CHAPITRE \T
Étudier, parmi les métapliores de Victor Hugo, celles qui concernent le vêtement, Tarmure et la parure, c"est presque sortir de notre sujet. Le vêtement est avant tout ce qui couvre, l'armure ce qui défenci, la parure ce qui donne la grâce ou ce qui est l'enihlème de la majesté. Si la l'orme est encore pour quelque chose dans ces métaphores, elle n"v a, le plus souvent, que la moindre part. Cependant, si l'on songe combien tout se lie dans l'imagination de ^'ictor Hugo, on comprendra que ridée de la forme tient encore là une certaine place. Une forteresse ne ressemble guère à une tiare, mais la montagne quelle domine rappelle, par sa forme arrondie, la tête humaine. Un toit ne ressemble pas à un casque, mais Victor Hugo est habitué à chercher dans la façade d'une maison les traits du visage, et il n'est pas surprenant qu'au-dessus de ce visage il place une coiffure. On ne peut dire que les forêts ou la neige qui recouvrent les montagnes aient la forme d'un manteau, mais une montagne est plusieurs fois comparée à une épaule. Sur ces monts, sur ces édifices, auxquels Victor Hugo
attribue si souvent les formes humaines, il est tout naturel qu'il veuille reconnaître le vêtement de l'homme.
Quelquefois, le rapport entre les formes est très précis, si précis que nous le trouvons indiqué dans la langue usuelle aussi bien que dans celle de Victor Hugo. C'est par une métaphore très habituelle que le poète parle d'une ceinture de tours, de murs, de montagnes. Ce qu'il y a de particulier chez lui, c'est que la ville ou la forteresse qu'il entoure de cette ceinture deviennent souvent des êtres vivants et ont une personnalité :
Toujours prête au combat, la sombre Pampeluiie. Avant de s'endormir aux rayons de la lune. Ferme sa ceinture de tours.
Les Orientales, i6i.
La puissante ville avait fait craquer successivement ses quatre ceintures de murs, comme un enfant qui grandit et qui crève ses vêtements de l'an passé.
Notre-Dame de Paris. I, 179.
De là contre la croissance de cette ville mille précautions, et beaucoup de ceintures bouclées avec des tours.
Paris, 326.
De longues murailles démantelées se roulant en ceinture autour d'un roc. Haii d'Islaiuh\ 253.
A quelques jets de pierre de la porte orientale d'Oberlahnstein. qui a encore sa noire ceinture de douves et de mâchicoulis. Le Rhin, II, 39.
232 I.n SENS DE LA FORME CHEZ VICTOR HUGO
Jusqu'à ce mur qu'un peuple ose en vain assiéger, Qui, tel qu'une ceinture où le Cathay respire
Environnant tout un empire.
Garde dans l'univers comme un monde étranger.
Odes et Ballades. =,27
Les montagnes couvertes de neige dont le lac de Smiasen est entouré comme d'une ceinture blanche.
Han d'Islande, 28g.
La métaphore, tout en restant la même, prend une autre apparence quand les murs d'une ville sont comparés à un ceinturon :
Une courbe rougeàtre de murailles et de douves en briques, qui reparait partout au-dessus des toits, presse la ville comme un ceinturon bouclé au fleuve même, en aval par la tourelle Thurmchen, en amont par cette superbe tour Baventhurme dans les créneaux de laquelle se dresse un évêque de marbre ijui bénit le Rhin.
Le Rliiit, I, 160.
Dans une stroplie qui nous décrit un fort situé sur un roc, les murailles deviennent un turban : c'est que ce fort est la citadelle <■' d'Ali, pacha d'Épire /» :
A quoi pensent ces flots qui baisent sans murmure Les flancs de ce rocher luisant comme une armure? Quoi donc ! n'ont-ils pas vu, dans leur propre miroir. Que ce roc, dont le pied déchire leurs entrailles, .\ sur sa tête im fort, ceint de blanches murailles. Roulé comme un turban autour de son front noir?
Les Orientales, 97.