‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 21 sur 114 · I. Les puits de l'Inde · texte numérisé non relu

I. Les puits de l'Inde

plète par d'autres détails. Ainsi Victor Hugo compare à un serpent les lanières d'un fouet : c'est que ces lanières sifflent et mordent. Les doigts des gantelets brillent comme des vers luisants ; la corde qui lie Mazeppa l'étreint comme ferait un serpent ; celle qui est attachée au cou de la Esmeralda souille la jeune fille et semble un ver de terre sur une fleur. Dans les nombreuses citations qui vont suivre, on trouvera beaucoup de ces métaphores complexes :

Le casque semble un crâne, et, de squammes couverts. Les doigts des gantelets luisent comme des vers.

La Légende des sièeles, II, 95.

Les fuies lanières sifflèrent aigrement dans l'air comme une poignée de couleuvres, et retombèrent avec furie sur les épaules du misérable.

Notre-Dame de Paris, 1, 552.

Sur ses muscles gonflés la corde se replie Et comme un long serpent resserre et multiplie Sa morsure et ses nœuds.

Les Orientales , 181.

Une grosse corde grise et rugueuse qui... se roulait autour du cou charmant de la pauvre fdle comme un ver de terre sur une fleur. Notre-Dame de Paris, 11, 174.

La corde qu'elle avait au cou traînait derrière elle, on eût dit un serpent qui la suivait. Ib., 178.

On eut dit, à une sorte de serpent cpii traînait sul le pavé, que celte forme sinistre avait la corde au cou.

Les Misérables, 11, 286.

Cette corde qui semble inerte sur le sable Est un serpent, et saute au cou du misérable.

Thcatrc en liberté, 197.

A peine la pompe, ce long serpent qu'on entend haleter en bas dans les ténèbres, a-t-elle passé au-dessus du mur sombre son cou effijé et fait étinceler dans la flamme sa fine tète de cuivre, qu'elle crache avec fureur un jet d'acier sur l'épouvantable chimère à mille têtes.

Le Rhin , I, 270-271 .

Dans ses cheveux se tord le serpent fausse queue.

Théâtre en liberté, 278.

Victor Hugo compare au boa des rouleaux de cordages, et les hancs superposés du cirque de Gavarnie :

On voyait sur ses ponts des rouleaux de cordages Monstrueux, qui semblaient des boas endormis.

La Légende des siècles, W , 286.

Ces grands cercles de bancs superposés, pareils A des boas roulés l'un au-dessus de l'autre.

Dieu, 61 .

La végétation offre souvent des images de reptiles ou d'animaux analogues, tels que l'anguille : la racine qui fouille le sol et en boit les sucs, les branches rampantes, l'herbe fourmillant sous le vent, la ronce qui s'allonge et mord :

Dans ses flancs ténébreux, nuit et jour, en rampant, Elle sent se plonger la racine, serpent

Qui s'abreuve au ruisseau des sèves toujours prêtes. Et fouille et boit sans cesse avec ses mille têtes.

Les Feuilles traii/oiinie, -569.

L'animal a sa griffe et l'arbre a sa racine : Et la racine affreuse et pareille aux serpents Fait dans l'obscurité de sombres guets-apens.

Dieu. 86.

On croit sentir, en lisant Eschyle, iiu'il a hanté les grands halliers primitifs, houillères aujourd'hui, et qu'il a fait des enjambées massives par-dessus les racines reptiles et à demi vivantes des anciens monstres végétau.x.

W'illiiiiH Shakespeare, 1^6.

Et l'on voit se tordre les serpents Des branches sur l'aurore horribles et rampants'. La Légende des siècles, 111, i8.

Les hautes lierbes fourmillaient sous la bise comme des anguilles. Les Miserahles, 11, !s6.

Lueur ipii vint au front heurter la tour superbe Et fit, sur le talus, flamboyer les brins d'herbe Comme un fourmillement de vipères de feu.

Im Légende des siècles, 11, ^4s.

La ronce, ce serpent de la végétation, s'allonge et se glisse et vient vous mordre les pieds.

Le Rhin, T. 227.

La ronce, ce serpent, tord sur lui ses anneaux.

La Légende des siècles, II, 80.

1. Ailleurs, ce sont les serpents qui sont conipjrés à ilcs br;inches ; Serpents qui ressemblez à des branches horribles.

L,j Fin de Satdii, 55.

I,KS AMMACX lOS

Un cours d'eau, par sa forme longue et sinueuse, se prête facilement à la comparaison. Victor Hugo fait constater la ressemblance par Zoïle critiquant la monotonie de la création :

Toujours la même forme en ses œuvres s'épand, L'arhreest un hérisson, le fleuve est un serpent.

Les Quatre vents de l'esprit, I, 164,

Dans le Proiiioiifof/iiiii sodiii//. il montre comment, dans l'omhre d"une montagne mystérieuse et dominante, autrefois l'Olympe, aujourd'hui le Golgotha , naissent 'f les apparences crépusculaires » :

La diablerie commence. On voit; sur les premiers plans, des abbayes, des châteaux, des villes aiguës, des collines contrefaites, des rochers avec anachorètes, des rivières en serpents. Post-scriptinn de ma vù\ m.

Nous avons vu précédemment comment il décrit ces hallucinations d'un ciemi sommeil en diligence, qui montrent dans toutes les formes environnantes des images de serpents II est presque dans un état visionnaire quand il constate la même forme dans la rivière qui traverse la vallée lugubre de Givonne. Et sans doute il a d'autres fois encore l'intention de prêter au lleuve qu'il anime un aspect sinistre. Mais souvent aussi sa métaphore n'est qu'une image matérielle. La ressemblance de la forme est quelquefois complétée par celle de la couleur.

Io6 I.E SENS Di; I.A FORMi: CHKZ VICTOR HUGO

QiianJ sur le globe on' se déroule Comme un serpent, et quand on coule De l'occident à l'orient I

Les Orientales, 192.

La Seine avec ses larges flaques vertes et jaunes, plus changeantes qu'une robe de serpent.

Notre-Dame de Paris, 1, 207.

(Le Rhin). Serpent de l'énorme caducée qu'étend sur l'Europe le dieu (Commerce. Le Rhin, 11, 24.

L'Arga. ridée de mille reflets lumineux, se glissait dans les arbres comme une couleuvre d'argent.

Alpes et Pyrénées, 291.

L'Egba, l'Arga, le Cil, tous ces cours d'eau rampants. Font des fourmillements d'éclairs et de serpents.

On entend dans les pins que Tàge use et mutile Lutter le rocher hydre et le torrent reptile.

Ib., 11, 47.

Dans cette plaine vaste, impénétrable et morne. Comme un serpent hésite à travers les roseau.x. Un fleuve, né d'hier, traînait ses pâles eaux.

La Fin de Satan , ^ i .

(Dans la vallée de Givonne). La rivière, toute tortueuse, avait une ressemblance de serpent.

Histoire d'un crime, II, ^oi.

Sur ce gémissement tpii jamais ne se tait.

Sur ce fleuve qui glisse ainsi qu'une couleuvre.

Les Quatre vents de l'esprit, II, 275.

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