‹ Le sens de l'ennemiChapitre 8 sur 34 · L'ÉTERNELLE SOTTISE · texte numérisé non relu

L'ÉTERNELLE SOTTISE

On s'y habitue, hélas! et — chose horrible à dire — on finit môme par n y plus faire attention. Pourtant, nulle forme de la sottise n'est plus agressive que celle-là, nulle ne vous force avec plus d'obstination à tourner les yeux vers elle et à constater sa présence.

11 ne s'agit point ici des boniments électoraux qui, naguère, s'étalaient sur nos murs, mais des inscriptions saugrenues que des municipalités sectaires font placarder au. coin de nos rues et de nos places et qui déshonorent les chefs-d'œuvre de notre art, qui souillent nos monuments les plus vénérables — les reliques les plus chères de notre passé. On ne se doute point des abîmes de stupidité, des profondeurs de haine imbécile ou de vengeance sournoise que peut contenir — surtout en province — un simple nom de rue !

Place Edgar-Quinet , Avenue Victor-Hugo, cela n'a Tair de rien. Mais l'intention tortueuse qui a dicté le choix de ce nom, Tendroit significatif où il est inscrit suffisent pour transformer le nom d'un grand savant ou d'un grand écrivain en une injure anonyme à l'adresse de toute une catégorie

de bons Français. Ce n'est plus qu'un prétexte pour Tassouvissement des plus misérables rancunes locales, des plus bas instincts démagogiques.

Tout récemment, à Dijon, je fus obsédé et exaspéré par cette bêtise spéciale.

S'il y a, en France, une vieille capitale, faite

Eour retenir le visiteur, c'est assurément celle-là. ►ijon n'est pas seulement une ville gourmande, la patrie des épices, des liqueurs, des vins parfumés et généreux, c'est aussi un centre d'art, qui a ses traditions érudites et littéraires. Chaque époque de notre histoire y est représentée par une série de monuments — églises, hôtels ou palais — qui, tous, sont d'une grande valeur ou d'un haut intérêt archéologique. On y passe d'un vieil édifice roman comme Saînt-Phihbert à un coquet échantillon du style Louis XVI, comme cet hôtel de Mimeure, que son actuel propriétaire, le poète Stéphen Liégeard, a fait restaurer avec un goût si sûr. Et cette variété de formes compose un ensemble léger, gracieux, sévère et grandiose à la fois : c'est de la pure beauté française. Nous devrions visiter Dijon, comme nous visitons les villes d'art italiennes. Encore sîérait-il d'y apporter plus d'empressement et de ferveur. Car enfin, les souvenirs qu'elle renferme nous touchent de plus près que ceux d'Orvieto, de Sienne ou de Pérouse — et les merveilles de l'art bourguignon sont souvent égales à celles de la beauté ombrienne ou florentine. On devrait y respirer l'atmosphère de piété et de recueillement qui, là-bas, entoure les grandes œuvres du passé*

Le voyageur qui passe devrait pouvoir y être trauquille, tout eutier au plaisir de regarder et d'admirer.

Eh biôu ! c'est impossible ! Ou ue peut faire un pas dans Dijou sans s'y heurter à de la sottise anticléricale et antifraugaise !

Vous sortez de Thôtel» et> par la rue de la Liberté, vous tombez dans la rue Bossuet, laquelle débouche sur la place Emile-Zola. Etrange, le rapprochement de ces deux noms ! Mais ce n'est rien : sur cette place Emile-Zola, s'élève Téglise Saint'Jead, un des plus parfaits édifices du style ogival bourguignon. Vous vous approchez pour contempler Te détail de la sculpture et voici que, &ur un des piliers de Tabside, une plaque émaillée vous crève les yeux et que vous êtes forcé de lire ceci : « Emile Zola, grand romancier français aux idées matérialistes » l Une poignée de boue lancée contre les vitraux de la basilique vous choque* rait moins que cette injure grossière. Ce n'est pas le nom de Zola qui est salissant en luî-méme, c'est Tindigne usage qui en est fait. Quel tact, quelle largeur d'esprit cela supjpose I Aller choisir précisément les murs d'une église, pour y placarder le credo matérialiste et pour y glorifier l'auteur de Naw^j de Pot-Bouille et de VAssom-^ moir !

Mais vous poursuivez votre promenade : la rue Danton vous mène, de la place Emile-Zola, à la place Blanqui. Vous supoosez peut-être que cette rue va vous conduire h VHôtel de Vill# ou 4 la Bourse du travail ? Point ! La place Blanquî, c*esf

0^ h^ SENS DE 1,'ENNEMI

tout uniment le parvis de Saint-Bénigne. Vous êtes devant la cathédrale. Alors, si vous voulez admirer ce superbe monument, il vous faudra avaler par-dessus le marché les deux inscriptions suivantes qui sont vissées, Tune sur les bas côtés de Saint-Jean, Tautre sur le porche de l'église métropolitaine: « Blanqui, grand révolutionnaire français. — Danton, conventionnel, organisateur de la défense nationale, mort sur Véchafaud, » C'est pour cela, n'est-ce pas, qu'on a fait le voyage, pour lire les noms de ces deux sinistres bonshommes et pour évoquer la silhouette hideuse de la guillotine?

Et rhorripilation continue ! Vous voici maintenant devant l'église Notre-Dame, la plus originale peut-être des églises dijonnaises, avec son jacquemart flamand, son carillon, sa façade à colonnettes, qui ressemble à un immense buffet d'orgue. Or, à Dijon, ils n'ont rien trouvé de mieux, pour honorer la mémoire de Renan, que de coller sur la maison d'en face : « Ernest Renan, auteur de la Vie de Jésus, philologue et historien français, » Le nom de cet ancien sulpicien sert à faire enrager les curés !

Dix un

Vogué. Nouvelle inscription ingénieusement choisie : « CaïuS'Gracchus Babeuf, écrivain politique, démocrate très ardent, mort sur l'échafaud. » Ceci, pour faire enrager les aristocrates !

C'est un petit jeu très intelligent !

lix pas plus loin, vous vous trouvez devant véritable bijou de la Renaissance : l'hôtel de

Il n'y a pas un endroit de la ville qui ait échappé à cette fureur de profanation. La place

OÙ se dresse la statue de saint Bernard s*appelle le square Etienne-Dolet. La place Royale est devenue la place du Peuple. Que dis-je ? Une modeste rue à chapelles et à couvents a dû prendre le nom de Victor Dumay, cet obscur rond-de-cuir, oui dirigea autrefois, pour le compte des Loges, 1 administration des cultes.

Si c'est une farce, on la trouve du plus mauvais goût. Que ne clabauderaient point les gens qui se la permettent, si le maire a une ville royaliste faisait apposer sur le local maçonnique une jolie plaque émaillée avec cette inscription : Place Bouvard et Pécuchet 1 ou bien : Rue Joseph-Prud'homme, Boulevard Homais ? Et, qui pis est, avec commentaires à Tappui !

Mais, ripostent ces messieurs, ce n'est point une farce! Rien n'est plus sérieux. Nous avons nos saints laïques, dont nous tenons à exalter les mérites. Si les plaques d'autrefois avaient, pour les dévots, une vertu édifiante, celles d'aujourd'hui ont une vertu éducative.

En effet, les canonisations républicaines ont remplacé celles du Vatican. Et c'est ainsi que, d'un bout à l'autre du territoire, il n'est si obscure commune qui n'ait son boulevard Raspail ou sa place Blanqui ! De Dunkerque à Perpignan, les nouveaux saints délogent les anciens. ATarascon, patrie de Tar tarin, n'ai-je pas foulé la poussière d'un boulevard Barbes, à moins que ce ne soit d'un boulevard Ledru-RoUin? Les plus lointaines bourgades coloniales rivalisent, en cela, avec la métropole. A Médéa, sur la limite du Tell algérien, il se rencontre une rue Rabelais et une im-

passe La Boëtie. L'ami de Montaigne et le joyeux curé, de Meudon égarés parmi les Bédouins, les Maltais et les Espagnols de Médéa, il y a de quoi rire!... Enfin, nen doutons point, si Tombouctou ne possède pas encore son boulevard Raspail, cela ne saurait tarder !

Malheureusement, par on ne sait quelle ironie du sort, ce calendrier républicain n'est ni très varié, ni très riche en gloires authentiques. Mettons à part Michelet et Victor Hugo, tout le reste n'est que du fretin ! Sans doute, feu Garnot et feu Félix Faure furent de très braves fixons, mais, tout de même, un peu inégaux à rhonneur de Tapothéose. Alors, de quels mortels privilégiés se compose cette liste glorieuse? — De Raspail et de Blanqui, naturellement : c'est le bouquet. Puis, des vieilles barbes de 48 : Louis Blanc, Ledru* Rollin, Henri Martini...

Henri Martin ! Ah ! celui-là, c'est une de nos gloires nationales ! Il est partout : son nom fulgure sur les places de nos moindres chefs-lieux de canton. Il a passé les mers. Tunis, qui n'a pas de rue Gustave-Flaubert (si près de Garthage !) doit avoir sa rue Henri-Martin. En tout cas, Alger a la sienne, comme Paris. Par quel mystère, ce médiocre historiographe se voit-il juché sur un tel piédestal? Qui sait le secret? Qui dira pourquoi?.,. On se perd en conjectures ! Pour moi, je me souviens d'avoir lu sur lui un mot plutôt dur, dans la correspondance de l'auteur de Bouvard et Pécuchet: « Henri Martin... qui est un pur idiot ! » — Je ne le connais pas assez intimement pour reprendre à mon compte ce jugement radi-

^K SENS DE L'ENNEMI fi'

cal, mais le souvenir que le collège m'a laissé de son histoire est celui d'une œuvre opaque, indigeste et, çà et là, anti-française.

Comme ces nouvelles couches vous font regretter les bons saints de Tancien temps !

Ceux-là, au moins, n'avaient pas de prétentions intellectuelles, ce qui n'empêchait point beaucoup d'entre eux d'être de grands savants ou de grands théologiens. Ils étaient simples, débonnaires et doux, secourables aux faibles et terribles aux puissants. Ils apparaissaient à l'imagination populaire comme des protecteurs aux mains pleines d'aumônes» des guérisseurs aux mains pleines de remèdes. Saint Martin était un brave homme qui

Sartageait son manteau avec les pauvres» samt och et son chien guérissaient les enragés, sainte Barbe était souveraine contre le mal de dents... Mais à quoi bon gémir ? Nos doléances n'arrêteront pas dans leurs exploits les débaptiseurs de rues. Des Avenues Marat et des Places Fouquier- Tinville nous sont promises. Cela répond au besoin profond qu'éprouve une moitié de l'humanité d' « embêter » l'autre, et cela satisfait la manie qu'ont les imbéciles d'écrire des incongruités sur les murs.

(27 mai 1910.)

LA VAGUli: ROUGli:

Et les grèves se multiplient, comme si

c'étaient des parties de plaisir ! Chaque jour amène la sienne, quand ce n'est pas deux ou trois à la fois. Grève des terrassiers, grève des boueux à Paris, grève des inscrits maritimes à Marseille ! Toutes les corporations y passent Tune après Tautre. Tous les matins, en se réveillant, on se demande : « A qui le tour ? » Non moins désastreuse, dans sa marche continue, que le volcan sicilien, la vague rouge étend toujours ses ravages. Notre gouvernement-fantôme est impuissant à Fendiguer ou à la conduire. On se croise les bras en la regardant passer. Les plus courageux font des livres dessus.

La Vague Rouge : tel est, en effet, le titre du dernier roman de Rosny aîné. Admirons le bel exemple littéraire et civique qu'il nous a donné, car il fallait presque de Théroïsme pour s'attaquer à un semblable sujet par ce temps d'universelle neurasthénie humanitaire. Ajoutons que ce sujet n'est pas précisément pour plaire au commun des

lecteurs. Décrire le « populo » de la Butte-aux- Cailles, avec ses meneurs révolutionnaires, ses braillards et ses ivrognes, ses bouibouis, ses meetings, ses parlottes syndicalistes, voilà de quoi désespérer le romancier le plus intrépide et mettre en fuite le client. Le moindre bourgeois se détourne, d'un air dégoûté, de ces personnages dénués de splendeur, de salles de bain, de domestiques et d'automobiles. Les gens du monde, non moins délicats, ne se doutent pas que pour aller au peuple et le décrire en artiste, il faut être éminemment un aristocrate.

Ces considérations désolantes n'ont pas empêché J.-H. Rosny d'écrire un livre dont la valeur littéraire (qui est grande) ne peut être appréciée ici. Mais il me sera bien permis de dire que cette nouvelle œuvre de Téminent romancier constitue le plus formidable réquisitoire que j'aie jamais lu, le plus exact, le plus abondamment documenté, contre, la bêtise et la lâcheté des masses et contre la tyrannie syndicale, — réquisitoire d'autant plus probant qu'il est exempt de passion et qu'il se dégage en quelque sorte des faits, sans que l'auteur intervienne.

Les grèves présentes, passées et futures lui fournissent quotidiennement et lui fourniront de plus en plus une démonstration à l'appui. Celle qui sévit encore une fois sur les inscrits maritimes de Marseille est le commentaire le plus actuel et le plus éloquent de ce beau livre.

S'il y a une grève insupportable et criminelle, c'est bien celle-là ! On ne le sait pas assez à Paris

ni dans le reste de la France. On ignore trop le mal que ces. perpétuelles révoltes de nos équipages causent à notre commerce, comme à la population laborieuse de Marseille, qui est la première à en souffrir, — et surtout le déplorable effet qu'elles produisent à l'étranger, les convoitises et les projets hostiles qu'efles inspirent à nos rivaux.

Cette grève à l'état endémique est d'abord exaspérante.

11 faut avoir subi six ou huit jours de panne à Marseille pour s'en faire une idée. Des centaines et quelquefois des milliers de voyageurs restent, ces jours4à, sur le pavé. C'est un affolement dans tous les hôtels. Les chambres sont prises d*assaut. Naturellement, les hôteliers en profitent pour écorcher le plus possible les malheureux passagers qui ne savent où trouver un gite. Â prix d'or, on se case comme on peut dans une mansarde ou dans un cabinet noir. Après cela, il s'agit de tuer le temps jusqu'à ce qu'il plaise à ces messieurs de la Bourse du travail de permettre l'embarquement. Les désœuvrés en sont quittes pour envahir les cafés de la Canebière, les petits théâtres du cours Belzunce et des allées de Meilhan. Mais les gens d'affaires, les fonctionnaires, les travailleurs, tous ceux qui sont pressés de courir à un rendez-vous urgent ou de retourner à leurs occupations, tous ceux-là vivent dans une trépidation de fièvre, sans cesse entretenue et irritée par les fausses nouvelles. Sou* dain, une rumeur se propage que la grève est finie, crue le bateau partira le soir. On se précipite à l'hôtel, on se bouscule pour le départ, — et, le lendemain, on est encore là à se ronger de colère et d'impatience. Bien heureux si un coup

de mistral ou une pluie diluvienne n'achève pas le désarroi de vos nerfs !

Elles sont terribles, ces pluies marseillaises! Quand elles se décident à tomber, c'est à no pas mettre un chien dehors. Il faut voir alors les pauvres passagers; de quatrième plier Téchine sous ses trombes d'eau et se serrer en grelottant contre les murs des docks. La plupart sont sans abri. Les pieds dans le ruisseau, ils attendent, comme les riches, que les mandataires du peuple souverain daignent abréger leur supplice. Et je ne parle pas du surcroît de dépense que nécessite pour des indigents cette prolongation de séjour. Beaucoup n^auront pas de quoi manger sur le bateau, parce qu'ils auront dépensé à Marseille le peu qu'ils avaient. Admirable résultat de la grève et bien digne de réjouir les cœurs sensibles !

Mais les conséquences sont pires pour les commerçants qui se servent de nos Compagnies de navigation. Les Algériens, principalement, sont touchés, eux qui n'ont guère d'autres moyens de transit et de communications que les bateaux français. Vraiment, ils ont le droit de se plaindre ! Voilà des gens qui ne sont jamais sûrs de pouvoir prendre un paquebot au jour dit, qui n'osent pas se déplacer sans risquer un retard, souvent considérable, dans leurs voyages, dont la correspondance arrive de quinze en quatorze 1 Une telle situation est déjà extrêmement désagréable. Les pertes énormes et continuellement répétées que les grèves marseillaises infligent au trafic algérien sont quelque chose de plus affligeant*

A l'époque des primeurs, des montagnes de coli$ - postaux s accumulent sur les quais de Tunis, de Philippeville, d'Alger et d'Oran, faute de bateaux pour les transporter. Les marchandises se gâtent ou parviennent si tardivement à destination que les clients, déjà pourvus ailleurs, sont obligés de les refuser. A 1 époque des vendanges, c'est encore pis ! La culture de la vigne est presque Tunique ressource de TAlgérie. Que devenir si on lui laisse son vin dans ses caves, parce qu'en raison d'une grève marseillaise toujours à craindre, les relations étant sans cesse coupées avec la Métropole, on juge plus prudent d'acheter en Espagne, en Italie ou en Sicile ? — Cet état de choses n'est pas fait, avouons-le, pour nous concilier les sympathies de nos coloniaux. Or, ne l'oublions pas : l'élément français est en minorité dans l'Afrique du Nord. Les Maltais, les Italiens, les Espagnols établis là-bas n'ont

as déjà pour nous une si grande tendresse !

'est-ce point les pousser à une désaffection complète que de multiplier, comme à plaisir, les entraves qui les contrarient? Beaucoup s'en plaignent Lien haut. Ils s'indignent d'être liés

Sar nos traités commerciaux, par nos règlements ouaniers, par les minuties tyranniques de notre administration. Le comble serait de les ruiner, de leur refuser les garanties élémentaires de sécurité que tout gouvernement régulier doit à ses gouvernés.

Le plus lamentable, dans tout cela, c'est la diminution de notre prestige, non seulement aux yeux de nos sujets coloniaux, mais de tous nos voisins. Sans doute, des grèves pareilles se produisent dans les autres pays : ce ne sont que des accidents passagers et relativement rares,

tandis qu'à Marseille la grève est permanente. Des spécialistes Ty cultivent avec une persévérance qui ne se dément point. Que penser d'une nation incapable de faire la police chez elle et tolérant, dans son premier port de commerce, une anarchie organisée ?

« Le port de Marseille devient impossible ! » Ce mauvais bruit circule d'un bout à l'autre de la Méditerranée et, habilement exploité par nos concurrents, trouve créance chez nos anciens clients orientaux. Cela se redit partout : à Alexandrie comme à Beyrouth, à Constantinople et au Pirée. Quoi d'étonnant, dès lors, que les voyageurs et les marchandises du Levant commencent à se détourner vers Gênes et Venise ?

Gênes surtout semble de plus en plus désignée pour remplacer Marseille, que la démagogie socialiste s'acharne stupidement à fermer au commercé international. Tout le monde en a assez : voilà la vérité ! Les voyageurs de nos Compagnies maritimes, qui se souviennent avec amertume d'être restés en panne à Marseille, désertent les paquebots français. U y a tant de compagnies allemandes, autrichiennes, italiennes et anglaises qui leur offrent leurs services ! Cette désertion est, dès maintenant, si accentuée que les Compagnies françaises sont obligées d'abaisser leurs prix pour résister, tant bien que mal, à la concurrence. Mais comment lutter contre le gros luxe des bateaux étrangers, — ce gros luxe qui fascine les yeux naïfs des Orientaux? Et puis enfin comment assurer la régularité des arrivées

et dQS départs, puisque le commandement est à la merci d'un équipage iusubordonué, qui, pour un oui ou pour un non, ^e fait un jeu de tout planter là ?

Dans ces conditions, non seulement la clientèle s'en va, mais les armateurs se découragent. Bientôt notre marine marchande sera réduite à néant. Les Allemands, si actifs, si entreprenants, sont en train de nous supplanter dans nos propres ports. De quelque façon qu'on envisage la crise, son premier effet c'est la diminution de la main -d'œuvre marseillaise, Tappauvrissement progressif d'une ville où, autrefois, l'or tintait dans toutes les poches. Est-ce donc la ruine et la famine que cherchent les fauteurs de grèves ? On le croirait, en vérité. Car jamais on n a mis une pareille inconscience, ni une pareille obstination à s'affamer et à se supprimer soi-même.

C'est le sauvage qui coupe l'arbre pour en ari;acher les fruits : de sorte que, dans cette manoeuvre impie, antinationale et antihumaine de la grève continue et systématique, la bôtise l'emporte encore sur l'odieux !

(22 avril 1910.)

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