‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 76 sur 114 · III · texte numérisé non relu

III

La Teutonie, au seuil des nuages sublimes Où l'étoile est mêlée à la foudre, apparaît ; Ses piques dans la nuit sont comme une forêt.

U Année terrible, 39.

Cités, cités, cités, faites des forêts de piques, épaississez vos bayonnettes, attelez vos canons.

Actes et paroles. Depuis l'exil, I, 61.

Quelques hommes... livrèrent bataille à ce crime monstrueux... armé jusqu'aux dents, épaississant autour de lui les forêts de bayonnettes.

Histoire lVuii crime, II, 27O-277.

Le mot foret s'applique même à des fusils tenus horizontalement :

Couchés en joue par cette fôrét de fusils, plusieurs ne voulurent plus mourir.

Les Misérables, V, 134.

Quand le poète veut exprimer ^enchevêtrement des armes dans le combat , il les compare aux ronces, aux broussailles, et applique ce nom de broussaillc à la mêlée elle-même :

Dagues, hallebardes, épées, Pertuisanes de sang trempées.

Haches, poignards à deux tranchants.

Parmi les cuirasses froissées.

Mêlez vos pointes hérissées, {'omme la ronce dans les cliamps!

Odes et Ballades. 467.

Il y a là (dans un bas-relief)... d'épais bataillons cjui croisent leurs piques et ressemblent à des broussailles que mêlerait un vent furieux.

Alpes et Pyrénées, 289.

Sa lunette à la main, il observait parfois

Le centre du combat, point obscur où tressaille

La mêlée, eBVoyable et vivante broussaille.

Les Châtiments. 27(1.

Inversement, l'épine est comparée à une lance :

Pourquoi la ronce qui nous hait?

Pourquoi l'épine au seuil des bois comme une lance? La Légende des siècles, III, 311.

Les piques qui se pressent offrent aussi Tapparence d'un champ de blé, où le rouge des uniformes brille comme celui des coquelicots :

Et les rouges lanciers fourmillant dans les piques, Comme des fleurs de pourpre en l'épaisseur des blés. Les C liants du crépnsenle, ^2.

Des drapeaux forment une forêt, un champ de dahlias :

"Voici les quatrevingt-six sous-officiers légionnaires

portant les bannières des quatrevingt-six départements.

Rien de plus beau que ce carré au-dessus ducpiel frissonne

une forêt de drapeaux. On croirait voir marcher un

champ de dahlias gigantesques.

Choses vues, 24.

Pour désigner les soldats eux-mêmes, des comparaisons semblables se rencontrent assez souvent. L'épaisseur des rangs imite celle de la forêt, de l'herbe, du blé. Les hommes tombent sur le champ de bataille comme les épis sous la faux. Les morts s'entassent comme des javelles :

Deux vivantes forêts faites de têtes d'hommes. De bras, de pieds, de voix, de glaives, de fureur. Marchent l'une sur l'autre et se mêlent. Horreur I

L'Année terrible, 30.

Puis marchaient, plus pressés que l'herbe des collines, Les eunuques, armés de longues javelines.

Ces soldats plus nombreux que les épis des plaines.

Ib., IV, 190.

GouflFre où les régiments comme des pans de murs Tombaient, où se couchaient comme des épis mûrs Les hauts tambours-majors aux panaches énormes.

Les Chdtinicnts, 211.

De vos ennemis morts les plaines sont couvertes Comme d'épis fauchés au temps de la moisson.

La Fin de Satan, 78.

D'autres gisaient en tas ainsi que des javelles.

La Légende des siècles, IV, 184.

Nous avons vu Victor Hugo comparer les arbres et les autres plantes à la chevelure, à la crinière, à la barbe, aux cils. Nous trouvons souvent chez lui les métaphores inverses, qui ne sont pas moins naturelles. Nous disons couramment, comme lui, une forêt de cheveux, ou des sourcils en broiissciille :

Sa gueule' ressemble aux cavernes Et sa crinière à la forêt.

Les Chansons des mes et des bois, %()o.

Elle appuyait ses doigts roses sur cette forêt de cheveux crépus. L'HoDinie qtii rit, 1, 4SI.

La face humaine de Javert consistait en un nez camard, avec deux profondes narines vers lesquelles montaient sur

Page 1