‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 11 sur 114 · I. C'est le Zodiaque qui parle · texte numérisé non relu

I. C'est le Zodiaque qui parle

()(1 l.E SrSS DE LA FORMi; CHEZ VICTOR HUGO

mêlé à la menue monnaie de la recette est une hostie qu'Ursus élève extatiquement :

La drachme de Judas, par la nuit ramassée, Rayonne et luit au fond de l'ombre hérissée ; C'est l'œil rond du hibou.

Dieu, 23s.

Le vieux monstre Russie, aux regards ronds et troubles, Qui fascine l'Europe avec des yeux de roubles. Je le prendrai, j'irai le saisir dans son trou, Et je rapporterai sur mon poing ce hibou.

Tonte la lyre, III, 14s.

Ursus demeura quelques instants extatique, faisant entre ses deux doigts, devenus ostensoir, l'élévation du quadruple comme on ferait l'élévation de l'hostie.

L'Homme qui rit, II, 55.

L'heure est une ennemie qui nous frappe et nous tue : le cadran est son bouclier:

Le cadran, bouclier de l'heure rayonnante, Nous terrasse éblouis 1

Les Contemplations. 11, 201

Dans les plaines de Montmirail. de grosses meules font penser aLix pièces d'un damier :

A ma gauche il \' avait une carrière de pierres meulic-res. De grosses meules loiites faites et bien rondes, les unes blanches et neuves, les autres vieilles et noires, gisaient péle-méle sur le sol, debout, couchées, en piles, comme les pièces d'un énorme damier bouleversé. En effet desgéants avaient joué là une grande partie. Le Rhin, 1, 29.

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Le poète met en antithèse le disque des colonnes et la meule du moulin :

Courbe-toi, poésie austère, Sous la royauté du sac d'or.

L'intérêt te fouette attelée A sa charrette, ô muse ailée !

11 rit de toi, le ventre plein ; Il te broie en ses mains félonnes, Et du disque de tes colonnes Fait la meule de son moulin.

Dernière gerbe, 203.

Victor Llugo distingue aussi la forme circulaire dans la vague. Dans la chute d'un fleuve, il croit reconnaître une roue ; mais sans doute c'est le mouvement plutôt que la forme qui fait naître cette comparaison :

Ces vagues roulées qui jaillissent sous la pression des souffles et se tordent comme les copeaux sortant du rabot du menuisier.

Les Traviiillenrs de la mer, I, iis-116.

Les vagues, devenues disques sous ces tournoiements, étaient lancées contre les brisants comme des palets gigantesques par des athlètes invisibles.

^l' , II, 171.

Les quatre grands gonflements de la cataracte tombent, remontent, et redescendent sans cesse. On croit voir tourner devant soi les quatre roues fulgurantes du char de la tempête. Le Rliin, II, 2O5.

Avalanche de bruit, le Rhin tombe en hurlant Dans le goutïre où l'écume, immense chaos blanc, Tourne éternellement son effroyable roue.

De m ièrc gerbe, wj.

Parmi les figures formées par diverses combinaisons de lignes se présente plusieurs fois celle d"une croix. Les métaphores de ce genre se produisent surtout sous lintluence d'une idée triste, funèbre :

De temps en temps nous rencontrions des espèces de croix penchées au loin au milieu des vagues, ce sont des mâts de navires naufragés que le hunier coupe vers le ' haut comme la traverse d'une croix.

Alpes et Pyrénées, 75.

La table mortuaire étant derrière le poteau comme une barre horizontale, une sorte de grande croix vague résultait de Javert debout et de Mabeuf couché.

Les Misérables, V, 19.

A de certaines heures, l'enfance étincelait dans ce cloître... Une irruption de jeunesse inondait ce jardin coupé d'une croix comme un linceul.

Ih., 11, 332.

(Près du lieu d'exécution de Tapner). En voyant d'un côté l'espèce de petit promenoir inférieur, étroit, allongé, assez profond, où aboutissent les quatorze premières marches, et de l'autre ce jardin funèbrement coupé de ces deux allées transversales, il est impossible de ne pas songer à une fosse auprès de laquelle serait étendu le drap mortuaire avec la croix. Choses vues, 344-345.

Dans ce corbillard il v avait un cercueil couvert d'un

LES FORMES r.EOMKTRIQUES OÇ

drap blanc sur lequel s'étalait une vaste croix noire, pareille à une grande morte dont les bras pendent.

Les Misérables, 11, 4^8.

Des lignes formant des carrés ou des rectangles rappellent une fenêtre ou une échelle :

L'herbe, dont, par endroits, les dalles sont couvertes. Aux fentes des pavés fait des fenêtres vertes.

Z.r Légende des siècles, II, 226.

Figurez-vous une glace appliquée sur le sol et une échelle couchée sur cette glace, ou mieux encore une fenêtre posée à plat avec son châssis et ses vitres; donnez à cette fenêtre un quart de lieue de tour, vous aurez un marais salant. Alpes et Pyrénées, 329.

Cette combinaison de lignes peut aussi rappeler un damier ou un échiquier, même quand les lignes de l'objet qui donne lieu à la métaphore sont loin d'avoir toute la régularité voulue :

La porte à deux battants, massif damier de chêne à gros clous. UHoiHiiie qui rit, 1, 2^s.

L'aspect de Saint-Sébastien est celui d'une ville rebâtie à neuf, régulière et carrée comme un damier.

Alpes et Pyrénées, i-j^.

Un railway qui aboutit à un joli échiquier de maisons neuves. L Homme qui rit , 1, 218.

Les champs murés à hauteur d'appui avec des cordons de pierre sèche dessinant sur les plaines un bizarre échiquier. L'Archipel de la Manche, 10.

yo LE SENS DE LA FORME CHEZ VICTOR HUGO

La flotte...

Échiquier de tillacs, de ponts, de mâts dressés,

Ondule sur les eaux comme une immense claie.

La Lcgciidr des siècles, 111, ^9.

Dans ce dernier exemple, il est probable que le poète pense surtout aux pièces de l'échiquier, figurées par les mâts.

Les lignes rayonnant autour d'un centre se trouvent dans l'étoile, et aussi dans la molette de l'éperon. De là ces métaphores :

Donner pour astre à des armées L'étoile de vos éperons I

Les Chants du crépuscule, 48.

L'astre Amour, le soleil Pensée, Rayonnaient dans l'azur béant Où la nuit tend ses sombres toiles, lu Dieu donna ces deux étoiles Pour éperons à ce géant'.

L'Année terrible, 221.

Les rides du visage, selon leur position, se prêtent à diverses comparaisons, dont certaines sont très inattendues :

Ce visage, où mille rides venaient aboutir à la bouche, comme les rais d'une roue au moyeu.

Le Rhin, 1, 41s.

Entre les deux yeux un froncement central permanent comme une étoile de colère. Les Misérables, 1, 307.

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