LA MIR, LE COURS D KAU, LA MONTAGNE
L'astre peut être aussi dans cette mer un alc3'on :
Tous ces profonds flambeaux du ciel, ces myriades De clartés, Arcturus, Céphée, et l'alcyon De la mer étoilée et noire, Procyon.
La Légende des siècles, 1, 144.
Le nuage, la brume, la fumée, font une sorte de mer qui a ses récifs, que parcourent des navires et même des poissons :
Toute la ville était sous mes pieds. Les fumées se jouaient sur les toits, un rayon de soleil couchant les pénétrait, et elles faisaient un admirable nuage d'or qui se déchirait aux cheminées et aux pignons comme à des îles.
France et Belgique, 288.
Les nuages ayant les cimes pour récifs.
Dieu, ICI.
Puis la brume où du Harz on entendait le cor Trouva moyen de croître et d'épaissir encor... Notre église semblait un rocher dans l'écume.
La Légende des siècles, IV, 73.
Et le ciel, oîi déjà les pas du soir s'allongent, Avec ses océans de nuages où plongent
Des nuages encor.
Et son soleil qui fend leurs vagues de sa proue Sur son front ébloui tourne comme une roue
De marbre aux veines d'or.
Les Orientales, :8i.
Les monts hors du brouillard sortaient comme des
[proues La l'in de Satan, 7.
Une lueur sinistre, effrayante, inconnue, D'un sourd reflet de cuivre illumina la nue Et passa; comme si, sous le souffle de Dieu, De grands poissons de flamme aux écailles de feu, Vastes formes dans l'ombre au hasard remuées. En ce sombre océan de brume et de nuées Nageaient, et dans les flots du lourd nuage noir Se laissaient par instants vaguement entrevoir.
Tonte la lyre, III, 25-26.
La terre aussi offre des étendues que l'on peut comparer à la mer. C'est dabord le désert, que la langue usuelle même appelle une mer de sable :
L'eau vaste et froide au nord, au sud le sable ardent Se disputent l'Egypte; elle rit cependant
Entre ces deux mers qui la rongent.
Les Orientales, ly.
Ces solitudes mornes, Ces déserts sont à Dieu...
Toujours plane une brume Sur cette mer qui fume Et jette pour écume Une Cendre de feu.
Ib., 21.
Comme un énorme écueil sur les vagues dressé... Voici Babel déserte et sombre.
Contempler les déserts, sablonneux océans.
Ib., 206.
Les sphinx, les anubis, les animons, les mercures Sont assis au désert depuis quatre mille ans.
LA MER, LK COURS D l^AU, LA MONTAGNE 277
Autour d'eux, le vent souffle, et les sables brûlants Montent comme une mer d'où sort leur tête énorme. Les Conlcmphitiona, I, 26.
La plaine est une mer où Victor Hugo aperçoit des vagues et de Técume. Les montagnes et les collines sont des vagues géantes. Un mont au milieu de la plaine est un récif, une tour en rase campagne est un navire en pleine mer :
Il y a quatre mille ans, cette vaste campagne, qu'on voit du sommet du Geissberg s'ouvrir comme ime mer, étaU un lac en effet... Depuis lors le lac s'est changé en plaine, les hommes ont succédé aux flots et les donjons au.x écueils. Le Rhin, II, 13s.
De Reims h Rethel, rien. — La Champagne pouilleuse, à laquelle juillet vient de couper ses cheveux d'or ; de grandes plaines jaunes et nues, immenses et molles vagues de terre, au sommet desquelles frissonnent, comme une écume végétale, quelques broussailles misérables.
Ih . 1, 69.
On sent que ce sont les dernières ondulations de ces -énormes vagues de granit qu'on appelle les Alpes.
/*., Il, 21V
Je t'écrivais, chère amie, dans une de mes premières lettres : « Ces vagues de granit qu'on appelle les Alpes. » Je ne croyais pas dire si vrai. L'image qui m'était venue à l'esprit m'est apparue dans toute sa réalité sur le sommet du Rigi après le soleil couché. Ces montagnes sont des vagues en effet, mais des vagues géantes. Elles ont toutes les formes de la mer : il y a des houles vertes et sombres qui sont les croupes couvertes de sapins, des lames blondes
278 I.E SENS DE I.A FORMi: CHEZ VICTOK HUGO
et terreuses qui sont les pentes de granit dorées par les lichens, et, sur les plus hautes ondulations, la neige se déchire et tombe déchiquetée dans les ravins noirs, comme fait l'écume. On croirait voir un océan monstrueux figé au milieu d'une tempête par le souffle de Jéhovah.
Quand j'arrivai près de la mer, j'étais sur une colline. J'avais devant moi une immense plaine jadis façonnée par les flots et couverte de grosses vagues de terre, l'océan l'avait faite à son image. France el Bclgicjiie, 74.
C'est en se promenant sur les dunes qu'on sent bien l'harmonie profonde qui lie jusque dans la forme la terre à l'océan ; l'océan est une plaine, en effet, et la terre est une mer. Les collines et les vallons ondulent comme des vagues, et les chaînes de montagnes sont des tempêtes pétrifiées. Ih., is'î-is4.
De temps en temps de hautes dunes magnifiquement tripotées, comme des vagues que le mouvement de la voiture fait remuer à l'œil, viennent en tumulte au bord de la route. //'., 1S4.
Il suivait, entre deux rangées d'arbres, une large chaussée pavée ondulant sur des collines qui viennent l'une après l'autre, soulèvent la route et la laissent retomber, et font là comme des vagues énormes. Les Misérables, II, 5.
Merde plaines ayant les collines pour vagues.
La Légende des siècles, I. 126.
Le mont tragique' était debout comme un récif Dans la plaine jadis de tant de sang vermeille.
L'Année terrible, 365.