‹ Le sens de la mortChapitre 14 sur 30 · AS EE · texte numérisé non relu

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bien entendu, vos intérêts à vous seront ménagés. Si vous acceptez, en principe, J'aurai à vous initier aux comptes de cette maison. Vous en connaîtrez les

charges et les bénéfices. Nous dresserons un acte d'association. Le point -

essentiel, c’est que vous n’ayez pas d’objection foncière. En avez-vous une? »

— Aucune, mon cher maître. Je ne peux que vous remercier d’une preuve d'amitié qui, venant après tant d’autres... »

Il m'interrompit :

— « Nous reparlerons de ce projet, dès demain. Je vais donner un coup d’œil, là-haut... Peut-être reverrez-vous Mme Ortègue avant moi. Souvenez-vous

de votre engagement. Ne prononcez pas

le mot... »

— «Mais, » lui dis-je, en l’arrêtant à mon tour, et comme il allait vers la porte, «êtes-vous absolument sûr de ce diagnostic. Vous savez mieux que moi... »

auprès d’ un de mes sat dis FE ai te fité de l’occasion et poussé jusqu’à Berlin. Je me suis présenté sous un faux nom, chez un des spécialistes de là-bas.

Il n’a pas hésité à prononcer le mot, lui, et à me conseiller naturellement la fameuse opération de Kehr, l’opération en baïonnette, — en païonnette, » rectifia-t1l, en imitant la prononciation tudesque.

.— « Et alors? » interrogeai-je.

— « Alors, je n’en veux pas, » répondit-il. « La guérison radicale n’est pas possible. Cette opération m’assurerait peut-être quatre ou cinq mois de survie, à moins que je ne reste sous le couteau. Cette chance-là, celle de mourir tout de suite, je ne veux pas la courir. J'aime trop ma femme pour risquer de perdre volontairement une seule des heures qui me sont comptées. J’ai du moins la certitude de les passer avec

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lle. Non, non, non, »répéta-t-il, «cette chance de m’en aller plus tôt, je ne la courrai pas. Je ne jouerai pas cette carte-là. D’ailleurs, une opération m’immobiliserait. Je serais incapable de rendre ici les quelques derniers services

dont je vais avoir l’occasion, à cause de

cette abominable guerre. Et je veux les rendre. Je veux être utile jusqu’à la fin. Il faut prouver aux Le Gallic et autres mythologues que nous n’avons besoin ni de leur Dieu, ni de leur Christ, ni de leur vie future pour faire œuvre d’altruisme, sans espérance. Non. Je ne serai pas opéré, mais j'opérerai, tant que cette main aura la force de tenir le

bistouri.. Seulement. » Il se plia de

nouveau en deux, ses poings ramassés contre sa poitrine. « Seulement, je souffre trop quelquefois. Si ces paroxysmes duraient plus de cinq minutes, j'y resterais… Mais attendez... »

Je le vis marcher vers un petit meuble dont il ouvrit un tiroir. Il y prit une

seringue à injection, alluma une lampe

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bras, enfonça l'aiguille et appuya sur le piston, toujours aussi “tranquille- \ ment qu'il eût exécuté cette piqûre su un autre. Puis, remettant en place les outils de la bienfaisante et fatale intoxication, il referma le tiroir, et me dit :

— « J'en suis déjà aux dix centigrammes. Ça s’use, comme le reste, malheureusement. Que ma femme ignore cela aussi, n’est-ce pas? Vous me le promettez? » à

— « Je vous le promets. » |

Cette vertu du mensonge bienfaisant, c’est l'A B C du métier pour le médecin. Tout jeunes étudiants, nous nous

Do + LE SENS DE LA MORT

| Le Aulréseots, ‘dès nos premières séances à

Phépital Avec les malades eux-mêmes, elle est aisée. à pratiquer. Leur instinct

de conservation conspire avec nous,

- pour les abuser. Auprès de ceux qui les

2 entourent et qui les aiment, la tâche

1 devient plus difficile, surtout lorsqu'il

s’agit de dépister les inquiétudes d’une -

femme. La mère, l'épouse, la fille, la ___ sœur possèdent un sens divinatoire pour démêler la réticence dans nos discours le plus naturellement débités, et, dans l’arrière-fond de notre regard le plus ouvert, la brisure. Alors elles n’interrogent plus directement, elles observent, elles épient. Un duel s’engage entre vous et leur aguet. Pas un de vos gestes, pas une de vos intonations, pas un pli de votre visage qu’elles n’étudient et que leur inquiétude n'interprète précisément dans le sens dont vous voudriez les détourner. Ce duel, je m’y attendais.

Il commença dès la minute où je revis Mme Ortègue, une demi-heure après avoir quitté le Professeur. Je m'étais

% jouer la tranquillité. » Aussi, x mière question : « Vous avez :

mon mari? » Je me crus très a > répondre : | ah

— «Je lui ai parlé. Je P al questionné. | Il ne s’est pas défendu. Il m’a même permis de l’ausculter. J’en suis pour ce que j'ai dit : un surmenage assurément inquiétant, surtout étant donné son âge. Seulement, aucune lésion, du moins appréciable. »

— « Mais cet ictère, il y a quelques mois, avec cette récidive? »

— « Une jaunisse banale, 1aquelle je n’attache aucune importance. »

— « Aucune importance? » relevat-elle. À cette remarque, je compris qu’elle en savait plus long qu’elle ne disait. Elle me tendait un piège. « Alors pourquoi Dieulafoy écrit-il dans sa Pathologie : le pronostic d’un ictère doit toujours être réservé? Pourquoi ajoutet-il : tout ictère accompagné de fièvre ou qui se déclare au milieu de symp-

s sg V4 sais ces Rae pan cœur, tant j'ai lu et relu ce chapitre. J’ai pris ce livre dans la bibliothèque de mon mari, d’autres encore, et, depuis ce temps-là... » £ — « Madame, » interrompis-je, sur le re.

E ton que l’on a pour gronder un enfant, -

mais je frémissais à la pensée nes phrases trouvées dans ce manuel où l'ictère léger est indiqué comme un signe du cancer du pancréas. « Madame, vous êtes la fille d’un médecin, la femme d’un médecin. Combien de fois avez-vous entendu votre père et votre mari répéter, devant vous, qu’un des fléaux de notre métier, c’est la lecture d’un livre de médecine par un ignorant? Permettez-moi de vous le dire : dans des matières si spéciales, vous n'êtes qu'une ignorante.

Je vous répète, moi, qu’une jaunisse de cet ordre, passagère, fugace comme F celle-ci, n’a pas de signification, et je vous supplie, au nom même de la tranquillité de votre mari, de ne plus ouvrir

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ni nt, ni aucun autre. Si à croyais le Professeur en danger, je serais le premier à exiger qu'il se soignât. ar F Elle ne répondit point. J'avais mal menti. Je m’en rendis compte. Je ne cherchai ni à prolonger, ni àrenouvelerun entretien par trop dangereux, avec une femme grandie dans une atmosphère de conversations médicales, et qui devait déjouer nos ruses ordinaires. Elle-même, ce jour-là comme les suivants, affecta d'éviter, en me parlant, la moindre allusion à l’anxiété qui continuait de la ronger ; je le devinais à l’automatisme de ses mouvements, tandis qu’elle vaquait aux soins de notre installation. Ce caractère de somnambule, propre aux obsédés, se discernait d'autant mieux qu’un éveil aigu de tout son être se produisait, à peine dans la même chambre que son mari. Mais n'y avait-il qu’une cause au trouble intérieur dont je la sentais si violemment agitée sous ses dehors calmes? Sans revenir à mes premiers soupçons, lors de la visite de Le Gallic,

que son agitation grandissait certains une de ces cartes postales demandées

du front, cette « correspondance mili- __ taire » ne portait aucune indication d’en-

d'existence convenu. Que Mme Ortègue ne reçût pas sans émotion ce carré de papier, griffonné par une main glacée À par la mort peut-être au moment où la ” lettre parvenait à sa destinataire, c'était trop naturel, trop naturel que le danger couru par son proche parent, le compa- 4 gnon de son enfance et de sa jeunesse, __ émût davantage ses nerfs, déjà très ten- dus. Je m’en rendais si bien compte :

Pi n’y avait rien de romanesque dans ce frisson tout simple, tout humain. Comment d’ailleurs, pris dans l’étau d’un drame si dur, si réel, ce cœur de femme

se serait-il prêté, même une minute, à

__ des émotions imaginatives ?

Et moi aussi, cet étau de fer m’étrei-

k ce ) a \@e ; PA 1 LR e ne pouvais m'empêcher d’observer jours, et précisément quand était arrivée

par Ortègue lui-même à l'officier. Venue

droit. C'était bien le simple bulletin

je eine) ilei ee et à « plications sentimentales, quand je me

meurtrissais, heure par heure, à des réa-

lités si sévères? Ces semaines du mois

d’août ressuscitent, et jen subis à nou-

veau les affres. Ce furent d’abord, à côté des besognes matérielles de l’ambulance, les longs tête-à-tête avec Ortègue, pour m'initier à la future gérance de la Clinique. J’avais, bien entendu, sous-

crit à son projet, définitivement. Il me

fallait appliquer mon esprit à un ordre d'idées et de documents inédits pour moi. Chacune de ces séances renouvelait ma sensation de la tragédie pathologique à laquelle le hasard m'avait mêlé, J’apprenais, avec un détail plus précis, le labeur effrayant auquel s’était usé Ortègue, et aussi à quelle opulence la mort prochaine allait l’arracher. Chaque fois surtout, — il ne se gênait plus pour souffrir devant moi, — c’était la constatation du ravage accompli, presque de minute en minute, par la maladie qui le

MORT \ drogue qu’il employait r nr ares EnË à même comparait le prurit continuel dont il souffrait à un cilice vivant qui, à de certains moments, le rendait fou. Je voyais l’ictère revenir à la paume de ses mains et à ses conjonctives, gagner son

tère espagnol de son masque s’accentuait par ce verdissement noirâtre qui lui donnait une espèce de beauté, mais effrayante, mais sinistre, et tout cela sous les yeux, de plus en plus perspicaces, de la jeune femme ! Ce fut, parallèlement et en même temps, l’angoisse grandissante de la guerre, après l’espérance folle des premiers succès en Alsace : les troupes françaises refoulées sur Nancy, — l’armée belge acculée à Anvers, — Namur bombardée, — la bataille engagée à Charleroi, — Liége enlevé, — le Donon et le col de Saales abandonnés, — les ennemis à Péronne, — Longwy pris, Maubeuge, — puis la retraite, — les Allemands à Compiègne,

visage, se foncer par places. Le carac-

+ Datanst — Rarsth RE

l’ordre du jour de Joffre, dont les termes

disaient la gravité du péril : « Cotrtés à que coûte, garder le terrain conquis et

se faire tuer sur place, » — et l'attente.

— et l'immense espérance, à laquelle

nous n’osions pas croire, — et l’Ourcq, le Grand-Morin, Montmirail, — les ennemis repoussés, — Lunéville, Saint- Dié, Raon, Pont-à-Mousson dégagés, — enfin la victoire de la Marne. De quelle joie mon âme eût été inondée, même auprès d'Ortègue mourant, si ces jours de délivrance n’eussent coïncidé avec l’arrivée de nos premiers blessés !

Ce fut le 8 septembre, un mardi, que:

l'autorité militaire nous les envoya.

Ils étaient tous atteints à la tête ou à la colonne vertébrale. La spécialité d’Ortègue voulait que le Val-de-Grâce les eût choisis ainsi. Leur présence nous fut annoncée par le timbre réservé à cet usage. J’entendrai longtemps ce premier appel, ces trois coups perçants et

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oigés qui nous diet d'un sur- ; saut, Ortègue et moi, quoique le téléphone nous eût avertis déjà. En un instant, tout le personnel de l’ambulance, infirmiers et infirmières, Mme Ortègue avec eux, était en bas. Trois automobiles stationnaient devant la porte, trois longues voitures grises, marquées d’une

croix rouge et couvertes d’une bâche.

Nous avons vu depuis bien des véhicules semblables s'arrêter dans cette étroite

rue Saint-Guillaume, chargés de leur

douloureux fardeau, mais c’est toujours avec un tremblement intérieur que je

retrouve le souvenir de cette première

arrivée. Nous étions si près encore du commencement d’août, de ces jours enflammés où toute la jeunesse, toute la force de la France partait, le rire et la colère aux lèvres. Nous avions tous vu les grandes gares de l’Est et du Nord, comme des volcans, lancer vers la frontière une lave humaine, le plus chaud, le meilleur de notre sang. Nous avions vu s’ébranler les trains fleuris, entendu

Levi

s Réresr: sur ne campagnes avec la

tions à la Clinique, avec le cuisant regret de rester à l'arrière. J'avais vu aussi des yeux de femmes agrandis d’épouvante, qui, plus pénétrants que ceux des hommes, lisaient d’avance dans l’inconnu. La saison n’avait pas changé.

Le soleil d’été brûlait toujours dans le ciel clair, et la vision des yeux hallucinés était devenue une réalité, sanglante, immédiate, implacable. Devant moi, deux infirmiers retiraient lentement d’une voiture un brancard où gisait une forme rigide, en capote bleue et pantalon rouge, la tête enveloppée de linges qui ne laissaient voir qu’un bas de visage couleur de terre, une bouche bleuie, aux lèvres tendues sur des dents desséchées. Et puis un autre brancard, et puis un autre. Il y en eut

des locomotives. La perception de pe | choses avait été pour moi d'autant plus aiguë que j'allais m'en repaître à la hâte, dans l'intervalle de nos occupa-

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… le vestibule d’en bas. Ortègue et moi,

assistés de notre étudiant, nous fîmes

de ces hommes un premier examen. Une

opération d’urgence pouvait être nécessaire. Îls nous étonnèrent par leur si-

lence. Il semblait qu’ils eussent tant souffert, roulés en wagons à bestiaux

depuis Charleroi, avec des arrêts dans

de petites ambulances où l’on n'avait

pas osé toucher à des plaies pareilles,

— tant souffert qu’ils ne voulaient plus

parler! De leurs vêtements, troués et couverts de paille, montait une odeur de sueur et de sang. Ils gardaient aux pieds leurs lourds brodequins où collait

la terre des champs de bataille. Nous

constatâmes avec horreur que deux d’entre eux étaient aveugles, un troisième réellement incapable d’articuler un mot, ayant été frappé d’aphasie par sa blessure. Les autres voyaient et parlaient, mais celui-ci paralysé d’un bras, celui-là d’une jambe. Il y en avait un qui, plongé dans un demi-coma, poussait par instant

er pété cousin Le Gallic, » dt Or-

tègue, et, montrant le plus malade, celui

de la méningite : « S'il y a quelque chose Û

à faire tout de suite, c’est pour cet

homme-ci. Portez-le dans la salle d’en haut. »

J'avais vu souvent Ortègue opérer.

J'avais participé, comme interne, à ces tours de force chirurgicaux qu'il exécutait volontiers devant des rivaux

étonnés. « Ce ne sont pas des opéra-

tions, » disait un jour Poncet, le maître lyonnais, « ce sont des paris. » Et Poncet ajoutait, avec son bon sourire indulgent : « Mais puisqu'il les gagne tous ! »

Le secret de cette supériorité quasi

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maturgique résidait dans cience extraordinaire de l’anatomie, jointe à une justesse de coup d’œil et

à une dextérité des doigts non moins FE extraordinaires. Jamais notre intimité opératoire ne m'avait révélé un Ortègue plus brillant, un virtuose du bis-

touri plus audacieux et plus heureux

qu’auprès de ces premiers blessés et de ceux qui se succédèrent très vite, en

trop grand nombre. Huit jours après cette arrivée des premiers, nos quarante hits étaient occupés. Plus se multipliaient ces exemplaires de lésions ressortissantes à sa technique, plus le chirurgien s’animait dans le « Patron ». La ferveur de sa jeunesse scientifique renaissait chez le condamné à mort. Moi qui savais la vérité, ce renouveau d’ardeur professionnelle, et dans cet état de cachexie débutante, ne me trompait pas.

La morphine commençait son œuvre, aussi destructrice que le cancer. Cette euphorie marquait la première période d'intoxication. Le plus poignant était

: She Mais dim Elle Lyme la neste habitude que son malheure

mari était en train de'se donner. Elle

le voyait se passionner, comme jadis,

pour de beaux cas, les raconter, les discuter. Elle devait en conclure à une guérison possible, si cette déchéance n’était

que de la neurasthénie, et cela d’autant plus que toutes les facultés d’Ortègue s’exaltaient à la fois, son altruisme, par exemple. Il avait toujours prodigué son dévouement au service des malheureux. Quand il demandait cinquante mille francs à un Moreau-Janville pour une intervention, 1l disait : « Que les riches paient pour les pauvres ! » Chez lui, cette phrase était strictement vraie.

Ses consultations et ses opérations gratuites ne se comptaient pas. Il était donc logique avec son caractère, quand il nous répétait durant cette fin d’août et ce début de septembre :

— « Je ne sais pas ce que je serais devenu, si je n’avais pas pu m'employer

Lun situe. it été D.

ant cette guerre. Nous ne paierons jamais assez notre dette, nous, les civils, envers les soldats. Ces gens meurent pour nous, voilà ce qu’il ne faut pas :

cesser de nous redire, — pour toi, Catherine, pour vous, Marsal, pour moi, Ortègue. Hier, cet homme, à qui jai retiré cette balle derrière l’oreille, et | qui vivra, me remerciait en pleurant.

- € Mais le merci, mon garçon, c’est moi « qui te le dois, » lui ai-je répondu. Je n'ai pas ajouté qu'il avait eu de la 1 chance d’être envoyé ici. C’est effrayant les bêtises que je lis dans les journaux * médicaux sur la chirurgie nerveuse.

Cette guerre finie, vous verrez, Marsal, quel livre nous écrirons ! »

Il était de bonne foi, — après son propre diagnostic! Quel mystère que ces illusions auxquelles notre esprit n’adhère pas réellement et, pendant une minute, nous parlons comme si nous y croyions! D’ailleurs, ces affirmations, si étranges dans la bouche d’un Savant de cette discipline, et d’un malade de

qu'un nouvel effet du morphinisme.

à la période heureuse succédait déjà la qe

e. débris à ’étaien sans dou

Quinze jours ne s'étaient pas passés, e

période de dégradation. Soit qu'Ortègue | augmentât la dose, soit que l’intoxication de la maladie commençât de se joindre à celle de la drogue, j’observai avec épouvante les soudains indices d'un changement pénible dans sa personnalité morale. Lui, que j'avais toujours connu si sévère pour les moindres altérations de la vérité, je le surprenais à mentir, et d’un mensonge évidemment pathologique. Il disait par exemple qu’il s’était promené au jardin, quand il était resté dans son bureau, et vice versa.

Il prétendait avoir lu un journal qu'il n'avait pas lu. À cette insignifiante mythomanie s’ajoutaient déjà de véritables paralysies de la volonté, stigmates plus inquiétants de la morphine. Il lui arrivait maintenant, le matin, de passer la blouse, le tablier, et puis de rester étendu sur son canapé en me disant :

ERNEST ERP ORE

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