SENTIMENT NATIONAL ITALIEN
Les derniers événements do la guerre italoturaue sont, pour nous, riches en enseignements, et ils offrent une abondante matière, non seulement aux méditations de nos diplomates et de nos politiciens, mais à celles de quiconque se préoccupe de ce qui se passe au delà de nos frontières.
J'étais à Milan, l'autre jour, lorsque la nouvelle y parvint de la bataille de Psitnos et de la reddition de la garnison turque. Je m'attendais à des démonstrations patriotiques, à tout un étalage de joie délirante. Il n'en fut rien. Les communiqués sensationnels de la presse étaient accueillis avec un calme, au moins apparent, une discrétion, et, — pourquoi ne le dirais-je pas, puisque c'est vrai, — une bienséance qui excitèrent mon admiration.
Il paraît qu'ailleurs, dans le Midi, où on est plus expansif, à Naples, par exemple, la joie publique se manifesta avec moins cle réserve : des
bandes enthousiasmées parcoururent les principales artères de la ville, drapeaux en tête. Mais Milan est une ville du Nord, qui a déjà quelque chose du flegme germanique.
On trouvera peut-être, en France, qu'il n'y avait pas de quoi se réjouir si bruyamment, et
Îu'en somme la victoire fut aisée, puisc[ue les urcs avaient contre eux un ennemi dix fois supérieur en nombre. Mais on oublie que la bravoure a toujours consisté à écraser l'adversaire, quand on est dix fois plus fort que lui. Et puis enfin ritalie moderne n'est pas précisément habituée à vaincre : un peu de griserie belliqueuse eût été bien excusable dans la circonstance.
Toujours est-il que les Milanais surent porter la victoire avec grâce. C'est à peine si les habituelles vociférations de^ marchands de journaux, à l'entrée de la ga^lerie Victor-Emmanuel, se firent, ce soir-là, plus aigu$8 et plus assourdissantes. La foule des flâneurs n'était pas plus compacte que les autres jours sous les hautes arcades de la place du Dôme.. Et, comme tous les jours encore, les mêmes attroupements stationnaient devant les vitrines des journaux où sont aMçhées d'immenses cartes de l'Archipel, avec de petits drapeaux tricolores indiquant la position des navires italiens et les îles grecques récemment conquises; en haut, dans le lointain, un drapeau rouge, orné du croissant, signale Cpnstantinople...
Mais si décente que fût la tenue de tout ce public, ii était aisé de percevoir sur tous les visages le même frémissement d'allégresse et d'or-
f;ueil. Les militaires, les officiers surtout, levaient a tête et faisaient sonner leurs éperons de façon plus martiale. Les cuirassiers, qui portent le casque de la Pallas de Velletri, passaient, superbes et radieux, au milieu de la foule, q^e dominaient leurs énormes cimiers dorés. Dans les cafés, des familles attendries entouraient un soldat coiffé de la chéchia africaine, un jeune garçon aux yeux luisants de fièvre et au teint brûlé, — un fils ou un cousin que Ton écoutait avec dévotion, tout en dégustant des gelati aussi gros que des tranches de pastèque.
Déjà, à Gênes, quelques jours auparavant, j'avais été surpris par l'effervescence insolite de la population. A Tneure où paraissent les journaux, cette ville §i froide, si renfermée, comme naurée dans son labeur et son négoce, semblait se dégeler tout à coup et sortir de ses bputiques. Sur la grande place au Théâtre, des poussées subites annonçaient l'apparition des vendeurs de la Stampa ou du Secolo. On courait, on se disputait les feuilles, on les commentait sur un ton soudainement passionné.
On sentait bien qu'il y a, dans ce pays, quelque chose d'extraordinaire. En réalité, on n y pense qu'à la guerre. Dans les estaminets des faubourgs, les accordéons jouent Tripolitania bella; et, dans les cinématographes, on reproduit, jour par jour, les moindres épisodes de la campagne. Bien plus, on va chercher dans l'histoire des excitants qui agissent sur les couches les plus profondes de la conscience populaire/ On découpe en scènes h Jérusalem délivy^ée. On montre les héros du Tasse, bannière déployée et morion en tête, en train d'occire, d'une main gaillarde, les Sarrasins^mér créants. Et la foule se précipite à ces exhibitions.
A Milan, le cinéma du Corso Vittorio-Emmanuele ne désemplit pas. Des soldats, qui peut-être vont partir pour l'Afrique, sont là, allongés sur les banquettes du hall, attendant patiemment leur tour de séance, avides de prendre un avant-goût des plaisirs glorieux de la conquête.
C'est peu de dire que la guerre africaine est populaire en Italie : elle est réellement nationale.
A tort ou à raison, les Italiens en général sont convaincus qu'ils vont trouver, dans leurs colonies nouvelles, des débouchés pour leurs émigrants. Les gens du peuple y voient du travail en perspective et beaucoup d'argent à gagner. C'est le sentiment commun. Les récentes opérations de la flotte dans la mer Egée y ont ajouté une autre sorte de satisfaction qui, pour être plus secrète, n'en est pas moins vive, — une incontestable satisfaction d'amour-propre. Désormais, en effet, leur prestige est relevé dans ces pays du Levant où, jusqu'ici, ils n'apparaissaient guère que comme de pauvres travailleurs ou d'humbles diseurs à'oremus : capucins ou terrassiers, c'est sous ces deux espèces que les Italiens étaient connus en Palestine, en Syrie, en Egypte, en Anatolie. Aujourd'hui, on les y connaît comme des soldats et, qui mieux est, — comme des soldats vainqueurs. Ils espèrent que, demain, ils y seront des maîtres.
C'est pourquoi la guerre contre les Turcs rallie en sa faveur presque toutes les opinions. Les feuilles socialistes elles-mêmes n'osent pas heur-
ter trop ouvertement le sentiment populaire.
Elles font bien leurs critiques. Elles remarquent avec aigreur qu'il faudra du temps pour mettre en valeur un pays comme la Cyrénaïque et que, pour la Tripolitaine, il n'y a guère que du sable SI y récolter. Mais ces dissonances se perdent dans le concert presque unanime de l'approbation.
L'élan guerrier est le plus fort. Il emporte toutes les objections, particulièrement chez les simples. Dans les trattorie, les orateurs de cabaret parlent déjà de marcher sur Constantinople. Us voient la flotte italienne ancrée dans le Bosphore. En tout cas, personne ne doute que Rhodes et les îles de l'archipel ne restent à l'Italie. Ils ont raison : le succès est à ceux qui osent.
Sans doute, on peut traiter ces beaux espoirs d'illusions naïves, soutenir que Toccupation de Rhodes n'avancera en rien la conclusion de la paix — et que les Turcs ne s'en montreront pas moins irréductibles dans leur entêtement. Allons même plus loin : prévoyons le cas où l'Italie éprouverait les plus graves mécomptes, supposons des défaites et le naufrage de tant d'espérances : il n'en resterait pas moins ceci, c'est que la guerre contre les Turcs a donné un essor incroyable au patriotisme italien, et que, jamais, depuis les temps héroïques du Risorgimento, le sentiment national n'a été plus vibrant ni plus exalté. Ce simple fait réclame toute notre attention.
Quoi qu'il arrive (et notez que leurs défaites
n'ont jamais arrêté les Italiens), il est clair que ce peuple est en marche^ que son expansion se poursuit avec une force invincible et d'une manière continue.
La race est vigoureuse, étonnamment prolifique. Ils sont partout, dans toute la planète. Ils ont la belle rudesse des peuples neufs, que l'excès du bien-être et de la culture intellectuelle n'a pas encore débilités. Ils ont le goût de Taction, non pas en dilettantes, comme les élégants de chez nous qui tâtent de Taction pour s'occuper, mais pour réaliser, pour gagner ^ n'importe où, n'importe comment. Ces gens qu'on nous représentait, il y a un siècle, comme amollis de volupté (la volupté saine est d'ailleurs excellente F>our la race et c'est un bien moindre poison que 'abus de l'esprit) — ces oisifs sont devenus une nation d'ouvriers qui envahissent les chantiers du monde. Ils tâchent de devenir à leur tour des industriels et des commerçants. Leur outillage se Complète et se perfectionne aveô une rapidité qui surprend le voyageur. Ils ont une marine marchande en plein progrès. Enfin, à voir les choses en bloc et du dehors, ils ont appris, avec toutes les disciplines pratiques, la discipline nationale. Ils ont l'air de marcher Comme un seul homme et sur un mot d'ordre. Ouvriers, Commerçants, industriels, il ne leur restait plus qu'à devenir des soldats. Les voici qui sV mettent.
Stendhal, qui les connaissait bien, f avait prévu. Il attribuait à Bonaparte lé réveil des vertus guerrières en Italie : « Napoléon — écrivait-il en I8lè, et précisément à Milan — Napoléon avait déjà rendu la bravoure personnelle à la Lôinbàrdie et à la Romagne. La bataille de Raab, en iSÙO, fut gagnée par des Italiens. »
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Ils commettront des erreurs peut-être et des fautes, ils auront à subir bien des déboires : Tesèentiel est qu'ils aient confiance en eux et danà leur avenir. Or, rien n'est assez grand pour leurs ambitions. Dès aujourd'hui, quand ils bâtissent, ils font colossal. Ils voudraient bien faire beau aussi. Ce n'est pas en vain qu'ils sont les héritiers de Rome et des grands artistes de la Renaissance. Ils visent donc à la beauté; mais, comme tous les peuples jeunes et robustes, c'est moins la beauté que la grandeur, un peu emphatique et boursouflée, qu'ils atteignent.
D'ailleurs, à toutes les époques de leur histoire, ils ont été des maçons incomparables. Ils bâtissent, avec une sorte d'emportement. Des quartiers neufs, des édifices monumentaux surgissent daiis toutes leurs grandes villes. A Gênes^ ils viennent de construire une Rourse gigantesque, enflée d'une véritable débauche ornementale, surmontée de dômes dorés : c'est hurlant de mauvais goût. Mais qu'importe ! Une autre fois, peut-être, ils rencontreront mieux. Je les tiens quittes du bon goût, du moment qu'ils montrent une si belle ardeur à vivre et à s'affirmer. Plût à Dieu qu'en France, on bâtît avec cette insouciante intrépidité ! Râtir, construire, c'est comme engendrer. C'est préparer un abri pour les couvées et les richesses futures, ainsi qu'il sied à ceux qui ont de la force et de longs jours devant eux. Ah ! oui, si l'on bâtissait à Marseille, à Lyon, à Toulouse, à Rordeaux avec la même audace qu'à Turin, à Gênes, à Milan,
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comme j'aurais plus de foi en ce que demain sera pour nous !
Il y a chez eux un signe de celte ambition, de ce désir éperdu d'ôtre une grande nation, — un signe qui, d'ordinaire, passe inaperçu, mais qui n'en est pas moins frappant pour quiconque sait voir : ils ont mis un aigle sur leurs écussons, non point Taigle romaine (nous la leur avons prise au temps où nous étions les maîtres), mais une bête héraldique qui ressemble fort à laigle allemande et à celle de tous les peuples avides. Ne nous en moquons pas. Les peuples doivent avoir leurs aigles : elles sont une perpétuelle exhortation à la victoire.
Assurément, nos fleurs de lys, tombées du ciel, selon la légende, symbolisent à merveijle l'idéalisme candide et généreux de notre France. Mais, {>our symboliser nos vertus conquérantes, il falait un signe moins noble et moins pur. Nous l'avons eu, ce signe. Louis XIV nous le donna. Il fit mieux que de prendre l'aigle, il prit le soleil, qui défie les aigles elles-mêmes : Nec plu-
Quand verrons-nous, nous aussi, reparaître nos aigles et se lever le soleil des grandes aventures ?
('27 mai 1912.)
« NOS HftROS »
Rome, 20 septembre 1912.
Au moment où j'écris ces lignes, la fin d'un bel orage illumine la Ville éternella beaucoup plus magnifiquement que les lampions et les cordons ue gaz allumés pour la fête nationale italienne. A la lueur des feux de Saint-Elme, la coupole de Saint-Pierre, surgie brusquement des noirceurs nocturnes, resplendit dans un ciel d'apothéose, tandis que la pluie qui tombe en déluge, une de ces bonnes pluies torrentielles de la fin de l'été, achève de noyer les illuminations officielles et de disperser les passants. Sous les douches célestes, les rues et les places désertées par la foule luisent solitairement comme des miroirs d'eaux ou des canaux vénitiens, entre les hautes berges des maisons.
La fête va finir assez tristement. Elle avait commencé d'ailleurs sans grand entrain. Je ne me serais pas douté que Rome était en réjouissance, si, le matin, je ne m'étais égaré dans le démocratique faubourg du Testaccio, et si, l'après-
midi, je n'avais poussé une reconnaissance du côté de la porte Pie et de la voie Nomentane, oii des discours commémoratifs devaient ôtre prononcés. Dans notre quartier d'étrangers, celui de la Trinité-d es-Monts, quelques drapeaux pendaient çà et là, mais chichement, et comme par devoir, ainsi qu'en nos plus mornes 14 Juillet. Une solitude dominicale régnait partout. En revanche, dans toutes les avenues qui mènent à la *porte Pie, les Romains endimanchés se pressaient en rangs compacts. La Via Nazionale, la Via ventisettembre étaient noires de monde. Dirai-je que les cortèges, les bannières et les orphéons composaient un spectacle bien pittoresque et que l'enthousiasme fut délirant ? Ce serait passer les bornes de la plaisanterie. J'avouerai même ma déception d'assister, ici, à une solennité aussi calme, aussi terne» aussi grise, aussi différente enfin de ce qu'un Français du Nord peut s'attendre à voir en Italie.
Mais, une fois de plus, j'admirai la belle tenue de ces foules italiennes. Je ne sais pourquoi nous continuons à nous imaginer l'Italie populaire d'après notre Provence marseillaise, — une Provence d'ailleurs légendaire et toute parisienne. L'exubérance et la gesticulation méridionales sont dos inventions de vaudevillistes. Ici, pas un mot plus haut que l'autre, pas même de braillades patriotiques, et, chose digne de remarque, en un jour pareil, et dans un quartier où foisonnent les cabarets populaires, — pas un ivrogne ! Evidemment, j aurais préféré un divertissement plus gai. Mais je revins fort édifié d'une attitude si décente, si digne surtout. N'oublions point que Rome n'est pas précisément une ville joyeuse et qu'elle sue la dignité.
Non, décidément j ce n'est pas à la porte Pie que j'ai, senti vibrer la fibre patriotique italienne. Et pourtant Texaltation du sentiment national, d'un bout & l'autre de la Péninsule/ est un fait qui frappe même les touristes les plus ensevelis dans leurs baedekers.
Ici, sur le Corso ou sur la place de Venise, il faut entendre les crieurs de journaux annoncer les succès de l'armée en Tripolitaine* On s'ar* rache les gazettes, on se plonge avidement entre les pages fraîchement imprimées.
La réserve de ce peuple grave ne se dément point, la correction. est parfaite. Mais, da&s tous les regards, brille un éclair d'orgueil. Cette appà*rente froideur fait un contraste étrange avec Tar-ï^ deur belliqueuse et le ton dithyrambique de la presse italienne presque toute entière. Ce ton est extrêmement monté. La moindre bataille devient une victoire. On ne dit plus : « Nos soldats »; mais « nos héros », inostri eroi, (Reconnaissons; d'ailleurs, que nous-mêmes nous avons un peu abusé de ces mots sonores à propos des «victoires » de nos aviateurs ; il est bien juste que le voisin ait ses héros, lui aus^ !) Enfin, les journaux constatent unanimement que Tinfluence de la guerre tripolitaine se fait sentir dans toutes les manifestations de la vie nationale. La critique littéraire prophétise déjà que la littérature en sera profondément modifiée dans ses tendances : plus de drames passionnels, plus de récits d'adultères ou d'ennuyeuses analyses psychologiques, plus de byzantines études dites sô*» ciales, plus d émollients appels à la pitié huma*
nitaire, — mais des romans d aventures, vrais comme la vie, poétiques comme des contes, où Ton célébrera surtout Tesprit d'initiative et d'audace ! Lltalie a soif d'épopée...
Lorsque, autrefois, nous lisions, chez Gabriele d'Annunzio, tel passage grandiloquent, où des apprentis héros se miraient complaisamment dans ceux de Tancienne Rome, nous souriions un peu, comme devant un morceau de trop belle littérature. Aujourd'hui, il n'est plus permis de sourire. Les adjurations éloquentes du poète sont en train de passer dans les faits. Quoi qu'on en puisse dire, l'armée italienne vient de faire ses
{>reuves en Tripolitaine. Et quoi qu'il advienne, a résistance morale de ce peuple jeune, vigoureux et rude, est à la hauteur des pires épreuves. 11 croit à son avenir : c'est l'essentiel. En tout cas, nous ne saurions trop imiter, nous autres Français, le superbe exemple de discipline nationale qu'il nous donne. Avec notre générosité insouciante, nous oublions trop que les nations ne peuvent subsister qu'à la condition d'être de grandes égoïstes.
Cette surabondfyjce de vitalité, sufftra-t-il à l'Italie de la dépenser dans des entreprises coloniales, comme celle où elle est engagée actuellement?
On lui conseille, en ce moment, d'adopter une double politique — une politique continentale et une politique méditerranéenne — l'une d'accord avec la Triplice, l'autre d'accord avec la JFrance et l'Angleterre. Je ne suis pas assez grand clerc en politique internationale pour me permettre
d'avoir une opinion sur ce sujet. Mais je consl^ate que, justement en Méditerranée, une entente s'est établie depuis longtemps — et par la force des choses — entre Italiens et Français. Dans ■toute notre Afrique du Nord, les uns et les autres Avivent, somme toute, en bonne intelligence, collaborent à la même tâche, qui est la mise en valeur d'un pays inculte et retombé dans la barbarie. L'exemple de cette union réalisée spontanément par Tinstinct populaire pourrait peut-être inspirer heureusement la politique des deux nations.
Et, à ce propos, je ne suis pas fftché de répondre à ceux qui m'ont reproché comme une utopie d'avoir célébré, dans mes livres, l'alliance aes races latines en Méditerranée et plus spécialement en Afrique. Récemment encore, on m'objectait que ces immigrants italiens, ces Calabrais, comme on les appelle, compromettent l'œuvre française en Algérie et en Tunisie, par leur rapacité, leurs violences, leur stupidité quasi-sauvage. Notre indulgence à leur éçard ne fait, dit-on, qu'exaspérer contre nous les indigènes, qui sont leurs victimes.
C'est bien possible. Mnis précisément, parce que ces Calabrais sont des demi-barbares, ils sont mieux taillés que nous pour résister à la barbarie africaine. Là où nos colons échouent, ils réussissent à se maintenir, — au prix de quelles exactions, je ne le sais que trop. L'essentiel, pour nous, est d'opposer un noyau européen à la masse indigène. Croire à la supériorité de celle-ci sur les Calabrais, en tant que candidats à la civilisation, est une bonne plaisanterie, ou un paradoxe de dilettante. Enfin ces Italiens ne peuvent être que nos alliés contre l'Arabe, qui est l'en-
nemi commun. Même s'ils ne le voulaient pas, ils seraient encore obligés de marcher avec nous : c'est pour eux une question de vie ou de mort.
Aujourd'hui, les soldats de Tltalie et ceux de la France sont voisins non plus seulement sur les Alpes, mais sur la frontière tunisienne. Souhai* tons, encore une fois, que Tentente, qui existe, depuis tant d'années, entre les colons des deux peuples, se maintienne entre les deux peuples eux-mêmes.
Alors que l'Islam tout entier nous offre un si bel exemple de solidarité, qu'il forme un bloc de plus en plus compact, il serait honteux, autant que déraisonnable, de nous entre-déchirer sous ses yeux. Les difficultés que les Italiens rencontrent en Tripolitaine, celles que nous rencontrons, nous aussi, au Maroc, nous prouvent que les temps sont changés et qu'on ne peut plus considérer les Arabes comme un vil bétail, dont on a raison avec quelques coups de fusil. Contre cet ennemi commun, qui deviendra toujours plus redoutable, marchons au moins parallèlement.
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