‹ Le sentier des larmesChapitre 29 sur 37 · L'OR ET L'AME · texte numérisé non relu

L'OR ET L'AME

M. Taine, — première manière, — a, dans un livre qualifié, traité de philosophes de simples et honnêtes pourceaux roulés sur le sable le lonrj des grèves de l'Océan. Je n'examinerai pas si cette attribution du plus beau des titres humains aux liabillps de soie est excessive et entachée d'abus, mais je dois convenir que certains animaux, il est vrai d'une catégorie moins vautrée, méritent cette appellation sublime à un plus haut degré que bien des hommes prélassant en une chaire grassement patentée leurs tournures de faux moines et leurs embonpoints mauvais.

Il est, à ma connaissance, un parc splendide, en tout point digne des conceptions fantastiques où se complaisent les Mille et une nuits. Ce parc où dix familles pourraient évoluer sans gêne réciproque, appartient, tout entier, à un financier notable qui, sur toutes ces pelouses et toutes ces

i. un l.l I. AMI.

nulles, cxcicc SOU (J(;s[)()tisnic iuc<jui[»rrlicusif. Sur une infime ()artie de sa lonr|ueui' le niiir d'cueeinte est niitoyeu avec uu presbylèie <les plus liuuiMes qui ahrite les travaux nuijeurs d'un i'kktki: vkiutabij:, comme on lès voudrait Ions, comme il y en a si peu. L'ecclésiasfi(jue a uu mince jardinet pourvu de quelques plates bandes et d'un seul arhre, et qui se trouve ainsi îiccolé au parc (jiqantesque, comme une laqune au grand océan.

Seulement, en bonne abjèbre, il faudrait élablir une proportionnalité inverse entre les habitacles et les hommes et, hardiment, écrire, sans crainte d'irrévérence :

Petit curé Grand parc

Grand hnancier Petit jardin

ce qui signifie, en langage courant, que le curé est un grand génie e( le financier un imbécile.

Cette appréciation, tout à l'ait équitable, n'émane pas seulement des quelques mages qui ont été à même d'établir la comparaison, elle a été formulée, de la meilleure façon du monde, par un minuscule volatile, feudataire révolté du brasseur d'or. Tout uniment, un perroquet. Cet oiseau fut

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acheté par le ploutocrate pour orner son bois d'agrément. Mais le bavard aux ailes verdoyantes, a déserté les opulents labyrinthes qui lui furent assignés comme demeure, il est venu se réfugier sous la tonnelle du petit curé. Il nous a paru dégoûté du luxe bête, et jaloux de la simplicité tranquille. Furieux d'être abandonné pour un voisin de maigre apparence, le propriétaire de l'ara s'est emporté en grossières invectives et a donné l'ordre d'étrangler le fugitif. Celui-ci, par bonheur, se trouvait hors de fâcheuse atteinte. Fièrement posté sur l'arbre unique du presbytère, il semblait ainsi bonimenter:

Tu t'étonnes et tu enrages, gros masticateur, vide d'âme et de pensée, mais rendstoi bien compte que si tes arbres ne m'imitent pas et ne prennent pas tous la fuite c'est qu'ils sont unis au sol par des racines inflexibles. Tout ce qui est mobile t'échappe ; chaque jour décampe un de tes esclaves, de tes esclaves qui n'ont que des pieds Pense donc un peu si je vais te rester, me i qui ai la chance d'avoir des ailes !

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