‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 38 sur 114 · LE CORPS DE L HOMME ET DE L ANIMAL I7I · texte numérisé non relu

LE CORPS DE L HOMME ET DE L ANIMAL I7I

Quelquefois la diatribe s'assaisonne de chaux vive. Tous ces noirs becs de plume finissent par creuser de sinistres fosses. Williani Shakespeare, 272.

Le mot dent, dans l'usage ordinaire, s'applique à une foule d'objets de forme aiguë. Il désigne, par exemple, un pic. Les pics ainsi dénommés deviennent pour Victor Hugo de vraies dents, qui mordent, et dont l'ensemble forme une mâchoire :

Les dents d'Oche mordaient un charmant nuage grisperle. Le Rhin, 11, 27^.

Quel poing cyclopéen, dites, o roches noires. Pourra briser la dent de Morcle en vos mâchoires ! La Légende des siècles, 111, 106.

Des rochers, un tronçon de tour, ressemblent à des défenses cVéléphant, à des dents :

(Les Douvres). On croyait voir sortir de la mer les deux défenses d'un éléphant englouti.

Lfs Travailleurs de la mer, 1, ^20.

On y trouve encore le calcaire lias, le schiste, et le trapp sortant des bancs de conglomérat comme la dent de la gencive. L' LLoiiiinc qui rit . 1, 216.

Un tronçon de tour... qui sort des broussailles comme une dent. Alpes et Pyrénées, 12.

Les lignes brisées, que Victor Hugo compare souvent à une scie, peuvent aussi avoir à peu près l'aspect d'une mâchoire. Ces lignes brisées, on les rencontre dans les roches minées par le tlot, dans

des ruines, dans une brèche. Et, réciproquement, des dents ébréchées rappellent les créneaux d'une forteresse :

Les isthmes particulièrement sont dénudés et hérissés... Partout des reliefs coupants, des crêtes, des scies, d"affreux haillons de pierre déchirée, des entrebâillements dentelés comme la mâchoire niulticiispide d'un requin.

LHoniDic qui rii, I, 219.

Un palais féodal des landgraves de Hesse changé en énorme masure... les ardoises et les basaltes non taillés qui donnent aux archivoltes des profils de scies et de mâchoires ouvertes. Le Rhin, 1, 24S.

Tout vieux mur rcssenilile à une énorme mâchoire édentée. //'., 11, 174.

Des pierres informes, cjui f)nt été des créneaux ou des mâchicoulis, figurent au sommet de l'édifice des dents de cachalot ou des os de mastodonte. //>., I, ^32.

Ces degrés inaccessibles sont solides dans leurs alvéoles. Tout le reste ressemble à une mâchoire édentée.

Les Misérables, 11, 11.

Les assaillants avaient devant eux ce porche noir, bouche ayant pour mâchoires, en bas et en haut, toutes les pierres de la muraille déchiquetée ; une gueule de requin n'a pas plus de dents que cet arrachement effroyable.

Qiidireviiio-i-/rei:ie, 4^7.

Ces dents désordonnées, ébréchées çâ et là, comme les créneaux d'une forteresse,

Notre-DiVih' de Paris, 1, 73.

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La pioche est une dent qui mord le rocher. Les pointes d'une herse, ainsi que les barreaux d'une grille, sont cies dents, tantôt terribles et menaçantes, tantôt branlant dans l'alvéole :

De toutes les dents du temps, celle qui travaille le plus, c'est la pioche de l'homme.

L'Archipel de la Manche, ■]■].

Les entrées de la ville sont encore ornées de ces belles herses du quatorzième siècle dont les dents crochues garnissent le haut des portes, si bien qu'en sortant d'une tour on croit sortir de la gueule d'un monstre.

Le Rhin, 11, 229.

La herse de fer qui servait à fermer le four, levée en ce moment, ne laissait voir, à l'orifice du soupirail flamboyant sur le mur ténébreux, que l'extrémité inférieure de ses barreaux, comme une rangée de dents noires, aiguës et espacées, ce qui faisait ressembler la fournaise à Tune de ces bouches de dragons qui jettent des flammes dans les légendes. Notre-Dame de Paris, W, 121-122.

La bouche d'égout Je la rue de la Mortellerie était célèbre par les pestes qui en sortaient ; avec sa grille de fer à pointes qui simulait une rangée de dents, elle était dans cette rue fatale comme une gueule de dragon soufflant l'enfer sur les hommes. Les Misérables, V, 166.

On s'appuie sur une barre de fer, elle tremble dans son alvéole comme une dent déchaussée.

France et Belgique, 4v

Marins n'eut qu'à forcer un peu un des barreaux de la grille décrépite qui vacillait dans son alvéole rouillée, à la manière des dents des vieilles gens.

Les Misérables, IV, 317.

Aucun barreau ne remua. Les dents d'un tigre ne sont

pas plus solides dans leurs alvéoles.

Ih., V, 226.

Les bastilles Faisant comme des dents grincer leurs sombres grilles. La Légende des siècles, IV, 124.

La chevelure a naturellement fourni à Victor Hugo un grand nombre de métaphores. C'est à Laide de métaphores de ce genre que sont formés, dans la langue usuelle, les noms de beaucoup de plantes. On ne s'étonnera pas que Victor Llugo ait été frappé d'une analogie qui est universellement constatée.

C'est surtout le feuillage des arbres qui chez lui est comparé à une chevelure. Le feuillage forme d'ordinaire une masse arrondie qui peut ressembler à une tête. Certains arbres laissent pendre leurs branches et leurs feuilles, comme de longs cheveux ; d'autres rappellent des têtes crépues ou ébouriffées, des tignasses, des perruques. Les buissons et les broussailles éveillent surtout l'idée d'une chevelure inextricablement emmêlée. Si les feuilles sont les cheveux des arbres, les arbres sont la chevelure des montagnes et de la terre elle-même :

Le palmier sent se crisper sous l'haleine de mort le cercle vert de ses feuilles, qui avait la majesté d'une couronne et la grâce d'une chevelure-

Bug-Jargal, 37.

Les palmiers chevelus pendent au front des tours.

Les Orientales, 2'5.

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