RESURGAM
J'ai eu quelques bons maîtres et beaucoup de mauvais... Les bons furent impuissants, l'action des mauvais fut pernicieusement féconde... Ils m'insultèrent de leurs jugements iniques, et me jetèrent de bonne heure aux mains de la Révolte, la vieille marâtre indulgente qui nous ouvre, tout grands, ses bras de fer. Elle vous sustente de poisons et vous allaite d'élixirs vénéneux. Pour le pain et le vin, elle ne vous en donne que la convoitise et le mirage, fuyant sans cesse à l'infini des sables déserts.
J'ai eu quelques l)ons protecteurs et beaucoup de mauvais. Les bons furent impuissants, l'action des mauvais fut pernicieusement féconde. Ils m'isolèrent de toute ambiance vivante et étendirent sur moi leur égide stérile. Et pendant de trop longues
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années, le champ clos où réynaient ces ténèbres fut, pour moi, tout le visible univers. J'y vécus d'aphorismes mortuaires, de sentences glacées et de maximes des siècles défunts. Dans cet éden de sommeil animique il y eut aussi un fruit dépendu, le seul que mon désir eut convoité.
J'ai eu quelques bons amis et beaucoup de mauvais. Les bons furent impuissants, l'action des mauvais fut pernicieusement féconde. Ils abusèrent de ma pénurie pour m'imposer une ridicule existence, et mes plus beaux jours, peut-être, les jours de la sève, de la verdure et des fleurs, si la culture eut été bienfaisante, virent pousser autour de moi des lianes étranges, pareilles à des lacets d'étrangleurs et dont je ne pus rompre les étreintes qu'à l'aide du fer et du feu.
J'ai eu quelques bons camarades et beaucoup de mauvais. Les l)ons furent impuissants et l'action des mauvais fut pernicieusement féconde. Trahissant ma faible bonté, ils m'entramèrent dans une grotte obscure à l'heure ou ma lyre exhalait ses chants les plus mélodieux. Et j'épuisai ainsi toutes mes harmonies à frapper les vains échos et les cavités insons'blcs, et les oreilles des
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lioniines [nissaieul, au loin, icjiioriHiles des accords et des sonorités qui eussent excité l'admiration de leur joie.
J'ai eu quelques l)ons disciples et heaucoup de mauvais. Les bons lurenl impuissants, et l'action des mauvais fut pernicieusement féconde. Ils abusèrent, comme des .ludas, de la générosité de mon âme; ils acceptèrent, pour leur salut, la dépense de toutes mes forces vives et, quand un jour, à bout de labeur, je m'écriai : « Je suis las », aucun d'eux n'a prêté l'ouïe, nul ne s'est détourné de son riant chemin, et, pour reposer ma tête appesantie, je n'ai pas trouvé une misérable pierre.
0 mauvais maîtres, mauvais protecteurs, mauvais amis, mauvais disciples, je n'oublie pas vos noirceurs dans l'enfer terrestre où vous m'avez précipité. Et tous les l)âtons que je puis arracher en ce maquis inextricable sont, pour moi autant de verges dont je me plais à labourer vos flancs. Mais je sortirai de ce Tartare ; m'aidant des poings et des ongles, je grimperai aux parois du rocher. Quand j'aurai émergé du gouffre, quelle épouvante aiguillonnera' vos reins ! Et vous aurez tort, hélas 1 et vous serez des imbéciles, comme vous avez été