‹ Le sens de la mortChapitre 25 sur 30 · RAT · texte numérisé non relu

RAT

ar aussitôt à que. l'arrivée nest Le Gallic à la Clinique avait ma

qué une chute brusque, dans cette exligne

continue de déchéance,

J'en eus une première preuve, dans

son ironie, — lui qui n’en déployait

jamais vis-à-vis d’un malade, — quand

je lui apportai, le lendemain, le résultat

de la radiographie et de mon exploration :

— « Pas d’esquilles, la plaie régula-

risée, c’est parfait. La balle, comme je

le croyais, dans le lobe occipital droit, Il faut attendre. Le Gallic est dans les

meilleures conditions possibles, avec un

cerveau qui n’a jamais travaillé. Hein !

Si nous allons le faire penser, croyezvous que ça l’étonnerait? »

Il se mit à ricaner, comme au mois d’août, lors du premier passage de l’officier. Ce n’était alors que l’irritabilité nerveuse d’un malade. Son rictus, aujourd’hui, trahissait une méchanceté voi-

DCR sus SR. LD

‘encore Räns son age et on ns le surlendemain. Nous nous rendions ensemble à la chambre des Muguets.

. Mme Ortègue se tenait près de la porte.

Elle vint à nous :

-— « Pas tout de suite, » fit-elle. « Ernest m'a demandé à voir l’abbé Courmont. Je le lui ai amené... »

— « Alors, » dit son mari, « quand je t’ai cherchée tout à l'heure, tu étais IE CARS

— «Mais oui... »

Ortègue n’ajouta rien. Debout contre Ja haute croisée du couloir, il se mit à tambouriner sur la vitre avec une visible impatience.

— « Marsal, » LR MT « quand vous l’avez REA HAE pour la petite chose d’avant-hier, Le Gallic avait déjà vu le prêtre? »

— « Oui, » répondis-je.

— « L’abbé doit s’amuser ! » repritil en haussant les épaules ; puis gouailleur : « La confession d’un soldat qui

A+ vient dé faire car ça doit être? »

tègue. Fa + s — « Et les autres! » hasardai-je, «mon cher maître, soyez-leur indulgent.

Vous le disiez si bien un jour : c’est pour nous qu'ils se font tuer. »

- — «Ça n’est pas moi qui leur reprocherai de repeupler la France, » ricana de nouveau Ortègue. « Tout de même, notre Bayard en a long à raconter sur ses fredaines. — Allons, c’est fait. »

La porte des « Muguets » venait de s’ouvrir, donnant passage à l’aumônier, L'abbé Courmont était un homme de soixante ans, très petit et très mince, avec un visage tout frais, tout rose, qu'éclairaient des yeux bleus d’une fratcheur enfantine derrière des lunettes cerclées d’or. Ses cheveux blonds, à peine grisonnants, couronnaient comme d’une flamme son visage qu’animait un enthousiasme toujours exalté. La finesse ecclésiastique corrigeait le caractère çcan-

ee

gnements du coin des paupières et des sourires qui prouvaient un esprit très

perspicace, combattu par une immense bonté. Il était connu dans le clergé de

Paris pour un libéralisme qui lui avait

. coûté son poste de vicaire à Notre- . Dame-des-Champs. Ortègue l’avait ac-

cepté dans sa Clinique pour cette raison.

Il avait été un peu déçu de rencontrer tant de foi chez ce prêtre, d’une tolérance extrême, mais c'était celle d’un

missionnaire. Nous avions su de lui ce

trait d’une charité vraiment apostolique : à l’époque de la mobilisation, il s’était posté devant une de nos grandes gares, causant avec les soldats, et :l avait trouvé le moyen d’en confesser ainsi des centaines. D’ordinaire, Ortègue considérait ce personnage d’un autre siècle avec une curiosité amusée.

Ce jour-là, une moquerie malveillante flottait dans ses prunelles et autour de sa bouche, tandis que l’excellent homme disait avec une effusion si chaude :

1e Ah À ne cous

Gallic est un Saint. C’est vraiment le 4%

soldat selon l'Évangile. »

— « Oh! oh! monsieur l’abbé! » ft Ortègue, « dites que notre cousin est un héros. Ça, c’est juste. Mais l'Évangile à propos de quelqu'un qui revient du champ de bataille! Je ne lis pas souvent ce livre, dans lequel je salue le plus étonnant succès de librairie. Je me rappelle pourtant un certain discours sur la montagne : Heureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés les fils de Dieu! Ce n’est pas le texte? »

— « Oui, » dit le prêtre, « mais 1l y a aussi le Centurion, un lieutenant comme M. Le Gallic, dont Notre-Seigneur guérit le domestique et qu'il admira. Car il l’admira, monsieur le professeur. Il déclara : « Je n’ai jamais trouvé tant de « foi dans Israël. » Remarquez bien. Il dit au riche : Quittez vos richesses. Il ne dit pas au Centurion : Quittez votre régiment. Et c’est le Centurion qui a marqué la messe de son : Domine, non

LOT LEA Sue UT

sum dignus… La parole du militaire, le prêtre la répète tous les jours à l’autel, avant la communion. C’est l’ Armée qui a le dernier mot au Saint-Sacrifice. »

— « Voilà l'Évangile militarisé, comme ma clinique, » répondit Ortègue. « C’est égal, si le domestique du Centurion avait eu dans la tête le projectile que notre pauvre cousin promène dans la sienne, le Rebouteux de Nazareth aurait perdu son temps... Sans rancune, monsieur l’abbé. Vous avez fait votre besogne, nous allons faire la nôtre. Entrons chez notre Centurion. Tu viens, Catherine? »

— « Je reconduis M. l’abbé quelques pas, » dit Mme Ortègue. Je lus distinctement sur la bouche du Professeur une phrase qu'il ne se permit pas de prononcer : « Tu ne vas pas m’excuser, n'est-ce pas? » [Il se contenta de froncer les sourcils, avec une nervosité que sa femme interpréta sans doute comme un ordre. Elle prit à peine le temps d’échanger deux ou trois mots avec l’aumônier,

à | ? Na Je +2

Le blessé, couché sur le dos, était occupé à écrire avec un stylographe. Il avait, comme la veille, une expression d’extraordinaire dignité sur son beau visage émacié et une flamme simple dans ses yeux clairs et rêveurs.

— « Je vous y prends, monsieur l’officier, » dit Ortègue, « Ah çà ! l’homme de la discipline, la consigne du médecin ne compte donc pas? Oui ou non, vous ai-je ordonné de vous reposer absolument?

Et vous travaillez? »

— « Ce n’est pas un travail, » fit-il.

« Je copiais quelques pensées pour une Image Mortuaire, celle d’un de mes amis d'enfance. Tu te le rappelles peut-être, Catherine, celui qui menait si bien à la voile, François Delanoë? »

— «Si je me le épais a ll est mort? » à :

— « Tué à côté de moi, voici dix-huit jours, héroïquement. J'avais écrit un pe-

tit récit de sa mort pour un journal de

Rennes. Il était établi dans cette ville

- comme avocat. Et puis, j'ai trouvé ces

pages trop informes, trop crues. Alors, je ne les'ai pas envoyées. » |

— « Tu les as là? » demanda-t-elle,

— « Oui, » fit-l. « Oh! ce n’est pas grand’chose ! »

Il retira quelques feuillets d’un portefeuille posé sur son lit entre un Nouveau Testament et un livre de prières.

— «Tu peux même lire ça tout haut, »

ajouta-t-1l, en tendant les papiers. « Ce récit vous montrera, mOn Cousin, ce que sont nos hommes, à vous aussi, docteur Marsal. Il faut les aimer, voyez-vous.

Leur tâche est dure, vous allez voir, et avec quel cœur ils l’exécutent ! J’en ai entendu, un, dans les tranchées, qui disait à un autre : « S1 Je retourne au « feu, c’est la croix d’honneur. — Ou

Mais lis, Catherine.»

Mme Ortègue déplia on feuillets. et commença de lire. Je ne crois pas, durant toute cette guerre, avoir éprouvé une sensation plus saisissante que celle de ce sauvage assaut évoqué devant un des combattants, à la veille de mourir, hélas !

par cette douce voix frémissante de femme. Cette voix martelait les termes techniques, employés par l'officier tout naturellement, parce que la vision de l’affaire ressuscitait en lui, brutale et totale. Elle s’attendrissait, s’étouffant aux passages trop durs. Mais voici la page avec le titre que Le Gallic avait écrit en tête, de sa haute écriture d’homme d’actionqui va droit devant lui.

FRANÇOIS DELANOË

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