‹ Le sentier des larmesChapitre 5 sur 37 · LE VIEUX BANC · texte numérisé non relu

LE VIEUX BANC

Sur un banc aux ais disjoints, aux pieds Doiteux, au dos vermoulu, au bois cllVité par les brumes et les pluies, un couple octogénaire, deux vieillards délabrés étaient assis et penchaient la tête sous les rayons du soleil couchant. Plus avariés, plus déchus, plus enlaidis que le siège misérable où s'affalait leur agonie, dardant l'un sur l'autre les organes vitrés et ternis qui étaient les restes de leurs yeux, ils semblaient rechercher, avec l'entêtement de la somnolence, au fond d'un passé dès longtemps disparu, ce qui, jadis, avaient pu être leur élégance et leur beauté.

L'homme essaya de murmurer : Du temps que j'étais joli garçon... Sa parole fut coupée par l'effarement de sa compagne qui, à cet étrange rappel des anciens jours, s'était mise à le fixer avec l'expression d'une immense douleur. Joli ! Ses cheveux rares pendaient comme du vieux chanvre

mal roui, son rcrjard elVrayail, fout sou visage paraissait strié de coups de hache et, comme un antre horrible aux stalactites brisées, sa bouche exhibait des ruines, de lamentables décombres interdits aux chansons d'amour, livrés par avance à la hideur et à la corrosion de la mort. Entre les épaules ossifiées le cou disparaissait; les bras, les jambes et les mains n'étaient plus que des membres cagneux cherchant à rentrer en eux-mêmes pour dérober aux passants le spectacle de leur atrophie et de leur débilité. La femme était plus atroce à contempler encore; la dégénération des formes était plus complète, plus péniblement sa langue se mouvait et son antique splendeur, en guenilles délabrée, faisait songer davantage à l'œuvre finale de la tombe. Après un long silence plein d'épouvante consternée, ensemble voici qu'ils frissonnent : un vieux refrain de pâtre a frappé leurs oreilles et remué dans leur âme, engourdie des sensations de printemps, les cendres chaudes du souvenir. Il y a plus de soixante ans qu'en un soir ineffable ils fredonnèrent cette romance en se baisant la bouche et les yeux. D'un mouvement instinctif leurs cils se sont abaissés

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