‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 99 sur 114 · I. La pyramide de Chéops · texte numérisé non relu

I. La pyramide de Chéops

Ce qui domine, ce n'est pas la considération de la forme. En effet Victor Hugo compare aussi à des tentes les tombes d'un cimetière, et le cimetière à un camp. A l'idée du repos s'ajoute une conception nouvelle, celle de la trompette du jugement :

Alors, dans le silence horrible, un rayon hlanc, Long, pâle, glissera, formidable et tremblant, Sur ces haltes de nuit qu'on nomme cimetières ; Les tentes frémiront, quoiqu'elles soient de pierres, Dans tous ces sombres camps endormis.

La Légende des siècles, IV, 326.

Si la mort se présente au poète sous un autre aspect, s'il y voit la condition indispensable de la vie que la mort seule peut entretenir, la pierre du tombeau donnera lieu à une métaphore toute différente :

Là vit, abonde et croit la vigne de clarté Où l'on ne trouve pas un seul astre qui dorme. Où les créations font leur vendange énorme, Où la grappe de vie à lîots ruisselle, ayant La pierre du tombeau pour pressoir effrayant.

Dern icrc gerbe , 131-132.

L'idée de la mort étant dans un rapport étroit avec l'idée cie chute, la fosse doit naturellement faire penser à un précipice :

Prie aussi pour ceux que recouvre La pierre du tombeau dormant.

Noir précipice qui s'entr'ouvre Sous notre foule à tout moment I

Les Feuilles d'automne, 406.

\'otre tombe est un gouffre où le riche surnage.

Les Quatre vents de l'esprit, I, loO.

C'est un puits, dont la profondeur est médiocre pour les yeux, infinie pour l'esprit :

Le ciel est le puits clair, la tombe est le puits noir.

L'Ane, 363.

Hélas, le cimetière est un puits inconnu ; Ce qu'on y jette tombe en des cavités sombres ; Ce sont des ossements qu'on ajoute aux décombres ; Morne ensemencement d'où la mort renaîtra.

L'Année terrible, 361.

Dans le passage qui précède, V^ictor Hugo pense surtout au triste avenir que préparent les représailles, et aux résultats inconnus de ces meurtres qui prétendent remédier à d'autres meurtres. Mais la profondeur mystérieuse de la tombe, le cadavre qu'on V descend, lui suggèrent une métaphore plus étrange et plus saisissante :

L'âme est partie, on rend le corps à la nature. La vie a disparu sous cette créature;

Mort, où sont tes appuis?

Le voilà hors du temps, de l'espace et du nombre. On le descend avec une corde dans l'ombre

Comme un seau dans un puits.

LhS SYMBOLES ET LKS ANTITHESES 3^^

Que voulez-vous puiser dans ce puits formidable? Et pourquoi jetez-vous la sonde à l'insondable?

Qii y voulez-vous puiser ?

Est-ce l'adieu lointain et doux de ceux qu'on aime ? Est-ce un regard? hélas! est-ce un soupir suprême ?

Est-ce un dernier baiser?...

Est-ce le secret sombre ? est-ce la froide goutte Qui, larme du néant, suinte de l'âpre voûte

Sans aube et sans flambeau ?

Est-ce quelque lueur effarée et hagarde ? Est-ce le cri jeté par tout ce qui regarde

Derrière le tombeau ?

Vous ne puiserez rien. Les morts tombent. La fosse Les voit descendre, avec leur âme juste ou fausse,

Leur nom, leurs pas, leur bruit.

Un jour, quand souffleront les célestes haleines, Dieu seul remontera toutes ces urnes pleines

De l'éternelle nuit.

Les Contcmplatiois, II, 212-213.

Nous venons de voir le meurtre comparé à un ensemencement d'où le meurtre sortira. Nous voyons, avec des sens différents, la fosse comparée à un sillon :

Venez; muets tous deux et couchés contre terre, Nous entendrons, tandis que Paris fera taire

Son vivant tourbillon.

Ces millions de morts, moisson du fils de l'homme. Sourdre confusément dans leurs sépulcres, comme .

Le grain dans le sillon.

Les Feuilles <.rautomiH% 274.

Les noirs tombeaux, sillons où germe le regret.

Les Rayons et les Ombres, 534.

Entre la tombe et le berceau la différence de forme n'est pas grande. Le berceau est même tout pareil à la tombe dans ces caves de Lille dont le poète parle dans les Châtiments, et dans ces cabanes dont G-wynplaine étale la misère atroce devant les pairs d'Angleterre :

Là, n'ayant pas de lit, la mère malheureuse

Met ses petits enfants dans un trou qu'elle creuse,

Tremblants comme l'oiseau; Hélas ! ces innocents aux regards de colombe Trouvent en arrivant sur la terre une tombe

En place d'un berceau!

Les Châtiments, 164.

A Penckridge en Coventry, dont vous venez de doter la cathédrale et d'enrichir l'évéque, on n'a pas de lits dans les cabanes, et l'on creuse des trous dans la terre pour y coucher les petits enfants, de sorte qu'au lieu de commencer par le berceau, ils commencent par la tombe.

L Homme qui rit , II, 378-379-

La fosse et le cercueil sont souvent comparés à une crèche, à un berceau ; c'est qu'en mourant l'homme ne fait que naître à une autre existence :

Le dedans de la fosse apparaît, triste crèche.

Les Contemplations, II, 205.

Rentre au creuset. Ton Dieu t'offre dans les rayons, Pour refaire ton âme obscurcie et difforme, Le cercueil, ce berceau de la naissance énorme.

Dieu, 168.

Mais ce ciel, tu l'auras. Attends l'autre berceau ; La tombe. L'Art d'être grand-père, 268.

La mort créant la vie, et transformant la tombe En crèche où fait son nid l'âme, cette colombe.

Relis;ions et Reltoion, 222.

Dans une des citations qui précèdent, Victor Hugo compare la tombe au creuset. C'est une métaphore qu'il emploie encore ailleurs :

Éternel Dieu... vous vous servez du sépulcre comme nous du creuset, et, l'indivisible étant l'incorruptible, rien ne se perd, ni l'atome matériel, la molécule, dans le creuset, ni l'atome moral, le moi, dans le tombeau.

Mes Fils, 387.

Savoir si l'alchimiste inconnu, le \'oilé. Soude en ce creuset morne appelé sépulture Le monde antérieur à la sphère future.

L'Ane, 283.

C'est sans doute dans un sens analogue que le poète emploie le mot alvéole. L'épuration opérée par la mort le fait penser au travail de l'abeille :

Blocs, arbres, griffes, dents, fronts pensants, auréoles. Retournant aux cercueils comme à des alvéoles; Mourant pour s'épurer, tombant pour s'élever. Sans fin, ne se perdant que pour se retrouver.

Dieu, 2 s 4.

La fosse, ce creuset, sert aussi à épurer la réputation des grands hommes :

^^6 I.E SENS DE l.A FORMK CHFZ VICTOK HUGO

Ce peu déterre' a également grandi Voltaire. Voltaire, si grand au dix-huitième siècle, est plus grand encore au dix-neuvième. La fosse est un creuset. Cette terre, jetée sur un homme, crible son nom, et ne laisse sortir ce nom qu'épuré. Voltaire a perdu de sa gloire le faux, et gardé le vrai. Willi.iiii Shakespeare, 373.

Prolongeant à l'infini la prolondeur des fosses, Victor Hugo n'v voit plus que les trous d'un crible ou d'une voûte. C'est par ces trous que tombent les âmes :

Les tombeaux sont les trous du crible cimetière, D'où tombe, graine obscure en un ténébreux champ, L'effrayant tourbillon des âmes.

Les Conteiiiplations. II, 343.

Monde spectre. Il torture et souffre; il a pour voûte Le dessous monstrueux des cimetières noirs. Piqué de points de feu comme le ciel des soirs, Plafond hideux, percé de fosses péle-méle, D'où tombe dans l'abîme une pluie éternelle D'âmes roulant au fond des braises, au milieu Du supplice, plus loin que le pardon de Dieu.

Torqueinuda, 43.

La mort peut encore être considérée comme un voyage de découverte, ou un passage ; pour ce passage, c'est le cercueil qui sert de barque :

Un jour ce voyageur (Lucrèce) se tue. C'est là son dernier départ... 11 lui reste un voyage à faire, il est

I. Le peu de terre dont parle Boileau : Avant qu'un peu de terre obtenu par prière. . .

curieux de la contrée sombre, il prend passage sur le cercueil, et, défaisant lui-même l'amarre, il pousse du pied vers l'ombre cette barque obscure que balance le flot inconnu. William Shakespeare, 61-62.

Oh I certes, je voudrais qu'au ténébreux passage Mon cercueil, esquif sombre, eût pour pilote un sage. La Légende des siècles, IV, loi.

Ainsi, selon l'idée qu"on se fait de la mort, la tombe et le cercueil peuvent évoquer plusieurs images différentes. Les circonstances peuvent aussi prêter aux objets qu"on aperçoit une forme funèbre. Quelques heures avant d'apprendre la mort de sa fille, Victor Hugo, par une sorte de pressentiment, croit voir dans la forme allongée de l'île d'Oléron la forme d'un grand cercueil :

J'avais la mort dans l'âme. Peut-être voyais-je tout à travers mon accablement. Peut-être un autre jour, à une autre heure, aurais-je eu une autre impression. Mais ce soir-là tout était pour moi funèbre et mélancolique. Il me semblait que cette ile était un grand cercueil couché dans la mer et que cette lune en était le flambeau.

Alpes et Pyrénées, 235.

Sur le globe mort et inondé, l'arche qui flotte semble un cercueil. Ce sont des cercueils aussi que les pontons et même les voitures cellulaires qui transportent les victimes du coup d'état :

Par moments, sous la grêle, au loin, on pouvait voir Sur le blême horizon passer un cofïre noir; On eût dit qu'un cercueil flottait dans cette tombe.

La Fin de Satan, 11.

O mer ! n'est-ce pas toi, servante, Qui traînes sur ton eaii mouvante.

Parmi les vents et les écueils, Vers Cayenne aux fosses profondes, Ces noirs pontons qui sur tes ondes Passent comme de grands cercueils?

Les Châtiments, 30.

Elles s'en vont ainsi, malades, verrouillées. Dans le noir chariot aux cellules souillées Où le captif, sans air, sans jour, sans pleurs dans l'œil, N'est plus qu'un mort vivant assis dans son cercueil.

Ib., 296.

La guillotine donne lieu à diverses métaphores symboliques. Le couperet est le triangle de Jéhovah :

O vivant du tombeau, vivant de l'intini, Jéhovah! Dieu, clarté, rayon jamais terni, Pour faire de la mort, de la nuit, des ténèbres. Ils ont mis ton triangle entre deux pieux funèbres. Les Quatre vents de t'esprit, I, 80.

Victor Hugo, cet infatigable adversaire de la peine de mort, a souvent présente dans l'imagination la forme du couperet suspendu entre les deux bras rouges de la guillotine. 11 reconnaît facilement cette forme triangulaire ; à Varennes, c"est celle de la place où fut arrêté Louis XVI : à Troyes, celle de la place du Vieux-Marché, où fut exécuté Claude Gueux ; à Guernesey, c'est celle d'une cour triangulaire voisine du lieu où Tapner fut non pas guillotiné, mais pendu :

Je crois vous l'avoir fait remarquer déjà en plus d'une occasion, la nature matérielle offre quelquefois des symbolismes singuliers... Il y a cinq jours, je trouvais une sorte de damier gigantesque sur le champ de bataille de Montmirail. Aujourd'hin je traverse la fatale petite place triangulaire de Varennes, qui a la forme du couteau de la guillotine. Le Rhin, I, 37.

J'ai voulu voir le lieu où a été exécuté Claude Gueu.x. Un enfant m'a conduit au Vieu.x-Marché, qu'ils appellent maintenant la Halle au Blé.

C'est ime grande place triangulaire ajustée à l'extrémité d'une longue rue comme le fer d'une pertuisane au bout de la hampe ; cette forme triangulaire éveille l'idée hideuse du couperet, et j'ai déjà observé que le hasard l'a donnée à plusieurs de ces places fatales.

France et Belgique, 293.

Le hangar où nous étions est composé de deux corps de bâtiments dont le plan géométral présente un angle droit, forme d'équerre ou de potence. L'ouverture de l'équerre est remplie par une petite cour triangulaire qui fait songer au couteau de la guillotine. Clioses vues, 35s.

Les deux poteaux sont les chambranles de la porte de l'avenir :

Donc, quand le genre humain voulut, enfin lassé. Entrer dans l'avenir et sortir du passé, 11 n'aperçut pas d'autre ouverture que celle Qui s'offrait, sous ce fer où l'éclair étincelle. Entre ces deux poteaux, chambranles etïrayants.

Toute la lyre, 1,9.

Ailleurs, au lieu de placer la guillotine entre le passé et l'avenir, Victor Hugo la met, debout, « entre l'énigme et l'homme >/ :

Et tout semblait hngard; tant la machine affreuse, Rouge comme un carnage et noire comme un deuil. Debout entre l'énigme et l'homme, sur un seuil Qui peut-être est le ciel, peut-être la géhenne. Contenait de néant, d'épouvante et de haine !

Les Quatre vents de l'esprit. II, 30^.

Les deux poteaux sont aussi des poteaux de carrefours, et ont servi jadis à marquer de sombres routes :

On devinait que l'âpre et farouche bâtisse,

Calme, définitive, inexprimable à voir,

Avait été construite avec du désespoir.

Et sortait des douleurs, des pleurs et des décombres;

Et que les deux poteaux, dans les carrefours sombres

Où. l'homme marche triste, aveuglément conduit.

Avaient jadis marqué les routes de la nuit;

On pouvait, dans la brume où l'infini commence,

Liresurlun: Pouvoir, et sur l'autre: Démence'.

Les Quatre vents Je l'esprit, 11, 306.

Le poteau du gibet est le bâton du genre humain aveugle :

Nous jugeons. Nous dressons l'échafaud. L'homme tue Et meurt. Le genre humain, foule d'erreur vêtue, Condamne, extermine, détruit,

I. Dans ces passages de Toute l.i lyre et des Qii.itre vents de l'esfirit, il s'agit de la guillotine révolutionnaire.

Puis s'en va. Le poteau du gibet, ô démence! O deuil ! est le bâton de cet aveugle immense iMarchant dans cette immense nuit.

Les Coiitciiiphitions, 11, 274.

Gesufal, le roi dont la gaîté est féroce, compare les cordes des potences à celles d'une guitare :

Gesufal est ce roi, gai comme les démons. Qui disait au pays gisant au pied des monts. Sol inquiet, tremblant comme une solfatare : — Je suis ménétrier: je mets à ma guitare La corde des gibets dressés sur le chemin.

La Légende des siècles, I, 308.

D'autres métaphores flétrissent le pape complice des rois, et ceux qui tuent au nom de la religion :

Sa ceinture servait de corde à nos potences. 11 liait de ses mains l'agneau sous nos sentences: Et quand on nous criait : Grâce ! il nous criait : Feu 1 La Légende des siècles, W , 222.

Ceu.x-là sont les bourreaux que l'ombre a sous son aile ; L'espérance agonise et s'éteint devant eux ; Avec la corde sainte où pend l'ancre éternelle Ils font le nœud coulant du gibet monstrueux.

Les Quatre vents de l'esprit. II, 100.

Le sceptre est un bâton. Mais au lieu d'être l'insigne du commandement, il est trop souvent le bâton qui frappe : il n'y a guère de différence entre le sceptre et le fouet':

Lorsciu"avec un bâton, Sceptre lourd et honteux que la peur divinise, L'Autriche casse l'aile au lion de Venise.

Les Feuilles d'autoiiinc, 428.

Un jour... le peuple français... hàtonné d"un bâton qu'on appelait sceptre... se redressa tout à coup.

Napoléon le Petit, 191-194.

La bastonnade donnée par le sceptre.

L'Homme qui rit. ■527.

O Charle ! ô roi martyr ! comme Olivier te venge! Quel fouet honteux succède à ton sceptre éclatant 1

Croiiiwell, 266.

Quoi ! après la royauté chassée, l'esclavage resterait !... Qu'est-ce que le fouet du planteur ? C'est le sceptre du roi, naïf et dédoré. L'un brisé, l'autre tombe.

Actes et paroles. Peiulant l'exil, 442.

Votre sceptre est un fouet, très habile vraiment.

Théâtre en liberté. 125.

Les rois éltint les pasteui's des peuples, leur sceptre doit être un hâton pastoral : le pape et les évêques portent aussi la houlette, mais cette houlette, dans leurs mains comme dans celles des rois, devient une arme cruelle :

Les chefs de ces naissants états sont bien encore pasteurs, mais pasteurs de peuples ; leur bâton pastoral a déjà forme de sceptre. Préface de Cron/weH. t).

Ce qui fait grands les rois, c'est que Dieu les complète. Leur diadème est nimbe et leur sceptre est houlette.

•T/iealre en liberté, 94.

LES SYMBOI-FS ET LFS ANTITHESES 343

Que le pape en massue ait changé sa houlette.

Les Châtiments, 411.

Quoi ! recommence-t-on? Ciel 1 serait-il possible Que l'homme redevînt pâture, proie et cible ! Et qu'on revit les temps difformes ! qu'on revît Le double joug qui tue autant qu'il asservit 1 Qu'on revît se dresser sur le globe, vil bouge. Près du sceptre d'airain la houlette en fer rouge ! Nos pères l'ont subi, ce double pouvoir-là. Nuit 1 mort 1 Melchisedech compliqué d'Attila 1

Les Oitatre vents Je l'esprit, I, 69.

Le sceptre se prête encore à plusieurs autres comparaisons : c'est le bâton de l'aveugle, le hochet cie l'enfant, la marotte du fou. Leicester met en antithèse le sceptre roval et la baguette de fée. Le sceptre de Charlemagne et celui de Louis XIV ne sont pour la Révolution que des fétus de paille :

Il tient le sceptre ainsi qu'un aveugle un bâton.

La Pitié suprême, m.

Ici-bas, où le sceptre est un triste hochet.

La Légende des siècles. IV, 9 s.

Satan fait les tyrans au plaisir des bouffons. Pendant que l'univers tremble sous le despote. Du sceptre de Cromwell faisons notre marotte !

Cromwell, 264.

Reine, ma tète ne peut tomber que par le jugement de mes pairs... Le sceptre de votre majesté n'est pas une baguette de fée pour dresser en un jour mon échafaud. Amy Rohsart, 26^.

Il y avait le sceptre royal surmonté d'une fleur de lys, il y avait le sceptre impérial surmonté d'un globe, il y avait le sceptre de Charlemagne qui était en fer, il y avait le sceptre de Louis le Grand qui était en or, la révolution les a tordus entre son pouce et son index, comme des fétus de paille de deux liards.

Les Misérables, V, 360-361.

Le vaisseau emblématique de Paris porte un sceptre : c'est son beaupré :

Un vaisseau, comme un sceptre étendant son beaupré, Est son emblème ; il fait la grande traversée, 11 part de l'ignorance et monte à la pensée.

V Année Icrril/Ie, 264.

Le forme du globe impérial ou royal se retrouve dans le crâne de Napoléon I" et dans le boulet de canon. Quant au globe impérial de Napoléon III, il rappelle le boulet du forçat :

Contempler le bras fort, la poitrine féconde. Le talon qui, douze ans, éperonna le monde.

Et, d'un a-il filial.

L'orbite du regard qui fascinait la foule, Ce front prodigieux, ce crâne fait au moule

Du globe impérial 1

Les Chants du crépuscule, 33.

Là-haut, dans les décombres. Charlemagne n'a plus de sceptre... Frédéric II n"a plus de tète, le royal globe de Frédéric V a été brisé dans sa main par un boulet, cet autre globe royal. Le Rhin, II, 155.

Il est là ce César chauve-souris qui dit

Aux rois: voyez mon sceptre; auxgueux: voyez mon crime;

Ce vainqueur qui, béni, lavé, sacré, sublime,

De deux pourpres vêtu, dans Thistoire s'assied,

Le globe dans sa main, un boulet à son pied.

Les Clhitimcnts, jii.

Le glaive des rois a la forme d'une croix. Tantôt cette ressemblance indique que le pouvoir des rois est sacré ; tantôt elle signifie, pour l'évêque qui parle, que le pouvoir des prêtres est étroitement lié à celui des rois, — dans Lesprit de Victor Hugo, que les deux tyrannies sont également cruelles :

Ce qui fait grands les rois, c'est que Dieu les complète... S'ils retournent le glaive, à genoux ! c'est la croix.

Théâtre en liberté, 94.

Parlons des rois avec précaution ; leur glaive Jette à peu près la même ombre que notre croix.

Le Piipc, 24.

Dans la ripaille du second empire, l'épée de Napoléon I" est devenue une broche :

La bombance après l'équipée.

On s'attable. Hier on tua.

O Napoléon, ton épée Sert de broche à Gargantua.

Les Clwitinieitts, 120.

Le trône chancelle comme un escabeau. Ce n'est qu'un tréteau et même quelquefois le tréteau d'un pitre :

t)46 I-E SENS DE LA FORME CHEZ VICTOR HUGO

Base de nations portant sur leurs épaules La pyramide énorme appuyée aux deux pôles, Flots vivants, qui toujours l'étreignant de leurs plis, La balancent, branlante, a leur vaste roulis, Font tout changer de place et, sur ses hautes zones. Comme des escabeaux font chanceler les trônes.. 1

HcnuTiii, I lo-i 1 1.

Non, tu n'es pas la grande et sainte République !...' Tu n"as comme les rois qu'un tréteau de sapin.

Dernière gerbe, 11.

Ce tréteau qui s'engloutit, c'est le trône 1 cet autre tréteau qui s'en va, c'est l'échafaud !

Napoléon le Petit, 29.

Debout sur le tréteau qu'assiège une cohue .. Devant cette baraque, abject et vil bazar Où Mandrin mal lavé se déguise en César, Riant, l'affreux bandit, dans sa moustache épaisse, Toi, spectre impérial, tu bats la grosse caisse !

Les Châtiments, 287-28S.

Le trône que rêve Cromvvell éveille l'idée d'un échafaud et d'un billot :

Est-ce là tout, Cromwell? Songe à Charles premier. Oses-tu, dans son sang ramassant la couronne. Avec son échafaud te rebâtir un trône ?

Cromwell, 289.

Cromwell, qui sur le trône enfin va s'affermir. Saura bien châtier la canaille insolente... — Son trône est un billot, et sa pourpre est sanglante.

Ib., 83.

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