I. Voir Les Quatre veuts de l'esprit^ I, 1(15 et suivantes
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ont la même ligne génératrice. Examinez, l'hiver, un arbre dépouillé de ses feuilles, et couchez-le en esprit à plat sur le sol, vous aurez l'aspect d'un fleuve vu par un géant à vol d'oiseau. Le tronc de l'arbre, ce sera le fleuve ; les grosses branches, ce seront les rivières ; les rameaux et les ramuscules, ce seront les torrents, les ruisseaux et les sources; l'élargissement de la'racine, ce sera l'embouchure. Tous les fleuves, vus sur une carte géographique, ce sont des arbres qui portent des villes tantôt à l'extrémité des rameaux comme des fruits, tantôt dans Tentre-deux des branches comme des nids ; et leurs confluents et leurs aflluents innombrables imitent, suivant l'inclinaison des versants et la nature des terrains, les embranchements variés des différentes espèces végétales, cjui toutes, comme on sait, tiennent leurs jets plus ou moins écartés de la tige selon la forme spéciale de leur sève et la densité de leur bois. Il est remarquable que, si l'on considère le Rhin de cette façon, l'idée royale qui semble attachée à ce robuste fleuve ne l'abandonne pas. L'Y de presque tous les affluents du Rhin, de la Murg, du Neckar, du Mein, de la Nahe, de la Lahn, de la Moselle et de l'Aar, a une ouverture d'environ quatrevingt-dix degrés. Bingen, Niederlahnstein, Coblenz, sont dans des angles droits. Si l'on redresse parla pensée debout sur le sol l'immense silhouette géoniétrale du fleuve, le Rhin apparaît portant toutes ses rivières à bras tendu et prend la figure d'un chêne.
Les innombrables ruisseaux dans lesquels il se divise avant d'arriver à l'océan sont ses racines mises à nu.
Le Rhin, II, 25-26.
Les branches d'un lustre sont tantôt les racines d'un arbre, tantôt ses rameaux. Victor Hugo compare aussi le lustre à un buisson :
Les lustres au plafond laissent pendre leurs flammes Et semblent la racine ardente et pleine d'àmes De quelque arbre céleste épanoui plus haut.
Les Contemplations^ I, 212.
Au-dessus de cette cohue parée resplendissait un monstrueux lustre de cuivre, ou plutôt un immense arbre d'or et de flamme renversé qui semblait avoir sa racine dans la voûte, et qui laissait pendre sur la foule son feuillage de clartés et d'étincelles.
Choses vues. Nouvelle série, 2^0.
Les lustres d'or, mêlés d'amours et de griffons. Pendent, buissons de flamme, à l'anneau des plafonds. Les Quatre vents de l'esprit, 1, 189.
Victor Hugo compare le boa à un tronc d'arbre ; il trouve en effet dans l'un et dans l'autre la forme longue et cylindrique :
Et le boa vaste et difforme
Qui semble un tronc d'arbre vivant.
Les Orientales, 144.
Béhémot craint l'homme blême.
Le boa, n'ouvrant pas même
L'œil à demi, N'est plus, lui serpent superbe.
Qu'un tronc d'arbre qui dans l'herbe
S'est endormi.
La Légende des siècles, 111, 270.
Où le boa, sans souffle et sans tressaillement, Semble un tronc d'arbre à terre et dort aft'reusement. L'Art d'être grand-père, 86.
254 LE SENS Di: LA FORME CHEZ VICTOR HUGO
L'image du tronc de l'arbre se trouve dans ce qui s'élève tout droit sur le sol. Victor Hugo applique surtout ce mot au gibet, « l'arbre sans racine » ; un seul gibet est à ses yeux un arbre vivant, c'est la croix de Jésus-Christ, le premier arbre de la liberté :
Au-dessus de ce pavé, et comme un arbre qui y serait enraciné, s'élève debout sur sa colonne une grave horloge du quinzième siècle. France et Belgique, 302.
Le premier arbre de la liberté a été planté, il y a dixhuit cents ans, par Dieu même, sur le Golgotha.
Actes et Paroles. Avant l'exil, 1, 171.
A bas, potence, avec toutes tes branches noires !... Va pourrir dans la terre éternelle et divine Qui ne te connaît point, toi l'arbre sans racine. Qui t'exclut de la sève et qui ne donne pas La vie au bois féroce où germe le trépas !
Tonte la lyre, 1, 27.
Et pendant que Dieu fait les chênes sur les monts...
Tu fais l'arbre gibet, l'arbre croix, l'arbre pal,
L'aft'reux arbre supplice, énorme, vaste, infâme,
Cyprès dont les rameaux, faisant la nuit sur l'âme,
Sonnent lugubrement comme des enchaînés,
Dont chaque branche, hélas ! porte deux condamnés,
Et penche en frissonnant deux spectres sur l'abîme :
Au soleil, du côté de l'homme, la victime.
Et du côté de Diftu, dans l'ombre, le bourreau !
Dieu, 208-209.
Cette citation montre bien comment Victor Hugo, partant de la comparaison primitive, élargit le sens du mot et s'écarte de plus en plus de la ressemblance
matérielle. Tous ces arbres de mort, plantés par l'homme, font une végétation monstrueuse, et l'on voit se presser comme une forêt tous les instruments de supplice :
Et tombe pêle-mêle, ô forêt des supplices, Roue, échelle, garrot, gibet, et glaive, et faulx. Sous le bras du progrès, bûcheron d'échafauds !
Toute la Ivre, 1, 28.
Les colonnes, les piliers sont naturellement comparés à des troncs d'arbres. C'est une métaphore qui s'impose. Dans une église ou dans une halle ces piliers font une véritable forêt :
J'ai vu à Aix-la-Chapelle, gisantes dans un angle du vieux cloître cimetière, comme des troncs d'arbres qui attendent l'équarrisseur, ces fameuses colonnes de marbre antique prises par Napoléon et reprises par Blùcher.
Le Rhin, 1, 1^4.
La grande cathédrale gothique, avec... sa forêt de piliers à chapiteaux bizarres.
Les Orientales, Préface, 6.
Une forêt de piliers, de colonnes et de colonnettes.
Le Rhin, \, 148.
Sous une forêt de colonnes byzantines à chapiteaux énigmatiques. Lb., 447.
J'abhorre ces forêts de piliers lourds et froids D'où tombent les frissons, les toux, les pleurésies. Je ne m'expose point aux églises moisies
Religions et Religion, 187.
Ils se replièrent sous la halle, vaste redoute obscure, forêt de piliers de pierre.
Ouatrevingt-trci{e, 298 .
Les piliers perdent leur écorce, comme les arbres :
Les piliers de Rhamsès doù les lames d'airain S'en vont comme une vieille écorce.
Les Voix intérieures, 240.
Ce ne sont pas seulement les piliers qui donnent à une cathédrale l'aspect d'une forêt. Victor Hugo développe longuement sa comparaison, insiste sur la concordance des détails, et montre quel plaisir il éprouve à reconnaître dans les édifices élevés par l'homme l'image exacte de la nature :
Au bout d'un certain temps, quand je me promène dans une cathédrale, je suis toujours gagné peu à peu par une de ces rêveries profondes qui sont comme un crépuscule qui tombe dans l'esprit. Une cathédrale est pour moi comme une forêt ; les piliers sont les larges troncs au faîte desquels les gerbes de nervures se croisent ainsi que des branchages chargés de ténèbres : les chapelles de la Renaissance s'épanouissent dans l'ombre des grandes arches comme des buissons en fleur au pied des chênes. Rien ne m'absorbe comme la contemplation de cette étrange œuvre de l'homme dans laquelle se reflètent si mystérieusement la nature et Dieu. Là, tout m'occupe et rien ne me distrait. L'orgue passe comme lèvent; les clochetons noirs et inextricables se hérissent sur les tombes comme des cyprès; les verrières étincellent au fond des absides comme des étoiles dans des feuillages.
France et Belgique, 303-304.
L'art est comme la nature, simple et profond, un et divers. Fouillez et refouillez une cathédrale, c'est toutïu comme un hois. Sous la forêt d'arbres il y a la forêt d'arbustes, sous la forêt d'arbustes la forêt d'herbes, sous la forêt d'herbes la forêt de mousses; à toutes les profondeurs vous trouvez des beautés, et vous admirez l'architecte, le poète, le Dieu. /è., 147,
Il est tout simple que Victor Hugo cherche dans la végétation des points de comparaison pour les sculptures qui ornent les églises et les autres monuments. Gringoire, dans ses métaphores souvent familières, compare ces sculptures touffues à un cœur de chou." Plus habituellenKjnt, Victor Hugo les compare à un feuillage :
Sous Maximilien, le souffle joyeux de la Renaissance commençant à agiter les sombres feuillages de pierre des cathédrales, un goût d'élégance et d'ornement se répandant partout, les échevins de Cologne ont senti le besoin de faire la toilette de leur maison de ville.
Le Rhin, 1, 138.
11 faut que le fronton s'etïeuille comme un arbre.
Les Voix intérieures, 231.
Et ce vent qui, soufflant sur ces guerriers sculptés, Les fera remuer sur ta face hautaine - Comme tremble un feuillage autour du tronc d'un chêne.
L'architecture du xviir siècle prodigue partout