BAL D'ENFANTS
Une fillette de six ans est tombée au milieu de la première ronde d'un bal enfantin. Sa petite robe bleue a jonché le parquet luisant et des cris étonnés partent de la bouche de tous ceux qui l'environnent : Elle a les pieds nus ! elle a les pieds nus!
Non seulement nus, la pauvrette, mais horriblement glacés, et ce froid inexorable monte et gagne au-dessus des genoux.
Elle est évanouie, on la transporte sur une couchette, tandis que tous s'interrogent dans râfîolement de la stupeur et de la confusion. Comment est-ell^ entrée ainsi? Sa pauvre mère ahurie, abattue dans l'écrasement de sa douleur, ne sait que sangloter et que gémir. Elle cherche par des frictions désespérées à réchauffer le corps de son enfant.
Mais celle-ci entr'ouvre les yeux; elle devance les questions qui se pressent sur toutes les lèvres et de sa faible voix, blan-
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(lie cl niiniliMidc, r(''\rlt' ;iiiisi rrliniHjc énigme :
« Maman, ma chère maman, vous m'avez loujours (lit ffu'il fallait faire l'aumone et avoir pitié des pauvres que je rencontrais ; nous sommes venues à pied, vous vous souvenez, de la maison, à celte jolie fôte de lumière, dans la nei(je, dans la haute nei<,e. .l'ai aperçu tout à coup, vous n'y faisiez pas attention, une pauvrette de mon aye qu'une vieille mendiante tenait par la main. Si vous aviez vu de quel air elle me regardait. Je lui ai fait signe de m'accompagner, très doucement, pour que personne ne comprit la chose. A cent pas d'ici j'ai levé le doigt, elle s'est arrêtée auprès d'un arbre, et nous avons fini notre voyage. Alors, dans la foule, comme personne ne prenait plus garde à moi, ma chère maman, je me suis échappée ; j'ai retrouvé ma protégée qui grelottait. J'ai pensé aux commandements du bon Dieu... J'ai donné mes mules bleues et mes bas roses... et je suis revenue... Ah! qu'il faisait froid! Voilà mon secret. Je crois que je vais mourir, mais je suis bien contente, parce que si je ne joue plus avec mes petites amies, l'enfant Jésus me fera jouer avec les anges, dans le
IjS PLEURS DES CHOSES
Ciel Si vous saviez comme ils sont
beaux les Anges... j'ai dormi et je les ai vus qui venaient me chercher... Oh! il ne faut pas me plaindre... du tout... C'est ceux qui restent, les malheureux. Mais je les aime et ils ne seront pas longtemps éloignés. Je serais si triste toute seule, et comment ne pas être gaie au Paradis. Je reviendrai bientôt avec des ailes, de grandes ailes, et ceux qui m'aimeront bien je les emporterai
Je ne vous vois plus, mais je vois les Anges qui sont tout blancs et... je n'ai plug froid, maman, consolez-vous ! »
Sa voix expire, son souffle halette, tout son corps frissonne et palpite. Voici que SCS yeux se renversent. Oui, les anges sont venus. Et la mignonne sainte est montée poursuivre sa danse interrompue, parmi le chœur mélancolique des nuages.
LES llArUIETES
Ou serait injuste eu concluaut d'une massacrante humeur à une nature mauvaise :
le contraire semblerait plus exact. Notable est la série des bourrus bienfaisants et parmi les monstres les plus dangereux il faut classer les buveurs d'eau. En dépit de ma charité chrétienne et de mes propensions miséricordieuses, (V instinct, je n'aime pas le contact des foules, ni le coudoiement anonyme ; les périodes électorales sont les seules époques où l'on puisse supporter le lutoiement des électeurs, quel que soit, d'ailleurs, le bien qu'on leur veuille, quelle que soit la loyauté avec laquelle on embrasse... leur cause. Il m'est, en particulier, tout à fait pénible d'être réduit par une nécessité souvent inéluctable, de pénétrer dans un de ces assommoirs des rues lointoines où les guenilles des habitués se reflètent sur les murailles et jusque dans le parfum des breuvages. J'arrive plein d'i-
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dées humanitaires et de dispositions fraternelles, mais l'ail et l'oignon font sursauter mes sens et ces gueux que j'abriterais, au fond, dans mon coeur, je les gratifierais de coups de poing le plus volontiers du monde. Telle est la routine de l'éducation, et le préjugé des nerfs olfactifs. La vue et l'ouïe s'accommoderaient encore, le seigneur odorat, quoique bien inférieur dans la hiérarchie des sens, se permet de faire le dégoûté et le délicat.
Il y a quelquesjours, je m'étais réfugié, au cours d'une averse, dans un de ces établissements redoutés, pouvant contenir vingt personnes, et où un demi-cent de blouses se trouvaient entassées; j'étais comprimé en avant, en arrière, par le flanc droit et par le flanc gauche. Un Ilot de tignasses ondoyait à mes yeux et d'atfroux relents exaspéraient mes. narines. Sentant mon caractère en une stase d'aigreur et mes bons poignets en une disposition combative je pratiquai, spns trop de résistance, une trouée dans la plèbe environnante, réussissant à gagner un angle propice, relativement à l'abri des propulsions et des odeurs. Les compagnons grognèrent, modérément toutefois, eu égard, sans doute, à mon
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aspect peu conciliant. Dès que je pus jouir d'un semblant de paix, la philosophie, un moment refoulée, ne tarda pas à reprendre sur mon vouloir son accoutumée puissance. Je commandai au mastroquet : « Du café à tous ces frangins! Je régale ». L'assistance s'ébahissait. Cette largesse inattendue complétait dnMement la distribution des violences. Je pris la parole en ces termes avec la plus sincère componction d'âme :
Mes très cliers frères,
Vous ne m'intimidez pas, vous ne m'effrayez pas, si nombreux que vous soyez, mais votre vue m'inspire des remords. Ce bec de gaz fumeux répand sur vous une lumière rouge qui n'éveille point chez moi l'image de votre drapeau familier. Je songe plus haut, plus logiquement, je rêve, je pense au sang de Jésus-Christ, qui vous a tous rachetés, comme moi-même. Vous pourriez me rendre mes brutaLtés de tout à l'heure, car mon corps et mon âme ne valent pas mieux que les vôtres. Je ne vous dépasse que du cerveau, et celui-là est hors d'atteinte !