CHAPITRE IL
De la Monarchie et de la succession hérééU"
taire.
Les hommes étant tous égaux dans Tordre de la création , leur égalité ne put être détruite que par diverses causes^ parmi lesquelles on peut compter, sans doute, la distinction du riche et du pauvre, qui eut alors lieu^ sans qu'on connût les noms désagréables d^oppression et d avarice. L'oppression est souvent feffet des richesses, mais jamais le moyen de les acquérir; et si l'avarice empêche un homme de tomber dans Textrême indigence ^ elle le rend trop craintif pour qu'il puisse jamais devenir très-riche.
Mais il y a ensuite un autre grand coup porté à l'égalité , et qu on ne peut justifier par aucune raison naturelle ni religieuse : ce coup est la distinction des hommes entre rois et sujets.^ La nature a distingué les mâles et les femelles; Dieu , les bons et les méchans : inais comment parut -il dans le monde une race dliommes
aussi élevés au-dessus des autres, et regardés comme une espèce nouvelle ? Il est juste d'en rechercher Forigine et d'examiner s'ils sont créés pour le bonheur ou le malheur du genre humain.
En nous en rapportant à l'Ecriture sainte , nous voyons que, dans les premiers âges du monde, il n'y avait point de rois. Aussi, par une conséquence naturelle , n'y avait-il point de guerre ; Torgueil seul des rois livra le genre humain à la discorde. La Hollande , délivrée de rois^a joui^ dans ce siècle , de plus d'années de paix que tous les royaumes de l'Europe ensemble. L'antiquité nous fournit de pareils exemples; la vie tranquille et pastorale des premiers patriarches a quelque chose d'heureux qui disparaît dès qu'on arrive à l'histoire des rois juifs.
Les païens furent les premiers' qui instituèrent le gouvernement des rois ; et les enfans d'Israël les imitèrent bientôt. L'enfer ne put rien produire de plus capable de faire prospérer l'idolâtrie. Les païens adoraient les rois après leur mort. Les chrétiens ont depuis renchéri sur les païens, car ils adorent leurs monarques pendant leur vie. Eh ! combien est impie le litre de sacrée majesté ^ appliqué à un ver qui , malgré sa vaine splendeur, rampe encore dans la poussière !
Les droits de la nature ne permettent point qu'on élève autant un homme au-dessus des autres, et lautorilé de l'Ecriture ne petit justiûer cette élévation; au contraire, TEternel a déclaré, par la bouche de Gédéon et de Samuel ^ qu'il désapprouvait le gouvernement des rois. Tous les passages qu'on rencontre dans la Bible, contre les rois , ont été adpucis dans les gouvernemens monarchiques ; mais ils méritent certainement l'attention des nations qui sont encore à même de former leur gouvernement. « Rende^ à César ce qui appartient à Çésar^ » est la doctrine des cours. Cependam celle maxime n'a point élé faite pour un gouvernement monarchique ; car les Juifs étaient alors sans rois, et sous le joug des Roi^ains*.
D'après la Bible ^ le monde avait été créé depuis près de trois mille ans^ lorsque les Juifs , égarés^ s'avisèrent de denfiander un roi. Jusqu'alors leiir gouvernement, excepté dans quelques cas 011 le Tout-Puissant intervenait lui-même , avait élc une espèce de république^ gouvernée par un juge et les anciens des tribus, ils ne connaissaient point de rois, et il eût élé criminel de donner ce titre à tout autre qu'au Dieu des armées. Et quand un homme réfléchit un peu à Tidolâlrie avec laquelle on flatta les rois^ il n'est
U6) point surpris quô l'Eternel, toujours jaloux de sa gloire^ condamne une espèce de gouvernement assez impie pour s^arroger les droits du ciel même •
L^Ecriture met la monarchie au rang dés péchés des Israélites^ et çn conséquence les maudit. Ce passage est vraiment digne d attention.
Les^Hébreux étant opprimés par le peuple de Madian, Gédéon marcha contre lui; et. soutenu par TEternel , il le vainquit avec une très-petite armée* Enchantés dW si grand succès^ les Hébreux en attribuèrent toute la gloire au courage de Gédéon , et ils lui proposèrent de le faire roî^ erx s'écriant : « Règne sur nous , toi et ton fîls^ et » les fils de ton fils. » C'était un puissant motif de tentation : non-seulement posséder soi-même un royaume^ mais en pouvoir laisser l'héritage à ^% enfans ! Mais Gédéon , dont le cœur était droit et pieux, répondit : « Je ne veux point régner sut » vous , et mon fils n'y régnera point ; l'Eterj^Ii >► SEUL RÉGNERA. stTR VOUS. » Ccs dernières paroles n'ont point besoin d'être expliquées. Gédéon ne refusait pas précisément l'honneur de régner; mais il déniait aux Juifs le droit de l'accorder. Il ne les remercie poinl , il ne leur fait pas de vains complimens; mais il les reprend^ en prophète, d'oublier que le roi du ciel règne sur eux.
Environ cent trente ans après ^ ies Hébreu retoinbfèrent dans la même erreur. Le penchant qu^Us «avaient pour les coutumes idolâtres des païens^ est inexprimable. Profitant donc de Fin-* conduite des deux fils de Samuel, ils acconrarent tumultueusement Ters le prophète^ et lui dirent: «V Tu es vieux^ et tes fils ne marchent point dans » tes voies; donncnous un roi, qui nous juge ^ » comme en ont toutes les autres nations. » -^ Ici nous ne pouvons nous empêcher d'observer combien leur conduite était criminelle. Ils de* mandaient à être coïkme toutes les autres nations, c^est<hdire comme les païens; eux dont la gloire devait être de difierer entièrement de ces mêmes païens. Samuel fut justement blessé de ce qu'ils lui demandaient un roi pour régner sur eux. « Il invoqua le Seigneur^ et le Seigneur lui ré- » pondit : Ecoute la voix du peuple : il s'adresse jok à toi; mais il ne t'a point rejeté, toi : c'est moi » qu'il rejette. 11 we veut plus que je règne » SUR LUI. D'après toutes ses œuvres, depuis le » jour où je l'ai retiré de la captivité d'Egypte , 9 jusqu'à ce jour où il m'a abandonné pour ser- » vîr d'autres Dieux ; ce qu'il a fait même sous » toi, proteste scJennellenient contre lui; et » montre^lui de quelle manière un roi régnera » sur lui. » Ce qui ne veut pas dire la manière
d'un seul roi^ mais de tous les rois des autre» nations de la terre , que les Israélites étaient si jaloux d'imiter. Malgré la difTérence des âges, celte manière na point change. — « Et Samuel » répéta les paroles du Seigneur au peuple , qui » demandait un roi; et il dit : Voici de quelle » manière le roi régnera sur vous. Il prendra vos » fils ^ et les emploiera y les uns à conduire ses » chariots^ les autres à soigner ses chevaux^ les » autres à courir devant son char (mani'èœ de traiter .les hommes qui est encore à la mode). » Ilnommera.des capitaines de mille hommes^ il M en nommera de cinquante. Il les obligera de M labourer ses champs , de recueillir ses mois- Msons^ de faire ses instrumens de guerre^ et » les ustensiles de ses chariots ; et il prendra vos >> filles pour faire sa cuisine , son pain et les cho- » ses délicates qu^on servira sur sa table. « (Ceci montre les dépense» ^ le luxe et r oppression des ' rois. ) « Et il prendra vos champs et les endroits » où vous recueillez vos olives^ même les meil- » leurs ^ pour les donner à ses domestiques ; et » il prendra la dîme de vos moissons et de vos » raisins, pour les donner a ses officiers et à ses » serviteurs. » ( Ce qui prouve que la faveur y et la corruption sont les vices ordinaires des rois. ) « Et il prendra le dixième de vos servitcuï > et
» de vos servantes , ainsi que de vos jeunes liom-»- M mes , et de vos ânes pour les faire travailler » pour lui 5 et il prendra le dixième de vos mou*- » tons, et vous serez ses sefviteurs; et, ce jour-là, » vous crierez pour vous plaindre du roi que » vous aurez choisi ; et le Seigneur he voudra.
» POINT vous ENTENDRE. »
Ceci Suffit pour montrer quelle fut l'histoire de 4a mo^^archie juive. Les vertus de quelques rois hébreux ne suffisent point pour justifier la royauté , ni faire oublier le crime de son origiAe. L'élogô que l'Elcriture fait de David , ne .dit point qu'i^ut légitimement roi, mais un homme selon le cœur de Dieu. -— « Cependant » les Israélites refusèrent d'obéir à la voix de » Samuel y et ils dirent : Nous voulons avoir un » roi pour régner sur nous, afin. d'être comme » tous les autres peuples % et que notre roi » marche devant nous ^ et qu'il livre des ba- » tailles.»
SamiJel leur fit encore des représentations > mais en vam. 11 leur reprocha leur ingratitude^ et ne les corrigea pas. Enfin y voyant qu'ils s'opiniâtraient dans leur folie, •if s'écria : « J'invo- » querai le Seigneur^ et il fera tomber le ton- » nerre et la pluie , » ( ce qui eût été une punition pour eux , car c^était au \noment de ià
(So)
récolte du froment y « afin que vous puissiez
» connaître que. votre crime est grand aux yeux
n du Sçigtieur^ puisque vous avez demande un
<f roi. Samuel s'adressa donc à Dieu^ et Dieu
» lit tomber ce jour*Ià le tonnerre et la pluie ;
I» et tout le peuple eut grand'peur du Seigneur
» et de Samuel. Et le peuple dit alors à Samuel :
« Prie le Seigueur pour tes serviteurs^ afin
» que nous ne mourions pas ; car kous avons
» A^OUTB A IVOS PÉCHÉS^ £N DEMANDANT UN J> ROI, P
Ces passages de TËcriture sont clairs et positifs > et ne présentent 2^ucun«i|équivoque. II. paraît parJà y ou que l'Ëternel a condamné h royauté > ou que l'Ecriture est fausse ; et nous avons grande raison de croire que^ dans les pays catholiques ; riutérqt des rois n'a pas moins servi que l'intérêt des prêtres ^ à empêcher que l'Ecriture ne ftit répandue en langue vulgaire ; car la royauté est^ à tous égards , un papisme politique.
Au malheur d*avoir un monarque , nous avons ajouté le malheur d'une succession héréditaire ; et, comme*là première de ces choses est un ouhli , une dégradation de nous-mêmes , le second , regardé comme un droit , est une insulte à la postérité. Tous les hommes étant ori-
ginairement é^aux , aucun d^eux n'a le droit de donner à sa famille ^ le pouvoir de régner éternellement sur les autres; et si lui-même peut mériter que ses contemporains Thonorent , ses descendans peuvent aussi être indignes de par-* tager ses honneurs. De toutes les preuves contre le droit héréditaire que s'arrogent les rois , une des jplns fortes^ c'est que la nature même le condamne î autrement elle ne ferait' pas aussi souvent sentir le ridicule de ce droit ^ en donnant au genre humain un âne pour Un lion*
Secondement^ comme aucun homme ne peut jouir d'autres honneurs publics que dé ceux qu'on lui accorde, ceux qui décernent ces honticurs p'ont aucun titre pour blesser les droits de la postérité; et^ quoiqu'ils soient maîtres de dite : « Jîous vous choisissons pour notre chef ^ » ils ne peuvent pas , sans être manifestement in-* justes envers leur race , ajouter : « Que vos en- » fans et les enfans de vos enfans régnent sut » nous à jamais* » Car cet engagement , inique et dénaturé, pourrait peut-être, dès le second règne ^ les soumettre à un scélérat ou à un fou. I^es hommes les jpliîs sages ont toujours , en secret , parlé de la monarchie héréditaire avec le plus profond mépris. Cependant c'est un de ce* maux auxquels il est bien difficile de renié
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'( 52 ) dier^ quand ils oui une fois pris racine dans un pays. Quelques hommes les endurent par crainte, d'autres par superstition ; et la plus grande partie partage avec le roi les dépouilles du reste. ^
Jusqu'à présent nous avons supposé à la race des rois une honorable origine : mais il est probable que si nous avions pu fouiller dans les ténèbres de l'antiquité , nous aurions vu que le premier d'entre eux n'était que le plus déterminé de quelques hordes de brigands , à qui sa férocité^ son adresse à piller , obtinrent le titre de chef, et dont le nouvoir s'accrut à mesure qu'il étenclit les dévastations , et qu'il força les hommes timides et paisibles à acheter leuij repos par des tributs fréquens* Cependant ceux qui l'élurent , ne pouvaient songer à lui donner un droit héréditaire sur leurs descendans , parce que ce renoncement éternel était incompatible avec les principes de liberté et d'indépendance qu'ils prétendaient avoir. Dans les premiers temps où il y eut des rois^ l'hérédité du trône ne put pas être regardée comme un droit, mais comme une chose qui pouvait avoir lieu^ et qu'on devait quelquefois espérer. Certes, on ne tenait point alors de registres de ce qui se faisait; on n'avait que des traditions, dans les-^
quelles. ]a vérité ëtait bientôt étouffée sous la fable ; et ^ au bout de quelques généi'alions , il fut bien aisé d'inventer quelque conte propre h ces temps ^ comme ceux de Mahomet l'étaient au sien , et de fairei croire au vulgaire que l'hérédité du sceptre était un droit réel. Peut-^tre les désordres dont on fut menacé à la mort de quelque chef ^ ou pendant l'élection d'un autre y (car. parmi des brigands, les élections ne doivent pas être bien tranquilles), engagèrent une partie d'entre eux à favoriser l'hérédité : d'où il est parvenu qu'une chose à laquelle on s'était soumis , parce qu'on la croyait convenable ^ a été rtsgardée depuis comme un droit. y
•pepuis l'invasion de Guillaume-le-Normand , l'Anglet^rr^e n'a eu que très-peu de bons rois; mais elle a gémi sous un grand nombi-e (^e tyrans. Cependant nul homme raisonnable ne peut dire que le droit d^ régner, qu'ils doivent à Guil- ' laume , soit très-bien fondé. Un bâtard francars qui , à la léte d'une armée de bandits^ passe en Angleterre , et s'y établit roi, malgré les gens du pays, est, en propres termes, un honteux et détestable modèle ; et on ne peut trouver en lui rien de divin. Mais il est inutile de perdre plus de temps à combattre le droit de l'hérédité du trône. S'il se trouve encore quelqu'un assez fai* j
ble pour y croire ^ qu'il adore ensemble Tâne et le lion : je n'imiterai sa bassesse , ni ne trouble-* rai sa dévotion.
Cependant, je voudrais demander comment
on croit.qu ont commencé les rois ? Celte ques-* tion ne permet que trois réponses. Leur nominalioix^a été tirée au sort , ou elle s'est faite par élection^ ou par usurpation. Si le premier roi a été eboisi par le àort , ce fut une règle pour le second , et cette règle exclut Tbéréditéé Saûl fut eboisi par le sort ; aussi sa place ne fut-elle point regardée comme héréditaire , et rien n'annonce qu'on eut aucune intention de la regarder comme telle. '
Si le premier roi d'un pays quelconque le fat par élection , ce fut paiement une règle pour le suivant ; car prétendre qu'en choisissant un roi^ ou une famille de rois^ un peuple a pu s'emparer du droit de toutes les générations fu* . tures , c'est ce qu'on ne trouve nî dans l'Ecrîture ni hors de l'Ecriture , et qui ressemble à la- doctrine du péché originel^ qui suppose la volonté de tous les hommes confondiie danscellfe d'Adam.
Or, une telle comparaison^ et c'est la seule qu'on puisse faire ^ est peu glorieuse pour l'hérédilé du trône. De même> dit-on^ que tous les
homni€S ont }>éché ^h Âdam^ h* postefilé là plus recuye de Gi»us qui ont choisi nn rdi y dV<9t soumise avec eux. Dans l'un, le genre humain a.éte livre à Sataû $ dans les autres, à la royauté. Notre innt^ônee a été perdue avec Tun y notre autorité avec les autres : et, Comme ce double malheur noui empêche de reprendre notre pré* mier état -et nos privilèges naturels, il s'ensuit que le péché originel et l'hérédité du trône sont semblables. Cruel rapprochement! honteuse res> semblanee! Le plus subtil sophiste ne pourrait offrii^^e comparaison plus vraie^ : Quant à l'usurpation, personne > je crois, ne ÉP sera assez hardi pour Is^ défendre ; et on ne peut pourta^ pâsaier que Guillaume.-^ le -'Conque^ rant ne fût un usurpateur. D'ailleurs^ à dire ]a vérité^ on peut pénétrer 4ans Tantiquité de la monarchie ahglaisOé '"
Mais le danger de l'hérédité du trâne intéresse bien autrement le genre humain, que l'absurdité de cette institution. Si elle assurait une xace d'hommes justes et sages , elle serait em>j^eÎHte du sceau de la divinité : mats^ comme elle sert dé marche-pied à des fous, à des méchfti^Sy a des hommes ineptes, elle porte nn cà« ractère d'oppression. Les hommes qui se rêgàrde&t comme nés pour régner^ et qui ne conâfi->
dèrent les autres que comme faits pour leur obéir, deviennent bientôt insolens. Séparés du genre humain , en général ^ leurs cœurs sont empoisonnés de bonne heure par la vanité; et les gens au milieu desquels ils vivent diffèrent tellement du reste des hommes , qu ils ne connaissent ordinairement que très-mal le monde et lés affaires. Aussi, quand ils prennent en main les rênes du gouvernement, sont-ils ordinairement les plus ignorans et les plus incapables.
I-i'hérédité du trône a un autre inconvénient : c'est que souvent elle est le partage d'un enfant -en bas-^âge; et^ pendant tout le temps de la minorité, ceux qui ont la régence peuvent j, sous • le nom du roi , trahir tout à leur aise les intérêts qui leur sont confiés. Le même malheur arrive lorsqu'un roi , accablé par l'âge et les infirmités, retombe dans l'enfance. Dans ces deux cas, le peuple est toujours victime de tous les scélérats qui ont l'adresse de séduire le roi.
La meilleure chose qu'on ait cru dire pour défendre l'hérédité du trône , c'est qu'elle prévient les guerres civiles : mais il n'y eut jamais rien dej)lusfaux. Toute l'histoire d'Angleterrenous prouve le contraire. Depuis sa conquête , trente rois et deux mineurs sont montés au (rône dans ce wialheureux royaume j et, pendant cejt
espace de temps, il y a eu ^ en y comprenant la révolution, huit guerres civiles et dix-neuf révoltes. Ainsi, au lieu d'assurer la paix^ l'hérédité semble la détruire. • •
Les querelles des maisons de Lancastre et d'York, qui se disputaient le trône, ensanglantèrent l'Angleterre pendant ime longue suite d'années. Henri et Edouard se livrèrent douze batailles , sans compter les jpetits combatp et les sièges qui eurent lieu. Deux fois Henri fut prisonnier ^d'Edoua^d, qui, à son tour, fui pris par Henri; et le sort de la guerre est si inconstant, Tesprit d'une nation si changeant j(» quand les rois se battent pour leurs intérêts particuliers , qu'Henri fut retiré de sa prison et porté en triomphe au palais^ tandis qu'Edouard était obligé de fuir ce même palais pour se retirer dans une terre étrangère. Mais des changemens aussi soudains durent peu. Henri fut encore chassé du trône ^ et Edouard rappelé, le parlement suivant to^jours le parti dti plus fort.
Cette querelle commença en 1422^ sous le règne d'Henri VI ^ et dura jusqu'en 1489, sous Henri VH , qui réunit en lui fcs droits des deux maisons. ,
En un mot, la royauté, et le droit de la rendre héréditaire, ont couvert de sang et de cen-
êtes j. non-seulement 1a Gi'andc-Bretagne ^ TSk»x% le monde entier. C'est un genre de gouverna* ment que Dieu même à condamné i et que le malheur suit. .
Si nous voulons examiner quelles sont les oc- «cupations d'un roi> nous verrons que, dans queK qucs pays y il n'cn% nucune; et après avoir passé sa vie dafns l'oisiveté^ sans plaisir pour lui et sans avantage pour son pçuplcj il cède la place^ à Un successeur qui ne la remplit pas mieui. Dans les monarchies ahsolues^ tout le poids des> affaires civiles et militaires roule sur le roi. Les enfans d'Isrjâ i alors qu'ils demandèrent wn roi^ dirent : « Qu'il puisse nous rendre la jjtisiice f. » qu'il marche devant nous, et qu'il nous.mène >• au comhat ». Mais dans un pays ouïe roi n'est ni Juge ni général ^ on est fort emhai^rassé de àim .oe qu'il peut faire.
Le gouvernetaient qui approche le plus de hi république laisse encore moins d'affaires au roi^ 11 est assez difficile de donner un nom bien appliqué au gouvernement d'Angleterre» Sir William Maredith l'appelle une répubhque > mais ei^ ce menant ^ ç«^ gouvernement ne mérite pas ce nom; car l'influence corruptrice de la couronne qui distribue toutes les places, a tellement fait passer le pouvoir de son coté, et dévoré Va
j . i jp.îij
vertu de la chambre des communes^ (seul^ partie Tepublicâîi^e de la conM;ituti(m) que le gottverhemêiud'Angleterre est presque aussi monarchique, que celui de France et d'Espagne. Les hommescitentsouventdesnomssanslesentendre.
C'est de la partie républicaine de leur CoustitU'* non, et non de la partie monarchique , que les
. Anglais se vantent. Ils se glorifient de la liberté de choisir parmi eux les membres qui composept la chambre des communes; et il est aisé de voir que là où les vertus républicaines manquent, l'esclavage commence. Pourquoi la Constitution d'Angleterre est-elle malade? Parce que la monarchie a empoisonné la république. La counmae maîtrise les communes.
En Angleterre, le roi na autre chose à faire ^ue de. déclarer la guerre éi donner des . placés ,
' c'esl-à-dire , appauvrir la nation et en «faire 6e qui lui plaît : magnifique occupation pouif un homrme à qui on. accorde huit cent mille- liv. sterlings par an > et qu'on adore encore pardessus le marché ! -Oh! combien un homme juste^ qui vit paisiblement dans la société j est plus agréable aux yeux de Dieu^ qne tous les scélérats couronnés, qui ont fait 'gémir la terre!