PREMIERS PAS
Karma-Yoga. — Purification
Frères. - 11 y a deux ans, lorsque j’ai parlé pour la première fois dans celle salle^ j ai appelé voire attention sur Fédification du Kosmos en général, sur les phases par lesquelles a passé cette évolution et, en quelque sorte, sur les méthodes suivies ai; cours de cette vaste succession de phénomènes, L’année dernière, j’ai traite do l’évolution du Soi, du Soi humain plutôt que du Soi kosmique, et j'ai taché de vous expliquer comment le Soi amassait de rexpérience eu s'élevant d'enveloppe en enveloppe et arrivait à dominer absolument ses véhicules inférieurs. Pour riiomme conune [lour rumvers, pour l’individu, comme pour le Kosmos, le but est le même : un clfort
constaul pour se réunir au Soi, pour remonter à ce dont on émane. Cependant, on m’a parfois dit, dans des discussions sur ces sujets sublimes.
« Quel rapport cela a-t-il avec la vie que les hommes mènent en ce monde, entourés comme ils le sont par les nécessités de la vie et par les activités du monde phénoménal, continuellement arrachés à la pensée du Soi, continuellement forcés par leur Karma à participer à ces activités de toutes natures ? Quel rapport a donc renseignement supérieur avec la vie des hommes et comment des hommes de ce monde peuvent -ils s’élever assez haut pour que la vie supérieure devienne possible pour eux aussi? » C’est à cette question que je vais m’efforcer de répondre cette année.
Je vais tâcher de vous expliquer comment un homme de ce monde, soumis à des obligations de famille, à des devoirs sociaux, aux multiples activités de la vie, peut cependant se [préparer à Ywüon et faire les premiers pas sur la voie qui doit le mener à VUn. Je vais tâcher de vous décrire les progrès à faire sur cette voie, en commençant par la vie que mène un homme quelconque, en partant de la situation où la plupart d’entre vous se trouvent en ce moment, de telle sorte que vous puissiez reconnaître qu’il y a un but à atteindre et une voie à parcourir — cette voie qui a son point de départ, ici-bas, dans la vie de la fai^ille, de la communauté,-de l’état, et son
point d’arrivée dans un lointain qui défie toute pensée ; cette voie qui finit par conduire le voyageur dans la demeure qui sera à jamais la sienne. A^oilà le but de ces quatre conférences; voilà lés échelons que vous voudrez bien, j’en suis sûre, gravir avec moi.
Afin de bien nous pénétrer de notre sujet, examinons rapidement le cours de l’évolution, sa signification et son but, pour que ce coup d’œil, à vol d’oiseau, jeté sur l’ensemble, nous mette à même de 1 apprécier et nous fasse comprendre l’opportunité de la marche en avant que nous allons eirectuer pas à paè.
Nous admettons que l’Unité soit devenue la multiplicité. Jetons un regard en arrière et considérons les ténèbres primordiales qui enveloppent tout ; nous entendrons comme un murmure jaillir de ces ténèbres : Je me mutiplierai. Cette multiplication n'est autre chose que la construction de Tunivers et des individus qui y vivent. Dans cette volonté de se multiplier, exprimée par «l’^/n qui n’a pas de second », nous voyons la source de toute manifestation, nous reconnaissons, en quelque sorte, le germe primordial du Kosmos.
Et lorsque nous avons compris de quelle façon a commWicé l’Univers, que nous nous rendons compte de la complexité et de la multiplicité qui naissent de la simplicitèet de l'unité primordiales, nous comprenons également que chacune de ces
manifestations phcnomi^nales doit <>tre entachée d'imperfection et que le fait même qu’un phénomène ne soit possible qu’à la condition d’étre imité est la preuve irréfutable qu’il csl inférieur à Y Un et, par conséquent, imparfait. Cela nous donne le pourquoi de la variété, de la vaste multiplicité des choses et des ôtre^ vivants. Nous commençons alors à comprendre que la pericction de l’univers manifesté réside dans cette variété même; que là où il Y a plus que 1X^/7, il faut cette multiplicité infinie, alin que Y Un, qui est comme un puissant soleil projetant ses radieux ra}^^ons dans toutes les directions, puisse en projeter partout, et que c'est dans la totalité de ces rayons que réside la perfection et l'iliumination du monde. Plus les objets seront nombreux, remarquables et variés, plus sera fidèle, quoique toujours imparfaite, cette relléxion, par f univers, de YUn d'où il émane.
T.e premier eÜort de l’évolution vitale doit être de produire de nombreiises existences distinctes — distinctes en apparence, du moins — de façon que, vues de l’extérieur, elles nous paraissent nombreuses, tandis qu’en les considérant' dans leur essence, nous voyions que le Soi de toutes est Un. Lorsque nous nous sommes rendu compte de cela, nous comprenons qu’au cours de ces multiples individualisations, l'individu entre en manifestation comme un reflet pâle et incomplet
du Soi Nous commençons aussi à ‘"omprendre à quoi doit aboutir cet univers, pourquoi révolution de ces nombreux individus est nécessaire, pourquoi cette séparativité joue un rôle indispensable dans révolution de l'ensemble.
Nous reconnaissons, en efîet, que cet univers doit avoir pour but d’évoluer le Logos d’un autre univers, les puissants Dévas qui devront servir de guides à toutes les forces kosmiques de cet univers et les divins Maîtres qui auront pour devoir d'instruire l’humanité naissante d'un autre Kosmos. Tous ces mondes peuplés d’existences individuelles sont entraînés aujourd'hui dans un courant d évolution fe'rme et constant, grâce auquel chaque univers est à meme de fournir à un futur univers son Logos, ses Dévas, les premiers de ses Manous (i et toutes les puissantes entités qui seront indispensables pour édifier, former, gouverner et instruire cet univers qui n'est pas encore né.
C’est ainsi que les univers sojit enchaînés les uns aux autres, que les Manvantaras se suivent, que la récolte d’un univers sert de semence à runivers qui lui succède. Au milieu de toute cette midtiplicité, évolue une unité encore plus vaste, qui servira de charpente au Kosmos a naître, qui
(i) De hauts esprits planétaires, des humains arrivés à un adeptat très élevé qui guident l'évolution des Races et des Rondes. (N. D. T.)
sera Ja Puissance directrice et gouvernante du futur Kosmos.
A ce moment, une question se pose — je sais qu’elle préoccupe bien des cerveaux, car elle m’a été posée maintes et maintes fois, tant en Orient qu’en Occident :— pourquoi l’évolution est-elle entourée de tant de difficultés, pourquoi la mise en œuvre laisse-t-elle voirla trace de tant d’insuccès apparents, pourquoi les hommes se conduisentils si souvent mal avant de se bien conduire, pourquoi poursuivent-ils le mal qui les dégrade, au lieu de s’attacher au bien qui les ennoblirait? N’était-il pas possible au Logos de notre univers, aux Dé vas qui sont ses agents, aux grands Manous qui sont venus guider les premiers pas de notre humanité, ne leur était-il pas possible de faire en sorte que la mise en œuvre ne présentât aucune apparence d’insuccès ? Ne leur était-il pas possible de diriger le monde de manière à ce que la voie fût droite et directe, au lieu d’étre si tortueuse et si indirecte ?
Nous sommes arrivés au moment où l’évolution de l’humanité devient très difficile, étant donné le but qui doit être atteint.
11 eût été facile, en effet, de façonner une humanité qui eût pu être parfaite ; facile de donner à ses pouvoirs naissants une direction qui les eût fait marcher sans cesse vers ce que nous appelons le bien, sans jamais se détourner pour aller vers
ce que nous appelons îe mal. Mais quelle eilt été la caractéristique d’une œuvre aussi facile? C’eût été, assurément, de faire de Thomme un automate, mis en mouvement par une force extérieure qui lui aurait impérieusement imposé une loi qu’il eût été dans Tobligation^de subir, à laquelle il lui eût été impossible d’échapper. Le monde minéral est soumis à une loi de ce genre ; les affinités qui
relient les atomes entre eux obéissent à cette impérieuse impulsion. Mais au fur et à mesure que. nous nous élevons, nous voyons se développer graduellement une liberté déplus en plus grande, jusqu’à ce que nous trouvions chez l'homme une énergie spontanée, une liberté de choix qui n’est autre chose que l'aurore de la manifestation de la Divinité, du Soi, qui commence à transparaître dans l’être humain. Or le but à atteindre, le réel objectif, n’était pas de construire des automates destinés à suivre aveuglément une voie tracée pouf eux mais d'édifier une réflexion du Logos lui-même, de constituer un puissant groupe d’hommes, éclairés et accomplis, susceptibles de préférer le bien parce qu’ils le connaissent et le comprennent, et de repousser le mal, après avoir appris à connaître, par expérience, son impuissance et les douleurs auxquelles il conduit. En sorte que, parmi les grands Etres qui dirigeront l’univers futur, comme parmi tous ceux qui dirigent funivers actuel, il y ait une unité conquise
par un crmcours de volontés fondues en une seule, i^râce au savoir et au libre arbitre, mues par un meme désir parce qu’elles savent tout, identifiées avec la Loi parce qu'elles ont appris que la Loi est juste ; ayant voulu s'unifier avec la Loi, non sous l’impulsion d’une force extérieure, mais par suite d’un libre assentiment interne. Dans cet univers futur, la Loi sera Une, comme elle l'est dans funivers actuel, et sera exécutée grâce au concours de Ceux (jui en sont la personnification, à cause de runiié L: leurs vues, de runité de leur savoir, de 1 unité de leur puissance : cette loi ne sera point aveugle et inconsciente, elle sera le résultat de la volonté d'un groupe d’Ltres vivants qui sont la Loi, parce qu'ils sont devenus divins.
Il n’v a pas d’autre voie permettant d'atteindre un tel but, permettant au libre arbitre du plus grand nombre de s'identifier avec fiinique et grande Nature, avec funique et grande Loi : il n’y a pas d’autre voie, dis-je, en dehors de la loi au cours de laquelle 1 expérience s'acquiert, au cours de laquelle on arrive à connaître le mal tout autant que le bien, l’insuccès tout autant que le triomphe. Les hommes deviennent alors des Dieux el, grâce à fexpérience qu'ils ont acquise, ils veulent, ils peuvent, ils ressentent tous de la même façon.
Dans leurs efforts pour atteindre ce but, les divins Maîtres el Guides de notre humanité ont jeté
les bases de bien des civilisations, constituées toutes en vue du but à atteindre. Le temps me manque pour remonter à ia haute civilisation de la quatrième Race qui précéda la naissance du puissant peuple Aryen. Je me bornerai à dire, en passant, qu'une haute civilisation fut mise à l’essai et donna pendant un certain temps de bons résultats, sous la direction de ses divers Gouvernants ; ceux-ci, alors, supprimèrent leur direction immédiate — comme fait une mère qui cesse de soutenir son enfant, lorsque celui-ci apprend à marcher, afin de voir s’il est capable de faire des pas, de sc servir do ses membres, sans le secours de son bras. Pour la même raison, ils rentrèrent dans l’ombre — les divins Guides et Gouvernants — pour voir si l'humanité naissante marcherait ou tomberait eu faisant ses premiers pas. Et cette jeune humanité trébucha et tomba et la haute civilisation - puissante et parfaite dans scs institutions sociales, glorieuse par la force et le savoir qui avaient présidé à sa formation — succomba sous le poids de l’égoïsme humain, sous le poids des instincts inférieurs de l’humanité qui n avaient pas encore été dominés. Il fallait faire une nouvelle tentative et la grande race Aryenne fut fondée. — toujours avec de di\ins Gouvernants toujours avec de divins Guides ; avec un Manou qui lui donna ses lois, fonda sa civilisation, esquissa sa constitution ; avec les Rishis qui sc
groupèrent autour de Lui, qui assurèrent Texécution de ses lois et guidèrent la jeune civilisation ; de la sortie un exemple fut de nouveau donné à l’humanité, le modèle vers lequel elle devait évoluer fut de nouveau montré à la race. Puis les grands Instructeurs se retirèrent encore pour quelque temps, afin de permettre à riiumanité d'essayer ses forces, de s'assurer si elle était capable de marcher seule, en ne comptant que sur elle-même, dirigée par le Soi interne et non plus par des manifestations extérieures. Cette fois encore, comme nous le savons, la tentative aboutit A un insuccès complet. Celte fois encore, ainsi que nous pouvons nous en assurer en jetant un coup d’œil en arrière, nous voyons cette civilisation d'origine divine dégénérer graduellement sous le poids des instincts inférieurs que l’homme n’avait pas encore appris à dominer; s’affaisser momentanément sous la pression des passions indomptées de rhumanité.
En nous reportant, comme nous le faisons, à l’Inde de jadis, nous voyons sa constitution parfaite, sa merveilleuse spiritualité et nous suivons de l’œil sa dégradation de siècle en siècle, au fur et à mesure que la main dirigeante se relire au delà de la portée visuelle de l’homme. Nous constatons que, dans chaque cas, la tentative de réalisation de l’idéal divin a abouti à un échec.
Nous jetons un coup d’œil sur le monde mo-
f’iîiHvîKHKy-'tvHHi
derne et nous voyons jusqu'à quel point la nature inférieure de l’homine a triomphé de l'idéal divin qui lui avait été donné comme modèle à l’origine de la race Aryenne.
Nous voyons qu’à cette époque il y avait l’idéal du Brahmane, un idéal que l'on peut décrire comme étant celui de Tàme approchant de la libération, ne réclamant plus rien des biens de la terre, n’aspirant plus aux plaisirs de la chair, ni à aucun des dons de la richesse, du pouvoir, de l’autorité, des joies terrestres ; la caractéristique du Brahmane était d'étre pauvre et éclairé, tandis que nous ne trouvons que trop souvent aujourd'hui,chez l'homme qui porte le nom de Brahmane, richesse et ignorance, au lieu de pauvreté et sagesse. Là, dans cette caste, vous trouvez une des preuves de la dégénérescence par suite de laquelle rancJenne constitution est tombée et il en est de même dans chacune des quatre castes.
Voyons maintenant comment les Instructeurs se, proposèrent d’amener les hommes, à préférer librement et volontairement l'idéal qui leur avait été proposé et dont ils s’étalent détournés ; comment les grands Instructeurs s’appliquèrent à diriger révolution de rhumanité si imparfaite vers le parfait idéal qui avait été manifesté au début, pour servir d’exemple à la race, et que l’évolution n’avait pu atteindre à cause de la faiblesse et de la puérilité des hommes.
Afin que ce résultat pût êti’e atteint au cours (les siècles, ce que Ton appelle la Karma-\ oga fut enseigné aux hommes—^ la ou T union (i),
par Taclion. C’est la forme de Yoga qui convient aux hommes du monde, assaillis par les activités de la vie ; c’est grâce à ces activités mômes, grâce à l’en traînement qu’elles procurent, que l’on doit arriver à faire les premiers pas conduh sant à l'«unions). Et c’est pourquoi la Karma- Yoga a été établie pour l’entraînement des hommes.
Remarquez la juxtaposition des mots « action » et union» : action exécutée de façon à avoir l’illusion pour résultat, action dirigée de manière à produire runion. Il faut se souvenir que ce sont nos activités qui nous divisent, nos actions qui nous séparent, que c’est cette multiple et changeante activité qui nous entraîne et nous maintient isolés. Cela semble donc paradoxal que de parler d’union par l’action, d’union au moyen de ce qui a toujours été une cause de division, d’union grâce à ce c(ui a amené la séparation. Mais la sagesse des divins Maîtres était à la hauteur de la tâche qui leur incombait, la tâche de concilier, d’expliquer ce paradoxe apparent. Suivons attentivement l’explication et voyons de quoi il s'agit.
(i) L’union avec la Loi divine, avec le Soi humain ei le Soi cosmique. (N.D. T.)
L iiomme court effaré dans toutes les directions sous l'intluence des trois énergies de la nature, les goiinas. L’Ego renfermé dans le corps se trouve dominé par ces gounas. Elles travaillent, elles sont actives, elles constituent Tunivers manifesté et il s'identitie lui-meme avec ces activités. 11 croit agir, alors que ce sont elles qui agissent ; il croit être occupé, alors que ce sont elles qui produisent des résultats. Vivant au milieu d’elles, aveuglé par elles, soumis aux illusions qu’elles créent, il perd entièrement la connaissance de lui-même et il est tiraillé de-ci de-là, poussé par-ci par-là emporté par des courants, en sorte que l'activité des gounas est tout ce que l’homme voit dans la vie. Évidemment, dans ces conditions, il n’est pas apte à pratiquer les formes supérieures de la Yoga ; évidemment, tant que ces illusions ne sont pas dissipées, au moins en partie, les degrés les plus élevés de la «Voie» seront au delà de son atteinte. Il di)iL donc commencer par comprendre les gounas ; par se séparer de ces activités du monde phénoménal. Et les Écritures de cette Yoga,— car nous pouvons nous servir de ce mot, — les Écritures de cette Karma-Yoga^ c’est ce qui a été proclamé par Shri Krishna sur le champ de bataille de Kouroukshetra, lorsqu'il enseignait cette forme de la Yoga à Arjouna, le prince, le guerrier, l'homme appelé à vivre dans le monde, à combattre dans le monde, à gouverner l’État et à
prendre sa part de toutes les activités extérieures ; c’est là que se trouve réternelle leçon pour les hommes qui vivent en ce monde, leçon qui leur enseigne comment ils peuvent s’élever graduellement au-dessus des gounns et arriver ainsi à runion avec le Suprême.
C.elte Karma-Yoga consistera donc, d’abord, dans l’assouplissement et la réglementation de ces activités, il y a, comme vous le savez, trois gounas, Sattvüy Rajas et Tamas^ les trois gounas par lesquelles tout ce qui nous entoure a été édifié^ combiné et mélangé de mille manières. L’une agit ici, l’autre travaille dans toutes les directions. 11 faut leur imposer un équilibre, il faut les soumettre. L'Égo in^^arné, le possesseur du corps, doit devenir maître souverain et établir une distinction entre lui et les gounas. Ce qu’il faut donc faire, c’est de s'expliquer leurs fonctions, de contrôler et de diriger leurs activités. Vous ne pouvez pas vous élever d’un seul coup au-dessus d’elles, ou les contrecarrer — pas plus ([u’un enfant ne peut exécuter le travail d'un homme fait. L'humanité peut-elle, dans son état d’imparfaite évolution, atteindre à la perfection de la Yoga ? Non, et ce ne s('rait pas même sage de la part de l'homme que de l’essayer ; en effet, si l’on imposait à l’enfant le travail d'un adulte, non seulement il ne réussirait pas à en venir à bout, mais il outrepasserait la limite de ses forces dans cette tentative et cela au-
rait pour résullat un insuccès, aussi bien clans l avenir que clans le présent, car cette lâche trop lourde pour ses forces les diminuerait et les altérerait. Il faut que les hommes exerceni leurs forces avant de pouvoir réussir, comme il faut que Tenfaiit atteigne l’âge d’homme avant d’être apte à un travail viril. — Examinons pour un moment la fonction de lamas — que l’on traduit par obscurité paresse, inertie, négligence, etc. Quelle fonction cette gouna peut-elle remplir, si Ton en fait usage pour aider à révolution humaine? De quelle utilité cette gouna peut-elle être, au point de vue du développement de l’homme et de la libé’;ation de Tâme? Dans la Karma- Yoga, cette gouna n’est utilisée que comme une puissance contre laquelle on doit lutter, que l'on doit vaincre, afin de développer les forces dans cette lutte, de <lévelopper la puissance de la volonté dans cet effort, de conquérir dans cette tentative le contrcMe et la discipline de soi-même. On peut dire que cette gouna est utile à révolution de l’homme, même titre que le sont les massues et les haltères aux exercices de l’athlète. Celui-ci ne pourrait pas fortifier ses muscles, s’il n'avait pas quelque chose pour les exercer. Il n’arriverait pas à la vigueur musculaire, si ses muscles ne se durcissaient pas dans les eflorts qu’il leur impose pour soulever des poids. Ce n’est pas le poids lui-même qui est important, mais l'usage que l’on en fait, et si un
hoiTiiae veut que ses muscles physiques, les muscles de ses bras par exemple, deviennent très puissants, le mieux qu’il puisse faire c’est de prendre une massue ou des haltères et de s'exercer journellement contre cette force de résistance. C’est de cette façon que Tamas, c’est-àdire la négligence - ou l’obscurité, joue son rôle dans révolution de l'homme ; celui-ci doit vaincre cette gouna et développer ses forces dans la lutte ; les muscles de Tâme gagnent en puissance à mesure qu’il se rend maître de la négligence, de la paresse, de rindifférence, c’est-à-dire des qualités tahiasiques inhérentes à sa nature.
Vous reconnaîtrez que les rites et les cérémonies de la religion ont été prescrits pour dominer ces qualités tamasiques, leur but étant, du moins en partie, d’exercer l’homme à vaincre la lenteur, la paresse et l’indolence de sa nature inférieure et de le mettre, en présence de certains devoirs à remplir à un moment donné — qu’il soit à ce moment désireux, ou non, de les remplir, qu’il se sente à ce moment actif ou paresseux — de le mettre, dis-je, en présence de devoirs à remplir à un moment donné, c’est-à-dire de 1 exercer à surmonter la lenteur, la légèreté et l’opiniâtreté de sa nature inférieure et de l’obliger à suivre la voie que l’on a voulu lui tracer.
11 en est de même si nous prenons Bajas. Vous verrez que les activités de l’homme sont dirigées,
düiis la Karma-Yoga, suivant certaines voies défi nies que je me propose de suivre avec vous, de façon à ce que vous puissiez comprendre comment ces activités, si constamment mises en œuvre dans le monde moderne, qui se manifestent dans toutes les directions, qui mènent ‘à la hâte, au mouvement et à l’etfort constant, en vue d'obtenir des succès dans la vie inférieure, d’obtenir des manifestations^ des résultats, des phénomènes matéiâels, comment ces activités sont graduellement dirigées, exercées, purifiées, jusqu'à ce qu’elles ne puissent plus gêner la réelle manifestation du Soi.
.Le but de la Karma-Yoga est de substituer le devoir à la jouissance personnelle; l’homme agit pour satisfaire ses instincts inférieurs; il agit parce qu'il veut obtenir quelque chose; il agit pour le gain^ pour une chose qu’il désire, pour obtenir une récompense. Il travaille parce qu'il veut de l'argent afin de pouvoir se procurer des jouissances. Il travaille parce qu’il aspire au pouvoir,, qui <’onnera satisfaction à son soi inférieur. Toutes ces activités, tontes ces qualités rajasiques, » sont mises en mouvement pour aider ses instincts inférieurs. Afin de discipliner et de régulariser ces activités, afin de les utiliser pour lés desseins du Soi supérieur, il faut amener rhommeà substituer le devoir à lajouissance personnelle, à travailler parce que le travail est un de ses devoirs, à tourner la roue de la vie parce
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que c’est son emploi et afin de pouvoir faire ce que ShriKrishna a déclaré faire par Lui-même. Il n’agit pas parce qu’il y a quelque chose à gagner pour Lui dans ce monde ou dans un autre, mais parce que sans Son action le monde prendrait fin, parce que sans Son action la roue ne tournerait plus. Et ceux qui accomplissent la Yoga doivent agir dans le même esprit que Lui, agir pour le tout et non pour la partie, agir pour raccomplissement de la Volonté divine dans le Kosmos et non pour le plaisir d'une entité distincte, qui se croit indépendante alors qu’elle devrait travailler sous Ses ordres. On atteindra ce bul en haussant graduellement la sphère de ses activités. Le devoir doit être substitué à la jouissance personnelle et les rites religieux, ainsi que les cérémonies, sont prescrits pour amener graduellement les hommes à la vraie vie qui doit être la leur. Toutes les cérémonies religieuses ne sont qu’un moyen d’amener l'homme à la vraie vie, à la vie supérieure. Un homme commence par méditer le matin de bonne heure et au coucher du soleil, mais, à la fin, sa vie ne sera qu’une longue méditation. 11 médite durant une heure, pour se préparer à méditer toujours. Toutes les activités créatrices sont le résultat de la méditation et vous n’oublierez pas que c’est par les Tapas (i) que tous les mondes
(i) Tapas ou méditation religieuse (N. D. T.).
soril créés. Afiji que rhomme puisse atteindre à cette grande puissance créatrice de la méditation, afin qu’il puisse devenir capable d'exercer cette puissance divine, il doit s’y être exercé par les cérémonies religieuses, par la méditation intermittente, par les Tapas pris et quittés. La méditation prescrite est le premier pas vers la méditation constante; elle prélève une portion de la vie journalière, dans le but de finir par l’imprégner toute, et les hommes la pratiquent journellement afin qu’elle puisse absorber graduellement la vie tout entière.
Il arrive un moment où le Yoguin’aplus'd’heures fixes pour méditer, car sa vie n’est plus qu’une longiié méditation. Quelle que soit l’occupation extérieure à laquelle il se livre, il médite et il est toujours aux pieds du Maître, même si le cerveau et le corps sont actifs dans le monde des hommes. Il en est de même de tous les autres genres d’action ; rhomme apprend d’abord à accomplir une action comme un sacrifice au devoir, comme le paiement de sa dette envers le monde dans lequel il vit; comme le remboursement, aux dilférentes partiesde la Nature, de ce qu’elles lui fournissent. Puis, plus tard, le sacrifice devient plus que le paiement d'une dette ; il devient le joyeux don de tout ce que l’homme peut donner. Le sacrifice partiel, c’est la dette qui est payée, le sacrifice parfait, c’est le don du tout. Un homme se donne.
avec toutes ses activités, avec tous ses pouvoirs, ne se contentant plus de verser une partie de ce qu’il possède, comme on paie une dette, mais versant tout ce qu’il possède, comme on faiit une largesse. Quand on en estarrivé là, la’S oga est accomplie el la lc(,mn de la Karma-Yoïja est apprise.
Considérez comme un pas vers ce but les cinq sacrifices journaliers, dont les noms, au moins, vous sont familiers à tous et rendez-vous compte du pourquoi de chacun d’eux. Chacun des cinq est le paiement d'une dette, la reconnaissance de ce dont l’homme. })ris individuellement, est débiteur envers le tout au milieu duquel il vit. Et si vous les détaillez un instant séparément, si rapidement que ce soit, vous verrez à quel point chacun d'eux est réellement le paiement d’une dette.
Prenons le premier: le sacrifice aux Dévas.
Pourquoi ce sacrifice est-il prescrit? C’est parce que l'homme doit apprendre qu’il est le débiteur de la terre et desintelligencesquidirigentles fonctions de la nature, grâce auxquelles la terre porte des fruits et fournit à l’homme sa nourriture. L'homme prélevant de quoi nourrir son corps, celui-ci doit, pour s’acquitter, restituer à la xXature un équivalent de ce qui lui a été fourni, grâce à la coopération de ces Intelligences kosmiques, de ces Dévas, qui dirigent les forces du monde inférieur. On a appris à l'homnxe qu’il devait répandre son sacrifice dans le feu. Pourquoi ? La réponse qui a
été faite, en guise d’explication, était celle-ci: « Agni est la bouche des dieux » et les g(uis répètent cette phrase sans cherchera en comprendre la signification, sans chercher à aller au delà du nom du Déva, afin d’arriver à sa fonction dans le monde. La vraie signification de la phrase est que partout autour de nous se trouvent les artisans conscients et subconscients de la Nature, groupés par hiérarchies, avec un grand Déva cosmique à la tête de ce que l’on pourrait appeler chaque division de cette vaste armée ; en sorte qu au-dessous du Déva qui gouverne lefeujl air, l’eau et la terre, se trouvent un grand nombre de dieux inférieurs, chargés de mettre en œuvre les différentes sortes d'activités des forces naturelles du monde, comme la pluie, les facultés productrices de la terre, les inlluences fertilisantes de diverses sortes. Or le sacrifice dont nous parlons a pour but de nourrir ces agents inlUrieurs, de leur fournir des aliments par le feu ; .et le feu est appelé « la bouche des dieux » parce qu’il produit la désagrégation, parce qu’il change et I ransforme les solides et les liquides qui y sont jetés, les fait passer à l’état de vape ir, les désagrège en matières moins denses et les transforme ainsi en matière éthérique, pour devenir, sous cette forme, la nourriture des élémentals inférieurs qui exécutent les ordres du l>éva kosmique. C’est ainsi qu’un homme leur paie sa dette et, en retour, la pluie tombe dans les
régions inférieures de Talmosphère, la terre produit et riiomme reçoit sa nourriture. C'est ce que voulait di)’e Shri Krishna^ lorsqu’il disait à rhomme: « Nourris les dieux, et les dieux te nourriront. » C'est cette sorte de cycle inférieur d'alimentation, que l'homme doit apprendre à connaître. Au début, il regardait cela comme un enseignement religieux, puis vint le moment on cela ne lui sembla être qu’une superstition, dans son ignorance des motifs réels, car il ne voyait que le côté extérieur. Une connaissance plus approfondie vient ensuite, lorsque la science, qui commence par tendre vers le matérialisme, s’élève, par une étude plus approfondie, jusqu’à la connaissance du royaume spirituel. La science commence à dire, en termes scientiFiques, ce que les Rishis ont dit én termes mystiques, c'est-à-dire que rhomme a le pouvoir de diriger et de régulariser, par ses propres actes, l'action des forces inférieures de la Nature et, de cette façon, la science grandissante donne raison aux enseignements du passé, démontre à l'inlelligence ce que l’homme spirituel voit par intuition directe, par la vision spirituelle.
Nous avons ensuite le Sacrifice aux ancêtres ; la reconnaissance de ce que Fhomme doit à ceux qui l’ont précédé dans le monde, le paiement de sa dette envers ceux qui ont travaillé dans le monde avant qu’il n’y vienne, la gratitude et la vénération
auxquelles ont droit ceux qui ont, en partie, fait le monde pour nous et y ont introduit des améliorations dont nous devions hériter. Ce service est une dette de reconnaissance due à ceux qui nous ont immédiatement précédé dans l’évolution humaine, qui en ont pris leur part durant leurs vies terrestres et qui nous ont légué le résultat de leurs travaux. Puisque nous recueillons le fruit de leurs travaux, nous nous acquittons en leur témoignant de la reconnaissance. C’est pourquoi l'un des sacrifices journaliers est la reconnaissance de la dette de gratitude que nous devons à ceux qui sont partis avant nous.
Ensuite vient, naturellement, le Sacrifice du savoir^ de l’étude, afin que par l’étude des écrits sacrés les hommes deviennent capables d'aider et de former ceux qui sont plus ignorants qu’eux et puissent aussi évoluer en eux-mêmes le savoir indispensable pour rendre possible la manifestation du Soi intérieur.
Quatrièmement le Sacrifice aux hommesM fait de s’acquitter envers un homme de ses devoirs envers riiumanité, le fait de nourrir un homme pour proclamer que les hommes se doivent mutuellement toutes sortes de services amicaux dans le monde physique, se doivent toute l’assistance qu'un frère peut donner à son frère. Le sacrifice aux hommes ést la reconnaissance formelle de ce devoir et, en nourrissant ceux qui ont faim, en
donnant Fliospitalité à ceux qui en ont besoin, bien, qu’en fait, vous ne nourrissiez qu’un homme au point de vue idéal et en raison de voire intention, c’est riiumanité entière que vous nourrissez. Lorsque vous offrez l’hospitalité à un homme qui passe devant votre porte, vous ouvrez la porte de votre cœur à rhümanité considérée comme une grande entité ;en aidant et en abritant un individu, c’est à riiumanité, en général, que vous offrez aide et abri.
il en est de même du dernier des cinq sacrifices, ceiiii fait aux animaux. Le chef de la famille doit placer des aliments sur le sol, afin que tout animal qui passe puisse en prendre. C’est là votre devoir envers le monde inférieur, car vous lui devez aide, nourriture et éducation. Le sacrifice aux , animaux a pour but de graver dans notre mémoire que nous sommes ici-bas pour former, diriger et aider les créatures inférieures, c’est-à-dii C tout ce qui est au-dessous de nous sur l’échelle de révolution, (ffiaquefois que nous nous rendons coupables de cruauté, de rudesse et de brutalité envers les animaux, nous péchons, en réalité, contre Celui qui réside en eux et dont ilssonl, eux aussi, les manifestations inférieures. Et c’est afin que riiomme apprenne à discerner ce qu'il y a de bon dans la hète, afin qu'il puisse comprendre que Shri Krishna réside dans les animaux inférieurs, bien qu’il y réside sous une forme plus voilée que dans
rhomme, c’est pour cela, dis-je, que Thomme a été invité à sacrifier aux animaux, non pas à leurs formes extérieures, mais au Dieu qui s’y trouve caché. Le seul moyen que nous ayons de sacrifier aux animaux^ c’est de les traiter avec bonté, dou ceur et » ompassion, c est de les former, d'aider leur évolution, au lieu de les repousser avec la brutalité et Ja cruauté dont nous voyons tant d'exemples autour de nous.
C’est ainsi que l’homme a appris, grâce à ceB rites et à ces cérémonies extérieures, les vérités spirituelles dont sa vie devaitétre imprégnée. Et après avoir accompli les cinq sacrifices, il devait aller dans le monde des hommes pour sacrifier encore par des actes d’un autre genre, pour sacrifier en s’acquittant de ses devoirs quotidiens. Et sa journée, qui avait commencé par ces cinq sacrifices, s’écoulait, sanctifiée, d'ans la vie extérieure des hommes. L'insouciance du devoir, dans cette vie extérieure du monde, a grandi simultanément avec la g’*adiielle insouciance pour ces cinq sacrifices. Noir^ que ces sacrifices soient, par eux-mêmes, à jamais nécessaires, car il arrive un moment ou rhomme s’élève au-dessus d'eux, mais souvenez-vous de ceci : il ne s’élève au-dessus d’eux que lorsque sa vie tout entière est devenue un long sacrifice. Jusqu’à ce moment; cette reconnaissance formelle de ses devoirs est nécessaire afin qu'il piusse rendre sa vie plus élevée. Et malheureusement, dans
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rinde d'aujourd'hui, on attache bien pou d’importance à ces sacrifices, non parce que les hommes se sont élevés au-dessus d'eux, ni paroe que leurs vies sont assez pures, spirituelles et élevées pour qu’ils n’aient plus besoin de l’éducation inferieure et du rappel constant à la mémoire, mais parce qu’ils sont devenus insouciants et matérialistes et sont tombés bien au-dessous de l’idéal de leur ]\lanou. Ils refusent de reconnaître ce qu’ils doivent aux Forces qui sont audessus d’eux et, par suite, ils n’accomplissent pas leur devoir envers les hommes qui les entourent.
Examinons maintenant la vie extérieure journalière,— le devoir qui incombe à l'individu dans le monde. Quel qu'il soit, il est né dans une famille distincte; ce fait crée ses devoirs de famille. 11 appartient à un groupe de la société; cela détermine ses devoirs sociau?i. Il fait partie d’une nation ; cela lui impose des devoirs nationaux. La limite des devoirs de chaque homme est déterminée par le milieu dans lequel il est né, milieu qui, grâce à la bonne Loi, grâce à l’impulsion karmique, constitue pour chaque homme un champ de labeur, le terrain d’exercice sur lequel il doit s'instruire. C'est pourquoi il est dit que cha([ue homme doit accomplir son propre devoir, son propre Dharma (i). 11 est préférable de s’ac-
(i) Dharma, devoir religieux, moral, piété et justice.
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quiller de son propre devoir, fûl-cc d'une façon iniparfaiie, que de chercher à accomplir le Dharma supérieur d’un autre, parce que celui qui vous est imposé par votre naissance est précisément celui dont vous avez besoin et constitue votre meilleur champ d’exercice.
Faites votre devoir sans vous préoccuper des résultats et vous apprendrez la leçon de la vie, vous^entrerez dans la voie de la Yoga. Au début, chaque action sera naturellement accomplie en vue de ses résultats ; les hommes agiront parce qu’ils voudront mériter une récompense. Cela vous explique les premiers enseignements qu’ils ont reçus, lorsqu'on leur apprenait à agir en vue des résultats à obtenir dans le monde de Svarga (i). Le développement de l’homme-enfant était obtenu au moyen de la récompense promise au mérite ; on lui montrait Svarga comme un buta atteindre par le travail; en s’acquittant de ses devoirs religieux, il s’assurait la récompense dévakhanique. Et c’est ainsi qu'il était amené à pratiquer la morale, exactement comme vous amenez un enfant à apprendre ses leçons, en lui promettant une récompense ou un prix. Mais si l'action à accomplir doit avoir pour but la Yoga et non l'obtention d’une récompense, il faut qu’elle soit accomplie uniquement parce ({u’elle constitue un devoir.
(i) Svarga, le ciel d'Indra, le Dévakhan (N. D. T.)
Éludiez poiii' un inslant les quatre grandes castes et rendez-vous compte du but que l’on se proposait en les constituant. Le Brahmane avait pour devoir d’instruire, afin qu’il y eût toujours des maîtres éclairés pour guider l’évolulion de la race. Il ne devait pas instruire pour gagner de l’argent, pour s assurer le pouvoir, pour obtenir quoi que ce fût pour lui-même ; il devait insi mire pour s'acquitter de son Dharma et il devait posséder le savoir, alin d’être apte à le transmettre aux autres. De cette façon, une nalion bien constituée devait toujours avoir des maîtres pour enseigner, des maîtres aptes à diriger, à donner des conseils désintéressés, sans jamais poursuivre un but égoïste; de cette façon, le maître ne devait rien gagner pour lui-même, mais tout gagner pour le peuple et, en faisant cela, il s’acquittait de son Dharma et obtenait la libération de l’âme.
Ensuite, venait le genre de \oga destiné à l’homme plein d’activité, appelé à gouverner et à maintenir le bon ordre, le genre de Yoga destiné à Féducation de la classe dominante ; celle des Kshatlriya. Le Kshatt riya devait gouverner ! Pourquoi ? Non pas pour satisfaire sa soif de pouvoir, mais afin que justice fût faite, afin que le pauvre se sentît en sécurité et que le riche ne pût exercer de tyrannie, afin de faire prévaloir la loyauté et une impartiale justice dans ce monde de luttes constantes entre les hommes. Et cela, parce qu’au mi-
lieu même de ce monde de luttes, de colères et de contestations, de ce monde où les hommes cherchaient à satisfaire leur esprit d’égoïsme, au lieu de poursuivre l’intérêt commun, il fallait leur enseigner que justice devait être faite, que si l’homme robuste abusait de ses forces, rautorité impartiale réprimerait ce déloyal abus ; que le faible ne devait être ni foulé aux pieds, ni opprimé* Et le devoir du roi était de distribuer la justice parmi les hommes, afin que ceux-ci pussent considérer le trône comme la source de la justice divine. Tel est l’idéal de la royauté divine, tel est 1 idéal du divin Maître. Rama vint pour l’enseigner, Shri Krishna vint pour renseigner, mais les ommes étaient si bornés qu ils ne voulurent pas apprendre cette leçon. Le Kshattriya employait sa puissance à satisfaire ses propres désirs et à opprimer les autres ; il s'appropriait leurs biens et les forçait à travailler pour lui. Tl perdit de vue l'idéal du divin Maître, idéal qui était l'incarnation de la justice dans ce monde de luttes entre les hommes. Mais sa seule raison d'être était de Liire de la réalisation de cet idéal le but de toute sa vie, et son devoir, par conséquent, était d’administrer la contrée, de l’administrer dans l'intérêt de la nation et non dans son propre intérêt. Il en était de même, lorsqu’il était appelé à remplir son devoir de soldat. Le peuple devait pouvoir vaquer en paix à ses travaux. Les gens pauvres et inof-
fensifs devaient pouvoir vivre en sécurité, entourés de leurs familles heureuses et prospères. Le commerçant devait pouvoir s’occuper tranquillement de son commerce. Toutes les occupations de ce monde devaient pouvoir s’accomplir sans crainte, à l’abri de toute agression. Aussi enseignait-on au Kshattriya, que lorsqu’il avait à combattre, c’était en qualité de défenseur des faibles ; que s’il donnait librement sa vie, c’était afin que ceux-ci pussent jouir en paix de la leur. Il ne devait pas combattre par désir du gain, ni combattre pour acquérir des territoires. Il ne devait pas combattre par amour du pouvoir ou de la souveraineté. Sa fonction était de constituer une sorte de mur d’airain autour de la nation, afin que toute attaque vînt se briser contre son corps et que, dans rinté • rieur du cercle qu’il avait tracé, les hommes pussent vivre heureux, dans la paix et la sécurité. Pour pratiquer la Yoga, tout en remplissant son devoir de Kshattriya, il devait se considérer comme l’agent du divin Auteur, et c’est pour cela que Shri Krishna a enseigné qu’il avait fait tout cela, et qu’Arjouna ne faisait que reproduire cette action dans le monde des hommes. Et dès que l'on retrouve le divin Auteur dans chacune des actions de riiomme, celui-ci peut alors les accomplir unr quement comme devoir, sans aucun désir; et ces actions perdent tout pouvoir d'entraver son âme.
11 en était de même du Vaishya dont le devoir
était d’accumuler des richesses. Il devait le faire, non point pour son propre plaisir, mais pour l’èntretien de la nation. Il devait être riche atiii que tous les genres d’activité qui nécessitent des richesses pussent en trouver une réserve à leur portée et pussent être déployés dans toutes les directions ; afin qu’il y eût partout des demeures pour les pauvres, des maisons de repos pour les voyageurs, des hôpitaux pour les hommes comme pour les animaux, des temples pour les exercices du culte et, partout enfin, les richesses qui sont indispensables pour entretenir les activités d’une existence nationale parfaite. Son Dharma comportait donc l accumulation de ces richesses, dans l’intérêt commun et non dans celui de sa satisfaction personnelle. De cette façon, il pouvait, lui aussi, pratiquer la Yoga et,par la Karma-Yoga, se préparer en vue de la vie supérieure.
De même aussi pour le Shoudra qui devait s’acquitter de son Dharma dans l’intérêt de la chose publique. 11 devait représenter, en quelque sorte, la grande main de la nation, lui apj>ortant tout ce dont elle avait besoin et s’acquittant des activités domestiques extérieures. Sa Yoga, s’il la pratiquait, résidait dans le joyeux accomplissement de ses devoirs, devoirs qu’il devait remplir pour euxmêmes et non pas en vue de la récompense qu'il pouvait mériter en les accomplissant.
D abord les hommes n’agissent que pour leur
satisraclioii personnelle et leur expérience ne produit que du progrès; ils apprennent ensuite à agir par devoir et commencent ainsi à pratiquer laYogaduranlla viejournalière ; enfin ils agissent par esprit dé joyeux sacrifice, sans rien réclamer en retour, et en appliquant, au contraire, toutes les forces qu’ils possèdent à la bonne exécution de leur devoir. Et c'est ainsi que TUnion est accomplie.
Nous comprenons ce que l’on entend par purification, lorsque nous observons ces phases successives de la jouissance personnelle, du devoir accompli pour lui-même et enfin du don de tout ce que l’on possède, sous forme do sacrifice volontaire. Ce sont les stades que l’on traverse sur la voie de la purification. ^lais comment atteindre le genre de purification qui conduit aux degrés supérieurs, qui confère cette qualité de disciple que toutes les activités de ce monde doivent servir à préparer? L’homme tout entier doit être puritié, physiquement aussi bien qu’intellectuellement. Je n^ai pas le|temps de m’appesantir sur la purification du corps, mais il est bon que je vous rappelle les enseignements de la Bhagavacl Gihi. Ils disent qu’on arrive à cette purification par la modération en tout et non par un ascétisme qui torture, qui torture le corps et Celui qui l'habite, comme dit Shri Krishna. La Yoga s’accomplit au moyen d’un contrôle modéré sur soi-même, d’un entraînement
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réfléchi de ses instincts inferieurs, du choix, fait avec calme, d’une alimentation pure, de l’exercice modéré de toutes les activités physiques, de façon à exercer, à régulariser et à modérer les fonctions du corps toutentier, jusqu’à ce que l’on soit arrivé à le placer sous le contrôle de la volonté et du Soi. C’est pourquoi la vie de la famille était prescrite, car les hommes, à part quelques rares exceptions, n’étaient pas mûrs pour le rude sentier du célibat. La Brahmacharva (i) n'était pas pour tous. Grâce à la vie de famille, les hommes apprenaient à modérer leurs passions sexuelles, non pas à les anéantir, — chose impossible à la majorité des hommes et qui, si l’on tente de l’obtenir avec une imprudente énergie, aboutit souvent'à une réaction qui précipite rimprudent dans les pires excès d'une vie déréglée ; — non pas à tenter de les déraciner ou de les tuer d’un seul etTort, mais de le faire en s’exerçant graduellement à la modération, en pratiquant le renoncement aux joies de l’intérieur, où les instincts inférieurs devraient être rompus à la' modération, habitués à se laisser diriger par les instincts supérieurs, -amenés à renoncer à leur suractivité j)our se suborflonner entièrement à l’Un. Voici comment débute cette Karma-Yoga. Le chef de famille doit apprendre graduellement à se contrôler lui-même ;
(i) Brahmacharva, ctMibat brahmanique.
en apportant de la modération en tout, il amène ses instincts inférieurs à se soumettre aux instincts supérieurs et les exerce journellement jusqu’à ce ({u'ils soient absolument soumis à sa volonté. De celte façon, il purifie son corps et devient apte à s’élever jusqu’aux voies supérieures de la Yoga. Il doit alors puritier de nouveau, complètement, les passions de sa nature inférieure.
Prenons des exemples —je veux vous en donner trois^ afin que vous puissiez les employer dans votre vie — prenons la passion de la colère et voyons comment elle peut être façonnée, dans la Karma-Y^oga, afin d’être transformée en qualité. La colère est une force, une force qui jaillit de riiomme pour produire son elfet dans l’ambiance. Chez riiomme peu développé et peu exercé, elle se montre à l’état de passion, revêtant diverses formes brutales, brisant les résistances et s’inquiétant peu des moyens qu’elle emploie, pourvu qu’elle écarte de son chemin tout ce qui s’oppose à la satisfaction de sa volonté. Dans cet état, celte force de la nature est indisciplinée et destructive et celui qui désire pratiquer la Karma-Y’^oga doit assurément la subjuguer. Comment s’y prendrat-il pour subjuguer et discipliner la colère? Il se débarrassera tout d’abord de l’élément personnel. Lorsqu’une injure personnelle lui sera adressée, ou lorsqu'un préjudice personnel lui sera causé, il s’exercera à ne pas le ressentir. Voilà le devoir
en présence duquel se trouvent beaucoup d’entre vous. Si quelqu’un vous fait du tort, commet une injustice à votre égard, que ferez-vous? Vous pourrez vous laisser emporter parla colère et le frapper. Quelqu’un vous a-t-il trompé : vous chercherez, en revanche, à lui faire du tort et à l’exploiter. Vous a-t-il pris en traître : vous l’attaquerez aussi par derrière et chercherez à lui faire du mal. De cette façon la colère exerce des ravages, et 1 on ne voit, de tous côtés, que destruction dans ce que devrait être la société des hommes. Comment purifier cette passion ? La réponse vous est donnée par tous les grands Maîtres qui ont enseigné la Karma-Yoga, qui ont enseigné comment les actions accomplies dans le monde des hommes peuvent servir aux desseins du Soi. Rappelezvous que le pardon des injures fait partie des dix devoirs que nous imposent les lois de Manou.
Rappelez-vous . les paroles prononcées par le Bouddha, lorsqu’il enseignait : « La haine n’a jamais été domptée par la haine ; la haine est domptée par l’amour. » Rappelez-vous que le Maître chrétien s’inspirait de la même pensée lorsqu il disait : « Ne vous laissez pas maîtriser par le mal, mais maîtrisez le mal par le bien. » Voilà la Karma-Yoga. Pardonnez les offenses ; répondez à la haine par de l’amour ; domptez le mal par le bien. De cette façon, vous éliminerez l’éléjment personnel ; vous n’éprouverez plus de colère
lorsque l’on vous fera du tort ; vous étant dépouillés de rélément personnel, ia colère ne revêtira plus, chez vous, cette forme inférieure. Mais un genre de colère, d’une nature plus élevée, peut subsister encore. Vous êtes témoin d’une injustice commise envers un faible et vous éprouvez de la colère contre son auteur ; vous voyez maltraiter un animal et vous êtes irrité contre celui qui se montre cruel ; vous voyez opprimer un pauvre liomme et vous êtes en colère contre l oppresseur. C’est la colère impersonnelle — elle est bien [)ius noble que rautre et constitue un stage nécessaire dans révolution humaine ; il est mille fois préférable, il est bien plus noble, d éprouver de la colère contre Tauteur du mal que de passer, sottement indiflerent, sous prétexte que la soulfrance qui est infligée n’excite pas votre sympathie. Celte colère, impersonnelle et d’une nature élevée, a plus de noblesse que rindilTérence, mais ce n est pas encore sa forme la plus haute. Elle doit être modifiée à son tour et transformée en celte disposition naturelle qui vous pousse à rendre justice au fort comme au faible ; qui vous fait plaindre l’oppresseur et ropprjmé ; qui vous fait comprendre cpic l’oppresseur se fait encore plus de mal à lui-même, qu’il n’en fait à celui qu’il opprime; qui vous porte à le plaindre, comme vous plaignez celui qui souffre de son fait ; (jui vous fait envelopper l’oppresseur et l'opprimé
dans une même étreinte d'amour et de justice.
L’homme qui a purifié à ce point la passion de la colère met fin au mal, parce qtie c’est son devoir d\ m'ëttre fin, mais il est compatissant envers rauteur du mal, parce que celui-ci aussi doit être aidé et instriiii : en sorte que la colère qui vengeait une ofiense personnelle, devient la justice qui met un terme à tout ce qui est mal, qui protège au même titre le fort et le faible, relie est la purification qui s’accomplit dans le monde des faits, tels sont les efiorts journaliers grâce auxquels la nature inférieure est purifiée, afin que l'Union puisse s’accomplir.
Prenons ensuite l’amour. — Nous le trouvons d’abord sous sa forme la plus basse, la plus brutale — la vulgaire passion animale d’un sexe pour l’autre ; cette passion qui ne tient aucun compte du caractère de la personne aimée, qui ne tient aucun compte de la beauté morale et mentale, mais s’attache uniquement à la beauté physique, à rattraction physique et au plaisir physique. \ oilà la passion sous sa forme la plus basse. On pense à soi et rien qu’à soi.
Cette passion est purifiée par l'homme qui pratique la Karma-Yoga et qui la transforme en ce genre d'amour qui vous porte à vous sacrifier pour la personne aimée ; celui-là remplit ses devoirs de famille, prend soin de sa femme et de ses enfants et fait tout ce qu’il peut pour eux, en leur
sacrifiant ses goûts, ses loisirs et sa satisfaction personnelle ; il travaille afin d'améliorer la situation de sa famille, afin d’étre à même de lui fournir tout ce dont elle a besoin ; chez lui Tarnour ne se borne plus à la recherche du plaisir personnel, mais s’attache à aider ceux qu’il aime, à détourner sur lui-même les maux qui les menacent, afin qu’ils soient protégés, épargnés et sauvegardés. En pratiquant la Karma-Yoga, un homme purifie son amour de tout élément égoïste et ce qui n’était qu’une passion animale pour l’autre sexe, devient l'amour du mari, du père, du frère aîné, du parent, qui remplit son devoir en travaillant pour ceux qu’il aime, afin que leur existence puisse être plus douce et plus heureuse.
C’est alors que commence la dernière phase, celle où l’amour, dépouillé de tout caractère personnel, vole vers tous. Il ne s’épanche plus uniquement dans le cercle restreint de la famille, mais il voit un être à aider dans chaque personne qu’il rencontre, un frère à nourrir dans chaque homm e qui a faim, une sœur à protéger dans chaqne femme abandonnée. L’homme ainsi purifié devient le père, le frère, l’auxiliaire de tous ceux qui sont isolés, non parce qu’il les aime personnellement, mais parce qu’il les aime idéalement et qu’il cherche à donner uniquement par amour et non plus même pour la joie de se faire aimer. L’amour dans sa plus noble expression, l’amour tel que le
fait naître la Karma-Yoga, ne demande rien en échange de ce qu’il donne ; il ne cherche point la reconnaissance ; il n’aspire pas à être constaté; il désire rester ignoré ; il est même plus heureux de s’épancher dans Tombre, sans qu’on s’en aperçoive que d'agir de façon à attirer l’attention et la louange.
Enfin, la purification définitive de l’amour est atteinte lorsque ce sentiment devient tout à fait divin, lorsqu’il donne, parce qu’il est dans sa nature même de répandre le bonheur, lorsqu’il ne demande plus rien pour lui-même, mais cherche uniquement à rendre les autres heureux.
Il en est de même de la convoitise et de l’avidité. Les hommes cherchent le gain afin de pouvoir se procurer des jouissances ; ils aspirent au gain afin de devenir puissants ; ils s’efforcent de gagner afin de se hausser dans le monde. Ils purifient d’abord cette première f^rmede la convoitise et souhaitent le gain afin que la famille soit plus heureuse, que sa position soit meilleure, qu’elle soit à l’abri des douleurs et des privations; de la sorte, ils deviennent moins égoïstes qu’auparavant. Ils vont alors plus loin et ont l’ambition d’augmenterleurs moyens afin d’en user pour le bien, afin de les employer à faire du bien dans un cercle plus étendu que celui de la famille et, à la fin, comme dans le cas de l’amour, ils apprennent à donner sans rien recevoir en échange; ils apprennent à désirer le
savoir et les richesses, non pour les conserver, mais pour les donner , non pour en jouir, mais seulement pour les répandre. De cette façon, régoïsme est annihilé.
Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi celui auquel oii donne le nom de Mahâdeva habile un territoire brûlant? l'n singulier endroit, ont dû penser les hommes, pour servir de demeure au Tout-Puissant ! Un singulier entourage pour Celui qui est la pureté même ! Ce que cache Tallégorie du territoire brûlant, c’est la vie humaine et, sur ce territoire brûlant où habite Shiva, tout ce qu il y a d’inférieur dans la vie humaine est consumé comme par le feu. STI n'y habitait pas, tous ces déchets de la vie terrestre subsisteraient pour se putréfier, se corrompre, pour être une source de dangers, pour répandre partout la maladie et la corruption. Mais sur le territoire brûlant où 11 ‘habite et que Ses feux traversent d’un bout à l’autre, tout ce qui est égoïste, tout ce ({ui est personnel, tout ce qui est d’essence inlérieure, est consumé. Le Yogui sorUriomphant du sein de ces flammes régénératrices, ne conservant plus trace en lui de l’élément personnel, car les feux du Maître ont consumé toutes ces passions infé-^ rieurcs et n’ont rien laissé de ce qui pourrait corrompre ou rendre malade. C’est pour cela ([u‘il est appelé le Destructeur — Destructeur de tout ce qui est bas, pour que la régénération devienne
possible, car, à l’origine, l'ânie est issue de Ses Feux et c’est de ce territoire brûlant que sort le Soi purifié.
C’est ainsi que ces premiers pas vous conduisent à la vraie qualité de disciple, à là découvertes du Gourou, au Temple Intérieur, le saint des saints où habile le Gourou de fhumanité. Voilà les premiers échelons que vous devez gravir, voilà la voie que vousdevez suivre. Vous êtes des hommes, vivant au milieu du monde, soumis à ses entraves, pliés aux nécessités de la vie sociale et politique, et, ce])endant, du fond de votre cœur, vous aspirez à la vraie Yoga et au savoir qui relève de-la vie éternelle et non de l’existence passagère. Si chacun de vous scrute les profondeurs de son cœur, il y découvrira l’ardent désir de s’instruire davanlage, de vivre plus noblement qu'il ne la fait jusqu’alors. ^Vous pouvez paraître aimer les .choses de ce monde et vous les aimez réellement de par votre nature inférieure, mais dans le cœur de tout véritable Hindou, qui n’a pas absolument renié sa religion et son pays, il y a toujours une aspiration vers un idéal plus élevé que celui de ce monde, un désir si faible qu’il soit, ne fût-ce (|u à cause des traditions du passé, de voir l’Inde devenir plus noble, qu’elle ne l’est aujourd’hui et son peuple plus digne de son passé. Voilà donc la voie que vous devez commencer à suivre. Une nation ne peut être grande que si ses enfants
sont grands ; un peuple ne peut être puissant, si les individus qui le composent sont pauvres et misérables et s’ils mènent une vie égoïste. Vous devez partir du point où vous vous trouvez, de la vie que vous menez actuellement et, en vous conformant au genre d’existence que je viens de vous décrire sommairement, vous vous rapprocherez de la Voie.
Laissez-moi terminer en vous rappelant à quoi aboutit la Voie, bien que je doive m’en rapprocher davantage avec vous dans les conférences qui me restent à vous faire. La Voie aboutit à l’IInion; la Karma-Yoga que nous venons d’étudier est l’Union par les actes. Il y a encore d’autres échelons à franchir; mais, d’abord, qu’entend-on par « Union ». Vous vous souvenez de la description qu’a donné Shri Krishna de l'homme qui s’est libéré des gounas ( 1 ), de riiomme qui s’est élevé au-dessus d’elles et (fui est devenu digne du nectar de rimmortalité, de rhomrae prêt à connaître le Très-Haut, prêt à s’unir au Suprême. Il ne connaît qu’un seul agent, les gounas, mais il sait ce qu’il y a au delà. Il voit agir les gounas, mais ne les désire pas lorsqu’elles sont absentes ni ne les repousse lorsqu'elles sont présentes. Il conserve un parfait équilibre au milieu des
(1) Gounas, les qualités des choses ; ce «lui attire ou repousse. N.D.L.R.
amis et des ennemis, un parfait équilibre en présence de la louange et du blâme ; confiant en luimême, il voit tout d'un même œil, la motte de terre comme la pièce d’or, l’ami comme l'ennemi. Il est le même pour tous, car il s’est élevé audessus des gounas et ne peut plus être le jouet des illusions qu’elles provoquent. Voilà le but que nous cherchons. Voilà les premiers échelons qu’il faut gravir pour atteindre la Voie qui mène plus haut. Avant d'avoir franchi ces échelons, aucun autre progrès n’est possible, mais au fur et à mesure qu’on les franchit, l'entrée de la véritable Voie devient de plus en plus visible.