SACRIFIÉE
nicmciii «jris que iic; tiaversjjit aucune clarlé et qui n'a pas la douloureuse attirance, l'aniôre saveur des grandes ténèl)res. J'étais repoussée et révoltée par l'égalilé désespérante de la vie aux demiteintes et aux tons froids; la vie des troupeaux monotones qui paissent réyulièrement, chaque jour, la maigreur des herbes mélancoliques près des mômes arbres tristes, des mêmes haies stériles, des mêmes ruisseaux desséchés. Je savais l'épaisseur des nuages inexorables qui, jusqu'à la fin des tenq^s, sous une couche opaque et glacée, devaient me cacher Tépiphanie des astres, la joyeuse gloire du soleil. J'ai eu horreur de la marche au pas dans l'universelle indifîérence, j'ai eu horreur d'arriver au sépulcre, après de longues années, avec l'esseulement d'un coeur vide qui n'a pas même goûté l'embrassement de la souffrance. Certes je serai isolé(? derrière les murailles qui vont m'ensevelir, mais j'aurai la douceur intime de la croix étreinte au lieu de la stupeur ressentie parmi la multitude dont le tourbillon vous ignore et vous entraîne. Quelle destinée lugubre que celle de l'organe automatique d'une machine immense, u^é bd;ij être coiinu, ufl jour
disloqué sans avoir eu la conscience de son mouvement et de son labeur.
Je ne suis donc pas une sainte, je suis une dégoûtée des ambiances vulgaires qui cherche une attraction dans l'étrange, dûtelle y rencontrer des tourments. Car je hausse sincèrement les épaules quand j'entends parler du bonheur des cloîtres. Il convient de l'affirmer, il faut sembler y croire, c'est une courtoisie nécessaire à l'égard de Jésus notre mystique époux. La toilette de mariée qu'on nous impose au seuil du renoncement nous indique, d'une façon bien claire, celles de nos impressions que notre attitude et notre physionomie doivent laisser transparaître ; la tristesse serait inconvenante, illogique l'accablement : une fiancée, même sans ivresse, revêt les atours de la joie, pourquoi s'exempter des formes ordinaires parce qu'on est la fiancée de Dieu. Mais il n'est pas douteux que cette union surnaturelle vous dévoue aux soupirs et aux larmes, et que des angoisses de l'oraison, comme des aiîres d'une torture, je m'écrierai bien des fois : De profiindis clamavi\ Domine! Heureusement, chère amie, que le mur et la (îrille resteront interposés et me sauveront
SACiui lu: 1 1 1
(les jiKjcincnls profanes, que le mur «'pais e( soliJc étouirera fous iiivs san(jl(j(s, rpie la (jrille, aux lianeaux iullexil)Ies, ne laisse la voir de moi qu'une l'orme blanche passant comme au lointain d'un rêve... Adieu.