‹ Le sentier des larmesChapitre 8 sur 37 · LE CORTEGE · texte numérisé non relu

LE CORTEGE

Je me trouvais, en rêve, au pied d'une montagne vers le sommet de laquelle m'appelaient, avec des cris sonores, les hautes voix de l'Intelligence et de l'Amour. Or j'étais environné par une théorie de femmes en deuil, aux voiles traînants, aux faces penchées, qui me suppliaient au milieu de leurs larmes :

— Maître et compagnon bien cher, laissenous te suivre aux chemins de l'exaltation, car tu ne pourras, sans nous, gravir la crête inaccessible où te hèle, impérieusement, le Destin.

Je répondis : Vous êtes bien noires pour m'aider dans une ascension de lumière.

— Tu ne nous reconnais donc pas, interrogea douloureusement celle qui paraissait la Reine des Alfligées?

— Comment vous reconnaîtrais-je, avec le crêpe ténébreux où vos figures s'enveloppent.

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— Nos ('ro[K'S sont l«'S insiillt's cl l«»s oui rayes de (es eiineiiiis. Au nom de l'Elernclle Justice, soulTre que nous marchions à tes cotés; nous sommes la force, nous sommes tes ail(;s.

— Nommez- vous ou (h'coiivicz aos faces.

— Non, Maître. Dieu t'impose un acte de foi en nos paroles, d'espérance en nos promesses, de charité envers nos soullrances.

Je répliquai, brusque et chagrin :

— Allons, la promenade va manquer de rjaieté, toutefois votre insistance me trouble; qu'il soit fait selon vos désirs.

Et je m'élançai dans la montagne.

Je franchis, aisément, les premiers contreforts, mais une prompte lassitude accabla mes genoux, et mes sombres acolytes s'attelèrent à moi pour m'entraîner vers les cimes. Bientôt je fus incapable du plus faible mouvement et je me sentis soulevé dans les bras de mes pleureuses qui m'emportaient comme un cadavre, à travers les tournants abruptes et les buissons monstrueux. Fort humilié que mon impuissance fut ainsi démontrée, je demeurai les yeux clos et me renfermai dans le silence.

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Apiès une inarclic qui me parut de cent journées mes paupières s'ouvrirent au sein d'une éblouissante clarté et mes regards furent stupéfaits : toutes les robes fuligineuses s'étant changées en robes d'azur.

La Reine me parla ainsi :

— Maintenant, nous recoimais-lu ?

— ^'ous ries des coureuses intrépides, de vaillantes gardiennes et de fidèles amies. Il vous eût été facile de m'abandonner aux anfractuosités d'une roche ou de me jeter dans un précipice. J'avais l'inertie et la passivité d'un ar])re mort.

— Merci de tes louanges, ô Maître, j'aimerais mieux qu'au fond de ta mémoire désorbitée tu voulusses bien retrouver notre nom. Tu nous as aimées, tu nous aimes toujours, mais les injures des foules d'en bas nous avaient longtemps défigurées; aujourd'hui, pour jamais, nous reconquéîons la splendeur et nous t'amenons triomj)hant dans l'Empyrée miséricordieux.

— Triomphant est bien flatteur ; c'est vous autres qui triomphez. Sans vous je m'eiîorcerais encore, impuissant et morne, à quelques coudées à peine au-dessus du Val d'Enfer.

— Songeur insoucieux, nous faisons par-

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lie «le lu j>liis iiilime siiIisImikt ; nous IVimcs projete^es ot extériorisées des partnritions de ton cerveau. Nous sommes les filles de ton verbe, les formes de ta pensée; salue ta gloire, salue tes œuvres, salue tes enfants !

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