SEUL, LE SEIGNEUR DEMEURE ÉTERNELLEMENT
Exultarit spiritus meus in Deo, saliitari meo.
(Cantique de la Sainte Vibrge.)
i;kti:hnkli.e foi
Les funérailles de Tolstoï furent un événement non seulement national, mais mondial, puisque, d'un bout à Tautre de la planète, elles ont excité un tel courant de curiosité sympathique. A lire les comptes rendus des journaux, une comparaison s'imposait tout de suite entre ces funérailles du grand écrivain russe et celles d'un autre grand écrivain français, qui furent, elles aussi, un événement mondial. Mais, pour ceux qui ont assisté à ces dernières et qui s'en souviennent encore, quelle différence entre le simple enterrement de Tolstoï et la pompe funèbre de Victor Hugo ! Comme l'apothéose de l'auteur des Misérables nous apparaît orgueilleuse, théâtrale et vide de sens, à côté des obsèques si modestes et si émouvantes de l'auteur de Résurrection ! Celles-là ont eu la suprême beauté que la foi vivante sait mettre sur le plus humble cercueil.
Parmi les phrases laconiques des innombrables dépêches qui nous ont résumé la cérémonie, un détail surtout vous émeut : ces foules de paysans
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— dix mille, nous dit-on — agenouillés autour de la maison mortuaire et entonnant le cantique des morts !... Certes, Tàme de ces paysans russes, c'est le secret des ténèbres pour nous ! Je ne me flatte pas de les connaître. Pourtant, je les ai rencontrés, un peu partout, sur les chemins de Palestine, mêlés aux multitudes religieuses qui venaient là de tous les coins du globe — chrétiens schismatiques ou protestants, de toutes nationalités et de toutes confessions. Eh bien ! malgré Tabime qui nous sépare, c'est encore dans leurs yeux troubles et dans leurs voix inconnues que j*ai surpris le regard et Taccent le fJus fraternels. A travers des distances infinies, 'humanité du Christ nous rapprochait. J'ai vu des Juifs se lamenter devant la muraille du Temple, qu'ils baisaient en sanglotant : et c'était très beau ! J'ai vu, dans la grande mosquée de Damas, à Tépoque du Rbamadan, des foules mu* sulmanes prosternées, le front dans la poussière, comme une immense jonchée de neige : et c'était encore très beau ! Mais, nulle part, dans aucun sanctuaire d'une autre foi que la mienne, je ne me suis senti plus près des âmes en prières que dans la cathédrale russe de Jérusalem. Les rites, les psalmodies, tout m'était à peu près inintelligible, — et cependant je n'étais pas là un étranger. Quelque chose d'essentiel au christianisme et qui ne se retrouve dans aucune confession hétérodoxe, s'exhalait avec cette musique et se traduisait par ces gestes barbares : douceur, humilité, résignation, tristesse nostalgique de l'àme, profondeur de la plainte et de la détresse humaines. Tout cela composait un chant qui m'avait bercé ailleurs et qui me rappelait l'Eglise et la Patrie absentes.
On s'imagine, chez nous, que ces êtres de foi ne se rencontrent que par exception, dans des lieux ou dans des pays voués à l'exaltation religieuse, et que, d'une façon générale, la foi est en baisse partout. On se laisse éblouir par le superficiel positivisme que la presse et 1 enseignement de Técole essaient de propager dans nos masses françaises. Mais on oublie, ou on ne veut pas voir ce qui se passe de l'autre côté de nos frontières. Pour ma part, je n'ai jamais vécu quelque temps à l'étranger, sans constater combien l'homme est un être profondément religieux. Et je ne parle pas ici du bloc formidable de rislam et des religions asiatiques, qui semblent à tout jamais réfractaires à la pensée philosophique de l'Occident : il y a là, pour nous, une menace permanente, qui grandit tous les jours et sur laquelle nous préférons fermer les yeux. Je m'en tiens aux pays qui nous entourent, — de préférence aux pays protestants. Ces pays, qu'on nous vantait autrefois comme les asiles de la libre-pensée, doivent paraître aujourd'hui singulièrement rétrogades aux négateurs de l'idée religieuse. 11 n'y en a pas, où la foi soit plus omnipotente, plus intransigeante, où la propagande de l'idéal purement laïque fasse moins de progrès.
Ce serait plutôt le contraire dans les pays catholiques. Et j'y vois, pour ma part, une preuve indirecte du libéralisme inhérent à la très souple mentalité que l'Eglise nous a faite. Les esprits rigides, butés dans des convictions aveugles, emprisonnés dans une morale étroite, ne sont pas
de chez nous. Dès que la foi manque aux nôtres, la poésie déposée au fond de leurs âmes par le catholicisme, la richesse métaphysique de nos dogmes leur sont autant d'adjuvants pour courir les aventures de la libre-pensée. Mais je me hâte de reconnaître que, même dans les pays latins, ou plutôt romains, en Italie, en Espagne, en Belgique, Tagitation antireligieuse n'atteint pas les couches profondes de la population. Les campagnes en sont absolument indemnes. Dans les agglomérations ouvrières, dans les grandes villes industrielles et commerçantes, où les doctrines révolutionnaires se répandent le plus aisément, — à Anvers, à Milan, à Barcelone — assistez aux offices du dimanche, soit à la cathédrale, soit dans les paroisses des faubourgs, vous sentirez en ces foules catholiques une ferveur de foi au moins é^ale à celle des foules protestantes. Que dis-je? Il est bien inutile d'aller si loin: il suffît d'entrer, ce jour-là, dans une de nos églises parisiennes.
Oh ! je sais, on se lamente chez nous, sur Tétat de choses actuel. Des esprits timorés dénoncent tout bas la faillite de Fidée religieuse, Mais qu'ils daignent considérer une chose : c*est que le noyau solide du catholicisme français n'a subi, pour ainsi dire, aucune atteinte. Seule, la masse flottante, s'est dissoute et éparpillée, cette masse terre-à- terre, qui, à toutes les époques, confond sa foi avec son intérêt. Il fut un temps où l'Eglise était, pour les foules, la bienfaitrice universelle: dispensatrice de savoir, de charités, de richesses et d'honneurs, médecin des âmes et des corps, objets des ambitions les plus hautes. Or, voici qu'on Ta dépouillée de toutes ses prérogatives terrestres. Elle se montre simple et nue, sans
autre attrait que les trésors spirituels de sa doctrine. Comme il est naturel alors que toutes les petites gens et que toutes les âmes médiocres se détournent de cette pauvre et de cette esseulée ! ta force est avec ses adversaires. Ils ont le pouvoir, ils distribuent les largesses, ils promettent la science. Ce serait surprenant, en vérité, que la multitude ne se précipitât point vers l'Autorité et la Lumière nouvelles !
Et pourtant il y a un bien, que ni le Pouvoir ni TEcole ne peuvent lui donner: la foi, dont malgré tout, elle est avide ! Et cette foi, elle ne la cherche pas toujours là où ses maîtres éphémères voudraient qu'elle la vînt chercher.
Entrez, par exemple, un dimanche, à Téglise des Invalides. Vous y verrez des centaines et des centaines de curieux défiler, chapeau bas, devant le tombeau de Napoléon. Poussez jusqu'au musée militaire : il est envahi, on s'écrase littéralement dans les escaliers. Retournez-y en semaine, par des temps radieux : le public est tout aussi envahissant. Le musée des Invalides est un véritable sanctuaire qui a ses dévots assidus. Et il n'y a pas que des bourgeois et des touristes dans ces immenses salles pleines d'armures, d'uniformes, de bannières et d'étendards. Les ouvriers et les bambins des écoles primaires y sont, de beaucoup, les plus nombreux. Pure badauderie ! dirat-on. Erreur ! il faut voir le sérieux de ces visiteurs ingénus et entendre de quel ton ils déchiffrent les inscriptions placées sur le socle des mannequins belliqueux : « Celui-là, c'est un cui-
rassier de la garde impériale!... c'est un carabinier du Roi I » Et rhomme en pantalon de velours, le. petit soldat en capote de laine s'immobilisent, les yeux écarquiilés d admiration devant le simulacre du grand gaillard équestre qui les domine du haut de sa monture, sous son casque à chenille et son écusson ileurdelysé !
En dépit des prédications antimilitaristes, c'est une joie de constater combien le peuple de Paris reste fidèle au culte de la gloire. Les satisfactions de ventre qu'on lui promet ne comblent ni ses désirs ni ses imaginations. 11 lui faut donc rêver à quelque chose de plus haut que l'organisation du sabotage ! A défaut de Tobjet sacré qu'on lui dérobe, ou dont on le détourne, son cœur se prend où il peut, soulevé par l'éternel besoin de croire, — par la Foi plus forte que tout.
(26 novembre 1910.)
LE DfiPART DES PÈLERINS
24 août i912.
Voici les grandes semaines de Lourdes qui commencent. Pendant près d'un mois, les trains supplémentaires vont déverser de véritables foules sur Iqs bords du Gave. Le tlot annuel du pèlerinage national va submerger les habituels suppliants qui assiègent la Grotte miraculeuse.
Ces périodiques manifestations de la foi sont encore, pour beaucoup, un sujet d'étonnement. Les gens qui en jugent, avec les préjugés du Français moyen, se persuadent que ce sont là les derniers sursauts de la superstition expirante. Les pèlerins de Lourdes et d'ailleurs leur apparaissent comme des espèces de fossiles, des échantillons d'une humanité attardée et condamnée à périr. Pour eux, des hommes de foi sont des manières de monstres, des anormaux, qui, grâce au progrès des lumières, se font heureusement de plus en plus rares.
En réalité, les anormaux, c'est nous Français,
avec notre conception toute laïque de TEtat, ce sont môme ces libres-croyants qui essaient, comme ils disent, d'épurer l'idée religieuse, de remplacer la foi par un mélange hybride de rationalisme et de sentimentalité. Ceux-là, au milieu de Tunivers, tout entier religieux, forment un petit ilôt d'ôtres exceptionnels. La foi simple et absolue, — cette foi dont ont voudrait, je ne sais pourquoi, attribuer le privilège exclusif à notre moyen âge, — cette foi les environne de toutes parts, aussi formidablement que les grandes eaux marines enveloppent la planète.
11 est inutile de sortir de France pour s'en rendre compte. Point n'est besoin d'avoir assisté, dans une ville musulmane, au défilé des pèlerins, qui, bannières déployées, partent pour La Mecque, ni d'avoir coudoyé, en Palestine, ces hordes d'Américains de toutes confessions, qui, chaque année, par milliers, traversent l'Atlantique pour venir boire l'eau du Jourdain. 11 suffit, si Von veut s'édifier, d'ouvrir les journaux.
Qu'ils étaient suggestifs, les journaux, pendant ces derniers temps ! Et quelle énorme ironie dans ces dépêches laconiques, qui, entre un accident d'aviation et le lancement d'un dreadnought, nous informaient, en jargon international, de Tagonie du Mikado! On nous a télégraphié que la population de Tokio, en prières, à genoux dans les rues et sur les places, avait veille, nuit et jour, son Empereur mourant. On nous a même appris qu'une vieille femme avait failli être carbonisée, en laissant brûler sur ses genoux de
LE SENS DE L ENNEMI 30i
petites bougies allumées dans une pieuse intention. Nous avons lu tout cela avec sérénité. Nous n'avons vu là que de curieux détails d'exotisme, une couleur locale qui sied au pays de Madame Chrysanthème. Très peu ont soupçonné que des âmes profondément différentes des nôtres pourraient bien se cacher sous des pratiques traditionnelles si jalousement conservées, — et qu'il y a peut-être un autre abîme que TOcéan entre le télégraphiste de Tokio qui lance de pareilles dépêches et le télégraphiste parisien qui les reçoit.
A peu près au même moment, les mêmes journaux nous annonçaient qu'à Londres des dockers en grève, sur l'invitation d'un meneur, avaient entonné un cantique improvisé, pour demander au Tout-Puissant la mort d'un de leurs patrons. Chez nous, certaines personnes s'en effarèrent d'abord, puis reprirent bientôt leur sang- froid : « Question de milieu et d'éducation ! » hn effet, cette formule explique tout, et plus radicalement u'on ne pense. Mais voit-on nos Pataud ou nos riffuelhes, en pleine Bourse du travail, ou en plein manège Saint-Paul, s'agenouiller dévotement avec toute l'assistance, pour demander au Seigneur le trépas de M. Fallières, ou de tel patron récalcitrant?
Enfin, tout récemment, au cours de son voyage en Russie, M. Poincaré n'a-t-il pas trouvé une occasion bien inattendue de rapprendre son Pater, si, par hasard, il Ta oublié? On se rappelle, en effet, qu'après la revue de Tzarkoié-Sélo, les troupes russes récitèrent devant l'Empereur et
son hôte français loraison dominicale. Ce dut être quelque chose de très beau et de très édifiant, même pour un ministre de la troisième république, que le spectacle de ces soixante mille hommes en prières. Nul doute qu'il n'ait inspiré au libre esprit, au Lorrain cfe vieille souche catholique qu'est M. Poincaré, de fort utiles réflexions.
Avouez donc que, si la foi est en baisse, comme on nous l'assure, il n'y paraît guère dans les autres pays ? Il en est des déclamations antireligieuses, comme des déclamations pacifistes. Qu'il y ait en France, et même ailleurs, des apôtres convaincus du désarmement, je n'y contredis point. Mais quand je regarde chez nos voisins, je ne vois partout que des hommes violents, qui ne cherchent qu'à prendre et à jouir, ou des nommes actifs et énergiques qui ne songent qu'à se pousser et à conquérir. Ceux qui se croisent les bras, sous des prétextes plus ou moins élégants, sont des peuples en décadence. Les autres, ui sont jeunes, vigoureux et bien portants, vont e l'avant toujours, et ne se font aucun scrupule d'écraser le plus faible.
Et je vois encore qu'en face de ces hommes avides et brutaux se dresse la petite église des hommes doux et désintéressés, ceux à qui le royaume des cieux est promis et qui, tout en sachant que la justice n'est pas de ce monde, s'obstinent néanmoins, par leur charité, à réparer les excès de la force. Ce sont ceux-là gui, avec la tradition religieuse, sauvent la civilisation dans ses principes essentiels : la croyance qu'il existe
autre chose que ce que nous voyons, le respect de Tesprit et le sens de ses justes limites, le culte de la fraternité en Dieu...
Ne nous étonnons donc pas que ces deux es-^ pèces d'hommes se partagent notre France d'aujourd'hui. Si la multitude semble s'y accroître de ceux qui nient les divines réalités ou qui ne veulent pas les connaître, des milliers de pèlerins les proclament, en ce moment, devant la grotte de l'Immaculée. Leur enthousiasme, Tin* trépidité de leur confiance arrachaient un cri d'admiration même à Tauteur de La Bête humaine. Que vont-ils chercher si loin ? La guérison, sans doute. Mais la guérison est une grâce qui n'est accordée qu'à quelques-uns. C'est la foi surtout qu'ils vont chercher, « la surabondance de la foi », comme le disait Emile Baumann, dans un livre d'une haute inspiration religieuse, Trois Villes saintes: « Oui, croire autant que les disciples croyaient, eux qui avaient reçu, de la bouche du Seigneur, les promesses... » Car, ces villes saintes sont tout d'abord des lieux d'évan^ gélisation.
On ne vient pas seulement s'y guérir, s'y exalter, y secouer le poids de sa cnair, mais s'y
fmrifler l'esprit de vieilles erreurs, recréer en soi e sens de la vérité. A la médecine des corps s'ajoute une médecine intellectuelle. Jamais cette thérapeutique sacrée n'a été plus opportune qu'aujourd hui. Jamais nous n'avons eu plus besoin d'embrasser avec amour les hautes vérités. Par ce temps de pragmatisme à outrance,^ où les
philosophes eux-mêmes abandonnent les hautes rechercnes spéculatives, les catholiques ont peutêtre une tendance à négliger la foi pour les œuvres. Le dogme s'éclipse devant la morale.
Parmi les agnostiques, beaucoup ne respectent le catholicisme que pour ses vertus sociales ou même nationales. La charité humaine finit par faire oublier la charité divine.
Les villes saintes nous rendent le service de nous ramener au principe, d'où tout découle, de nous retremper à la source. Et c'est aussi le service que nous rendent — dans la mesure de la faiblesse humaine — des livres comme celui d'Emile Baumann. Par Tardeur, par l'intégrité absolue de sa foi, celui-ci se distingue de la plupart des écrivains catholiques d'aujourd'hui. Et je ne dis rien de ses qualités littéraires. Â ceux qui vantent la religion pour son efficacité pratique, qui lui savent gré de nous rendre meilleurs Français ou meilleurs citoyens, ou plus charitables, plus humains, plus moraux, il semble que l'auteur de Trois Villes saintes ait voulu répondre : « Oui, sans doute, le catholicisme produit toutes ces vertus. Mais qu'importe, s'il n'est pas la Vérité ! »
Comme les chrétiens primitifs, il est avide de certitudes, il veut toucher des réalités. Vérifier Tobjet de sa foi, voilà ce qu'il allait faire dans les trois villes qu'il a visitées en pèlerin : Arsen-Dombes, Saint-Jacques-de-Compostelle, Saint- Michel-du-Péril. Et voyez la récompense immédiate de cette haute probité intellectuelle : ce
pèlerin qui ne fait que passer en Galice, cet étranger qui ne sait presque rien de la langue et des mœurs du pays, nous a donné de TEspagne une des images les plus véridiques que nous en ayons dans notre littérature. Pour le grand nombre des Français, TEspagne est un pays fermé, qui ne livre de lui-môme que quelques singularités faciles à noter. Or, c'est un des privilèges du catholicisme que de nous préparer des frères dans tous les pays du monde. Non seulement fiaumann a trouvé, à Santiago de Galice, des âmes fraternelles, mais, dominé par un souci unique de vérité, il a saisi tout de suite, dans ces âmes, le trait essentiel. Il a communié avec la foi espagnole, il Ta décrite avec précision et profondeur, sans mélange de dilettantisme ou d'ironie destructive, il en a montré Tempreinte profonde dans les mœurs et presque dans les moindres usages. S'il a négligé la description classique et banale du torero, il a écouté la complainte du veilleur.de nuit dans la ville de Saint- Jacques. « Lorsque le sereno passait le long des rues, il commençait son tour de ville en chantant Ave, Maria purisima, et, dans le ciel, se déroulait, répondant à sa mélopée, le rosaire des étoiles. »
Ces âmes pleines de foi sont aussi des âmes pleines de candeur et de bonhomie. La foi, quand elle redescend du ciel, sait se faire humaine et douce. Les profanes s'imaginent qu'elle mutile la nature avec une cruauté barbare et impitoyable. En réalité, elle ne détruit rien, elle recrée tout par la grâce, elle purifie, elle complète
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le type humain. Et c est encore un des enseignements que les villes saintes donnent aux pèle* rins.
Je me souviens d'avoir rencontré, à Lourdes, une miraculée, dans Tallégresse triomphale de sa résurrection. Je n*ai rien vu de plus simple ni de plus sublime qu^une telle joie.
C'était une jeune femme paralysée, qui, depuis des années, vivait misérablement dans une boite. Avec les autres malades, on l'avait portée à la procession du Saint-Sacrement, et voilà que, tout à coup, comme le paralytique de l'Evangile, elle s'était levée et elle avait marché. Dans la crainte que cette première marche ne la fatiguât trop, son mari avait voulu la ramener en voiture à l'hôtel. Mais elle se tenait debout, dominant la foule qui la suivait et qui Tacclamait. Sa coiffure s'était défaite, ses cheveux flottaient sur ses épaules, elle souriait, son visage illuminait autour d'elle comme celui des conceptions les plus radieuses de Murillo. Devant l'hôtel, elle descendit sans aucune aide, monta l'escalier d'un pas ferme, et, se retournant vers son mari, qui tendait sa main pour la soutenir, elle se jeta contre sa poitrine et elle l'embrassa éperdument. Ce geste de femme aimante déchaîna les applaudissements de la foule. On les regardait, c'était le couple humain dans toute sa beauté, mais glorifié par le coup de foudre du miracle qui venait de traverser sa chair...