‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 31 sur 114 · I.U CORPS DE I. HOMM1-: i:T DE I. ANIMAI · texte numérisé non relu

I.U CORPS DE I. HOMM1-: i:T DE I. ANIMAI

Dans les comparaisons avec les animaux, Victor Hugo se contente souvent d'une ressemblance un peu vague. Une rondeur est une croupe, et par conséquent un cheval. Beaucoup de pointes font un hérisson ; une ligne sinueuse est un serpent. Lorsqu'il compare les objets à diverses parties du corps de l'homme et des animaux, le procédé reste le même. Ce qui est creux est une bouche ou une gueule ; ce qui est rond est une tête, ou un ventre, ou un sein, ou une épaule ; ce qui est long est un bras, ou un doigt, ou un cou. Le poète aperçoit partout des visages auxquels il attribue diverses expressions : la colère, l'effroi, la méditation. Mais quand la ressemblance se précise, on voit qu'il prend plaisir à l'analyser, et qu'il indique volontiers les traits dont elle se compose. Le plus souvent, d'ailleurs, sous les rapports superficiels on peut reconnaître des analogies plus intimes.

Commençons cette revue par la charpente du corps. Nous ne serons pas surpris de voir souvent des ossements, des squelettes. Ce sont les apparences que nous offrent des arbres morts ou

dégarnis de leuilles. Il arrive bien que ces comparaisons se présentent sans coïncider avec une impression triste et lugubre. Mais ce n'est pas le cas le plus fréquent. Si Victor Hugo trouve ces apparences d'ossements dans un vieux marronnier, il les reconnaît plus nettement dans des troncs d'arbres desséchés voisins de sa maison d'exil, dans des tronçons de bois et dans des arbres morts qu'il voit à Hougomont. dans les poteaux parmi lesquels Rosmophim choisira ceux de la croix de Jésus- Christ :

Puis tu me vois pressant du pied l'escarpolette Qui d'un vieux marronnier fait crier le squelette.

Les Orientales, 211.

Le dick était une tile de grands troncs darbres adossés à un mur, plantés debout dans le sable, desséchés, décharnés, avec des nœuds, des ankyloses et des rotules, qui semblait une rangée de tibias. William Shakespeare, 10.

La dalle bleue v est remplacée (à l'un des puits de Hougomontj par une traverse à laquelle s'appuient cinq ou six difformes tronçons de bois, noueux et ankyloses, qui ressemblent à de grands ossements.

Les Misérables, H, 14.

Les squelettes d'arbres morts abondent dans ce verger.

Lh., 17.

Dans une sorte d'antre au fond de la masure Gisaient de noirs poteaux de diverse mesure ; Le païen remua ces affreux blocs dormants. Ainsi qu'un fossoveur trouble un tas d'ossements.

La Fin de Satan, 150.

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Les pierres des murs de Grèce, celles de la France envaliie sont des ossements :

Murs de Grèce, osseiiients des villes mutilées. Vous devenez une arme aux mains des mécréants.

Les Orientales, 66.

Prenez les pierres de notre terre sacrée, lapidez les envahisseurs avec les ossements de notre mère la France.

Actes et Paroles. Depuis l'exil, I, 6i.

Une comparaison assez naturelle, c'est celle qui établit un rapport entre les rochers et les os ; la terre est alors comme la chair qui recouvre les os, et les rocs dénudés sont les diverses parties d'un squelette. Leurs fornies rappellent celles des fémurs, des tibias, des côtes. Les uns sont des talons de géants ou d'archanges punis, les autres des crânes gigantesques. -'■' L'affreux caillou >> est pareil aux crânes vides. La rigidité du roc devient l'ankylose, ses bosses des exostoses. Les chaînes de montagnes sont des colonnes vertébrales. Victor Hugo nous parle de l'ostéologie des Alpes. L'intérieur d'une caverne est comme l'intérieur d'un crâne :

L'isthme de Portland, il y a deux cents ans, était un dos d'àne de sable avec une épine vertébrale de rocher.

L' H OUI nie qui rit, I, 218.

Qui entreprend de franchir un isthme rencontre à chaque pas des blocs difformes, gros comme des maisons, figurant des tibias, des omoplates, des fémurs, anatomie hideuse des rocs écorchés Ce n'est pas pour rien que ces stries des bords de la mer se nomment cotes. Le piéton se tire

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comme il peut de ce pêle-mêle de débris. Cheminer à travers l'ossature d'une énorme carcasse, tel est à peu près ce labeur. Ib., 219.

Les brisants, estompés d'abord, se dessinaient maintenant nettement, fouillis de roches, avec des pics, des crêtes et des vertèbres. Ib., 175.

Ces banques ont des figures diverses. Les unes ressemblent à une épine dorsale, chaque rocher est une vertèbre : les autres à une arête de poisson, les autres à un crocodile qui boit. La Tiaviiilleurs de la mer, 1, 136-137

Elle (la mer) dénude la pierre dure, ôte la chair, laisse l'ossement, fouille, dissèque, fore, troue, canalise, met les cœcums en communication.

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