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sage. A cette dist: :
mencement de crépuseule, j je ne distin- | quais pas ses traits, mais quel symbole que ce geste, cette attitude, cette de A longuement et voluptueusement res- “à pirée, devant ce ciel enflammé du couchant, par cette femme que j’avaisentendue se vouer à la mort, et qui m’apparut soudain comme la jeune captive de la légende, disant adieu à la vie, la regrettant, se regrettant ! Elle qui s'était déjà heurtée plusieurs fois, dans notre hôpital, à la froide et sinistre réalité de l’agonie, reculait-elle d’épouvante, en esprit, devant l'engagement, offert dans un élan de pitié, si tendre, mais si fou?
La nature se révoltait-elle dans cette âme trop volontaire contre cette promesse, jallie d’un instant de tension surhumaine? Le drame muet que j’imaginais se compléta soudain par l’arrivée d’Ortègue. Je l’aperçus descendant les marches du perron, sans doute à la recherche de sa femme. Il fit quelques pas dans l'allée, sans qu’elle s’interrompît
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fleur odorante. Il s ’arrêta, et, à son tour, il la regarda, comme elle avait tout à l’heure regardé les roses. L’hori- zon s'était éteint. Les reflets du soleil
j nouie. Que pensait-il lui-même en con- 1 templant la mélancolie de cette femme, si, vraiment, il méditait toujours de l’entraîner avec lui dans la tombe? Brus- ; quement, il s’approcha d’elle et lui mit la main sur l’é paule. Elle se retourna, comme effrayée, puis je les vis qui reve- | naient à pas lents vers la maison, sans se parler, comme s1 chacun redoutait
pour leur silence, je descendis au-devant d'eux. Je les rencontrai sur le perron, et je commençai de les entretenir d’une question d’ordre intérieur qui servit de prétexte à Mme Ortègue pour nous quitter :
PO MEME x:
3 de la rêverie où aie Fran Net Fe :
| puyant toujours sur son visage la soupe À ne flamboyaient plus aux carreaux. [I
semblait qu'avec la présence d’Ortègue la féerie de l’heure paisible se fût éva-
le son de la voix de l’autre. Pris de pitié
À * et je reviens. » | RER Elle avait, en s’en allant posé éla see rose sur une table du péristyle. Ortègue,
qui s'était assis, prit cette fleur, et de ses”
mains, qu'il gardait toujours gantées
maintenant pour en dissimuler la colora-
tion de plus en plus sombre, il com-
mença de la déchirer, pétale à pétale,
avec une cruelle expression de son maigre
visage bronzé, et un éclat de haine dans ses yeux de feu, dont la sclérotique brune était effrayante à voir. Quand tous les pétales furent tombés sur le parquet, il jeta sur la table le triste
débris mutilé qui restait de l’admirable
rose, et, avec un rire spasmodique :
— « Voilà où j'en suis, Marsal, à me venger sur des fleurs, moi, Michel Ortègue !.. » Il répéta : « Michel Ortègue ! »
Et il disparut, par la même porte que .
sa femme, sans que je trouvasse un mot à lui répondre.
Une demi-heure plus tard, il me faisait appeler dans son bureau. Il tenait à la main une dépêche qu’il me tendit.
Un médecin du front, son ancien élève, lui annonçait l'évacuation, sur l’hôpi-
tal de la rue Saint-Guillaume, du lieu-
tenant Ernest Le Gallic, gravement
blessé à la tête dans un des combats autour d'Albert.
— « Je voudrais que vous prépariez Catherine, » me dit-il. « Je n’ai plus la force de rien. Je vais dormir. »
Il flottait dans ses prunelles une torpeur qui me prouva, comme le tiroir à moitié poussé où 1l mettait sa morphine, qu’il venait de se faire une piqûre. Ce n’était plus la douleur physique qu'il avait voulu endormir, cette fois. La scène de tout à l’heure le dé-
te | montrait ar Quell he
l’abîme ! Quelle dégradation a
jour, pourtant récent, où il recevait ce même Le Gallie, dans ce même bureau, |
avec une parole si agressive, mais tant de fermeté encore dans tout son être !
Je me le rappelais, en m’engageant dans
le couloir, et ses plaisanteries sur les noms des fleurs substitués aux noms des saints. Je me rappelais aussi mes premiers soupçons, très vite combattus, sur Mme Ortègue, et l'intérêt que lui inspirait son cousin. J’allais constater combien j’avais vu juste en n’y cédant pas, et que cette âme de femme était trop loyale pour avoir jamais admis en elle, depuis son mariage, un sentiment dont elle eût à rougir.
— « Mon pauvre Ernest! » dit-elle simplement quand elle eut lu la dépêche, et de grosses larmes coulèrent sur ses joues. Elle ne s’efforça pas plus de les cacher que l’honnête émotion qui les lui arrachait. « Je m’y attendais, »
continua-t-elle. « C'était inévitable. Les
: leurs sont frappés. Ils sont les plus braves, et ils s’exposent pour donner l'exemple. Et mon cousin était si brave!
Il l'était déjà tout enfant. Je le revois, à dix ans, pendant les vacances que nous passions ensemble à Tréguier. On réparait le cloître, et il y avait un échafaudage qui montait jusqu’au toit. Un petit garçon de la ville s’était, Dieu sait comme, hissé sur une des poutres du haut pour rattraper son cerf-volant. Arrivé là, il restait à califourchon, pris de terreur, sans avancer ni reculer. Il n’osait pas. [Il nous voit. Il appelle äu secours. Avant que la bonne qui nous conduisait eût pu l’arrêter, Ernest s’était élancé, il avait grimpé de planche en planche, il marchait sur la poutre en criant au petit garçon : « Tu vois bien « que ce n’est pas dangereux. » Il lui saisissait la main, le ramenait, retournait ramasser le cerf-volant, toujours sans s’accroupir. Je crois l’entendre me dire : « Tu ne t’imagines pas, Catherine, « comme c’est amusant d’avoir peur et
a sur
À x: os d'aller tout de mêm
sue sa connaissance, ser ses nn Quelle tristesse, un homme qui n’est plus lui-même ! » .
— « Mais pourquoi cette crainte? »
lui demandai-je. | — « Parce qu’on l’envoie ici, » ré-
pondit-elle, et, frémissante : « On s’habi- | tue à tout, dans un hôpital, excepté à cela. J’y pensais cette nuit, en veillant, dans le dortoir. Il y a toujours un ins tant très émouvant pour moi dans ces | veilles, celui où le bleu de l’aube entre dans les chambres. Toute la nuit, on a entendu les souffles rudes, les soupirs confus, les plaintes, la douleur enfin. À ce moment, on la voit, mais c’est aussi le moment où, presque toujours, elle s’assoupit, et, devant ces corps souffrants, qui, malgré tout, reposent, on se prend à espérer. On se dit que ce sommeil, c’est déjà un peu de relâche.
On les regarde, lit par lit. On connaît
3 te Mes On se ve :« See dus he Gi mois, dans trois, dans cinq, ils seront
« guéris. » Et puis le regard s’arrête sur un de ceux pour qui cette guérison
de l’animal ne fera que perpétuer une
existence diminuée, détruite, sans mé-
moire, sans parole. Ceux-là, on souhaiï-
terait qu'ils ne se réveillent jamais.
Ah! si je dois voir mon pauvre Ernest ainsi ! »
— « Ne prévoyez pas le pire, madame, » suppliai-je, « ce n’est pas bien. »
— « Vous avez raison, » dit-elle.
« D’ailleurs, nous ne pourrions pas. »
Son regard s’était assombri-encore, en prononçant ces mots énigmatiques, si clairs pour moi; et, se dominant : « Il faut préparer la chambre où nous le mettrons. Ce sera celle qui est vide depuis ce matin, la première à droite, vous savez, dans le second corridor. Je devrais dire la chambre des Muguets. Mais ces noms de fleurs appliqués à ces endroits-là, c’est trop sinistre aujour-
d'hui. »
temps, de fraîcheur, de gaieté légère,
évoquées par le rappel du muguet, ce.
lis des vallées, Lilium convallium, et l’aspect de l’homme que le service de santé
nous amena le lendemain. Quoique Le Gallic pût marcher, il était porté sur une civière, d’après l'indication du chirurgien qui l'avait soigné le premier, et qui redoutait évidemment les conséquences du moindre mouvement. Plusieurs tours de bandes de gaze enveloppaient sa tête. Elles se continuaient par une mentonnière. Ainsi encadré, son visage énergique se détachait, pâli, creusé, avec des yeux agrandis et qu’emplissait une mélancolie animale, si je peux dire.
Deux mois de guerre avaient passé sur le lieutenant enthousiaste et dans la plénitude inentamée de ses forces, qui partait au commencement d’août. Il nous revenait, épuisé à la fois par sa blessure et par trop de fatigues, par trop d’émotions aussi. Du moins la
x Monet ans entre TR idées ne prin- À