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II. — Progrès des indigènes

Influence de la colonisation française.

La tâche d'initiation de Findigène à nos coutumes et à nos mœurs s'est présentée au Sénégal, avec de nombreuses difficultés provenant de la variété des races sur laquelle notre influence s'exerce. Dans chaque partie de notre colonie, se sont établis des peuples d'origine, de religions et de coutumes différentes ; des Maures pour la plupart disciples de Mahomet, dans le sud marocain ; des Toucouleurs, musulmans fanatiques plus éclairés, le long du fleuve ; des Ouolofs, musulmans ou catholiques, dans la région côtière ; des Sérères en grande partie, fétichistes dans le Saloum ; des Dioulas et Balantes aux coutumes encore barbares, en Casamance ; des Peuhls aux allures nomades, disséminés un peu partout. Si l'on songe qu'il y a quelques années, ces peuplades étaient encore en état d'hostilité permanent, toujours prêtes à lutter entre elles et à se dépouiller mutuellement, on comprendra les efî^orts que l'Administration a du accomplir pour faire régner la tranquillité chez des éléments aussi étérogènes. Les rapports des Administrateurs de cercles constatent en effet, que la sécurité, sans laquelle tout progrès matériel ou social est impossible, règne à peu près partout au Sénégal, et, les étrangers qui circulent dans le pays, non seulement ne sont plus molestés, mais trouvent un accueil bienveillant sur leur passage. L'indigène peut maintenant se livrer, sans crainte d'être spolié par son voisin des fruits de son labeur, à l'agriculture, à l'élevage ou au commerce, et sa reconnaissance pour la paix que

nous lui avons donnée, se traduit par une crainte respectueuse de notre puissance et une confiance plus grande dans nos institutions. Sans doute, certaines peuplades peu pénétrées par notre influence, gardent des habitudes de querelle et de vol, et se livrent encore à des pratiques barbares, mais d'une façon générale, le rapprochement de l'indigène vers nous suit une marche normale. Si les progrès accomplis ne sont pas plus rapides, il faudrait se garder d'imputer cette lenteur à un défaut d^organisation de notre part, ou, à un manque d'esprit de suite, mais bien plutôt en chercher la cause dans la nature de l'indigène si différente de la nôtre. L'indigène qui est d'un naturel très simple, ne peut comprendre la complexité de notre existence, et les manifestations si variées de notre activité lui semblent inutiles et au-dessus de ses forces. Notre tâche n'a pas pour objet son assimilation complète, ce qui pourrait bien être chimérique, mais elle comporte une œuvre d'initiation basée sur un ascendant moral soutenu par une force matérielle réservée à la légitime défense de nos droits et à l'exécution des lois humaines de la colonisation.

a) L'enseignement

Ecoles. — Le concours économique des indigènes nous sera assuré dans des conditions d'autant meilleures que notre enseignement aura amélioré leurs notions et leurs procédés techniques et que nous aurons suscité et développé leurs aptitudes au travail régulier et à la prévoyance,, en communiquant aux couches supérieures et moyennes de la population quelque goût pour les sciences et leur application. L'Administration comprenant tout l'intérêt qui s'attachait à cette question, s'est efforcée d'entreprendre une réforme complète de l'enseignement en multipliant et spécialisent les écoles. L'enseignement donné dans les écoles de l'Afrique occidentale comprend un enseignement primaire élémentaire, un enseignement professionnel, un enseignement primaire supérieur et commercial, une école normale commune à toute l'Afrique occidentale française. (iVrrêté du 24 novembre 1903).

Enseignement primaire élémentaire. — Cet enseignement est donné dans les écoles de villages, et les écoles urbaines et régionales. Les écoles de villages ouvertes dans les centres où le nombre d'habitants en justifie la création, sont en général dirigées par un instituteur iadigène à moins que le nombre des élèves ne nécessite un instituteur européen. Le programme de l'enseignement comprend essentiellement la langue française parlée et accessoirement l'écriture, le calcul et quelques notions sur l'agriculture. Les écoles régionales sont établies dans les chefslieux de cercle ou dans certains centres importants ; l'enseignement est donné de façon plus complète que dans les écoles de village. A chaque école régionale est annexée une section d'agriculture.

Le Directeur d'une école régionale doit être français, il est secondé par des adjoints européens ou indigènes. Les élèves des écoles régionales se recrutent après examen parmi les élèves des écoles de village.

Dans les villes comme Dakar et Saint-Louis où Télément européen est assez nombreux, les écoles portent la dénomination d'urbaines et comportent exclusivement un personnel européen.

Enseignement professionnel. — Cet enseignement est donné dans les écoles élémentaires professionnelles et dans une école supérieure constituée sous le nom d'école Pinet-Laprade. Le programme suivi comprend des études théoriques et pratiques. Les élèves apprennent suivant la section où ils sont versés, le travail du bois, de la pierre et des métaux.

Enseigne^nent primaire supérieur et commercial. — Une école primaire supérieure commerciale constituée à Saint-Louis sous le nom d'Ecole Faidherbe, comprend une section commerciale, une autre administrative préparant aux emplois coloniaux des travaux publics, douanes et une troisième dont l'objet est de mettre les élèves en mesure do suivre les cours des lycées et collèges de la métropole. Des bourses peuvent être accordées à des indigènes dignes d'intérêt. L'école est administrée par un Directeur sous le contrôle d'un conseil d'Administration.

Ecole normale. — Cette école a pour but d'assurer le recrute-

LES POPULATIONS DU SENEGAL i03

ment des instituteurs indigènes destinés à compléter le recrutement du personnel enseignant et à former le corps des interprètes et des cadis.

Les écoles Pinet-Laprade, Faidherbe reçoivent des élèves d^ toutes nos colonies de l'Afrique occidentale, mais le Sénégal en fournit le plus fort contingent.

De renseignement des filles. — Des écoles de village et des établissements urbains assurent l'instruction des filles; de plus des écoles spéciales dites ménagères qui seront créées au fur et à mesure du développement social des régions soumises à notre influence, donneront aux jeunes filles indigènes le moyen de s'initier aux choses du ménage.

Situation de l' enseignement au Sénégal. — Le Sénégal compte à l'heure actuelle 37 écoles urbaines, régionales ou rurales fréquentées par près de 5.000 élèves recevant ainsi l'enseignement officiel.

Les écoles de Dakar, Saint-Louis, Rufîsque et Gorée donnent l'instruction à environ 3.600 élèves et celles qui sont établies dans les escales du fleuve et de la ligne deviennent de jour en jour plus prospères, à Kaolack, à Bakel, par exemple, Teffectif scolaire a fait plus que doubler en quelques jours. Sans doute quelques peuplades comme les Sérères, Diolas, Balantes manifestent encore une certaine répugnance pour nos écoles et la clientèle publique de nos établissements scolaires ne s'est pas développée rapidement dans certains milieux ; mais nous avons rencontré de nombreux et multiples obstacles. A côté de nos écoles primaires, se trouvent une multitude d'écoles musulmanes et si la plupart comptent un nombre restreint d'élèves, quelques-unes d'entre elles atteignent parfois un chiffre important ; on peut évaluer à environ 289 le nombre de marabouts dans l'ensemble des territoires d'administration directe et celui des élèves à 4.000. L'enseignement est donné par les marabouts, presque toujours en langue ouolofe ; les élèves apprennent à psalmodier les versets du Coran et à reconnaître les caractères arabes. Quelques jeunes indigènes poussent leurs études plus loin et entreprennent l'étude de la grammaire arabe.

L'enseignement est donné dans une cour à ciel couvert ou sous un abri formé par une toiture en chaume supportée par des piquets. Le matériel classique est des plus sommaires. Aux heures des cours, généralement le matin et l'après-midi, les élèves se réunissent autour du marabout ( « Serigne » en langue ouolof) et après s'être accroupis autour du maître, ils répètent tous à la fois les versets du Coran qui sont inscrits sur des planchettes fabriquées d'un bois spécial. La leçon terminée, les enfants lavent les planchettes et regagnent leurs cases. Cet enseignement se poursuit pendant plusieurs années, jusqu'à la connaissance complète du Coran. Chez les loucouleurs, linstruction d'un enfant se traite souvent à forfait, et en dehors du paiement du prix convenu, les élèves font la quête pour leurs maîtres et lui apportent des provisions et des cadeaux. Les marabouts sont en général très ignorants et ne cherchent pas à donner à leurs élèves des explications sur le texte du Coran, ils se bornent à le faire psalmodier tranche par tranche de la façon la plus machinale ; toutefois, malgré le peu de portée au point de vue instructif de ce genre d'enseignement, il n'en est pas moins vrai que l'intluence qu'exerce un marabout sur les autres indigènes et le fanatisme religieux qui Tanime le rendent souvent hostile aux intérêts français, et en particulier à la fréquentation de nos écoles.

De renseignement privé. — L'enseignementofticiel est concurrencé par l'instruction privée en majorité congréganiste. Le but de ce genre est autant de faire du prosélytisme religieux que de l'instruction. Aussi la clientèle publique de ces établissements ne pouvait se développer, l'indigène éprouvant une répulsion à fréquenter des écoles où sa religion était combattue. Le nombre de ces écoles est aujourd'hui de 14, fréquentées par 300 élèves.

b) Progrès intellectuels

La nature très rustique de l'indigène, ses mœurs encore rudimentaires, son apathie pour le travail furent autant d'éléments qui s'opposèrent à une réalisation plus rapide, plus accentuée

des progrès intellectuels accomplis par les jeunes gens fréquentant nos écoles. Néanmoins, on peut constater quelques progrès sensibles, nous avons déjà réussi à former un certain noyau d'hommes intelligents et parlant bien notre langue qui répandent autour d'eux notre civilisation. De nombreux traitants du fleuve savent lire et écrire, et peuvent tenir une petite comptabilité de leur commerce. Quelques jeunes indigènes, instruits dans nos écoles sont employés comme préposés de douanes ou commis des postes ; d'autres servent d'interprètes ou d'écrivains dans les bureaux. Les jeunes enfants ne manquent pas d'une certaine vivacité d'esprit et les résultats obtenus aux derniers examens du certificat d'études attestent des progrès réels. L'enseignement, la divulgation de la langue du peuple colonisateur parmi le peuple colonisé sont des facteurs très importants de la civilisation, mais exigent une grande lenteur et une infinie persévérance.

c) Progrès matériels

Habitation. — La plupart des cases indigènes du Sénégal sont construites sur le même modèle et affectent la forme d'une ruche d'abeilles recouverte d'un toit de chaume. On constate dans les environs de Bakel une amélioration des habitations, les cases sont mieux aérées, plus spacieuses, et il n'est pas rare de trouver chez les indigènes, qui les occupent un petit mobilier composé de lits, chaises et tables.

Les Ouolofs en contact plus intime avec les Européens ont déjà réalisé des progrès sensibles ; leurs cases autrefois resserrées et étroites, aujourd'hui agrandies, forment contraste avec les huttes basses et inconfortables des Sérères, par contre les villages de ces derniers présentent une symétrie et un ordre agréable à la vue. Quelques indigènes, en grande partie des traitants, commencent à construire des cases carrées en bois ou en argile et se meublent à l'européenne en montrant une préférence marquée pour les objets brillants.

Les Peuhls, dont l'existence est très nomade, habitent des paillotes rondes et parfois de simples gourbis en paille qu'ils

détruisent quanl ils quittent remplacement. Dans les régions riches en pâturages ils établissent un village qu^ils entretiennent avec goût et se construisent des cases élégantes en pisé avec des murs épais et des toits débordant les murailles formant ainsi véranda.

La façon dont est construite une case est chez certaines peuplades un signe de la caste à laquelle appartient Thabitant et de la profession qu'il exerce, les traitants et indigènes aisés habitent en général des baraques en planches assez spacieuses, les nomades n'ont souvent pour abri qu'une légère toiture en paille supportée par quatre piquets^ les indigènes de basse classe occupent des cases très étroites. Les cases d'une même famille forment un carré, de telle sorte qu'un village se compose de plusieurs quartiers distincts occupés par des groupes exerçant des métiers différents. Les chefs de villages possèdent plusieurs cases.

On rencontre encore fréquemment des villages protégés par une enceinte puissante en bois ou en terre destinée à former défense en cas d'incursion des populations voisines.

L'administration s'efforce d'améliorer les conditions d'habitat de l'indigène ; lors d'un incendie qui détruisit en 1902, un village noir des environs de Saint-Louis, les anciennes cases en chaume furent remplacées aux frais du gouvernement par de petites maisons en briques, beaucoup plus hygiéniques et d'un aspect extérieur beaucoup plus propre. Dakar est en voie de transformation complète, et la ville comprendra d'ici peu un quartier réservé à l'élément blanc et un autre occupé par les indigènes. Un règlement prescrira la disposition du village noir.

Vêtement, — Sauf dans quelques régions encore peu pénétrées où les indigènes vont encore nus, dans la plupart des villages le noir commence à se vêtir. Le costume le plus répandu au Sénégal comporte en général pour les hommes, un boubou^ sorte de longue chemise sans manches, largement fendue pour donner passage aux bras, et un pantalon (touba), très ample, descendant jusqu'aux genoux.

Les femmes portent autour des reins un pagne, grand carré d'étoffe, ordinairement en cotonnade du pays, le haut du corps

est également recouvert par un pagne rejeté sur les épaules.

Les Sérères commeacent à utiliser le coton produit dans leur pays auquel ils mélangent du coton anglais, ils tissent ainsi des étofiPes solides, dont ils se confectionnent des boubous.

Dans le cercle de Bakel, les vêtements portés par les indigènes sont devenus plus luxueux, les commerçants débitent maintenant de fort jolies étoffes dont les noirs se parent avec orgueil. Des teinturiers renommés donnent aux tissus de fort belles couleurs et certains vêtements sont rehaussés de riches broderies dont la confection exige des mois de travail.

Les Ouolofs affectent beaucoup de recherche dans le choix de leurs vêtements ; ils aiment à porter avec ostentation des boubous de prix, blancs ou de couleurs voyantes. Au costume ordinaire, ils ajoutent fréquemment d'amples manteaux qui leur sont vendus par les Marocains, et exhibent volontiers des gilets à couleurs chamarrées.

Quelques catholiques ont adopté le costume européen, les hommes portent pantalon et veston et les femmes s'habillent avec des sortes de longues robes de chambre. Généralement le costume des enfants est des plus sommaires.

Les indigènes vont le plus souvent les jambes complètement nues, les pieds sont parfois garanties soit par une simple semelle en cuir retenue par des lanières enroulant la cheville, ou par des sandales de diverses couleurs mais vertes en général.

Dans les centres européens,, ils portent des vêtements mieux confectionnés, faits avec de bons tissus tels que le drap, la percale. Le Noir semble toutefois vouloir rester fidèle à son costume national plus en rapport avec son mode de vivre et avec le climat.

Les indigènes ne portent en général aucune coiffure, toutefois les Ouolofs se couvrent volontiers d'un vaste chapeau en paille tressée affectant la forme d'un cône très évasé.

Une coiffure assez répandue est le mbakhané, bonnet cylindrique en calicot ou en velours de couleur.

Les femmes s'entourent la tête d'un mouchoir qui leur couvre une partie du front et forme une espèce de bonnet noué sur le côte.

Leurs cheveux sont souvent disposés avec une très grande complexité et il existe de véritables professionnelles chargées d'édifier ces coiffures. L'opération exige beaucoup de temps et se paie très cher. [Jn morceau de bois ou une arrête de poisson remplacent; le peigne ; de la graisse et du beurre servent de pommade. La perfection d'une coiffure réside dans la multiplicité des mèches de cheveux tressées. Les enfants ont la tête complètement rasée, et on laisse aux petites filles quelques petites mèches pour y suspendre un gri gri ou une pièce de monnaie. Certaines familles adoptent pour leurs enfants des coiffures de fantaisies consistant en des dessins variés sur le crâne.

Les indigènes sont très amateurs de bijoux et s'en couvrent parfois à profusion, les femmes portent des bracelets à la cheville et des séries de boucles d'oreilles et de perles.

Nourriture. — La base de la nourriture de l'indigène est le couscous préparé avec du mil. A ce mets de chaque jour, il ajoute volontiers du riz, du poisson sec, ou de la viande. La religion musulmane défend à ses adeptes de manger de la viande de porc et de faire usage de boissons alcooliques.

Les Noirs utilisent aussi certains produits naturels tels que le fruit du baobab appelé bouy, les noix de kolas etc. Avec la sève du palmier, ils fabriquent un vin d'apparence laiteuse dont ils font une consommation abondante ; ils préparent aussi un hydromel agréable en faisant fermenter le miel du pays. Le dolo est une sorte de bière fabriquée avec du mil germé, des cidres capiteux sont préparés avec les fruits des différents arbres.

Les indigènes aisés améliorent leur couscous en y ajoutant de la viande, des condiments et des volailles et mélangent à leur nourriture des aliments européens. Le sel qui dans certaines régions sert encore de monnaie, est très recherché, et la consommation du sucre croît de jour en jour. Les produits variés de la chasse et de la pêche occupent une place importante dans leur alimentation.

Les aliments sont préparés avec de l'huile d'arachide ou de palme ; les mets sont assaisonnés de condiments variés et servis

avec des légumes ou des fruits de plantes recueillis dans la brousse. Ce n'est qu'exceptionnellement que les indigènes se nourrissent d'arachides ou de plantes à tubercules. Bon nombre d'entre eux cultivent avec soin des petits jardinets ensemensés de tomates, de salades et de choux dont ils sont particulièrement friands.

Hygiène. Santé. — Les indigènes ne semblent pas se soucier beaucoup de l'hygiène et de ses prescriptions multiples. Les villages noirs sont, sauf quelques rares exceptions, dans un état de saleté repoussante et l'intérieur des cases n'engage pas le voyageur à y pénétrer et à y établir son gîte; l'abri peu confortable d'une tente dressée à la hâte est préférable à une case indigène. La même case sert d'ailleurs à la fois de cuisine et de chambre à coucher et l'insuffisance des ouvertures fait de ces habitations de véritables bouges enfumés. Certaines cases sont à moitié enterrées sous le sol, sans air, sans lumière.

L'indigène ne prend du reste aucune précaution pour se préserver des intempéries et se soucie peu de la chaleur qu'il brave continuellement. Il se préoccupe peu de la qualité des aliments qu'il consomme et se désaltère avec la première eau rencontrée dans un marigot.

Les soins sont presque toujours donnés aux malades par les marabouts qui d'une indisposition vulgaire font rapidement une maladie grave et empirent souvent la situation du patient en lui faisant absorber des mixtures de feuilles d'arbre ou d'herbes variées. Certains féticheurs sont très réputés comme médecins et se spécialisent pour les affections de poitrine ou d'yeux, leurs méthodes sont des plus empiriques.

Il existe encore chez certaines peuplades de la Casamance des pratiques fétichistes qui font de nombreuses victimes, la quantité de cadavres abandonnés dans la brousse après l'épreuve du tali est considérable et il faut une forte natalité pour que la race ne soit pas anéantie par ces coutumes barbares.

La mortalité infantile est considérable chez les indigènes, les accouchements se font dans des conditions peu hygiéniques et il en résulte une proportion très grande d'aveuglesde naissance.

L'alcoolisme cause également beaucoup de dégâts, surtout chez les Sérères.

La création d'un service d'assistance médicale indigène dont il sera question plus loin est appelée à donner des résultats satisfaisants ; on peut déjà constater une plus grande confiance du Noir dans nos médicaments et le nombre d'indigènes traités dans nos hôpitaux augmente chaque jour.

d) Progrès des exploitations indigènes.

Les procédés de culture et d'élevage de l'indigène ne se sont pas beaucoup modifiés, ils sont restés ce qu'ils étaient jadis, rudimentaires et primitifs.

La principale culture du Sénégal est, comme nous le verrons de façon plus détaillée en nous occupant de l'agriculture, celle de l'arachide qui a pris dans le pays, une grande extension ; à Tépoque de la plantation, les Sérères se déplacent en grand nombre^ et au moment de la récolte, de longues caravanes de chameaux parcourent la brousse d'un pas lent, lourdement chargés de sacs d'arachides. Rufîsque est le marché le plus important de cette denrée.

Des champs de gros et de petit mil couvrent de grandes étendues dans le Gayor. Le maïs est cultivé autour de tous les villages ainsi que le manioc et les niébés, le melon, le riz, les patates douces, etc.

Le coton vient assez bien dans le Sine-Saloum où l'on en rencontre d'assez beaux champs, mais l'indigène ne le cultive que pour ses propres besoins.

Le tabac est produit en petite quantité. L'indigo pousse dans la région du Baol oriental ; le gommier et Larbre à caoutchouc se rencontrent en petit nombre dans la province de la Haute Gambie. Les essences forestières sont très variées; les régions ombragées et humides de la Casamance renferment des palétuviers, de grands acacias, des bambous et d'immenses lianes ; dans les provinces plus sèches du Gayor et du Baol poussent le Baobab, le caïlcedrat, le kevert ou cerisier du Gayor, le rônier; gur les bords des marigots, on trouve le Palmier nain, le tama-

rin du Sénégal. De nombreux bosquets de palmiers à huile ombragent des frondaisons de fougères.

Elevage, — Les Peulhs et les Sérères entretiennent de nombreux troupeaux de bœufs, de moutons et des porcs^ mais l'élevage proprement dit n'existe pas ; l'indigène ne comprend pas les avantages qu^il pourrait tirer de la sélection et du croisement des belles races, les animaux errent mélangés dans la brousse.

On rencontre sur les rives du fleuve une race chevaline dont le type est de taille assez élevée ; le cheval du Cayor est au contraire, de petite taille, 1 m. 20 en moyenne mais il est très résistant et d'un entretien bon marché. Le M'Bayar est le cheval de fatigue par excellence. Les indigènes éprouvent beaucoup d'orgueil à posséder une belle monture qu'ils sellent de harnachements très décoratifs. Les hippodromes de Dakar, Rufîsque et Saint-Louis présentent aux jours de courses une grande animation et le pari mutuel est encombré de Noirs discutant bruyamment les chances de tel ou tel cheval.

Les indigènes viennent écouler leurs produits sur les marchés des grands centres tels que Dakar et Saint-Louis ; le parcours, à une heure matinale^ dune de ces halles ne manque pas d'intérêt.

Industries indigènes. — L'industrie indigène est très peu développée et limitée aux besoins de la population. Les tisserands assez nombreux chez les Ouolofs, fabriquent des pagnes avec le coton du pays auquel ils ajoutent des fils colorés qui leur sont vendus par les traitants. Les Laobés tressent les fibres de l'écorce des baobabs et en font des cordes très résistantes. Les pièces d'étofte fabriquées par les tisserands sont composées de bandes dites de sor de 20 à 25 centimètres de large sur 4 mètres de long. Pour donner une coloration aux étoffes, les indigènes se servent de l'indigo dont toutes les femmes connaissent l'emploi.

Cordonnerie. — Les cordonniers préparent les peaux au moyen d'un bain composé de chaux de cendres et de fruits. Lorsque le cuir est suffisamment préparé ils confectionnent des sandales, des étuis de sabre et de poignard, des amulettes et des selles. Quelques-uns de ces objets ne manquent pas d'un certain cachet artistique.

Les Toucouleurs se servent de hauts- fourneaux en terre pour extraire le fer du minerai. Les forgerons forment une caste à part, et sont seuls à s'occuper de la fabrication des couteaux, des haches, des lances ; ils font également les instruments aratoires tels que les dabas, sortes de pioches, l'hilaire, etc.

Les bijoutiers forment une catégorie à part, et malgré un outillage des plus sommaires arrivent à faire des bijoux en filigrane d'un style arabesque qui ne manque pas d'originalité.

Le travail de la poterie est surtout répandu sur les rives du Sénégal ; les femmes préparent l'argile, la modèlent et font cuire les ustensiles dans de grands fours chauffés par de la paille ou du bois. Les ustensiles courants sont les marmites, les gargoulettes, les canaris, etc.. Les poteries de Dagana et celles de Podor sont particulièrement réputées.

Industrie du bois. — Les Laobés pratiquent Tindustrie du bois avec lequel ils font des pilons, des calebasses, des tabourets divers, des massues, etc., ils fabriquent également les caisses des tamtams et des violons. Les griots sont chargés d'achever les instruments. Quelques menuisiers ouolofs travaillent le bois avec goût et utilisent les outils européens pour la fabrication de tables, lits, meubles variés. Les indigènes qui se livrent à la pêche, construisent des pirogues de formes assez élégantes.

D'une manière générale, le travail était considéré autrefois chez beaucoup de castes indigènes, comme une dégradation et un abaissement de la condition sociale ; les corporations d'artisans jouissaient de peu d'estime ; notre influence et des exemples répétés de la participation du blanc aux divers labeurs, ont en partie fait disparaître cette répulsion de l'indigène pour le travail. Des travaux importants tels que comblements de marais insalubres, constructions de bâtiments publics, ont pu être accomplis rapidement grâce à une productivité plus grande de la main-d'œuvre noire et une habileté croissante des travailleurs acquise au contact des européens. Les salaires ont augmenté et l'indigène reçoit une rémunération journalière variant entre 2 à 3 francs.

Les moyens de communication s'améliorent de jour en jour ; les Administrateurs des cercles veillent à l'entretien des routes

Fig. 13. — La plage à St-Louis.

Fig.. 14. — Baignade de jeunes indigènes.

Fig. 15. — Bakel (Vue du fleuve)

Fig. 16. — Village sur le fleuve Sénégal

L7. — L'arrivée d'un transatlantique à Dakar.

Fig. 18. — Le Borgnis-Desbordes faisant route sur St-Louis.

et en font établir de nouvelles ; de nombreux chemins, débroussaillés trois fois par an, d'une longueur de 750 kilomètres sillonnent le Cayor et rendent les relations plus faciles ; des ponts ont été jetés sur les marigots et de nombreux puits creusés ces dernières années fournissent de l'eau en abondance.

Grâce à ces améliorations des moyens de communications, les échanges de produits et le transport des courriers s'effectuent beaucoup plus rapidement et notre action sur le pays devient plus efficace.

Si l'on admet que le développement général d'une nation est marqué par une marche parallèle des progrès sociaux et matériels on constatera que le Sénégal a déjà réalisé des progrès sensibles ; Tindigène produit plus et mieux, sa condition sociale s'améliore et son bien-être a augmenté. Sans doute, notre tâche n'est pas encore terminée, Toeuvre n'est pas au point, mais la colonisation d'un pays ne s'accomplit pas en quelques années, sa marche doit au contraire, être empreinte d'un grand esprit de méthode et de prudence et procéder sans à coup. Pour nous assurer le concours des indigènes il nous a été nécessaire d'adapter nos moyens d'administration à leurs coutumes. La perception des impôts et des taxes n'était pas sans difficulté, nous avons utilisé l'influence des chefs de canton pour la réaliser sans susciter de mécontentement et grâce à ce concours, les recouvrements s'opèrent aujourd'hui de façon régulière. Une réorganisation de la justice musulmane et la création de tribunaux de cercles permettent aux autochtones de régler leurs différends. Le respect des personnes et des biens, l'observation des règlements et le maintien de l'ordre, sont assurés par le fonctionnement d'une police coloniale. La participation de l'indigène à l'administration locale, nous a constitué un cadre de collaborateurs, guides, interprètes, contremaîtres surveillants.

Il était imprudent de livrer sans garantie des populations primitives au régime de la liberté des contrats et une sorte de tutelle était nécessaire pour les garantir contre les procédés des usuriers. Le contrôle de l'Administration empêche déjà les abus

et la création projetée de caisses de prêts deviendra une protection plus efficace et concourra à accroître notre influence.

Les résultats obtenus sont, on le voit, de bon augure et permettent de concevoir de légitimes espérances pour la réalisation de rœuvre de pacification et d'humanité que, de tout temps, nous avons poursuivie et dont ces cinq dernières années marquent une étape si décisive.

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