‹ Le sens de la mortChapitre 24 sur 30 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

bad, Pod R ie digne à RU US

= lequel est da moi per ST re

Pour un Le Gallic, au contraire, la seule

Le | question est la destinée de la personne humaine. C’est le pivot de la pensée

Religieuse, cela. Le pivot de la Science :

c’est la conception de ia loi sans fina-

lité. Pour la Science, nous ne sommes que des épiphénomènes. Pour un Le Gallic, ce qu’il appelle son âme est la réalité essentielle. Aucun moyen de s'entendre. »

— « La créature humaine qui souffre et meurt est bien pourtant une réalité, »

dit Mme Ortègue.

— « C’est un moment de l’état de ses

organes, » répondit Ortègue, « et ces

organes mêmes ne sont qu’une série de petits faits physico-chimiques, emportés par un mouvement qui n’a pas eu de commencement, qui n’aura pas de fin Mais l’hérédité, Marsal, quelle puissance ! Regardez ma femme. Klle sait par son père, elle sait par moi qu'il y a deux tableaux de l'Univers physique

ik ro Daa ces ie tableaux, “

l’autre d’après la nature, et qu ils sont

inconciliables. Si l’un est vrai, me | Qi

est faux. Elle sait cela, et voici qu’elle retrouve un parent avec qui elle a été élevée. Il est blessé. Elle s’émeut. Ses impressions d’enfance ressuscitent. Pendant un instant, sa personnalité d'il y a quinze ans se superpose à sa personnalité d'aujourd'hui, et elle ne sent plus l’absurdité des idées de ce pauvre garçon, qui s’imagine que le bon Dieu, — il l’appelle bon! — l’a conduit par la main dans ce boyau de communication pour y recevoir une marmite fabriquée à Essen à son intention ! Avoue, mon anue, » il s’adressait à sa femme maintenant, « que c’est de la folie, de la pure folie! »

Comme il riait de son rire sarcastique en prononçant ces derniers mots, je vis avec stupeur Mme Ortègue éclater en sanglots.

sait que l’un est peint d’après des rêves, |

| — «€ Voyons, Ent csine »s Nr die 7 2 4% qu'est-ce qui te fait pleurer? Par- EE mes Marsal, cette petite scène 4 de ménage. Mais qu'est-ce qu'il y a?»

__. —« Cette vue du monde est trop k dure, » dit- « voilà tout. Elle me fait 1273 08 trop mal. SRE — « Ma rte ir ot c'est | juste-

ment afin de la rendre un peu moins dure que nous sommes dans cette Clinique. Marsal, téléphonez donc tout de suite à Laugel pour cette radiographie. C’est le plus sûr. »

Quelle scène, et combien significative! Il m'avait semblé qu’en disant « ma pauvre enfant, » Ortègue avait eu dans la voix un frémissement de pitié.

Où les deux époux en étaient-ils réelle-

ment de l’affreux projet? En avaient-ils

vd

certains. Elle, tout ds PRG Rstegtl pour répondre à mes GER trouvé qu’un cri : « la parole donnée. » Lui, devant ses larmes, et quand elle gémissait sur cette vue du monde trop dure, s’était attendni. Il l’avait plainte de défailhr, de céder à la nature. C'était un de ses mots. Que de fois, durant nos visites à travers la Clinique, je l’avais entendu, au chevet des blessés endormis, me répéter : « Comme un être humain qui souffre est émouvant, lorsqu'il cède simplement à la nature! » Ne suffirait-il pas qu'il vit sa femme avoir peur devant le suicide, et alors ne serait-il pas le premier à la défendre contre la tentation qu'il avait lui-même suscitée en elle, peut-être à son insu, pour l’accepter ensuite dans un horrible délire d’égoïsme et de détresse? Oui, tout cela eût été vrai de l’ancien Ortègue, ce magnifique ouvrier de Science, ce triomphateur de qui ruisselait sans cesse, — je

LE SENS DE LA MORT Hi de

É l'ai déja noté, — une source intaties

sable, puise d’altruisme. Elle jail- : 2

lissait de son tempérament. Un de mes

camarades d’internat disait de lui :

« Le Patron est généreux comme un

vin. » Cette phrase m’évoquait l’Ortègue mo!

. d'hier. Celui d’aujourd’hui, ce mori-

bond décharné, au regard fixe, dimi-

nué par la drogue, tantôt somnolent,

tantôt colérique et soupçonneux, n’avait

de commun avec l’autre que la lucidité

intellectuelle, étonnamment persistante.

Les portions affectives de sa personne

étaient atteintes jusqu’à en être dé-

pravées. Il se refusait à quitter l’hôpi-

tal, par une obstination acharnée de

son orgueil, qui reculait devant cette

démission suprême. Comme l’automo-

bile le fatiguait trop, il couchait rue

Saint-Guillaume, maintenant. Cette

cohabitation de tous les instants me

permettait trop de constater la décom-

. position morale de son être, plus dou-

loureuse pour moi, son élève, que sa décomposition physique. J’en pouvais

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