillards rencontrent beaucoup de déférence. La condition de la femme est du reste assez élevée malgré la polygamie autorisée et réglementée par le Coran.
Les mariages sont l'occasion de fêtes qui durent souvent huit jours et dont les dépenses ruinent parfois les intéressés. Les unions ne se font qu'entre jeunes gens de même caste et un homme libre refusera toujours d'épouser la fille d'un artisan, pas plus qu'un artisan ne consentira à prendre pour femme la fille d'un griot.
Les funérailles d'un personnage important se célèbrent avec un grand cérémonial, et les veuves recouvertes d'un pagne sombre portent le deuil pendant quatre mois. Des distributions de mil et de provisions diverses sont faites le jour de l'ensevelissement aux pauvres et aux enfants en l'honneur du défunt et se continuent encore après pour en perpétuer la mémoire.
La majorité des Ouolofs est musulmane, toutefois l'on compte un certain nombre de catholiques à Saint-Louis, Dakar etGorée et les scapulaires et autres objets de dévotion remplacent alors les gris-gris.
Les Ouolofs acceptent volontiers notre pouvoir et adoptent même fréquemment nos coutumes avec une préférence marquée pour celles qui leur procurent des distractions ou leur donnent l'occasion de se revêtir de leurs plus beaux boubous.
Ils montrent un vif penchant pour le jeu et se réunissent volontiers autour d'un damier, ou bien encore, ils cultivent les jeux de cartes ; par contre le travail les attire beaucoup moins et s'ils consentent à faire quelques efforts ce n'est pas certes pour se constituer quelques économies en vue des années de disette ou de vieillesse mais bien pour se procurer plus de luxe. Ce peuple semble d'ailleurs nous être bien acquis et susceptible dans un avenir très rapproché de modifications importantes.
Les Sévères.
Les Sérères d^origine très ancienne au Sénégal occupent des régions étendues au Sine Saloum et au Baol. Le Sérère est loin d'avoir la finesse du Ouolof, le type est dur et grossier ; des
lèvres grosses, un nez très épaté, des membres inférieurs très grêles, rendent l'ensemble peu harmonieux. Par contre, sa constitution physique vigoureuse lui permet de vaquer aux travaux pénibles de la culture.
Les mœurs rudes et farouches des Sérëres s^adoucissent de jour en jour sous l'action bienfaisante de notre influence et au contact des Ouolofs plus civilisés.
Us sont presque tous fétichistes et croient aux esprits, qu'ils localisent dans les objets les plus divers ; il y a le génie de la fontaine, du baobab, du village, etc., et pour s'attirer les faveurs de ces esprits, ils leur font des offrandes de lait ou d'animaux.
La mort d'un Sérère est l'occasion de manifestations bruyantes, surtout si elle a lieu dans des conditions favorables, c'est-àdire, si l'on ne soupçonne pas Tintervention du « mangeur d'âme »; Des cris, des coups de fusils accompagnent les funérailles et un repas copieux, où les boissons alcooliques jouent le rôle le plus important, suit la conduite du défunt à sa dernière demeure. Les économies d'un Sérère passent en achat de bétail ou d'alcool ; et il n'est pas rare de voir des villages entiers se réunir pour causer, boire et s'en vivrer joyeusement. Cette passion pour l'alcool a du reste fini par atteindre la race et amoindrir sa force.
Les Sérères ne se mélangent pas avec les autres peuplades et les unions ne se font qu'entre les familles d'une même tribu. Comme chez les Ouolofs la polygamie est de règle.
La famille est assez mal organisée et le rôle de la femme se résume le plus souvent à celui d'une bêle de somme à qui incombent les travaux les plus pénibles; les enfants semblent peu compter et sont abandonnés à eux-mêmes.
Les Diolas et les Balantes.
Ces peuplades constituent des groupes assez importants en Casamance. Pour la plupart fétichistes, malgré des tentatives nombreuses de conversion a l'islamisme de la part des Ouolofs et des Toucouleurs, les Diolas ou Féloups et les Balantes ont gardé des coutumes encore très barbares. Les Balantes se livrent volontiers au pillage et opèrent principalement sur les troupeaux
Fig. 11. — Kaolack (Une factorerie).
Fio\ 12. - Vue de Fatick.
de leurs voisins ; d'un caractère très indépendant, ces indigènes se sont opposés longtemps à notre pénétration, mais l'installation des postes dans les régions qu'ils habitent, les a amené à des sentiments plus doux et l'étranger n'a plus à craindre d'être maltraité et dépouillé. La chasse est une des principales ressources de ces peuplades qui manifestent peu de penchant pour le travail régulier.
Comme les Sérères, les Bâtantes et Diolas croient aux esprits et n'admettent pas la mort naturelle. Un décès qui ne résulte pas d'un accident est à leurs yeux la preuve de Tintervenlion du « mangeur d'âme ». Pour le découvrir ils ont recours à l'épreuve du tali. A cet efïèt ils se réunissent en grand nombre autour d'une fontaine ou dans un endroit déterminé assez loin des villages. Le poison, un composé d'écorce de tali pulvérisée, de chair humaine, et de verre pilé, est apporté dans de grandes calebasses, puis distribué à des indigènes désignés pour représenter chaque village. Dès que l'absorption est faite, les patients doivent prendre une grande quantité d'eau ; si les vomissements suivent, c'est une preuve que les patients ne sont pas dangereux et les parents les reconduisent au village au milieu de manifestations bruyantes et joyeuses. Les mangeurs d'âmes au contraire ne vomissent pas le poison et meurent au bout de quelques heures, les cadavres sont abandonnés dans la brousse et les biens des victimes sont partagés entre les habitants de leur village. Personne ne peut se soustraire à l'épreuve du tali, les vieillards, les enfants, les femmes n'en sont pas exempts et celui qui tenterait d'échapper à cette coutume, serait massacré par les siens. Le tali fait ainsi chaque année de nombreuses victimes.
La considération d'un Balante pour son congénère est d'autant plus grande que celui-ci manifeste une habileté supérieure pour l'exécution d'un mauvais coup ; du reste les chefs sont en général choisis parmi les indigènes les plus pillards et un mariage avec le jeune homme le plus voleur du pays est très recherché.
L'état social est resté à la famille, les villages n'ont pas de chef réel et chaque chef de famille est le maître chez lui. La
femme est peu considérée. On lui abandonne l'exécution des travaux pénibles.
Les Baniounkas qui occupent aussi une grande partie de la Basse Gasamance, sont de mœurs plus douces : le vol est inconnu chez eux et l'accueil réservé à l'étranger toujours cordial. La famille est mieux organisée que chez les Bâtantes et les Diolas. Le chef de famille a une certaine influence et la femme est souvent écoutée.