‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 25 sur 114 · Le navire aérien · texte numérisé non relu

Le navire aérien

I2(l If SENS DE LA FORME CHEZ VICTOR HUGO

motive que X'ictoi" Hugo prête une vie fantastique ; il l'attribue de même à toutes les machines. De loin, en apercevant les lueurs des hauts fourneaux, il croit voir briller les prunelles d'un tigre : l'hallucination volontaire commence déjà. S il pénètre dans " l'antre />, il le trouve plein de monstres :

C'est un hf.iii et prodigieii.x spectacle, qui, la nuit, semble emprunter à la tristesse solennelle de l'heure quelque chose de surnaturel. Les roues, les scies, les chaudières, les laminoirs, les cylindres, les balanciers, tous ces monstres de cuivre, de tôle et d'airain que nous nommons des machines et que la vapeur fait vivre d'une vie eflrayante et terrible, mugissent, sifflent, grincent, râlent, reniflent, aboient , glapissent, déchirent le bronze, tordent le fer, mâchent le granit, et, par moments, au milieu des ouvriers noirs et enfumés qui les harcèlent, hurlent avec douleur dans l'atmosphère ardente de l'usine, comme des hydres et des dragons tourmentés par des démons dans un enfer.

Le R/iiii, 1, loo.

Le canon tient sa place parmi ces monstres sortis des mains de l'homme. Son long cou le fait comparer à une couleuvre : là encore, "Victor Hugo est d'accord avec la langue usuelle. Puis tour à tour viennent les comparaisons avec l'I^ydre, le dragon, le chien, la louve marine, le mastodonte. Le canon détaché de ses amarres est d'abord une gigantesque sauterelle, puis un tigre :

Des couleuvres de bronze au cou long et terrible Souffleront et feront envoler à grand bruit Le cheval, la fanfare et l'homme dans la nuit.

La Fin de Satan, 48

Les mortiers, entourant Heidelberg comme un cercle d'aflVeuses hydres, plongeaient sans relâche leurs longs cous de flamme dans la cour du château.

Le Rhin, 11, 147.

Sombres canons rangés devant les Invalides, Comme des sphinx au pied des grandes pvramides. Dragons d'airain, hideux, verts, énormes, béants. Gardiens de ce palais bâti pour des géants... .Viornes captifs 1 le jour où des rois proscrits meurent. Vous ne pouvez, jetant votre fumée à flots. Prolonger sur Paris vos éclatants sanglots. Et, pareils à des chiens liés à des murailles. D'un hurlement plaintif suivre leurs funérailles I

Les Voix iiitéricnres, 210-212.

Ils firent le tour du petit canon d'alarme amarré sur le pont '< à la chaîne comme un chien de garde >y, observa le touriste. La Travailleurs delà mer, I, 327.

Dès que les couleuvrines, Dogues des tours, fronçaient leurs sinistres narines. La Légende des siècles, II, 298.

Et, comme des louves marines Jettent l'onde de leurs narines.

Voilà vos longues couleuvrines Qui soufflent le feu sur mes eaux!

Les Orientales, 188.

C'était fini. L'homme avait vaincu. La fourmi avait eu raison du mastodonte ^le canon 1.

Q^uatrevingl-trei {e , ^o.

Une àme, chose étrange, on eût dit que le canon en avait une, lui aussi... C'était on ne sait quel gigantesque insecte de fer ayant ou semblant avoir une volonté de

démon. Par moments, cette sauterelle colossale cognait le plafond bas de la batterie, puis elle retombait sur ses quatre roues comme un tigre sur ses quatre griffes, et se remettait à courir sur l'homme. /i''., 47-48.

Victor Hugo fait souvent d'un édifice un être vivant. Les quatre pieds de l'Arc-de-Triomphe sont pour lui les pieds d'un éléphant. La forme du toit d'une église, la disposition des clochers lui représentent des figures d'animaux monstrueux. Les murs grisâtres d'une forteresse sont la carapace d'une tortue gigantesque. Sur les clochers et sur les toits, les ardoises, les tuiles, les lucarnes dessinent des écailles. LIne église dans la montagne est une génisse agitant sa cloche ; deux clochers accouplés sont deux bœufs sous le joug ; les trois tours du vieux château posté à l'entrée d'une gorge sont les trois têtes de Cerbère. Enfin les toits pressés de Paris offrent l'image d'un troupeau de moutons, au milieu duquel se dressent les clochers, debout comme des bergers vigilants :

Entre tes quatre pieds' toute la ville abonde Comme une fourmilière aux pieds d'un éléphant !

Les Voix lutc'riciircs, 230.

Le chevet plombé de la Sainte-Chapelle, pareil à une croupe d'éléphant chargée de sa tour.

Notre-Dame de Paris, I, i8s-

L'immense église de Notre-Dame, qui, découpant sur un ciel étoile la silhouette noire de ses deux tours, de ses

Page 1