BLANC ET NOIR
Il y a des heures où en plein travail d'esprit, en pleine besogne corporelle, on se trouve en proie à un véritable désœuvrement d'âme.
A un moment pareil, en des temps déjà lointains, j'éprouvai un sentiment de convoitise violente à l'égard d'une jeune fdle de condition inférieure, que je voyais, chaque jour, passer à l'angle d'un carrefour. Cette émotion passionnelle, il faut le dire, n'était légitimée par aucune raison esthétique : l'inconnue ne possédait aucune distinction et ne jouissait d'aucune beauté. Elle avait la fraîcheur courante, patrimoine commun de la jeunesse, une chevelure très vulgairement blonde, pas de finesse, pas de grâce, seulement une paire de lèvres appétissantes où s'était malheureusement concentrée mon attention, d'une façon presque machinale. Il n'en est pas moins vrai que j'étais poursuivi par cette han-
tisc (ic has claçjc ri rjuc j'épiais, chaque jour, avec une réelle impatience, le passage régulier de cette muse banale qui en vint à remarquer l'assiduité de mes regards. Je m'en voulais beaucoup de cette faiblesse, (bi reste purement spécubitive, que je quabfiais, à part moi, de condescendai\ce peu honorable. En dépit de cette fort saine appréciation, je m'engkiais insensiblement, au point de découvrir à la grisette toute une série de qualités imaginaires dont l'évocation n'eut pas résisté au plus sommaire examen. J'en vins à la contempler en rêve, cette fois adornée de perfections fantastiques qui me parurent le lendemain exister en réalité. Je résolus dès lors, malgré les objections multiples de mon jugement, de prononcer une attaque et d'enlever la place que je ne pensais pas susceptible d'opposer une sérieuse résistance. Chose étrange, bizarre antithèse ; plus ma sentimentalité proprement dite se refusait à aller de l'avant, plus ma sensualité inférieure me sollicitait et m'entraînait.
Une après-midi, succombant à la tentation vile, j'allai m'établir en un point favorable pour dresser mes batteries agressi-
ves ; tout inavouable qu'il fût, le désir que j'éprouvais était suffisant pour imprimer à mes artères un Ijattement désordonné.
J'étais occupé à rêvasser dans ces infimes régions de l'âme qu'on peut nommer paludéennes, quand un coup de coude assez violent me fit retourner la tête : c'était mon trottin qui, lui aussi, — ô impudence inqualifiable, — avait pris le parti de l'offensive. Il riait et, ma foi, à très belles dents, s'offrant à l'égal d'un fruit mûr qu'un simple contact peut détacher de l'arbre. Que se passa-t-il en moi? quelle rétroversion imprévue de l'appétit sensoriel ? L'analyse psychologique eut présenté des difficultés, mais le fait est que je ressentis une véritable colère. Mon coup d'œil s'imprégna d'une telle malveillance que l'infortunée en devint toute pâle et bredouilla cette excuse mauvaise:
— Pardon, Monsieur, je croyais reconnaître...
— Pour quel garçon boucher me prenezvous, répliquai-je avec dureté?
Et nous nous éloignâmes, pour jamais, l'un de l'autre.
Et il est presque certain, que la scène se déroulant après le déclin du jour, la
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( onclusioii eù( été diamétralement inverse: la clarlé des réverbères eut enveloppé la drùlesse d'nn fallacienx nimhe, tandis que j'avais ruu(ji d'elle devant mon .suzerain le