AJOUTÉ A nos PÉCHÉS EN DEMANDANT VN 3> ROI
Ces passages de l’Ecriture sont clairs et positifs , et ne présentent aucune équivoque. I! paroît par-là , ou que l’Eternel a condamné la royauté , or. que l’Ecriture est fausse ; et nous ayons grande raison de croire que dans les pays catholiques , l’intérêt des rois n’a pas moins servi que 1 interet des pretres à empêclier que l’Ecriture fût répandue en langue vulgaire ; car la royauté est à tous égards un papisme politique.
Au malîieur d’avoir un monarque , nous avons ajouté le malheur d’une succession héréditaire ; et comme la première de ces choses est un oubli, une dégradation denousmêmes , le second , regardé comme un droit, est une insulte à la postérité. Tous les hommes étant originairement égaux, aucun d’eux n’a le droit de donner à sa famille
le pouvoir de régner éternellement sur leâ autres*; et si lui-même peut mériter que ses contemporains Thonorent, ses descendans peuvent aussi être indignes de partager ses honneurs. De toutes les preuves contre le droit héréditaire que s'arrogent les rois, une des plus fortes , c'est que la nature même le condamne ; autrement elle ne feroit pas aussi souvent sentir le ridicule de ce droit , en donnant au genre humain un âne pour un lion.
Secondement, comme aucun homme ne peut jouir d'autres honneurs publics que de ceux qu'on lui accorde , ceux qui décernent ces honneurs n'ont aucun titre pour blesser les droits de la postérité ; et quoiqu'ils soient maîtres de dire : «: Nous vous choisissons >5 pour notre chef » ; ils ne peuvent pas sans être manifestement injustes envers leur race, ajouter ; cc Que vos enfans et les enfans de » vos enfans régnent sur nous à jamais ». Car cet engagement inique et dénaturé pourroit peut-être, dès le second règne, les soumettre à un scélérat ouàunfou.Les hommes les plus sages ont toujours, en secret, parlé de la monarchie héréditaire , avec le plus profond mépris. Cependant c'est un de ces
maux auxquels il est bien difficile de^remedier , quand ils ont une fois pris racine dans un pays. Quelques hommes les endurent par crainte ; d’autres par superstition ; et la plus grande partie partage avec le roi les dépouilles du reste.
Jusqu’à présent nous avons supposé à la race des rois une honorable origine : mais il est probable que si nous avions pu fouiller dans les ténèbres de l’antiquilé , nous aurions vu que le premier d’entr’eux n’étoit que le plus déterminé de quelques hordes de brigands f à qui sa férocité , son adresse à piller, obtinrent le titre de chef, et dont le pouvoir s’accrut à mesure qu’il étendit les dévastations , et qu’il força les hommes timides et paisibles à acheter leur repos par des tributs fréquens. Cependant ceux qui rélurent, ne pou voient songer à lui donner un droit héréditaire sur leurs descendans , parce que ce renoncement éternel étoit incompatible avec les principes de liberté et d’indépendance, qu’ils prétendoîent avoir. Dans les premiers temps où il y eut des rois , l’hérédité du trône ne put pas être regardée comme un droit ; mais comme une diose qui pouyoit avoir lieu , et qu’on
devoit quelquefois espérer. Certes , on ne tenoit point alors de registres de ce qui se faisoit ; on n’avoit que des traditions, dans lesquelles la vérité étoit bientôt étouffée sous la fable ; et au bout de quelques générations, il fut bien aisé d’inventer quelque conte, propre à ces temps, comme ceux de Mahomet l’étoient au sien, et de faire croirè au vulgaire que l’hérédité du sceptre étoit un droit réel. Peut-être les ^désordres dont on fut menacé à la mort de quelque chef , ou pendant rélectîon d’un autre , ( car parmi des brigands les élections ne doivent pas être bien tranquilles ) engagèrent une partie d’entr’eux à favoriser l’hérédité ; d’où il est survenu qu’une chose, à laquelle on s’étoit soumis , parce qu’on la. croyoit convenable , a été regardée depuis comme un droit.
Depuis l’invasion de Guillaume-le-Normand, l’Angleterre n’a eu que très-peu de bons rois, mais elle a gémi sous un grand nombre de tyrans. Cependant nui homme raisonnable ne peut dire que le droit de régner, qu’ils doivent à Guillaume, soit trèsbien fondé. Un bâtard françois qui ^ à la tête d’une armée de bandits ^ passe en
Angleterre , et s’y établit roi , malgré les gens du pays , est en propres termes , un honteux et détestable modèle ; et on ne peut trouver en lui rien de divin. Mais il est inutile de perdre plus de temps à combattre le djoit de riiérédité du trône. S il se trouve encore quelqu’un assez foible pour y croire , qu’il adore ensemble l’âne et le lion ; je n'imiterai sa bassesse ^ ni ne troublerai sa dévotion.
Cependant je yoiidrois demander comment on croit qu’ont commencé les rois?
Cette question ne permet que trois réponses. Leur nomination a été tiree au sort^ on elle s’est faite par élection , ou par usurpation. Si le premier roi a été choisi par le sort, ce fut une règle pour le second^ et cette règle exclut l’hérédité, Saiil fut choisi par le sort ; aussi sa place ne futelle point regardée comme héréditaire , et rien n’annonce qu’on eût aucune intention de la regarder comme telle.
Si le premier roi d’un pays quelconque le fut par élection , ce fut également une règle pour le suivant ; car prétendre qu’en choisissant un roî^ ou une famille de rois^^ un peuple a pu s’emparer du droit de toutes
les générations futures, c’est ce qu’on ne trouve ni dans TEcriture ni hors de l’Ecriture , et qui ressemble à la doctrine du péché originel , qui suppose la volonté de tous les hommes confondue dans celle d’Adam.
Or, une telle comparaison , et c’est la seule qu’on puisse faire, est peu glorieuse pour l’hérédité du trône. De même, dît-on, que tous les hommes ont péché en Adam , la postérité la plus reculée de ceux qui ont choisi un roi , s’est soumise avec eux. Dans l’un, le genre humain a été livré à satan; dans les autres à la royauté. Notre innocence a été perdue avec l’un; notre autorité avec les autres : et comme ce double malheur nous empêche de reprendre notre premier état et nos privilèges naturels , il s’ensuit que le péché originel et riiérédité du trône sont semblables. Crue| rapprochement ! honteuse ressemblance ! Le plus subtil sophiste ne pourroit offrir de comparaison plus vraie.
Quant à l’usurpation , personne. Je crois , ne sera assez hardi pour la défendre ; et on ne peut pourtant pas nier que Guillaumek-Conquérant ne f^t nn usurpateur, D’ail-
leurs , à dire la vérité , ou ue peut pénétrer dans l’antiquité de la monarchie angloise.
Mais le danger de l’iiérédité du trôiie> intéresse bien autrement le genre humain , que l’absurdité de cette institution. Si elle assuroit une race d’hommes justes et sages , elfe seroit empreinte du sceau de la divinité; mais comme elle sert de marchepied à des fous, à des médians , à des hommes ineptes , elle ports uncaractère d’oppression. Leshommes qui se regardent comme nés pour régner, et qui ne considèrent les autres que comme faits pour leur obéir , deviennent bientôt însolens. Séparés du genre humain, en général , lems cœurs sont empoisonnés die bonne heure par la vanité ; et les gens au milieu desquels ils vivent diffèrent tellement dn reste des hommes , qu’ils ne connoissent ordinairement que très-mal le monde et les affaires. Aussi quand ils prennent en main les rênes du gouvernement , sont- ils ordinairement les hommes les plus ignorans et les plus incapables.
L’hérédité du trône a un autre inconvénient : c’est que souvent elle est le partage d’un enfant en bas-âge ; et pendant tout le temps de la minorité , ceux qui ont la rê-
^ence , peuvent, sous le nom du roi , trâliîr tout à leur aise les intérêts qui leur sont confiés. Le même malheur arrive lorsqu’un roi, accablé par l’âge et les infirmités , retombe dans l’enfance. Dans ces deux cas , le peuple est toujours victime de tous les scélérats qui ont l’adresse de séduire le roi.
La meilleure chose qu’on ait cru dira pour défendre l’hérédité du trône , c’est qu’elle prévient les guerres civiles : mais il n’y eut jamais rien de plus faux. Toute l’histoire d’Angleterre nous prouve le contraire. Depuis sa conquête , trente rois et deux mineurs sont montés au trône dans ce malheureux royaume ; et pendant cet espace de temps il y a eu, en y comprenant la révolution, huit guerres civiles et dix-neuf révoltes. Ainsi , au lieu d’assurer la paix , l’hérédité semble la détruire.
lies querelles des maisons de Lancastfes et d’Yorck, qui se disputoient le trône,, ensanglantèrent l’Angleterre pendant une longue suite d années*. Henri et Edouard se livrèrent douze batailles, sans compter les petits combats et les sièges qui eurent lieu*. Deux fois Henri fut pr’xonnier d’Edouard , ^ni à son tour fut pris par Henri i et le sorj^
de là guerre est si inconstant , Tesprit d’une nation si changeant , quand les rois se battent pourleurs intérêts particuliers, quTIenri fut retiré de sa prison, et porté en triomphe au palais tandis qu’Edouard étoit obligé de fuir ce même palais pour se retirer dans une terre étrangère. Mais des changemens aussi soudains durent peu. Henri fut encore cliassé du trône , et Edouard rappel] é , le parlement suivant toujours le parti du plus fort.
Cette querelle commença en 142*2. , sous le règne dlienri VI , et dura jusqu’en 1489 , sous Henri VII , qui réunit en lui les droits des deux maisons.
En un mot, la royauté, et le droit de la rendre héréditaire, ont couvert de sang et de cendres , non-seulement la Grande-Bretagne , mais le monde entier. C’est un, genre de gouvernement que Dieu même a condamné, et qne le' malheur suit.
Si nous voulons examiner quelles sont les occupations d’un roi , nous verrons que* dans quelquès pays il n’en a aucune ; et après avoir passé sa vie dans l’oisiveté , sans plaisir pour) lui et sans avantage pour son peuple, il cède la place à un successeur qui ue là remplit pas mieux. Dans les monarchies
absolues , tout le poids des affaires civiles et militaires roule sur le roi. Les eufans dlsraël , alors qu’ils demandèrent un roi , dirent : « qu’il puisse nous rendre la justice , qu’il marche devant nous , et qu’il nous 35 mène au combat 55. Mais dans un pays où le roi n’est ni juge ni général, 011 est fort embarrassé de dire ce qu’il peut faire.
Le gouvernement qui approche le plus de la république laisse encore moins d’affaires au roi. Il est assez difficile de donner un nom bien appliqué an gouvernement d’Angleterre. Sir William Maredith l’appelle une république ; mais en ce moment , ce gouvernement ne mérite pas ce nom ; car l’influence corruptrice de la couronne qui distribue tontes les places , a tellement fait passer le pouvoir de son côté ^ et dévoré la vertu de la chambre des communes, (seule partie républicaine de la constitution ) que le gouvernement d’Angleterre est presque a.ussi monarchique que celui de France et d’Espagne. Les hommes citent souvent des. noms sans les entendre. C’est de la partie républicaine de leur constitution, et non de la partie monarchique , que les Anglois se . vantent, lis se glorifient de la liberté de
cliolsir parmi eux les membres qui composent la chambre des communes ; et il est aisé de voir que là où les Amrtus républicaines manquent, l’esclavage commence.
Pourquoi la constitution d’Angleterre estelle malade ? Parce que la monarchie a empoisonné la république. La couronne j maîtrise les communes. f
En Angleterre, le roi n’a autre chose à, | faire que déclarer la guerre et donner des ^ places, c’est-à-dire, appauvrir la nation et | en faire ce qui lui plaît : magnifique occu- \ pation pour un homme à qui on accorde huit cent mille liv. sterlingspar an , et qu’on adore encore par-dessus le marché ! O combien un homme juste , qui vit paisiblement dans la société , est plus agréable aux yeux de Dieu, que tous les scélérats couronnes,,, qui ont fait gémir la terre I