‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 73 sur 114 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Victor Hugo trouvait dans la végétation des formes assez caractéristiques pour y puiser de nombreuses métaphores. Le tronc de l'arbre, ses branches et ses racines, ses feuilles, le buisson, la broussaille, le blé, quelquefois la fleur, peuvent servir de points de comparaison pour ce qui surgit tout droit du sol, ce qui se ramifie, ce qui s'épanouit, ce qui s'enchevêtre, ce qui se presse. L'architecture, en particulier, est souvent assimilée à la végétation , et peut-être Victor Hugo la ramène-t-il à ses véritables origines quand il compare, par exemple, le pilier à un tronc d'arbre.

Des tuyaux qui se ramifient le long d'un mur imitent la forme d'un arbre avec ses branches. Une longue rue à laquelle aboutissent des rues plus petites, un égout et ses conduits secondaires offrent la même image :

Dans la partie moyenne de la devanture de ce bâtiment sur la rue Droit-Mur, il y avait à toutes les fenêtres des divers étages de vieilles cuvettes entonnoirs en plomb. Les embranchements variés des conduits qui allaient d'un conduit central aboutir à toutes ces cuvettes dessinaient

sur la façade une espèce d'arbre. Ces raniilications de tuyaux avec leurs cent coudes imitaient ces vieux ceps de vigne dépouillés qui se tordent sur les devantures des anciennes fermes. Ce bizarre espalier aux branches de tôle et de fer fut le premier objet qui frappa Jean Valjean.

Les Misérables, II, 272-273.

Les rues Saint- Denis et Saint- Martin, avec leurs innombrables ramifications, montaient l'une auprès de l'autre comme deux gros arbres qui mêlent leurs branches.

Notre-Dame de Paris, I, 197.

Qu'on s'imagine Paris été comme un couvercle, le réseau souterrain des égouts, vu à vol d'oiseau, dessinera sur les deux rives une espèce de grosse branche greffée au fleuve. Sur la rive droite l'égout de ceinture sera le tronc de cette branche, les conduits secondaires seront les rameaux, et les impasses seront les ramuscules.

Les Misérables, V, 1^8.

Dans une page du Rhin, nous trouvons plus qu'une métaphore. Comparant le fleuve à un arbre dont les aftluents sont les branches, Victor Hugo développe cette idée, clominante dans son œuvre, de l'unité dans la variété, de cette unité qui fait que Zo'ile trouve la création monotone. '

Je l'ai dit quelque part, l'unité dans la variété, c'est le principe de tout art complet. Sous ce rapport, la nature est la plus grande artiste qu'il y ait. Jamais elle n'abandonne une forme sans lui avoir fait parcourir tous ses logarithmes. Rien ne se ressemble moins en apparence qu'un arbre et un fleuve ; au fond pourtant l'arbre et le fleuve

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