‹ Le sens communChapitre 6 sur 9 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

CvnsîdéfaûonÈ sur V état présent des affaires de V Amérique^

Je n’offrirai ici qué des faits simples , des raisoniiemens clairs et du sens commun. Je n’ai besoin que de prier le lecteur de se dépouiller de toute espèce de préjugé et de* partialité > et de laisser agir sa raison et son cœur sentir» Qu’il prenne le vrai caractère d’homme^ ou plutôt qu’il ne l’abandonne pas ; et qu’il porte généreusement ses regards au-delà du jour où nous vivons»

On a déjà écrit des volumes sur la querelle de l’Angleterre et de l’Amérique. Des hommes de tous les états sont entrés dans cette dispute par différens motifs et avec des desseins contraires : mais tout cela a été inutile : les écrits ont cessé , et les armes sont le dernier moyen qui doit jilger le procès. Le roi a offert le cartel ; rAinériqué l’a accepté*

On a rapporté que M. Pelliam qui, qnoiqu habile ministre , n’étoit pas exempt de fautes, se trouvant attaqué dans la chambre des communes , sur ce que ses mesures , relativement à l’Amérique , n’étoient que temporaires , il répondit : « elles useront U tout mon temps ». Si une pensee aussi fatale , aussi inhumaine , a préparé aux colonies la guerre actuelle , la génération future ne doit se rappeller qu’avec horreur le nom de ses ancêtres.

Le soleil n’a jamais éclairéune aussi grande cause. Ce n’est point l’affaire d’une ville, d’un comté , d’une province , d’un royaume ; mais d’un continent , de la huitième partie du globe habitable : ce n est point l’intérêt d’un jour, d’une année, d’un siècle ; là postérité entière est comprise dans cette querelle ; et elle se ressentira jusqu a la fin des âges de la manière dont nous

la terminerons. Voici maintenant le jour où

doit commencer l’union , la foi , l’honneur > , du continent. La moindre forfaiture seroit

semblable à des traits gravés avec un léger

poinçon sur l’écorce tendre d’un jeune chene.

Ils croissent avec l’arbre, et la postérité peut

les lire en gros caractères.

En quittant les raisonnemens pour prendre les armes, on a commencé un nouvel ère de politique , on a pris une autre manière de penser. Les plans , les propositions qui ont précédé le 19 avril,' c'est à-dire, répoque de^ hostilités , sont regardés comme ‘de vieux almaiîachs , qui , quoique bons pour leur temps, ne valent maintenant plus rien. Tout ce qui a été avancé par les défenseurs des deux partis , aboutit à demander la même chose , c’est à-dire , une réunion avec la Grande Bretagne. Mais il y a une différence entre les deux partis sur la manière d’opérer cette réunion. L’un veut employer la force, l’autre l’amitié ; et il est arrivé que l’un a eu de nouveaux torts , et l’autre a retiré sa Bienveillance.

Comme on a parlé beaucoup de réconciliation , et tout cela s’est évanoui comme un songe agréable , et nous a laissés au même point où nous étions , nous allons examiner les argumens contraires et les principaux torts que souffriroit l’Amérique , en restant attachée à la Grande-Bretagne ou dans sa dépendance. Nous examinerons enfin cet attachement, cette dépendance , d’après les principes de la nature et du

sens commun, et nous ferons voir ce que I nous avons à espérer en nous séparant de ; 1 l’Angleterre , et ce que nous devons en. J attendre en lui restant unis . 1 1

J’ai entendu dire à quelques personnes , que l’Amérique devant les commence^ns we sa prospérité à ses rapports avec l’Angle- | terre , la continuation de ces rapports étoit | nécessaire à son bonhenr à venir , et auroit I toujours le même avantage. Mais rien de | plus faux que ce raisonnement. Nous pour- j rions dire de même que parce qu un en- | faut a commencé à prendre sa nourriture avec du lait, il ne doit jamais manger de j viande, et que les vingt premières années I de notre vie , font une règle pour les vingt 1 suivantes. Mais la base même du raison- j nement n’est pas bien fondée ; car je sou- J tiens, moi , que l’Amérique n’auroit pas | luoiiis prospéré, ou auroit peut-être prospéré < davantage, si les puissances européennes n’avoient jamais rien eu à démêler avec elle. î Le commerce qui l’a enrichie, est fondé sur ; des objets de nécessité première , et on trouvera à les vendre aussi long*temps que ^ l’Europe aura besoin de manger. |

Mais , diç-on, l’Europe nous a protégés. |

Oui : elle nous a mis sous sa dépendance^ et elle a défendu le continent à ses dépens et aux nôtres ; mais elle auroit aussi défendu la Turquie par les mêmes motifs, pour les avantages de son commerce et de sa puissance^

Hélas î combien les vieux préjugés nous ont séduits ! combien nous avons sacrifié ù la superstition ! Nous nous vantions de lia protection de l’Angleterre , sans considérer qu’elle ne nous protégeoit que pour son intérêt et non par attachement; contre ses propres ennemis et non contre les nôtres ; contre ceux , enfin , qui ne nous haïssoient que par rapport à elle , et qui nous haïroient toujours pour la même raison. Que la Grande-Bretagne abandonne ses prétentions sur le continent, ou que le continent secoue le joug de sa dépendance , et nous au^ Eons la paix avec la France et avec l’Es pagne , quand ces deux puissances seront en guerre avec elle. Les malheurs de l 'Hanovre,, pendant la dernière guerre , doivent nous apprendre le danger de ces attachemens.

On a avancé dernièrement dans le parlement d’Angleterre ,,, que les colonies n’avoient de rapports entr’elles qu’à cause de

la. iTiêr6-p3.triG ; c est-à^dirG j C|UG Ici Pcn” sylvanie , les Jerseys et les autres provinces j se regardoient comme sœurs , parce qu’elles < tenoient toutes à la Grande - Bretagne, j C’est certainement une maniéré bien singu- t lière de prouver une parente ; mais c en est | une bien simple de prouver de 1 inimitié. Ni [ la France , ni l’Espagne ne seront jamais nos ; ennemis , parce que nous sommes Ameri- j cains, mais bien parce que nous sommes su- | jets delà Grande-Bretagne . |

Mais la Grande-Bretagne est, dit-on, j notre mère-patrie. Eli bien î sa conduite en est pins blâmable. Jamais les betes les plus 1 féroces ne dévorent leurs petits ; jamais les j sauvages ne font la guerre à leurs enfans. |

Plus l’assertion seroit vraie , plus elle seroit j

contre l’Angleterre ; mais elle n’est point | vraie , ou du moins elle ne l’est qu en P^’^" | tie. Le titre de mère-patrie a été jésuitique- , ment adopté par le roi et ses flatteurs | avec le dessein astucieux de séduire et trom- | per notre crédule foiblesse. |

L'Europe , et non l’Angleterre, est la j mère patrie de l’Amérique. Le nouveaumonde a élé le refuge de tous les amis de la ^ liberté civile et religieuse, qu on persecu-|

toit dans Tanoîen. Ils ont fni dans ces cHmats , non pour se dérober aux tendres^ embrassemens d une mère , mais aux cruautés d un monstre ; et c’est si vrai à Pégard de PAngleterre , que la même tyrannie qui poussa ici les premiers colons, y poursuit encore leurs descendans.

Dans cette vaste partie du globe , noms ne nous resserrons pas dans les limites de trois cent soixante milles (i) , nous portons plus loin notre amitié ; nous prétendons à lafrateriiité de tous les Européens, et nous^ comptons sur le succès de nos généreux sentimens.

Il est agréable d’observer avec quelle gradation nous surmontons la force deè préjugés nationaux , et nous nous familiarisons avec la connoissance du monde. Un homme né dans quelqu’une des villes d’Angleterre , divisées en paroisses , se liera naturellement avec les gens de sa paroisse ^ dont les intérêts se rapprocheront souvent des siens , et il les appellera ses voisins, Sal en rencontre un à quelques milles duchés

C’e&t Pé tendue de l’Angleterre

îüi , il franchit les limites étroites du voisinage , et le saluera seulement comme son concitoyen : qu’il aille encore plus loin , il appellera ce même voisin son compatriote , c’est - à - dire , habitant du même comté ; mais s’ils^joy agent en France ou en Italie , ils ne se reconnoîtront plus cpe pour Anglois. De même tous les Européens qui se rencontrent en Amérique, ou daais queD qu’autre partie du globe, sont compatriotes. Car l’Angleterre , la Hollande, l’ Allemagne, la Suède , cpmparées avec le reste du monde, sont sur une grande carte, comme des rues , des villes, des comtés sont sur une petite r distinctions trop bornées pour une ame continentale '.Nous n’avons pas, même dans; la Pensylvanie , un tiers d’habitans qui descendent des Anglois. Ainsi , je regarde que le titre de mère- patrie , qu’on donne a 1 An^ gleterre seulement, est mal iondé, partial, et fait tort à notre générosité.

Mais en supposant que nous fussions tous d’origine angioise, qu'est-ce que cela voudroit dire ? Rien. L’Angleterre étant maintenant notre ennemie :y son inimitié efface tout autre nom , tout autre titre ; et; il est ridicule de prétendre que la reconcilia-

tîori est pour nous un devoir. Le premier roî de la Grande-Bretagne , de la race régnante, Guiliaume-le«^Conquérant, étoit François, et la moitié des [pairs d’Angleterre sont sortis de la France, Ainsi , d’après cette manière de raisonner , la France devroit gouverner l’Angleterre. t

On a dit et écrit beaucoup de choses sur la force qui résultoit de Tunion de l’Angle-* terre avec ses colonies. On a prétendu qu’ensemble elles pouvoient défier le monde entier; mais c’est^une vaine jactance : le aort de la guerre est toujours incertain ; et d’ailleurs , le continent américain ne consentiroit jamais à s’épuiser d’hommes pour recruter les armées angloises en Asie, en Afrique , en Europe,

D’ailleurs , qu’avons-nous affaire d’ins^ pirer de la défiance au reste du globe ? Nous ne devons nous occuper que du commerce, et en nous y appliquant nous nous assurerons de la paix et de l’amitié de l’Europe entière ; car l’intérêt de l’Europe est que FAmérique soit libre et ouverte à tous ses vaisseaux. Ici le commerce sera toujours un génie protecteur ; et nos contrées , dépour-^ vues d’or et d’argent , ne tenteront point la. cupidité des conquérans.

Je défie celui qui desîreT le plus une ré^ ] conciliation , de me montrer qu’il puisse désormais résulter aucun avantage de nos liens avec TAngleterre je le défie même de me montrer qu’il en soit jusqu'à présent résulté un seul. Notre Irled se vendra dans tous les marcliés de l’Europe , et nous paierons avec ses produits les mardiandisCvS qu’on importera , de quelque part qu’elles viennent.

Mais les désavantages > les maux que nous souffrons de nos liens av^c l’Angleterre^ sont sans nombre et nos devoirs envers le genre humain , ainsi qu’envers nous-mêmes , nous prescrivent de nous affranchir de ces tiens. Toute dépendance à Fégard de la Grande- Bretagne, tout attachement pour elle^ nous entraîneroit dans des guerres continuelles avec des nations européennes, naturellenient disposées à rechercher notre amitié , et contre lesquelles nous n’avons à former aucune plainte particulière. Comme l’Europe entière est un marché pour nous , nous n’avons pas besoin de nous unir exclusivement avec aucun de ses états. Le véritable intérêt de l’Amérique est de ne point se mêler des querelles de l’Europe;

au lieu qu’en dépendant de la Grande- Bretagne , elle seroit toujours le principal poids dans la balance de la politique angloise.

Il y a trop de royaumes en Europe pour que la paix y dure long-temps ; et toutes les fois que l’Angleterre entre en guerre avec une autre puissance, le commerce de l’Amerique en souffre, par la seule raison que l’Amérique est liée avec l’Angleterre*

La première guerre qu’aura l’Angleterre peut ne pas se terminer comme la précédente ; et si cela arrivolt^ certes , ceux qui prêchent maintenant pour une réconciliation , seroient les premiers à desirer une séparation ; parce que nos navires marchands seroient mieux convoyés par la neutralité que par des vaisseaux de guerre. Tout nous commande donc de nous séparer, de la Grande-Bretagne. Le sang de nos guerriers qui ont succombé , la. voix de la nature alarmée , tout nous crie de la quitter. L’Amérique a été placée si loin de l’i^ngleterre , que cela seul semble prouver que le ciel n’a jamais voulu qu’elles fussent unies. L’époque même où le continent américain fut découvert, et la manière

dont îl fut peuplé , ajoutent aux raisons que j’avance. La réfomiation fut précédée par la découverte de l’Amérique , comme si le Tout-Puissant avoit voulu préparer un refuge à ceux qui seroient bientôt persécutés pour leurs opinions , et qui ne pourroient trouver cliezi.eux ni amitié , ni sûreté.

L’autorité de la Grande-Bretagne est pour le continent une sorte de gouvernement despotique qui doit cesser tôt ou tard ; et un esprit réfléclii ne peut voir qu’avec peine que ce qu’on appelle la présente \J constitution,* est nécessa.irement tempovaîre. Comme pères, nous devons être très-affectés de savoir que ce gouvernement ne durera pas assez pour que nous soyons sûrs que nos enfans jouiront de ce que nous leur laissons; et, pour raisonner méthodiquement , puisque nous endettons la génération qui nous suivra, nous devons lui préparer les inoyens de s’acquitter ; autrement nous, aggravons nos torts. Pour bien connoître toute rétendue de nos devoirs ^ nonsdevrions prendre nos enfans par la main, et nous avancer un peu dans la carrière de la vie. De-là , nous jouirions d’un point de vue que nos craintes et nos préjugés nous, dérobent à présent..

Qttolj^ue l’e sois bien éloigné de vouloir offenser personne , je ne puis m’empêcher de dire que tous ceux qui embrassent la doctrine d’une réconciliation , doivent être rangés dans les classes suivantes : d’hommes intéressés qui ne méritent aucune confiance ; d’hommes foibles qui ne savent pas voir ; d’hommes à préjugés qui ne veulent pas voir ; et de certains hommes modérés qui pensent des Européens plus de bien qu’ils ne le méritent. Celle dernière classe , par ses jugemens erronés , fera sans contredit plus de tort à l’Amérique que les trois autres.

Beaucoup de gens ont l’avantage de se trouver loin du théâtre de nos désastres : le malheur ne vient pas assez près d’eux , et ils ne sentent pas que dans l’état actuel des choses , l’Araériçain n’est nullement sûr de sa propriété. Mais transportonsnous un moment à Boston ; l’aspect des calamités nous apprendra à être sages, et à renoncer aux liaisons d’une puissance dont nous devons à jamais nous défier. Les infortunés habitans de Boston , qui vivoient nagiières dans l’abondance, sont maintenant réduits à mourir de fidra j ou à aller men-

dier hors de leurs tristes murailles. Ils sont dans l’alternative de périr par le feu de leurs amis s’ils restent dans leur ville , ou d’être pillés par la soldatesque s’ils 1 abandonnent. Enfin, ils se trouvent prisonniers sans espoir de délivrance ; et si on vient à lejrr secours , ils peuvent tomber sous les coups des deux armées opposées.

Les hommes froids regardent avec trop d’indifférence les injustices de la Grande- Bretagne ; et espérant toujours un meilleur temps , ils sont prêts à s’écrier : « Allons , » allons , nous serons encore amis malgré » ce qui s’est parsé». — Mais considérez les passions de l’homme ; portez la pierre de touche de la nature sur la doctrine de la réconciliation , et dites-moi si vous pourrez jamais aimer , honorer , servir avec fidélité, une puissance qui a porté le fer et le feu dans vos champs? Si vous ne le pouvez pas , vous vous trahissez donc vous-mêmes, et vous préparez la ruine de votre prospérité. De nouveaux liens avec l’Angleterre , que vous ne pouvez ni aimer , ni honorer , seront des liens forcés , contre nature ; «t n’étant fondés que sur un moment de convenance apparente, ils vous rejetteront bientôt

dans des maux pires que ceux que vous avez déjà souîï’erts.

Mais si vous me dites que vous devez oublier les torts des Anglois , je vous demanderai , moi , si votre maison a été brûlée ? si vos propriétés ont été ravagées à vos yeux? si vos enfans n’ont point dé lit pour se reposer, ni de pain pour manger? si vous avez perdu un père ou un fils par les mains des soldats ? et si vous êtes le dernier de votre fiimille qui survive à ces désastres? — Si cela n’est pas , vous ne pouvez juger des sentimens de ceux qui ont éprouvé de pareils malheurs : mais si vous les avez éprouvés , et que vous puissiez serrer la main des meurtriers, vous êtes à jamais indigne de porter le nom d’époux, de père, d’ami, d’amant ; et quelque soit votre rang, quels que soient vos titres , vous avez le cœur d’un lâche et l’ame d’un sycophaiite.

Ce n’est point altérer , ce n’est point exagérer les choses , que de les soumettre à ces sentimens , à ces affections que la nature justifie, et sans lesquels nous sommes incapables de remplir les devoirs de la vie et de jouir de ses félicités. Je ne cherche point à inspirer de l’horreur pour pousser à

la veneeailcë ; mais je veux que nous nous i-é veillions d’un sommeil funeste , et que nous suivions enfin Un objet détermine. Ni l’A-ngleterre , ni l’Europe entière ne peuvent conquérir l’Amérique, si elle ne prépare pas elle-même sa conquête par ses délais et sa timidité. L’hiver actuel vaut pour nous un siècle , s’il est bien employé ; mais s’il l’est mal , tout le continent s’en ressentira ; et il n’est point de châtiment que ne mérite l’homme qui occasionnera la perte d’une saison si utile , si précieuse.

La raison , l’ordre universel des choses ,

les exemples de tous les âges, nous prouvent que ce continent ne peut être long-temps soumis à une puissance étrangère. Le plus avantageux de tous les anglois ne peut le penser. Toute la sagesse humaine ne peut en ce moment tracer un plan qui, sans une séparation, garantisse au continent une année de sécurité ; la réconciliation n’est qu’un songetrompeur . La nature a rompu nos liens, l’art ne peut les réparer ; et comme dit sagement Milton : « Jamais une réconciliation » sincère ne peut naître là où les bles- I» surès d’une mortelle haine ont perce si i) profondément ».

Tous

Tous les moyens de douceur , propres à 'rétablir la paix, ont été employés inutilement : nos prières ont été rejettées avec dédain, et n’ont servi qu’à nous -convaincre que rien ne flatte plus la vanité des rois , et n’accroît plus leur opiniâtre dureté, que les demandes qu’on leur fait. C’est même là ce qui a Ij^ plus contribué à rendre absolus les rois de l’Europe : témoins ceux de Dannemarck et de Suède. Pour Dieu! séparonsnous donc de l’Angleterre, puisqu’il le faut, et ne légùons point à d’autres la funeste nécessité de répandre du sang sous les noms violés de père et de fils.

Il y auroit de la folie à dire que l’Angleterre ne tentera plus de nous opprimer.

N’avons-nous pas été ainsi leurrés pendant un an par le rapport de l’acte du timbre ? Il vaudroit autant supposer que des nations qui ont été une fois vaincues , ne retourneront jamais au combat.

Quant à notre gouvernement particulier, il est impossible que la Grande-Bretagne s en charge. Les affaires sont désormais trop importantes , trop difficiles pour être dans les mains d une puissance si éloignée de nous, et qui ignore nos vrais intérêts.

D’ailleurs , si elle ne peut nous conquérir , elle ne peut nous gouverner. Faire deux mille lieues , avec un conte ou une pé* tition à la -main; attendre trois ou quatre mois pour en avoir la réponse , qui f quand on l’a , demande encore six mois pour être expliquée : tout cela doit , dans quelques années , être regardé comiiie une folie ou un enfantillage. Il fut un temps où cela convenoit : mais ce temps n’est plus.

De petites îles, qui ne peuvent se défendre , doivent être protégées par d’autres états : mais il est vraiment absurde de vouloir qu’un continentsoit à jamais gouverné par une île. La nature n’a point fiiit une planète moins grande que ses satellites ; et comme l’Angleterre et rAinéri([ue contredisent cet ordre de la nature , il est évident qu’elles appartiennent à deux systèmes politiques différens : l’Angleterre à l’Europe ; l’Amérique à elle- même.

Ce n’est ni l’orgueil , ni l’esprit de parti , ni aucun ressentirrient' particulier, qixi me porte à embrasser la doctrine de la séparation et de l’indépendance ; mais je suis bien certainement convaincu , au fond du cœur , que c’est le véritable intérêt de l’Amérique.

(Si )

J e crois en outre , qu’un raccommodement seroit momentané, inutile, et n’auroit que des efiPets funestes ; que ce seroit mettre l’épée dans les mains de nos enfans ; que ce seroit enfin reculer, lorsqu’un pas de plus peut rendre ce continent la gloire du monde.

Comme la Grande-Bretagne n’a pas témoigné la moindre inclination à faire un traité , nous pouvons assurer qu’elle ne proposera rien que le continent puisse dignement accepter, ou du moins rien qui nous dédommage des trésors que nous avons dépensés, et du sang que nous avons versé.

L’objet qu’on se dispute doit être toujours proportionné aux sacrifices qu’on faitXe renvoi de lord North et de toute sa détestable clique , ne vaut pas les millions que nous avons dépensés. Une légère suspension de notre commerce auroit plus que balancé la révocation des actes dont nous nous plaignions , quand bien même cette révocation auroit eu lieu. Mais si tout le continent prend les armes, si chaque homme devient soldat, il est trop indigne de nous de combattre seulement contre un méprisable ministère.

J^OUS la paierons bien chèrement l’abroga-

Da

tion des actes , si ce n’est que pour cela que nous combattons ! Et en vérité , si nous ne combattions que pour cela , ce seroit une grande folie de nous être exposés à la défaite de Bunker’s - liill . D’après les rapides progrès de l’esprit qui règne dans le continent , j’ai toujours considéré son indépendance comme une chose qui ne pouvoit manquer d’arriver plutôt ou plus tard ; et certes , cet événement ne peut être éloigné. Il étoit donc inutile de prendre les armes pour un redressement que le temps devoit nécessairement amener. G’est comme si l’on cherclioit à retirer /par un procès, une terre des mains d’un fermier dont le bail va finir. Personne ne desiroit une réconciliation plus ardemment que moi , avant la fatale époque du 19 avril 1775(1); mais, du moment où j’ai appris les événemens de ce jour. . . . . . . ..... *

Mais, en admettant que les choses seroient maintenant arrangées , qu’en arrivej-oit-il ? « — Quoi ? la ruine du continent; et cela par plusieurs raisons.

(i) L’affaire de Lexington.

Premièrement , le pouvoir de gouverner demeurant toujours dans les mains du roi il auroit le veto sur toute la législation du continent; et il pourroit nous dire : « Vousv ne ferez d’autres loix que celles qui me plairont ». ~ Y a-t-il en éffet , dans toute l’Amérique , un seul habitant assez ignorant pour ne pas savoir que , suivant ce qu’on appelle la présente eonstitution y, le continent ne fait de loix que celles que le roi lui permet de faire ? Et y en a-t-il un assez peiv sage pour ne pas voir ^ d’après ce qui est arrivé , que le roi ne voudroit jamais consentir qu’on en fît qui ne lui coU'vinssent pas ? Nous serions tout aussi entravés par le défaut de loix faites en Amérique y que par notre soumission aux loix qu’on feroit pour nous en Angleterre. Après, que les affaires seroient arrangées, cpmme on, le dit, peut-on douter que le ministère ne tînt ce pays dans le plus grand état d’humilité qu’il lui seroit possible f Au lieu d’avancer ^ nous rétrograderions , ou nous passerions notre temps à disputer et à faire de vaines pétitions.

Réduisons les choses à un seul point. La; puissance jalouse de notre prospérité est-

elle propre à nous gouverner ? Quiconque répondra que non , sera un indépendant; car indépendance ne signifie autre cliose que le pouvoir de faire ses loix , ou de nous séparer de l’Angleterre.

Mais le roi , direz - vous , a la négative en Angleterre ; le peuple anglois ne peut faire ses loix sans le consentement du monarque. En vérité c’est une chose bien ridicule, qu’un jeune homme de vingt-mi ans , ainsi qu’on Ta vu souvent , puisse dire à plusieurs millions d’hommes , dont beaucoup sont plus âgés et plus sages que lui : Je ne veux pas que vous ayez telle loi :» que vous venez de faire

Mais quoique cela me paroisse à jamais absurde, je veux bien ne pas m’en prévaloir. J’observerai seulement que la résidence du roi en Angleterre , et non en Amérique , rend la chose toute différente ; le vélo du roi est dix fois pins dangereux pour nous qu’il ne peut l’être pour l’Angleterre. En Angleterre, il ne refusera jamais un bill qui mettra le royaume sur un pied de défense formidable ; mais il ne consentira jamais qu’un pareil bill passe pour nous, L’Amérique n’est qu’un objet secondaire

dans \e système de la politique angloîse. L’Angleterre ne songe à nos avantages qn’antant que ces avantages lui conviennent. Son propre intérêt la porte à diminuer notre prospérité , dans tous les cas où elle ne lui est pas profitable, et sur-tout si nous avons la moindre contestation| avec elle. Et à en juger d’après ce qui a déjà eu lieu , la jôlîé figure que nous ferions sous ce gouvernement secondaire ! Les hommes ne changent point de sentiraens en changeant de nom : et pour montrer que toute réconciliation avec l’Angleterre est une doctrine dangereuse, j’affirme qu’il seroît en ce moment d’une adroite politique de sa part de révoquer les actes, afin de pouvoir reprendre le gouvernement de ces provinces pour pouvoir ^ ensuite les tyranniser à son gré.

Secondement , le meilleur accommodement que nous pourrions obtenir^ se borneroit sûrement à nous procurer quelques expédienSj ou une sorte de gouvernement protecteur , ou de tutelle ^ qui ne pourroit durer que jusqu’au moment où les colonies seroient en âge de majorité : ainsi , pendant tout ce tempsdà, l’état des affaires en général , resteroit incertain et inquiétant. Les

gens qui possèdent quelque fortune en Europe^ se garderoient bien de venir s’éta>blir dans un pays dont le gouvernement ne tiendroit qu’à un fil, et toujours prêt à être livré au désordre. Bien plus , beaucoup d’habitans de ce pays s’empresseroient de prendre des arrangemens pour profiter du premier moment favorable, et se retirer ailleurs.

Mais le plus puissant de tous les argiimens^ c’est qu’une entière indépendance , c’est-àdire , un gouvernement continental , peut seul maintenir la paix dans le continent, et le préserver des guerres civiles. Maintenant je redoute une réconciliation avec l’Angleterre ; parce que je suis bien sûr qu’elle seroit suivie de quelque révolte, dont les conséquences pourroient être plus funestes pour nous que toute l’inimitié des Anglois.

La barbarie de cette nation a déjà ruiné des millions de nos compatriotes ; elle en ruinera probablement encore davantage.

Ah I ces hommes ont d’autres sentimeus que nous qui n’avons rien souffert l Désormais ils sont libres. Ce qu’ils possédoient est sacrifié à cet avantage j et n’ayant plus

Tien à perdre , ils dédaignent de se plier à la sonraisslohl

Le goût des colonies pour îa mère patrie, ressemble à celui d un jeune homme prêt à être délivré de son tuteur : il lui tarde d’en etre debarrasse. Un gouvernement qui ne peut nous maintenir en paix, n’est point lin gouvernement; largent qu’il nous coûté est un argent perdit. Et dîtes-rnoî, je vous prie, ce que pourra faire pour nous l’Angleterre, dont tout le pouvoir se borne à creer des actes, si quelQue querelle intestine suit le jour de notre réconciliation ? J’ai entendu plusieurs hommes , dont la plupait parlent sans réflexion; je les ai entendus , disqe, annoncer qu’ils craignoient notre indépendance , par rapport aux guerres civiles qu’elle entraîneroit. Il est rare que nos premières pensées soient justes, et c est ici le cas ; car on doit craindre dix fois plus que les guerres civiles naissent d’une mauvaise réconciliation que de l’indepCndance. Je me mets à Ici pîaôe dé ceux qui ont éprouvé la cruâiité des Arigloîs , et je déclare que si j’avois été chassé de ma maison, sîj avois vu dévaster ‘mes propriétés et détruire ma fortune ', senéibîe à l’in-

jure comme je le suis, je ne pourrais jamais supporter la doctrine de la réconciliation , ni ne me croirois obligé d^y adhérer quand elle triornpheroit.

Les colonies ont si bien manifesté leur goût pour Tordre et pour la soumission aux loix , sous un gouvernement continental , que cela seul prouve que ce gouvernement fera le bonheur et la tranquillité générale* Personne ne peut le craindre; ou du moins ces craintes ne sont fondées que sur des motifs ridicules et puériles , comme , par exemple, de dire qu’une colonie cherchera toujours à obtenir la supériorité sur une autre.

Là où il n’y a point de distinctions , il ne peut y avoir de ,supériprité : une égalité parfaite ne permet point Tenvie. Les repu^ bliques d© TEurope sont presque toujours en paix. La Suisse et la Hollande n’ont point de guerres étrangères , ni domestiques. Mais , d’un autre côté , les gouvernemens monarchiques ne sont pas longtemps en repos : la couronne merne est un objet d’ambition pour les scélérats , et les porte à allqmer souvent des guerres civiles : et l’orgueil , Tinsolence qui accom-

pagnent les rois , leur occasionne des brouilleries avec les autres puissances , dans des occasions où un gouvernement républicain, toujours attaché à des principes plus naturels , cliercheroit à négocier èt n'eniploieroit que la douceur.

La seule raison ^ peut-'être , qu’on ait de craindre rindépendance , c’est qu’on n’a encore aucun plan à cet égard. On ne voit pas la route qu’on doit suivre; mais je vais offrir quekjues idées sur ce sujet, déclarant avec sincérité que je ne les estime moi-même que comme propres à en faire naître de meilleures. Si les idées éparses de beaucoup d’hommes sans prétention étoient recueillies, elles pourroient souvent servir de matériaux à d’autres hommes plus capables.

Je voudrois que les assemblées de chaque colonie fussent annuelles et n’eussent qu’un seul président ; que la représentation fût plus égale ; qu’elles ne s’occupassent que des affaires de leur province, et fussent soumises à l’autorité d’un congrès continental.

Je voudrois que chaque coloaie^fût divisée en six, huit ou dix districts; que chaque district envoyât au congrès un certain

nombre de députés , de sorte que chaque colonie en fournît au moins trente. Le. congrès s’élèveroit alors à 390 membres. Il

siégeroit à et choisiroit son président:

de la manière suivante : quand les députés seroient tous réunis, ils tireroient au > sort une des treize colonies. Après cela tous lea membres ballotteroient et nommeroient par scrutin un des députés de la province ^ que,

sort auroit favorisé.

Le congrès suivant , on ne tireroit au sort la colonie , qui devroit fournir le président,, que parmi douze , en excluant celle qui eu auroit déjà eu un; et on continueroit ainsi jusqu^à ce que les treize colonies eussent eu leur tour à la nomination : et pour que jamais on n’admît aucune loi qui ne fût bien juste, la majorité du congrès devroit être formée des trois cinquièmes. Celui qui, sous un gouvernement aussi égal, pourroit occasionner de la discorde, seroit sûrement disne d’avoir aidé Lucifer dans ses noirs*

complots.

Mais comme on doit savoir aussi par qui,, et de quelle manière commencera tout ce que je propose , il est nécessaire de nom'* mer d’abord un corps intermédiaire , une

CONFÉRENCE CONTINENTALE , COmme HOUS

allons l’expliquer.

Il faut nommer un comité de vingt-six membres , c’est-à-dire , de deux membres par colonie ; deux membres de chaque assemblée ou convention provinciale, et <le plus cinq représentans du peuple , élus dans la principale ville de chaque province, pour que, connoissant plus particuliérement toutes les parties de cette province , ils puissent mieux la défendre. Si on le juge plus convenable , on pourra même élire ces représentans dans les trois ou quatre cantons les plus peuplés de la province. Dans une telle conférence , doivent se trouver réunis les deux grands principes des affaires, la connoissauce et le pouvoir. Les membres du congrès et des assemblées ou conventions, ayant déjà acquis de l’expérience par leurs fonctions , pourront servir de conseillers ; et revêtu^ du pouvoir du peuple, -ce corps aura une autorité toute puissante.

Les membres de la conférence étant assemblés, ils rédigeront une charte continentale , ou charte des colonies unies , qui réponde à-peu-près h, ce qu’on appelle en 4ngleterre

la grande cliarte. Iis fixeront le nombre des membres du congrès et la manière de les choisir , ainsi que les membres des assemblées , avec le temps de leur session , et les objets qu’ils auront à traiter, lis ne perdront point de vue que notre force est continentale, non provinciale : iis assureront la liberté et la propriété de tous les citoyens ,, çt sur-tout le libre et entier exercice des religions; enfin. tout ce qu’il est nécessaire qu’une charte spécifie. Dès que la constitution sera achevée , la conférence doit se séparer, et les corps doivent être élus conformément à la charte, pour êtie les législateurs et les gouverneurs du continent pendant le temps prescrit ; et puisse le ciel assurer leur paix et leur bonheur !

Si ce que je viens de proposer se réalise ; s’il se rassemble une conférence pour faire notre constitution, je prie les hommes, qui la composent , de méditer le passage suivant^ tiré de JDragonetti y ce sage publiciste.— « Le savoir de l’iiomrne d’état, » dit il , consiste à fixer le vrai point de » bonheur et de liberté. Ils mériteroient la » reconnoissance de tous les âges , les hommes qui pourroient trouver le modo

î> de gouvernement propre à produire la, y* plus grande somme de bonheur individuel , et qui en même temps coûteroit le » moins (j) ».

Mais, disent quelques personnes, où est

le roi de l’Amérique ? Je vais vous le

diré, amis. Il règne dans le ciel, et il ne lait point égorger les hommes.

Mais puisqu’on aime les honneurs , les solemnites , choisissons un jour pour proclamer notre charte. Qu’on l’élèye et la place sur le livre même qui contient la parole de Dieu ; qu’a! ors on mette une coui ronne au-dessus, et que le moi^^e^apprenne quel’Amérique aime tellement lamonarchie, qu’elle a choisi la loi pour roi. i

Dans les gouvernemens absolus , le roi est la loi ; mais dans un pays libre , la loi .seule doit régner, et nous ne voulons pas d’autre roi. Cependant, de peur d’accident, il faut qu’à la fin de la cérémonie, dont je viens de parler, la couronne soit brisée, et qu’on abandonne ses débris au peuple à qui elle appartient de droit.

(i) Dragonetti , de la vertu et des récompenses.

Nous avons ïindroitnaturel ànous creetuït gouvernement. Quand on réfléchit sérieusement sur Fincertitude des choses humaines, on est convaincu qu’il est infiniment plus sage d’établir, en ce moment, notre côns^ titution , que de remettre au temps et au hasard le soin de la faire. Si nous ne prenons pas ce parti , il peut s’élever quelque Mazaniel (i) , qui , profitant des mécontentemens et de l’inquiétude du peuple , rassemble tous ceux qui désireront un changement, et détruise pour jamais la liberté de l’Amérique. .

Si le gouvernement de ces contrées retomboit dans les mains des Anglois, il n’est pas douteux que l’instabilité de ce gouv^ernement ne déterminât bientôt quelqu’aventurier courageux à tenter la fortune ; et dans ce cas , de quel secours nous seroit l’Angleterre ? Nos malheurs seroient consommés avant qu’elle en eût la première

(i) TKomas Anello, ou Mazaniello , pêcheur napolitain , lou lazaroni , fit , dans le marché de Naples , révolter ses camarades contre l’oppression des Espagnols, qui y comniandoient j chassa le gouverneur , et le même jour se déclara roi.

nouvelle ;

iîohvèlle ; et eii attendant nous gériiirîoliSj ainsi que les anciens Bretons , sous l’op^ pression du conquérant. Vous , qui , en ce moment, vous opposez à la déclaration de notre indépendance, vous ne savez point ce que vous faites. Vous ouvrez la porte à une tyrannie éternelle.

' Des milliers d’Américains croient, avec raison, qu’il seroit glorieux de chasser du Continent la puissance infernale et barbare , qui arme contre nous les Indiens et les Nègres ; puissance doublement criminelle , puisqu elle est inhumain e envers nous , et perfide envers ceux qu’elle emploie.

Comment parler d amitié à. des gens en qui la lalson nOus defend d’avoir confiance, et que nos cœurs blessés de mille manières ne peuvent que détester ! Le vouloir seroiü Une folie. Chaque jour efface les foibles restes de parente entre noiis et l’Angleterre.

1 eut-on donc esperer qu’à mesure que les liens du sang diminuent, la tendresse augmente ? Nous accorderons - nous mieux, enfin , quand nous aurons encore plus de sujets de mécontentement ?

Vous, qui nous parlez de réconciliation et d’harmonie*i pouvez-vous renouveller le

temps passé? pouvez-vous rendre à la débauche son innocence perdue ? Non ; et vous ne pouvez pas davantage unir 1 Angleteirçet l’Amérique. Les derniers liens sont rompus; le peuple an glois présente des adresses contre nous. Il est des injnres que la nature *ne pardonne jamais ; et si elie les pardonnoit, elle cesseroit d’être nature. L’Amérique ne sait pas plus pardonner aux meurtriers angloisqui l’ont ensanglantée, qu’un amant passionné ne pardonne au ravisseur de sa maitresse. L’Eternel même a gravé en nous ces sentlinens ineflaçables , et ses desseins j

sont toujours sages. i

Ce sont ces sentimens, qui conseryent son^ i image dans nos cœurs , et qui nous distm- j guent des brutes. L’ordre social seroit de- | truit, la justice bannie de la terre , ou du j moins elle n’y seroit que fpiblement connue,^ si nous restions insensibles à toute affection ; et le voleur, le meurtrier ne seroient pres’que jamais punis , si nous étions insensibles à l’injure.

O vous , à qui le genre humain est cher . i

vous qui osez vous opposer non-seulement à |

la tyrannie, à la fourbe.... Courage ! chaque l

coin du vieux monde est cquvert par 1 op- ;

pression. La liberté a été poursuivie partout le globe. L’Afrique et l’Asie l’ont dès longtemps repoussée. L’Europe la regarde comme étrangère , et l’Angleterre lui a commandé de s’éloigner. Recevez donc la fugitive , et préparez, pendant qu’il en est temps, un asyle au genre humain.

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