I.l \ NI \ HANC
cl, m» se voyant plus (|ir»'ii un rêve loiiilain, ils S(^ retrouvent, tout à coup, tels qu'ils s'adorèrent autrefois. Eux-mêmes tentent de nasiller le chant I)éni «'f, si piteuse que soit leur voix, si éraillés que soient leurs accents, en cet eflort ridicule et sublime ils remontent l'échelle des temps évanouis. Les rides s'eiTacent, les nerfs s'affinent, les ankyloses se délient, les lèvres sont roses, les dents blanches, les yeux rayonnants, un vent d'avril s'agite parmi la foret des cheveux ranimés, du fond des artères jusqu'aux cavités éloignées du cœur le sang rajeuni bouillonne, il bat les tempes à coups précipités, c'est le tambour du réveil, la charge éclatante de la résurrection. En ce crépuscule du jour ils ont oublié le crépuscule de leur vie ; une seule fibre touchée les extasie et les transfigure ; la ritournelle du berger s'est éteinte aux creux des vallons, mais ils la poursuivent encore à travers l'épuisement de leur souffle et l'enrouement de leur voix. Voici leurs premiers regards, voici leurs aveux timides, voici l'épanchement de leurs âmes, et leurs douces fiançailles et leurs jours fleuris et leurs grandes nuits illuminées. Pourtant la fatigue les arrête, leur gorge
haletante ne peut plus expirer qu'un râle, l'ardeur mentale revivifiée cesse d'avoir prise sur l'inertie du corps affaissé. Ils ont encore la force de crier : Jeunesse! Jeunesse! Et leurs paupières, toujours closes, laissent échapper des larmes.
CAxNTIOUE LOINTAIN
Les souvenirs enfantins qui demeurent le plus longtemps engravés dans Tàme sont les visions religieuses de cantiques et de bénédictions : Finiage terrestre du Paradis.
.l'étais au bord d'une tombe ouverte, contemplant le cercueil descendu, à travers le prisme de mes larmes, au cours de quelques moments douloureux où les fossoyeurs hésitaient à faire retomber la terre. Je me figurai aussitôt l'ange bien connu et bien aimé qui dormait entre ces lourdes planches; je songeai aux finesses de sa chair, aux délicatesses de son visage, au doux rayon de ses yeux qui allaient devenir la proie horrible de la mort. Je cherchais à retrouver en mon esprit cette idéale figure dégagée des tares de la maladie, arrachée aux déformations du sépulcre, brillante et vivante comme au soleil d'ineffaçables jours. Je remontai ainsi le paisible vallon de son existence et en ce voyage mélanco-
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lique, hélas! sitôt accompli, je ressentis une impression (jénérale de ileurs bknclies; nulle autre couleur entremêlée : c'étaient des lilas blancs, des roses blanches, des bouquets de merisier et d'aubépine, des boules de neiqe et de grands lis, à demi fermés, sauvant des regards profanes Topulence de leurs gouttes d'or. Et ma rêverie, en son vol rétrograde, arriva bientôt à une chapelle tendue de blanc où tout un peuple de vierges blanches s'abîmait dans les profondeurs de l'adoration : l'encens formait plusieurs couches de nuages qui allaient s'estomper dans le clair-obscur des voûtes et embrumaient la splendeur des innombrables lumières. Soudain une tendre harmonie s'éveille comme un chant d'oiseaux dans l'aurore, sur la lisière des bois printanniers. Et ces voix fraîches, tout abreuvées d'inlimes délices, entonnent dans la foi de leur élan divin :
rs'ous accourons, ù Dieu d'cimour, Accoiiij>lisscz votre promesse.
Oui pourra demeurer sourd à celte prière sur les hauts gradins du Ciel? Et je crois les Vierges exaucées aux douces flammes qui brillent dans leurs yeux.
OAMiyii: LUI M AIN .)7
i\)nilan( aiij(mr(r]iui, en celle inaliin'c lufjubre, voiri l'une d'elles, la plus célcsle, la plus immaculée, qui s'en()luu(i( a^anl l'heure au silence de rahîrue noir. \'ais-je re])iendre, en mon désespoir, cet ancien hymne Eucharistique que ses lèvres l'roides ne chanteront plus ! O Dieu d'amour pourquoi es-tu devenu Dieu de souiï'rance, Dieu d'aqonie, Dieu de linceul ? Est-ce là la promesse que lu devais accomplir ? As-tu ainsi récompensé les (jénullexions et les prières et le don tout entier de cette jeune ame qui ne s'ouvrait qu'à toi? Etait-elle au sacrifice mystiquement prédestinée, la reqardais-tu comme ces fleurs dont on jonche le pavé des temples ou qui, d'un mode plus lent, plus insensible, viennent expirer dans les vases de l'Autel ? Mais, o Seiqneur, est-ce qu'une fleur pareille, ayant auprès de ton tabernacle rendu son extrême soupir, ne doit pas être arrachée aux abominables corruptions? Ne devrions-nous pas la voir, quand son jour est venu, s'élever dans la lumièie au lieu de s'abadre dans l'ombre el, sur l'aile aqrandie de son extase, s'envoler i'amilière jusfju'à loi!