‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 88 sur 114 · I. ARCHITECTURE · texte numérisé non relu

I. ARCHITECTURE

Ces tours sont les piliers angulaires, de quoi? Du vide, de l'éther, du souffle, de l'effroi. L'impossible est ici debout; l'aigle seul brave Cette incommensurable et farouche architrave. Comme lorsque la terre a tremblé, sont confus Dans l'herbe les claveaux, les chapiteaux, les fûts. Tout se mêle, l'art grec avec l'art syriaque. Sous les portes croupit l'ombre hypocondriaque. Vois : tours où l'on dirait que chante Beethoven, Pylône, imposte, cippe, obélisque, peulven, Tout en foule apparaît ; soubassements, balustres Où l'eau nacrée étale au jour ses vagues lustres.

Dieu, 62.

Immensité ! l'esprit frissonne. Quel Vitruve A bâti ce vertige et creusé cette cuve ? Quel Scopas, quel Sostrate ou quel Etinopus A construit cet attique avec des monts rompus ? Quel Phidias du ciel a fait à sa slature L'àpre sérénité de cette architecture ?

Ib., 67.

Victor Hugo nomme les ouvriers, on peut dire les artistes, qui taillent et sculptent les montagnes, leur donnant des formes analogues à celles des édifices humains; c'est la pluie, le torrent, le vent, la racine de l'arbre :

Les ondulations de la route sont plus brusques et plus rapides; le cône du mont sur lequel elle court a été en quelque sorte cannelé par les cataractes pluviales, les éboulements et les avalanches de pierres.

Fragment d'un Voyage aux Alpes, dans Victor Hugo raconté, 11, 198.

304 LE SENS DE l.A FORME CHEZ VICTOR HUGO

Les rochers de la rive droite, travaillés et sculptés par les pluies, imitent les pierres ondées et vermoulues de notre vieille fontaine du Luxembourg.

Le Rhin, 1, 91.

Quelle œuvre et quel édifice ! que d'ouvriers qui ne sont pas aux ordres de l'homme y travaillent encore sans relâche et tous les jours ! La pluie pourrit la roche, le torrent la ronge, le vent la pétrit, la cascade y creuse des cannelures, la racine de l'arbre y perce des soupiraux, le soleil dore le tout. Alpes et Pyrénées, 84.

L'ouvrier infatigable surtout, c'est la goutte d'eau. C'est elle qui a creusé l'énorme cuve du cirque de Gavarnie :

La goutte d'eau revient, revient, revient encore. Et tombe opiniâtre, et se fait, dès l'aurore. Rapporter par le vent qui la nuit l'enleva, Et fait ses volontés dans la montagne, et va, Vient, soumettant le marbre à ses lois triomphantes, Et passe entre deux plans, et glisse entre deux fentes, Et démolit et sculpte, infatigable main.

Dieu, ^7-58-

Enfin, la mer est une artiste incomparable, capable d'exécuter non seulement les œuvres les plus sublimes, mais aussi les plus délicates :

Une des merveilles de cette caverne, c'était le roc. Ce roc, tantôt muraille, tantôt cintre, tantôt étrave ou pilastre, était par places brut et nu, puis, tout à côté, travaillé des plus délicates ciselures naturelles. On ne sait quoi, qui avait beaucoup d'esprit, se mêlait à la stupidité massive

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