QUALITÉS REQUISES
Contrôle de la Pensée. — Méditation Édification du Caractère
Frères. — Le côté spécial cio la (|iieslion que nous avons à traiter aujourd'hui a rappoid aux qaalit('‘S requises pour devenir un disciple. Laissez-moi commencer par atliro)* votre attention siu* la réincarnation et sur les moyens qui permettent à un homme de se rendre compte de ce ijue l'cni entend par u qualité de disciple » et de donner délibérément ce but à sa vie future. Vous vous souvenez de ce que j'ai dit hiei*, de la description que je vous ai donnée des dilférentes phases de Taction : comme quoi un homme commençait par agir dans le ljut de satisfaire ses instincts inférieurs et de recueillir des bénétices ; comme (pjoi la praticjue de la Kaiana Yoga lui enseignait graduellement à ne pas agii en vue des bénéfices à réaliser pour le soi inférieur, mais uniquemem pour faire son devoir, en s'identifiant de la sorte avec la Loi, en prenant ainsi, sciemment, sa pari de la grande œuvre du monde. Je vous ai ensuit^
dit qu il y avail un slade auHieî^sus de ceux-ci, un slade durant le({uel le sacrilice n'était plus accompli seulement comme un devoir, mais comme le don joyeux de tout ce que riiomme possédait. 11 est évident que lorsque c’est celle phase que rhomme cherclie à atteindre, lorsqu'il s’acquilte il'un travail non seulement parce que c’est son ilevoir de s'en acquitter, mais parce qu il aspire à donner tout ce qu’il est et tout ce qu'il a pour le service du Suprême, il est évident, dis-je, ([ue c’est alors qu’il lui devient possible de rompi’e avec ce que Ton appelle les entraves des désirs et de se libérer ainsi de l obligalion de se réincarner. Ce qui attire riiomme el le force à sc rcinearner dans le monde, c est le désir : le désir de jouir des j)iens que l'on y peut trouver, le désir d’y accomj>lir tous les actes qui peuvent s’y accomplir. Tout homme qui a des visées terrestres, tout homme qui donne un but terrestre à son existence, est évidemment enchaîné par les désirs. Tant que ses désirs se porteront sur ce que la terre peut lui donner, il lui faudra revenir pour les satisfaire; tant t|umne seule des joies ou une seule des choses (|ui appartiennent à la vie passagère — à la vie physirpjx' sur la terre — aura le pouvoir de l'attirer, elle aura aussi le pouvoir de l’enchaîner. En d’autres termes, tout désir enchaîne l’âme el la ramène à l’endroit où il doit être satisfait.
L'hoînme est d’une nature si divine, il est lui-
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même si semblable à un Dieu, que cette force qui émane (le lui et ^ laquelle nous donnons le nom (le désir renferme en elle-même le pouvoir de sc satisfaire. Ce qu’il désire, il Toblient ; ce qu'il désire, la nature le lui donne, au moment voulu, quand l’heure a sonné. De sorte que l'homme^ comme on l’a souvent dit, est maître de sa propre destinée et que tout ce qu’il réclame de l’Univers, l’Univers le lui donnera. 11 va sans dire qu’il recueillera le fruit de ses désirs dans la partie de l’Univers à laquelle ils appartiennent, en sorte que s’il d(?sire les choses de la terre, il lui faudra revenir sur la terre afin que son désir soit satisfait. L’homme est aussi enchaîné à la réincarnation par tous ceux de ses désirs qui ne peuvent être satisfaits que dans les mondes transitoires et passagers qui se trouvent au delà de la mort ; ces mondes transitoires qui se trouvent au delà des portes de la mort, nous conduisent tous, comme nous le savons, à la réincarnation ici-bas, en sorte que si les as})iralions de l’homme ne sont pas fix('es sur les joies de Svarga (i), s’il s’attend à recueillir les résul^tsde sa vie de ce monde, dans un autre monde aussi transitoire que lui, et s’il se refuse les joies terrestres dans le but déterminé d'atteindre les joies de Svarga, ces joi(>s seront la rétribution gagnée par ces efforts et cette rétribu-
(i) Le Dévakhan. (N. D. L. R.)
tion lui sera allouée en temps voulu. Mais puisque Svarga même est fugitif, puisque Svarga même est transitoire, il se trouve ainsi n’avoir choisi d’autre Voie que celle désignée sous le nom de Voie lunaire, la voie ijui conduit à la réincarnation.— V ous devez vous souvenir qu'il est écrit que « la Lune est la porte de Svarga » — de sorte qu en quittant Svarga, l’amc retourne au monde terrestre des hommes. J1 en résulte que le désir — ({U il doive être satisfait dans ce monde, ou dans un autre également transitoire et fugitif — enchaîne 1 âme à la nuncarnalion et c’est pour celte raison (ju il a été écrit que l âme ne pouvait alteindi*e la libération cpi après « que les liens du cœur ont été brisés ».
La libération pure et simple (pour une période) peut être conquise par cette seule destruction du désir. Sans accomplir aucune œuvre d’une nature particulièrement élevée, sans avoir atteint un stade très élevé dans l’évolution de l’âme, sans avoir développé toutes les possibilités divines qui existent à 1 état latent dans la conscience humaine, sans s’élever jusqu'aux sommets sublimes sur lesquels se tiennent les Maîtres et les Aides de l'humanité, 1 homme peut mériter, s’il le désire, un genre de libération qui est foncièrement égoïste, qui 1 élève bien au-dessus de ce monde de vicissitudes, qui brise bien les liens qui le rattachent à ce monde de vie et de mort, mais, sans aider en
aucune façon ses frères, sans briser leurs liens, sans les mettre en liberté. C'esl un ^enre de libéralion qui profite à 1 individu plutôt qu a la masse, une libération grà(‘e à laquelle findividu quitte riiumanité en la laissant se frayer elle-même son chemin. Je sais que bien des hommes n ont pas d'aspirations plus hautes; ([u ils sont nombreux ceux qui poursuivent-siinydemeMl la libération pour eux-mèmes, sans se préoccuper d.es autres. Ce but, comme je le disais, peut être assez lacilement atteint. Pour cela, il suffit de reconnaître la nature fugitive des choses de ce monde, finanité des ambitions (ju’un ' homme de ce monde caresse journellement, mais après tout, cette libération n'est (pie pour un tein])s, pour un Manvantara peut-être, après (pioi le retour est obligatoire. De sorte que, bien que détachées de ce monde, bien (pie libérées en ce (pii concerne celte t^rre, les êines se trouvent dans l’obligation de revemir dans un cycle futur, afin de faire un nouveau pas en avant, vers ce (pii est réellement la divine destinée de l'hoinme ; l’inolution de la conscience humaine dans la C(jnscienc(‘ universeJh*, dont io fonction est d'enseigner, d’aider et de diriger les mondes de l'avenir.
Je laisse ce sujet pour m’occuper des âmes plus sages et plus-généreuses ipii, tout en désirant se libérer des liens du désir, voudraient lès briser non pas pour échapper elles-mêmes aux difficultés
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do la vie terrestre, mais pour être aptes à suiv»e eetle haute et noble Voie qui s'appelle la Voie de l'aspirant disciple, pour suivre les grands Êtres qui ont placé cette voie à portée de riiuinanilé. Ces ûrnes-là cherchent à découvrir les Maîtres disposés à accueillir ceux qui se sont qualifiés pour suivre celte voie, non dans le seul but de se libérer, non pour échapper simplement aux soucis, mais dans le bul de <levenir un jour les aides, les Maîtres et les Sauveurs de l'humanité; elles restituent an monde tm général ce que les individus ont reçu des Maîires qui ont passé les premiers.* Celte situation de disciple est mentionnée dans toutes les grandes Ecritures-du monde. La possibilité dé trouver un Gourou qui instruise les hommes esl certes un idéal des âmes les plus hautes et les plus développées qui, dans ce monde extérieur, aient cherché à réaliser la pensée divine. Prenez telle Ecriture qu'il vous plaira et voyez comment elle s’exprime à cet égard. Prenez Oupanishad (i^ après Oupanishad et voyez comment on y parle du Gourou et coinmenl raspirant-disciple est encouragé à Le chercher et à Le Irouver. C’esI de cela que je veux vous parler aujourd’hui ; des qualités leciuisespourdevenirun disciple ; de ce qui doit être l'ail avant ({u'il soit possible d’étre admis comme
Conimenlaires sur les Védas, révélation de leur signification ésotérique. N.D.L. R.
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disciple ; de ce qui doit être accompli avant que la recherche du Gourou puisse présenter quelques chances de succès; de ce qui doit être pratiqué dans le monde, dans la vie ordinaire des hommes, en considérant la vie comme une école, comme un lieu où l'on apprend les leçons préparatoires, comme un lieu donnant à l'homme les qualités nécessaires pour devenir digne d'arrivtr jusqu’aux pieds des grands Maîtres qui lui donneront la vraie renaissance' — cette renaissance symbolisée dans toutes les religions exotériques par une cérémonie quelconque, moins sacrée par elle-même que parce qu’elle symbolise. Vous trouverez dans la langue hindoue le mot « deux fois né » impliquant que l’homme n’est pas seulement
né d’un père et d une mère humains, mais a passé par la seconde naissance qui est conférée à Tâme par le Gourou. Ceci est symbolisé — hélas! symbolisé seulement la plupart du temps — par l’Initiation donnée au fils, par le Gourou de la famille ou par le père, ce qui fait de lui ce que l'on appelle, dans le monde extérieur, l'hommë deux fois né. Mais dans les temps jadis — comme de nos jours aussi — il existait et il existe une véri¬
table Initiation qui a donné naissance à toutes les cérémonies extérieures ; il existe une réelle, une vraie Initiation qui n’est pas seulement l’admission dans une caste exotérique, mais qui confère une naissance réellement divine, Iniiiation
donnée par un puissant Gourou et qui provient du Grand Initiateur, de TUnique Initiateur derimmanité. Nous trouvons le récit de ces Initiations dans les écrits du passé, nous savons qu’elles existent dans le présent. L’Histoire tout entière témoigne de leur réalité.
Il y a aux Indes des temples sous lesquels se trouvent les sanctuaires des anciennes Initiations, sanctuaires dont le peuple ignore aujourd’hui l’existence, sanctuaires aujourd'hui cachés aux regards des hommes, mais qui n’en existent pas moins, qui n’en sont pas moins accessibles à ceux qui se montrent dignes d’en franchir le seuil. Ce n'est pas aux Indes seulement qu’il existe des sanctuaires de ce genre ; l’ancienne Egypte, elle aussi, avait ses cryptes réservées à l'Initiation et de majestueuses pvramides, dans un ou deux cas, recouvrent l’antique sanctuaire aujourd’hui mis à l’abri des regards humains. Les dernières Initiations que vous trouvez mentionnées dans l'histoire de la Grèce et dans celle de l’Égypte ellemême, comme étant l’Initiation de tel ou tel grand philosophe, ont toutes été conférées dans les temples extérieurs, connus du peuple, qui recouvrent les sanctuaires réels de l’Initiation. Le droit de franchir le seuil de ces derniers ne pouvait être conquis au moyen de la science extérieure, mais était soumis à des conditions qu'il fallait remplir, qui ont existé de toute antiquité et qui exis-
lent encore aiijoiircrhiii aussi réellement qu'elles existaient alors, car si rhisloire tout entière témoigne (le la réalité de l'initia lion, elle iémoignn aussi de la réalité de Tlnitié. A lu télé de toute grande religion, il y avait des Hommes plus élevés que les hommes ordinaires, des Hommes qui ont donné les Ecritures aux peuples, et que Thistoire nous montre dominant Leurs contemporains par leur profonde connaissance des choses s|)irituelles, — connaissance qui Les entourait d’une auréole, —par la clairvoyance spirituelle qui Leur penne!lait de voir, et attestait ée qu'ils voyaient. En efï'et, il y a un fait que nous avons remarqué souvent, en ce qui concerne ces grands Maîtres ; Ils ne préteiulent pas, JIs affirment; Ils ne discutent j)as, Ils proclament; Ils n’arrivent pas à Leurs conclusions par des procédés logiques, lis y arrivent par l'intuition spirituelle ; Ils se pi'ésentent et parlent avec autorilé, avec une autorité que justifient leurs paroles mômes et les cœurs des hommes reconnaissent la vérité de leur enseignement, même s’il s'élève à des hauteurs que leur intelligence est incapable d’atteindre. H y a toujours dans le cœur de chaque homme ce principe spirituel auquel tout divin Maître fait constamment appel et qui accueille la déclaration spirituelle, même si rintelligence n'est pas assez pénétrante pour pouvoir discerner la réalité de ce que l’Esprit voit. Ces grands Gourous qui sont
iiienlionnés dans I Histoire comme les pins grands ÎMaîtres, ainsi que ceux dont elle parle comme de puissants {)hilosophe«, sont tous des Initiés qui sont devenus plus que des hommes; ces Initiés existent aujourd'hui, comme Ils ont toujours existé. En elfcl, comment la mort pourrait-elle porter la main >ur Ceux qui ont triomphé de la vie et de la morl et qui sont les maîtres de toute la nature inférieure ? Leur évolution Les a fait émerger, dans le cours des siècles passés, Les uns de notre humanité. Les autres (riiumanités antérieui'cs à la noliv. Quelques-uns d’entre Eux sont venus <rautrcs mondes ou d’autres planètes, alors que notre humanité était encore dans l’enfance; d’Aulres ont grandi, lorsque cette humanité avait suffisamment parcouru la voie de l’évolution pour être à meme de produire ses propres Initiés, les Gourous de notre race, pour aider dans sa marche en avant riiurnanité à laquelle Ils appartiennent Eux-mémes, Lorsqu’un homme a parcouru la voie et qu'il a al teint ce but, la mort ne saurait plus avoir aucun pouvoir sur Lui el il n’est plus possible qu’ayant été II puisse cesser d’etre. Le fait seul que j’histoire parle d'Eux est une garantie de Leur existence présente; cela suffirait à prouver qu’ils existent, sans qu’il fût besoin du témoignage, grandissant Ions les jours, de ceux qui Les ont trouvés, et qui Les connaissent ; de ceux ({ui sont instruits par Eux et (pii étudient à Leurs
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pieds. A noire pro{)re époque, eu effet, de nos jours même, des étudiants découvrent, Tun après l’autre, Tancienne voie ; aujourd’hui même ils découvrent, l\m après l’autre, cette voie ancienne et étroite, mince comme le fd d'un rasoir, qui élève riiomme elle met en état de s’engager suila voie de raspiranl-disciple. A mesure que ruii d’eux la découvre, il devient un témoin capable de proclamer la véracité des anciens écrits et après qu’il s’y est engagé, il peut en parcourir successivement toutes les phases.
Pour l instant, nous avons à établir quelles sont les qualités requises pour conquérir le droit d'entrée sur cette N^oie. La première^ de ces qualités doit être développée, dans une très large mesure au moins, avant qu’il soit possible de songer le moins du monde à être admis comme disciple.
Celte première qualité est ce que l’on appelle le contrôle du mental et ma première tâche consistera à vous expliquer très clairement ce que veut dire le contrôle du mental ; ce qu’est ce mental devant être contrôlé, et ce qui sert à le contrôler. N'oublions pas que, pour la grande masse du public, le mental représente l’homme. Lorsqu’il parle de « lui-même », c’est réellement de son mental qu’il parle. Lorsqu’il dit « Moi », il identifie ce « Moi » avec le mental, rintelligence consciente qui sait ; et lorsqu’il dit « je pense, je sens, je sais », si vous cherchez avec soin le sens qu’il
donne à ces mots, vous verrez qu’il ne dépasse pas les limites de son état de conscience pendant la veille. Voilà ce qu’il entend, généralement, par le mot « moi ». Certes, ceux qui ont étudié sérieusement savent à quel point un « moi » de ce genre est illusoire, mais, bien que le sachant sous forme de proposition intellectuelle, ils n’en font pas une des réalités pratiques de la vie. Ils l’admeltent bien en tant que philosophes, mais n'en font pas la base de leur existence dans le monde. Afin que nous puissions clairement comprendre ce qu'est ce contrôle du mental et comment nous pouvons arriver à l’obtenir, arrêtonsnous un moment à ce que nous appelons la possession de soi-même, lorsque nous parlons d’un homme de ce monde : nous verrons à quel point cette possession de soi-même est insuffisante, lorsque nous la comparons à celle qui fait partie des qualités requises de l’aspirant disciple. Lorsque nous disons qu’un homme a de l’empire sur luimême, nous voulons dire (jue son mental est plus puissant que ses passions; que si nous prenons sa nature intérieure, ses passions et ses émotions et que nous leur opposions sa nature intellectuelle, son intelligence, sa volonté et sa puissance de raisonnement, ce sont ces dernières facultés qui t’emporteront svm les premières; qu’il est capable, en un mot, dans un moment de tentation, ou en présence d’un appel à ses passions, de dire u non,
je ne veux pas céder ; j(‘ ne pei*mellrai pas à mes passions de me conduire ; je ne me laisserai pas dominer par mes sens ; ces sens ne sont que les coursiers qui trainenl nion char, tandis que moi je suis le conducteur et j(‘ ne leur permettrai pas de prendre le galop sur la route de leur choix » ; nous disons alors que cet homme a de rempire sur lui-même. Voilà la signification hahituelle de ces mots, et, notons-le, ce genre d empii*e sui* soimême est une admirable qualité. Elle représente une phase |)ar laquelle tout homme doit passer. L homme déréglé et sans frein, qui est enliènîment sous le jougdcses sens, a, ceides, beaucoup à faire ayani d’arriver à aequcrii* cette raculté mondaine de la possession de soi-même, mais il faut beaucoup, l>eaucoup plus encore. Lorsque nous parlons d un homme doué d une volonté énergique et d’un homme d'une volonté faible, nous voulons généralemenl dire que rhomme énergique est celui qui, en présence des tentations et des difficultés habituelles de ce monde, fera appel à sa raison et à son jugenKmt avant d(‘ choisir sa !‘oute et se laissera guider par sa mé^ moire du passé et par les conclusions qu’il en tire. Nous disons alors qu il esl doué d'une volonté énergique, j>arce qu il n’est pas à la merci des circonstances,parce qu’il n'obéit ])as à toutes les impulsions et n’est pas comme un navire entraîne j)ar le courant du fleuve, ou jioussé de-ci
de-là, ail gré des vents qui soufflent. Il ressemble pliilôt à un navire diiige jiar un marin connaissant son métier, qui utilise les vents et k^s courants pour le conduire du côté où il veut aller, qui emploie la volonté comme un gouvernail, pour le maintenir sur la route qu'il a lui-même choisie. 11 est parfaitement vrai que le fait de posséder une volonté énergique, au lieu d’une volonté lai])le, est le signe d’un • individualité grandissante; ce pouvoir de donner une impulsion interne est un des indices les plus clairs du développement graduel de rhomme et de raccroissement de son individualité. Je me souviens que II.-P. Blavatsky disait, dans un des articles où elle traitait de l'individiialité, que Ion pouvait reconnaître son existence chez l’homme et son absence chez l’animal en observant la façon dont se comportent Tun et l’autre dans certaines circonstances. Prenez un certain nombre d’animaux sauvages et mcttez-les en présence de circonstances identiques ; vous les verrez suivre tous la même ligne gériéraledeconduite.Leur manière d’agir estdéterrninée par les circonstances au milieu desquelles ils se trouv ent ; chacun d'eux ne cherche pas à agir de manière à modifier ces circonstances, à les opposer les unes aux autres afin de tracer la voie qu il a choisie ; ils agissent tous de môme. Si vous connaissez la nature de l’animal, ainsi que la nature des circonstances au milieu desquelles il se trouve,
vous pouvez déduire ]a manière d’agir de la classe entière en connaissant celle d'un ou deux de ses membres ; c’est une j)reuve absolue de ral)seuce de toute individualité. Mais si vous jureriez un certain nombre d’hommes, vous ne pourrez pas conclure d’avance qu’ils agiront tous de la même façon, car la diversité de leurs manières de se comporter en présence des mêmes circonstances dépendra du degré de développement de chacun d’eux. Les individus diffèrent entre eux et il en résulte qu’ils agissent différemment ; chacun a sa propre volonté, ce qui lui permet de choisir à son gré L’homme dont la volonté est faible est moins individualisé, moins développé et n’est pas aussi avancé dans la voie de l’évolution.
Ceci établi, un homme peut faire plus que soumettre sa nature inférieure au contrôle de sa nature supérieure ; il peut commencer à se faire une idée de la puissance créatrice de la pensée. Cela implique un champ de pensées plus étendu que celui du commun des hommes, cela implique une certaine somme de connaissances philosophiques. S'il a étudié, par exemple, les principaiiA ouvrages des Hindous, il y aura gagné une con- • ception intellectuelle très claire de la puissance créatrice de la pensée ; mais dès qu’il se sera rendu compte de cela, il en conclura qu’il y a quelque chose au delà de ce qu’il appelle son mental, car s’il existe une puissance génératrice de la pensée
par Tentrepiise de son mental, l’homme est C'.pable de produire des pensées, celles-ci doivent être engendrées par quelque chose qui est caché au delà de ce mental qui les produit. Le seul fait de Texistence de cette puissance créatrice de la pensée et de ce que Thomme soit à même de s’en servir pour exercer son mental et celui des autres suffit à prouver qu’il y a quelque chose au delà du mental ; quelque chose qui est, en quelque sorte, indépendant du meiual et qui s’en sert comme d’un instrument. L’étudiant qui cherche à se comprendre lui-même commence alors à constater qu il a affaire à un mental dont le maniement est fort difficile et que les pensées viennent sans qu il les cherche ; qu’elles jaillissent, en quelque sorte, sans le concours de sa volonté. Lorsqu il commence à étudier les opérations du mental, il constate que les pensées y affluent sans qu’il les ait appelées ; il constate qu’il est en proie à des idées dont il voudrait que la nature fût très différente. Son mental est envahi par toutes sortes de fantai.sies ; il voudrait les en chasser, mais il se trouve désarmé et n’arrive pas à s’en débarrasser. 11 se voit obligé de brasseries pensées qui régnent sur son mental et qui ne sont aucunement soumises à son appel ou à son autorité. Il commence alors à étudier ces 'pensées; il se demande.: d’où viennent-elles ? comment agissent-elles ? comment peut-on les maîtriser? et il apprend peu à peu que
bien des pensées qui envahissenjt son mental ont leur origine dans le mental d’autres hommes et que, suivant la ligne générale de pensées qui lui est propre, il attirera les pensées des autres, du monde extérieur de la pensée. Il inlluence à son tour le mental d'autrui parles pensées qu’il engendre luimême et il commence à comprendre que cette responsabilité est bien plus grave qu’il ne l’avait jamais pensé. Il avait cru, jusqu’à ce moment, que ce n’était qu’en parlant qu’il pouvait exercer une inlluence sur le mental d'autrui ; que ses actions seules pouvaient être prises comme un exemple et modifier la façon d'agir de son prochain^ mais au furet à mesure que son savoir augmente,il commence à entrevoir l’existence d'une force mystérieuse émanant de l’homme qui pense, et agissant sur le mental des autres. La science moderne nous dit quelques mots de cela et arrive aux mêmes conclusions, de nombreuses expériences lui ont démontré qu’une pensée pouvait être transmise d’un cerveau à un autre, sans qu’un mot fût prononcé, sans qu'un mot fût écrit, et qu'il y avait dans la pensée quelque chose de palpable, de susceptible d’être observé, qui ressemble à une vibration faisant vibrer d’autres choses, sans qu’il soit besoin de prononcer un mot, d’articuler un son. La science a découvert que la pensée peut être transmise d'homme à homme, dans le plus profond silence ; que sans
aucun moyen extérieur de communication, ~ ou, comme le disait le professeur Lodge, sans moyens matériels de communication, le mot « matériel » étant employé dans son sens physique, — il est possible au mental d'affecter le mental.
S’il en est ainsi, nous nous influençons tous les uns les autres par nos pensées, sans avoir recours à la parole ou à raction, car d’un côté les pensées que nous engendrons se répandent dans le monde et agissent sur le mental des autres hommes et, de l’autre, les pensées que ceux-ci émettent viennent à nous et influent à leur tour sur notre manière de penser. Nous constatons donc que l’action de penser tient généralement bien peu de place dans la vie ; ce que nous appelons u penser » ne consiste guère que dans la réflexion des pensées des autres. En réalité, le mental des hommes ressemble beaucoup à une auberge où des voyageurs s’arrêteraient pour la nuit ; du moins le mental de beaucoup d’hommes n’est guère autre chose que cela. Une pensée entre et sort; l’homme ajoute bien peu à la pensée qui lui vient. Il la reçoit, l'abrite, puis elle passe. jMais ce qu’il serait de notre devoir de faire, ce serait de penser de propos délibéré et avec l’intention d'exécuter ce que nous aurions décidé.
l^ourquoi ce contrôle du mental, ce conirôle de la pensée, cet arrêt de la pensée et ce refus de donner asile à la pensée d’autrui auraienl-ils tant
d’importance? Pourejuoi tout cola constiliierail-il une condition sine qua non qu il faut remplir avant de pouvoir être admis comme disciple?
Parce que les pensées de l’homme qui devient un disciple prennent plus de force ; parce que l'individualilé de celui qui devient un disciple se développe, grandit, devient plus puissante et que chacune de ses pensées possède une vitalité et une énergie plus grandes et exerce une influence plus forte sur le monde des hommes. La pensée d’un homme peut tuer ; la pensée d’un homme peut guérir une maladie; elle peut exercer une influence sur les foules ; elle peut créer une illusion’ visible de nature à tromper les autres hommes et à les égarer. Puisque la pensée devient si puissante, à mesure que l’individualité se développe et grandit et puisque la qualité de disciple impliciue la croissance rapide et le développement de l’individualité dans de telles proportions que l’homme arrive à accomplir dans le cours de quelques vies ce qui, sans cette qualité, n’eût pu être parachevé que dans des milliers d’années, il est nécessaire, avant que ce surcroît de puissance ne soit mis à sa portée, qu’il ait appris è exercer un contrôle sur ses pensées, qu’il ait appris à réprimer tout ce qu’elles renferment de mauvais, qu’il ait appris à ne donner asile qu’à ce qui est pur, bienfaisant et utile. Le contrôle du mental par le Soi a été imposé comme condition à l’aspirant-disciple, parce
qu'avant qu’un homme puisse posséder le surcroît de pouvoir que confère renseignement du Gourou, il faut qu’il soit devenu maître de l’ins- Irument qui produit les pensées, afin que celui-ci ne fasse que ce qu’il a décidé et ne produise jamais rien sans son plein consentement.
Je sais que le public éprouvera de la difficulté à comprendre cela. Il dira : Ouelle est cette individualité qui va toujours grandissant ? Quelle esl cette individualité ([ui développe le pouvoir de la volonté et la puissance de contrôle sur le mental el dont vous dites qu elle n’est pas le mental, mais qu’elle lui est supérieure? Laissez-moi me servir d’une image empruntée à la vie de ce monde, pour vous aider à saisir comment naît l'individualité et comment elle se développe. Supposons que vous entriez dans une atmosphère saturée de vapeur d’eau, mais assez chaude pour que la vapeur d’eau y reste en suspension, invisible, et que l’emplacement vous paraisse vide. Vous direz : il n’y a rien ici, rien que de l’air Vous savez cependant bien que si un chimiste prenait un peu de cet air saturé de vapeur d’eau, l’enfermait dans un récipient et le refroidissait graduellement, vous verriez un léger brouillard, une sorte de nuage, se dessiner au milieu de ce vide apparent ; que ce léger brouillard irait en s’épaississant peu à peu jusqu’au moment où, le refroidissement augmenant, vous verriez apparaître une goutte d'eau là
où, rinstaiil d'avant, vous ne distinguiez rien. Nous pouvons considérer cet exemple comme une grossière image physique, pouvant servir à expliquer la formation de l'individualité. Du sein de cet Invisible, qui est rUii d’où tout ém^ne, s’élève un léger nuage qui devient visible, un léger brouillard qui se condense, qui se sépare de l’invisible buée qui l’entoure et se condense graduellement, jusqu’à devenir la goutte individuelle que nous considérons comme une unité. Du sein de ce qui est Tout jaillit le désagrégé et le distinct ; distinct dont la nature est identique à celle du Tout dont l'essence est la même que la sienne, mais qui en est séparé par ses qualités et se trouve ainsi individualisé. L’âme individuelle de l’homme émane de cet te façon du Soi Unique et grandit tous les jours en expérience. Elle grandit et se développe au fur et à mesure de ses centaines de re-naissalices dans le monde, vie après vie^ époque après époque, et ce que nous appelons le mental n'est, en quelque .sorte, qu’un de ses petits bourgeonnements dans le monde matériel. De même que Vamœba, lorsqu’elle a besoin de nourriture, projette à l’extérieur une portion d’elle-même, saisit une parcelle de matière nutritive et réabsorbe ensuite cette partie d’elle-même qu’elle avait projetée, se nourrissant de ce qu'elle a pris, de même 'l'individualité projette dans le monde — le monde physique — une sorte de procidence de son Soi,
chargée d’amasser pour elle de rexpérience en guise de nourriture, puis la réabsorbe au moment de ce que nous appelons la mort, s’assimilant cette expérience pour nourrir sa croissance. Le mental n’est autre que cette procidence dans le monde physique; c’est une portion de l’individualité, une portion de l âme. La conscience, qui est vous-même, est supérieure à votre mental ; supérieure à ce que vous appelez l’intellect. Tout votre passé, toute l'expérience que vous avez acquise, sont à l'abri dans la conscience. Tout le savoir que vous vous êtes assimilé est amassé dans la conscience qui est réellement vous. A votre naissance, vous projetez une petite portion de vous-mêmes, chargée d’amasser une nouvelle dose d’expérience pour enrichir encore cette conscience : l âme se l’assimile pour assurer son développement et, à chaque vie nouvelle, elle s’etforce d'influencer cette procidence d’elle-même, au moyen de sa conscience enrichie. Ce que nous appelons la « Voix de la Conscience » n’est autre que celle du Soi supérieur parlant au soi inférieur et cherchant à diriger son ignorance au moyen du savoir qu'il a acquis dans ses vies successives.
Nous savons que ce soi inférieur, le mental, nous fait éprouver des difficultés. Vous souvenezvous de ce qu'Arjouna disait à Shri Krishna, en parlant du contrôle du Manas inférieur que nous étudions ? Vous sou venez-vous dans quels termes
il disait à son divin Maître combien son Manas était turbulent? O Krishna, Manas est véritablement turbulent, disait-il ; il est impétueux, puissant et difficile à faire plier; je le crois aussi difficile à contenir que le vent. >; Et c’est vrai ; celui qui essaye de mettre un frein au Manas le sait. Celui qui tente d’exercer un contrôle sur le Manas sait à quel point il çst turbident, impétueux et puissant, à quel point il est difficile à soumettre. Mais vous souvenez-vous de la réponse que le Seigneur béni fit à Arjouna, lorsque celui-ci lui disait que Manas était aussi difficile à contenir que le vent? Sa réponse fut : « Sans doute, Manas est turbulent et difticile à dompter, ô guerrier puissamment armé, mais on peut le dompter par un exercice constant et par f indifférence. » Il n y a pasd’autre moyen. Un exercice constant : persSonne ne peut faire cela pour vous ; aucun Maître ne peut s’y livrer à votre place! Vous devez faire cela vous-mêmes et, tant que vous ne l’aurez pas entrepris, la découverte du Gourou ne sera pas possible pour vous. 11 est inutile de crier que vous désirez le trouver, si vous ne voulez pas vous cou former aux conditions que tous les grands Maîtres ont imposées pour vous faire arriver jusqu’à Leurs pieds. Voici un puissant Maître, un Avatai\ qui indique ce qu’il faut faire déclarant que cela peut être produit. El lorsqu’un Avatar parle ainsi, cela prouve que ce résultat peut être obtenu par
l'homme de volonté ferme ; car II connaît les pouvoirs de ceux qu'il voit et qu’en Sa qualité de Suprême il a placés dans ce monde et, lorsque Sa parole divine nous assure que la victoire est possible, oserons-nous dire que nous ne pouvons pas y arriver et donner ainsi une sorte de démenti au Dieu qui parle.
Gomment obtiendrons-nous donc ce résultat?
« Par un exercice constant », dit le Seigneur; c’est-à-dire que durant voire vie journalière, telle qu'elle est, duran. votre existence d’hommes actifs, vous devez commencer à assouplir voire mental turbulent et à le soumettre à votre volonté. Essayez donc un instant de penser posément. Vous constaterez que vos pensées voltigent au hasard. Oue ferez-vous alors ?Vous les ramènerez au sujet sur lequel vous voulez les fixer. Choisissez un sujet et concentrez sur lui vos pensées, complètement et sans interruption. Rappelez-vous que vous possédez un immense avantage pour cette éducation du mental ; vous avez les anciennes traditions hindoues, l’hérédité physique qui a été modelée sur elles et réducation de votre jeunesse qui devrait vous avoir habitués à cette discipline du mental. 11 est bien plus difficile à un Occidental de venir à bout de cette turbulence du mental que cela ne l’est pour vous, parce que dans rOccident le contrôle du mental n'est pas enseigné, ne fait pas partie, comme ici, de l’éduca-
lion religieuse : et que les hommes y sont enclins à passer, sans transition, d’un sujet h un autre. L’habitude de lire constamment des journaux — pour me servir d’un exemple vulgaire — d'en lire peut-être trois ou quatre par jour, est une des ehoses qui rendent bien difficile le contrôle du mental. Vous sautez d'un sujet à un autre; voici d'abord quelques dépêches qui font tourbillonner le mental de l’Angleterre à la France, de l’Espagne au Kamtchatka, de la Nouvelle-Zélande à l’Amérique; lorsque vous avez lu celte colonne, ou nette demi-colonne, vous trouvez un autre genre de nouvelles ; ce sont des renseignements sur la manière d'agir d’un peuple connu, des comptes rendus de soirées théâtrales ou de péripéties judiciaires ; plus loin, une régate, ou une course à pied, des détails sportifs ou athlétiques et ainsi de suite. Vous connaissez tous le contenu très varié des journaux. Les hommes ne comprennent pas le mal qu'ils se font en gaspillant leur énergie mentale, comme ils le font généralement, sur des questions aussi vulgaires et aussi peu importantes. Vous trouverez dans l’Occidenl des hommes qui, je le sais, lisent tous les jours une demi-douzaine de journaux ; en ce faisant, ils font plus que gaspiller momentanément les forces de leur mental, car en gaspillant journellement ces forces, et l’iiabitude prise, on ne peut plus concentrer facilement ses pensées sur une idée. De plus, il y a la perte
d’un temps précieux qui pourrait être consacré à des questions beaucoup plusélevées. Je neveux pas dire que, vivant dans le monde, vous deviez ignorer ce qui se passe autour de vous, mais qu’il est amplement suffisant de prendre un seul journal traitant des questions les plus importantes de ce monde et de le parcourir tranquillement durant quelques minutes. Si vous savez la façon de vous y prendre, c’est suffisant pour les choses de ce monde.
Afin de vous mettre en état de lutter contre cette tendance moderne à gaspiller ses pensées, vous devriez contracter l’habitude journalière de penser d'une façon suivie et de concentrer votre attention, pendant un certain temps, sur le même sujet. En guise d’exercice pour l’éducation de votre mental, prenez riiabitude de lire chaque jour quelques pages d’un livre traitant des côtés importants de la vie, de ce qui est éternel plutôt que de ce qui est transitoire, et concentrez votre mental sur ce que vous lisez. Ne lui permettez pas d’errer, de se dépenser en pure perte. S’il s'éloigne, rappelez-le, imposez-lui de nouveau la même idée; et de cette façon vous le fortifierez et commencerez à vous en rendre maîtres ; vous apprendrez, par un exercice constant, à exercer un contrôle sur lui et à lui faire suivre la voie que vous lui avez choisie. Même pour les choses de ce monde, cette faculté confère de grands avantages.
Nonseiilement elle vous prépare à la vie supérieure qui s’ouvre devant vous, mais encore l’homme capable de concentrer sa pensée sur un but est celui qui réussit le mieux dans les choses ordinaires de la vie. L’homme qui est en état de penser d’une manière suivie, claire et précise, est celui qui saura se frayer son chemin, meme dans le monde matériel. Cette constante éducation du mental vous sera donc utile dans ce qui est insignifiant, comme dans les choses d’un ordre plus élevé, et vous développerez peu à peu <^tte puissance de contrôle qui doit être rime des qualités de l’Aspj rant-Disciple.
En exerçant ainsi votre mental,vous atteindrez peut-être un autre résultat — la méditation. La méditation est l’exercice par lequel vous habituez votre mental à se concentrer, à se fixer sur une pensée, délibérément et d’une façon régulière* Vous devez vous y exercer tous les jours^, parce qu’en le faisant journellement vous serez aidé par ce que l’on appelle l’automatisme du corps et du mental. Ce que vous faites journellement devient une habitude, vous ne tardez pas à le faire sans efforts; ce qui était pénible au début, devient aisé par la pratique. On distingue deux sortes de méditation, la méditation dévotionnelle et la méditation intellectuelle, et l’homme sage, qui aspire à devenir disciple, s’habituera à méditer des deux façons. Il concentrera son mental et fixera ses
pensées sur l'idéal divin, sur le Maître, qu'il ne connaît pas encore, mais qu'il espère trouver un jour ; ayant sans cesse ce parfait idéal devant les yeux, il en fera l'objectif de son mental, aux heures de méditation, et le but de ses constantes et inébranlables aspirations. A mesure que le mental se développe, cela devient de plus en plus facile : en faisant de cet idéal l’objet de ses ‘constantes méditations, il finit par le refléter et par s'en rapprocher peu à peu. C’est là une des facultés (M'éatrices du mental— Thommearrive à atteindre l’idéal auquel il pense toujours, et s’il pense tous les jours au parfait idéal de rhumanité, il finira par l'atleindre lui-même. Peu à peu, en concentrant femiement son mental sur cet idéal, en aspirant à 1 atteindre, en souhaitant d’entrer en contact avec lui, il constatera, durant ces heures de méditation, que le mental inférieur s'apaise et se trouve plongé dans un état de sérénité ; qu’il perd le sentiment des impressions du monde extérieur et que son état supérieur de conscience resplendit comme une lueur interne — cet état supérieur de conscience de l’individualité qui se reufl compte de ce qu’elle est. Lorsque le mental inférieur s'apaise ainsi, lorsque sa turbulence est vaincue, il devient comme un lac tranquille qu'aucun vent ne saurait troubler, qu'aucun courant ne saurait faire mouvoir. Ce lac ressemble à un miroir ; de même que le soleil
projette la splendeur de ses“ rayons sur la surface limpide et tranquille de cette sorte de miroir et se réfléchit dans ses eaux paisibles, de même l'état supérieur de conscience se réfléchit sur le miroir que forme le mental inférieur apaisé.
L'homme sait alors, non plus par ouï-dire, mais par expérience personnelle, qu'il est lui-même quelque chose de plus que ce mental qu'il a apj)ris à connaître comme étant rintellect, que son état de conscience est supérieur à l’état de conseience éphémère du mental. Il commence alors à lui être possible de s’identifier avec ce qu’il y a de supérieur en lui et d’entrevoir, ne fût-ce que pour un instant, la majesté du Soi. N’oubliez pas, en effet, que les Ecritures vous enseignent toujours que vous êtes, vous-mêmes, fessence supérieure et non l’inférieure. Que veut dire, en effet, cette déclaration que nous lisons dans la Chhâudogyopanishad et autre part aussi: « Tu es Brahma ». « Tu es Cela »;? et ce que les Bouddhistes répètent aussi : u Tu es Bouddha »? Cela ne sera jamais un fait poViV votre conscience, si parfaitement que vous vous en rendiez compte au point de vue intellectuel, jusqu’à ce que vous ayez transformé, par la méditation, le mental inférieur en un miroir où puisse se réfléchir le supérieur. Ensuite, une nouvelle phase de méditation vous fera atteindre l'identification consciente avec le mental supérieur et vous saurez alors ce que tous
les grands Maîtres ont voulu dire par cette célèbre phrase qui comporte l’affirmation du principe divin inhérent à 1 homme.
Lorsque Ton met journellement ces principes en pratique, durant des mois et des années sans interruption, ils finissent par imprégner toute la vie et deviennent constants, au lieu d'être momentanés. D'abord restreints aux heures de méditation, ils s’étendent ensuite à la vie que l'on mène dans le monde. Vous pourriez dire: comment me serait-il possible d’avoir conscience de cela, pendant que je suis occupé dans le monde matériel ? Comment pourrais-je continuer à avoir conscience du mental supérieur, lorsque le mental inférieur est en pleine activité? Ignorez-Aous donc que lorsque vous venez vous courber devant les autels, votre corps peut être occupé à offrir des fleurs, tandis que votre mental reste concentré sur la Divinité même? Votre corps matériel est bien actif, cependant votre pensée ne se porte pas sur les Heurs que vous oflVez, mais sur Celui auquel vous les offrez. Les mains s'acquittent parfaitement de leur devoir d'ofiVir des fleurs, bien que les pensées du mental restent concentrées sur la Divinité elle-même. Il en est de même dans le monde matériel des hommes ; vous pouvez offrir les fleurs du devoir en menant une vie constamment active, une vie de labeurjournalier ; vous pouvez offrir ces fleurs matériellement et mentalement.
en remplissant de votre mieux vos devoirs dans le inonde mate^riel, tandis que vous restez, vousmêmes, constamment plongés dans la méditation et dans l'adoration. Apprenez à séparer votre conscience supérieure de votre conscience inférieure, à vous séparer de votre mental et vous finirez par acquérir la faculté de vous acquitter de vos activités mentales sans qu’elles vous fassent perdre de vue le Moi » réel; le mental s’acquittant parfaitement des devoirs qui lui incombent, tandis que le Soi reste sur un plan plus élevé. Vous ne quitterez jamais, le sanctuaire interne, quelle que soit l'activité de votre vie matérielle dans le monde des hommes. C'est de cette façon qu'un homme se prépare à devenir un disciple.
Il y a une autre phase sur laquelle il nous faut jeter un rapide coup d’œil ; c’est celle que j appelle le côté intellectuel de la méditation, celui qui a trait à l'édification graduelle et consciente du caractère. Reportons-nous encore au grand traité de Karma-Yoga, aux enseignements de Shri- Krishna dans la Bhagavad Gtià. En lisant le XVI® chapitre, nous y trouvons la longue liste des qualités qu’un homme doit développer en luimême, afin de les posséder dans une incarnation future. Elles sont appelées les « facultés divines » et le Maître dit à Arjouna : ((Tu es né avec des facultés divines, ô Pândava. » Or pour posséder ces facultés divines dans des existences futures,
vous devoz les développer durant votre existence actuelle. Afin de les apporter avec vous en naissant, vous devez les créer graduellement durant vos existences successives et riiomme de ce monde qui désire savoir de quelle façon il peut édifier son caractère, ne peut mieux faire que de prendre cette liste des qualités requises, des facultés divines qui sont nécessaires au disciple et de les • développer une à une durant sa vie journalière, par la double méthode fie la méditation et de l'action. Une de ces qualités, par exemple, est la pureté. Comment un homme peut-il développer en lui la pureté ? En la mettanlau nombre des sujets sur lesquels il médite tous les matins et en se rendant bien compte de ce que u pureté » veut dire. Aucune pensée impure ne doit jamais reffleurer ; aucune action impure ne doit jamais le souiller ; d doit rester pur au triple point de vue des pen sées, des paroles et des actions. C’est là le triple devoir que je vous ai rappelé un jour et dont la triple corde que porte le Brahmane est l'emblème. L'homme doit, le matin, songer à la pureté comme à une chose désirable qu'il faut atteindre, puis garder le souvenir de cette méditation du matin, lorsqu'il se livre à ses occupations. 11 doit surveiller ses actions ; il ne permettra à aucune action impure de souiller son corps; il ne commettra aucun acte impur de toute la journée, car il scrutera chacune de ses actions, afin qu’aucun-
contact impur ne puisse la souillef. II doit surveiller ses paroles et ne prononcer aucun mot impur : dans sa conversation, il ne fera allusion à aucun sujet impur, jl ne permettra jamais à sa langue de se salir par une insinuation malpropre. Toutes ses paroles seront assez pures pour qu'il puisse se permettre, au besoin, de les proférer en présence de son Maître, ce Maître dont l'œil aperçoit la trace d'impureté qui échapperait aux regards du commun des mortels. Il fera en sorte que chacune de ses paroles soit la plus pure qu'il lui soit possible d'articuler et il ne souillera jamais, ni lui-méme, ni autrui, par un seul mot ou une seule phrase impliquant une insinuation impure. Ses pensées seront toujours pures ; il ne tolérera jamais qu’une pensée malsaine occupe son mental et, si elle lui vient, il l'en chassera immédiatement. De plus, sachant qu’elle n'aurait pu lui venir si son mental n'avait renfermé quelque chose qui l'attirât, il s’empressera de le purifier afin qu’aucune pensée malsaine, émanant de qui que ce soit, ne puisse plus en forcer l’entrée. Sa surveillance s’exercera ainsi, sur ce point spécial, durant toute la journée.
Il prendra ensuite la vérité pour sujet de sa méditation matinale ; il pensera à la vérité, à son importance dans le monde, dans la société, dans son propre caractère, et lorsqu’il ira au milieu des hommes, il ne commettra jamais une action sus-
cepiible di‘ tromper, il ne prononcera jamais an mot exprimant une idée fausse. Non seulement il ne mentira pas, mais il ne dira jamais rien d'inexact, parce que, cela aussi, c’est exprimer quelque chose de faux. Raconter d’une manière inexacte ce que vous avez vu,c’est encore mentir. Toute exagération, tout enjolivement d un récit, tout ce qui n’est pas parfaitement compatible avec les faits, tels ([u'il les connaît,doit être écarté par celui qui voudrait devenir un disciple. Ses pensées, elles-mêmes, doivent être conformes à la vérité. Il doit veiller à ce que chacune d’elles soit aussi vraie que possible, afin que son mental ne soit pas souillé par Tombre même d'une fausseté. Il en est de même de la compassion. Il méditera sur cette vertu le matin et s’efforcera de la pratiquer durant la journée. Il fera preuve de la plus grande bonté envers ceux qui vivent autour de lui ; il rendra tous les services qu’il est en son pouvoir de rendre, à sa famille, à ses amis et a ses voisins. Il s'efforcera de soulager tous ceux qu'il voit dans le besoin ; il tâchera de consoler tous ceux qu'il sail dans rafffiction ; il fera en sorte; d’alléo-er les misères qu’il rencontrera. Non seulement
il pensera à lacompassion, mais il mènera une vie toute de compassion, de façon à faire de cette qualité une des parties intégrantes de son caractère. De même encore pour la force d’âme. Il méililera sur la noblesse de l’homme lort, qu aucun
événement n’est capable d’abattre ou d’enorgueillir, que le succès ne saurait rendre joyeux, ni l’insuccès malheureux ; de l’homme fort, qui n’est pas à la merci des circonstances, qui ne saurait être triste aujourd’hui, parce que la situation est difficile, et joyeux demainparce que tout va bien. Il cherchera à être toujours équilibré et fort et mettra ce principe en pratique dans toutes les circonstances de la vie. S’il se trouve en présence de soucis, il songera aux choses éternelles, au milieu desquelles les soucis n’existent pas ; s’il subit une perte d’argent, il pensera aux trésors de connaissances que rien ne peut lui faire perdre ; si la mort lui ravit un ami, il se souviendra qu’aucune âme ne peut mourir, que le corps qui périt n’est qu’une sorte de vêtement dont on se débarrasse lorsqu’il est usé, pour en prendre un autre,et qu’il retrouvera un jour son ami. De même pour toutes les autres vertus, telles que l’empiresursoi-même, le calme, l’intrépidité — il méditera sur ces vertus et les mettra en pratique. Non pas toutes à la fois. Aucun homme vivant en ce monde ne pourrait employer un temps suffisant à méditer, tous les jours, sur chacune de ces vertus, mais il les prendra une à une et identifiera son caractèreavec elles. Travaillez avec constance ; ne vous laissez pas effrayer par le temps que vous consacrez à cela; ne vous laissez paS'Cffrayer par le mal que cela peut vous donner. Ce que vous édifiez, c’est pour l’é-
lernité que vous l’édifiez et vous pouvez bien vous montrer patients, lorsque l’éternité s’ouvre devant vous. Tout ce que vous gagnez, vous le gagnez à jamais. La méditation seule et la pratique seule sont insuffisantes pour la formation du caractère. Les deux doivent marcher de pair; les deux doivent faire partie de la vie journalière et alors il en résulte la formation d’un noble caractère.
L’homme qui s’est ainsi formé, l’homme qui a ainsi fait tout son possible, qui a consacré son temps, ses pensées et ses peines à se rendre digne de trouver le Maître, cet homme le trouvera assurément ou plutôt le Maître le trouvera et se manifes- .tera à son âme. Vous imaginez-vous donc, dans votre aveuglement et votre ignorance, que ces Maîtres désirent rester cachés? Vous illusionnezvous au point de croire qu’ils se cachent,de propos délibéré, aux yeux des hommes,afin délaisser l’humanité trébucher sans secours, et qu’ils ne désirent ni f aider ni la guider? Je vous le dis en vérité, quelque puissant que soit votre désir de trouver votre Maître, Celui-ci est mille fois plus constant dans Son désir de vous trouver, afin de pouvoir vous aider. Abaissant Leurs regards sur ce monde, les Maîtres constatent qu’il leur faudrait de nombreux aides, et qu’ils en ont bien peu. Les masses périssent dans l’ignorance ; il leur faudrait des instructeurs, et elles périssent par myriades, car il n’y a personne pour les aider. Les grands Maîtres
ont besoin de disciples vivant dans Je monde matériel et y apportant, après avoir été instruits par Eux, deg secours pour ceux qui soutirent, du savoir pour ceux dont le mental est obscurci. Ils cherchent constamment à découvrir, de par le monde, une âme qui soit désireuse d'être aidée et qui soit prête à Têtre. Ils ont toujours les yeux fixés sur ce monde, afin de pouvoir répondre de suite à l’appel des âmes, qui sont prêtes à Les recevoir et ne Leur fermeront pas les portes. Car nos cœurs Leur sont fermés à triple veri*ou, pour les empêcher d’entrer. Et ils ne peuvent cepen^ dant enfoncer les portes et entrer de force. Si un homme ferme les portes à clef, après avoir choisi sa voie, nul autre que lui ne peut tourner cette clef. Nous sommes enfermés par nos désirs mondains, par notre avidité ][)Our les choses terrestres: nous sommes enfermés sous la triple clef du péché, de l’indifférence et de la paresse. Et îe Maître attend que la porte lui soit ouverte, afin qu’il puisse en franchir le seuil et éclairer notre mental.
« Vous me direz : comment distinguent-ils, au milieu de myriades d’hommes, fâme qui travaille pour Eux et qui se prépare à Les recevoir ? » La réponse a déjà été donnée, sous forme d'une métaphore icelle d’un homme placé sur le sommetd’une montagne et jetant ses regards sur les vallées environnantes. Il aperçoit une lumière qui brille dans
une maison, parce que sa lueur se détache au milieu des ténèbres qui l’eîdourent ; de même, 1 âme qui s’est préparée brille, au sein des ténèbres du monde, d’un éclat qui attire l'attention du \eilleur, debout sur le sommet de la montagne.
H vous faut éclairer votre âme, afin que le Maître puisse l’apercevoir. II veille toujours, mais c’est à vous à donner le signal, afin qu'il puisse devenir votre Maître et diriger vos pas sur la voie: Vous comprendrez peut-être à quel point c’est nécessaire, lorsque nous aurons terminé l'élude que nous avons encore à faire, lorsque je vous aurai décrit le travail du disciple et expliqué ce qu’il peut accomplir, mais permettez-moi de vous quitter ce matin sur cette pensée, que je désirerais graver dans votre mental. Le Maître veille et attend. Il désire vous trouver et vous instruire; vous avez le pouvoir de L’attirer à vous et vous seuls pouvez Lui permettre de venir vous aider. Il peut frapper à la porte de votre cœur,mais c est à vous de prononcer les paroles qui L invitent a y entrer. Si vous suivez la voie que je vous ai tracée ce malin, si vous apprenez graduellement le contrôle du mental, la méditation et l’édification du caractère, vous aurez prononcé le triple mot qui permet au Maître de Se révéler. Lorsque ce mot est murmuré dans le silence de 1 âme, le Maître lui apparaît ; elle est aux pieds de son Gourou enfin trouvé.
La voie du noviciat. — Les Quatre initiations
La tâche que nous avons à remplir ce matin, mes frères, est fort difficile. Dans les deux conférences précédentes j'ai parlé de l’existence que mènent habituellement les hommes de ce monde et je vous ai montré comment ils pouvaient, tout en vivant de leur vie habituelle, se préparer graduellement à des phases supérieures de l'évolution ; comment ils pouvaient s’exercer peu à peu, dans le but de progresser et d’avancer avec plus de rapidité. Aujourd hui, par contre, nous avons à nous élever au-dessus de la vie des hommes, dans le sens ordinaire accordé à ce mol — non pas en ce qui concerne l’apparence extérieure, mais en ce sens que c’est la réalité de la-vie interne que nous avons à étudier.
Les phases du progrès humain dont il va être question sont des phases distinctes et déterminées, qui conduisent l’homme au delà de la vie de ce monde, pour l’élever jusqu’à celle des régions
supérieures, qui le font sortir de riiumanité ordinaire, pour le hausser jusqu'à une humanité toute divine.
C est précisément parce que leur étude doit, forcément nous faire dépasser les bornes des connaissances habituellement acquises, que la tâche est, comme je vous le disais, plus difficile, et pour vous qui écoutez, et pour moi qui parle. En effet, pour traiter ces questions élevées, il faut nécessairement faire intervenir des facultés d un ordre supérieur, et les mieux placés pour suivre ces hauts enseignements seront ceux qui auront déjà tenté, dans une certaine mesure, cette purification de la vie et cette édification du caractère à l’étude desquelles nos deux précédentes matinées ont été consacrées.
Je vou^ ai amenés, hier, jusqu’au point où 1 homme, après s’être attaché à améliorer sa vie et à contrôler ses pensées, afin de se préparer pour le rôle de disciple, a attiré l’attention d’un grand Maître, d un Gourou, et se trouve en état de traverser les premières phases de la vie du disciple. Ce ’sont ces premières phases dont nous allons d abord parler ce matin. Quelque vaste que soit le dois ensuite essayer de passer en revue la vie entière du Disciple, du chelâ.
Les premiers stages constituent ce qui a été appelé « la voie du INoviciat », c’est-à-dire le stage de mise à 1 épreuve, distinct de celui par lequel
on passe en qualité de chelâ accepté. Pendant la durée du temps d’épreuves, nous constatons certains progrès et l'acquisition de certaines qualités déterminées, progrès qui ne sont pas aussi marqués que ceux que l'on accomplit sur la Voie proprement dite, sur la voie du chelâ reconnu et accepté. En parcourant la vraie Voie, la Voie au cours de laquelle il n’est pas seulement reconnu par son Maître, mais Le reconnaît lui aussi, le Disciple passe par quatre stades absolument distincts, désignés par des noms ditTérents et séparés par des Iniiiations spéciales. Dans la voie du noviciat, les stades sont indiqués, mais ne sont pas séparés d'une manière aussi nette. On peut les considérer comme se déroulant simultanément, plutôt que comme se succédant les uns aux autres. Le chelâ provisoir^^, ainsi que nous pouvons appeler celui qui s’engage dans les stades de cette voie, n est pas supposé devoir exécuter dans la perfection tout ce qu’il commence à mettre en pratique. On veut qu'il essaie, mais on ne réclame pas de lui l’exécution parfaite. Il su fût qu’il soit de bonne foi et que ses efl'orts soient soutenus ; qu’il ne change pas d’avis et ne perde pas de vue le but qu’il se propose. Beaucoup de facilités, comme nous disons pour les aflaires de ce monde, lui sont données, en raison même de la fragilité et de la faiblesse humaines et du manque de savoir qui l’empêche encore d’avancer. Les
peines qu*il endure, les épreuves auxquelles il est soumis, sont les peines et les épreuves que Ton rencontre dans la vie ordinaire, des difficultés de toutes sortes et de toutes natures, au sujet desquelles j'aurai un mot à dire tout à 1 heure, mais ne sont nullement les mêmes que les difficultés rencontrées sur la voie véritable. Les stages de la voie du noviciat, si mes souvenirs sont exacts, ont été décrits il y a quelques années, d’après les enseignements bien connusdes Hindous, par un Brahmane, membre de la Société Théosophique, Mohmi Mohun Chatterji, de Cab cutta, qui se trouvait alors en Angleterre. Ildécrivaitce que l’on a appelé les premiers progrès que les hommes doivent forcément accomplir, aidés dans une certaine mesure par leurs Instructeurs, mais, généralement, à leur insu — c’est-à-dire sans en avoir conscience dans leur état normal de veille ; le chelâ s’imagine qu'il gravit seul le sentier et qu’il n'a à compter que sur ses propres forces et sur sa propre énergie. Je n’ai pas besoin de dire que c’est là une illusion due à son aveuglement et à son ignorance, car son Maître a les yeux sur lui, bien qu’il puisse l’ignorer à l’état de veille consciente, et une assistance continue lui est donnée du haut des plans supérieurs de l’être,, assistance qui se fait sentir dans sa vie, bien qu’elle puisse ne pas se laisser clairement voir à son mental éveillé.
Nous allons voir maintenant qiie les qualités requises, dont nous avons parlé comme étant préparatoires, dans le sens général du mot, prennent une forme plus distincte dans la voie du noviciat.
La première qualité est le produit des épreuves par lesquelles l'homme a passé ; elles éveillent et développent en lui Vivéka^ ou le discernement, la faculté de distinguer le réel du chimérique^ réternel du transitoire. Jusqu à ce qu'il l’ait acquise, il restera enchaîné à la terre par l'ignorance, et les choses de ce monde exerceront sur lui toutes leurs séductions et leurs charmes. Ses yeux doivent s’ouvrir et il lui faut franchir le voile de Mâyâ, au moins assez pour estimer les choses de la terre à leur juste valeur, car c’est de Vivéka que naît la seconde qualité.
Vâirâgya .— Je vous aidéjà fait remarquer qu'un homme doit commencer par s’exercer à ne plus tenir compte de ce que peuvent lui rapporter ses actions. Il doit s’étudier à accomplir ses actions comme on remplit un devoir, sans aspirer continuellement à un gain personnel quelconque.Nous supposerons qu'un homme a dû s’exercer à cela durant de nombreuses existences, avant que l’on ne réclame de lui ce qu'il doit avoir conquis, dans une très large mesure, avant que rinitiation ne soit possible, c’est-à-dire une complète indifférence pour les choses de la terre. L’indifférence pour
l6s choses de la terre, riiidifTéreiice pour les choses de ce monde, en un mot Vâirâgya, est la seconde des qualités requises de l’aspirant chelâ, sur la voie du noviciat. Il a déjà développé Vivéka et, comme nous venons de le voir, c’est la faculté de distinguer le réel de l’illusoire, le transitoire du permanent. Or, lorsque le sentiment du réel et du permanent s’est emparé du mental humain, il ^ n résulte forcément que les choses de ce monde p6i dent tout attrait pour lui et qu’il n éprouve plus que de l indifïérence à leur égard. Lorsque l’on perçoit le réel, le chimérique devient si insuffisant ! lorsque Ton distingue le permanent, ne fût-ce que pour un moment, le transitoire semble valoir si peu la peine d être poursuivir! Sur la voie du novi-' ciat, les choses qui nous entourent perdent, toutes, leur pouvoir d attraction etl homme n’a plus besoin de taire un effort pour s’en écarter ; il n’a désormais plus besoin de faire intervenir délibérément sa \olonte, pour s interdire d’agir en vue d un bénéfice. Les choses en elles-mêmes perdent tout pouvoir d attraction : les racines du désir s’atrophient graduellement et toutes choses, comme il est dit dans la Bhagavad Gîta, s’écartent de l'hôte plein d’abstinence qui habite le corps. Non pas tant parce qu il s abstient volontairement, mais plutôt parce que ces choses ont perdu tout pouvoir de le satisfaire d’une manière quelconque. Tout ce qui a de 1 attrait pour les sens s’écarte de
lui, à cause de l’entrainement dont nous avons parlé et par lequel il a passé.
Voyant désormais les^choses sous leur aspect transitoire, il va de soi que son indifférence pour elles finit par donner forcément naissance à cette qualité qu’il s’est si longtemps efforcé d’acquérir, <;-est.-à-dire à l’indifférence pour les résultats, car ces résultats ne sont eux-mêmes que d’autres choses.Les résultats sont compris parmi les choses dont il reconnaît la nature transitoire et chimérique, depuis qu’il a connaissance du réel et du permanent.
Il faut alors s’assimiler la troisième des qualités requises sur la voie du noviciat r le
sextuple groupe de fabultés mentales, ou d attributs mentaux, qui apparaît dans la vie de celui que nous pourrions appeler le Pandidat chelâ. Il a lutté longtemps pour arriver à gouverner ses pensées de la façon qui nous est familière. Il a mis en pratique toutes les méthodes dont nous avons parlé hier, pour arriver au contrôle de soimême, pour s’accoutumer à la méditation et pour travailler à l'édification de son caractère. Cette pratique l’a désormais mis à même de manifester dans l’homme réel — car nous nous occupons île l’homme réel et non pas de l’apparence illusoire — de manifester dans l’homme réel, Shâma, ou le contrôle du mental, cette discipline exacte des pensées, cette claire compréhension de leurs effets
€t des rapports qu’elles établissent entre lui et le monde qui l’enloure, suivant qu’elles visent ail bien ou au mal. Par le seul fait de la certitude qu’il a de pouvoir aider ou troubler l’existence d’autrui, au moyen de ses propres pensées,‘ de pouvoir entraver ou faciliter l'évolution de la race, il devient, de propos délibéré, un coopérateur du progrès humain et du progrès de tous les êtres qui évoluent dans les limites du monde auquel il appartient. Et cette discipline des pensées — qui est désormais l’état normal de son mental — le prépare, comme vous le verrez, à devenir un véritable chelâ, dont toutes les pensées doivent être utilisées pour les travaux du Maître et dont le mental doit suivre, presque sans elforls, les sillons qui lui ont été tracés parla volonté.
De cette discipline des pensées, si solidement établie maintenant, découle inévitablement JDdmn, le contrôle des sens et du corps, ou ce que nous pouvons appeler la discipline de la conduite. Avez-vous remarqué que, lorsque l’on ti’aite des questions en se plaçant au point de vue occulte, elles sont l'envei-sées par rapport à ce qu’elles seraient au point de vue ten-estre ? Les hommes de ce monde attachent plus d'impoidance à la conduite qu’à la pensée. Les occultistes, au contiaii-e, mettent la pensée bien au-dessus de la conduite. Si la pensée est droite, la conduite sera
inévitablement pure ; si la pensée est disciplinée, la conduite sera certainement bien contrôlée et bien dirigée. L’aspect matériel, c'est-à-dire l'action, n’est que la traduction de la pensée intime qui, dans ce monde de la l'orme, revêt l'apparence de ce que nous appelons l'action ; mais sa nature est le produit de la vie interne et son apparence est coulée dans le moule que lui fournit l’énergie, sa véritable productrice. Le monde Aroupique est le monde des causes, tandis que le monde Roupique n’est que celui des effets. C’est pourquoi le fait de discipliner la pensée a pour corollaire obligé la discipline de l'action, qui n’est que son expression naturelle et inévitable.
Le troisième attribut mental qui caractérise cette manière d'être de l'homme intérieur est Oaparati. dont la meilleure traduction serait; une tolérance large, noble et soutenue, — j’emploie le mot tolérance dans le sens le plus large que vous puissiez lui donner, — une tolérance pour tout ce qui l’entoure, une sorte de patience sublime capable d'attendre et de comprendre et qui, par suite, ne réclame de personne plus qu’il ne peut donner. Cela constitue aussi une préparation à une phase très marquée sur la voie du véritable Clielâ. Cette manière d’être de rhomme, cette attitude pleine de tolérance, le rend capable de créer des facilités à chaque personne et à chaque chose ; lui montre tous les hommes, non
leur aspect extérieur, mais sous leur aspect intérieur ; lui permet de discerner leurs aspirations, leur désirs et leurs motifs, au lieu de s'arrêter aux grossiers et fréquents contre-sens des aspects qu’ils revêtent dans le monde matériel. L homme apprend à exercer la tolérance religieuse vis-àvis de toutes les religions; à tolérer les usages de toutes sortes et les diverses traditions des hommes. Il comprend que ce ne sont que des phases transitoires que les hommes tiniront par franchir et il n’est pas assez déraisonnable pour attendre de l’humanité, encore dans l'enfance, cette largeur et cette hauteur de vue, ce sentiment de patience plein de dignité qui est la caractéristique de l'humanité, dans sa période virile et non pas durant les premières phases de son développement. Cette attitude du mental doit être sans cesse entretenue par l’homme qui approche de l’Initiation et il doit acquérir cette tolérance par une connaissance approfondie de la vérité; il doit être à même de la discerner jusque sous le voile des apparences trompeuses. Remarquez-vous que, durant tout le parcours de la voie du noviciat, le grand changement qui s’est opéré dans l’homme n est autre que Faurore du sentiment de la réalité ? Il n’est plus trompé par les apparences, comme il l’était auparavant. A mesure qu’il se développe, il perçoit mieux la réalité et se débarrasse peu à peu de l’illusion. Il se délivre de tout
assujétissement aux apparences et reconnaît la^ vérité, quelle que soit la forme illusoire dont elle se couvre.
La facultéquidistingue ensuite son état mental esiTitiksha, rendurance, le pouvoir de supporter avec patience tout ce (jui arrive et l'absence totale de tout ressentiment. Souvenez-vous que j'ai appelé votre attention sur ce pouvoir, comme sur une faculté que Ton doit s’efforcer d'acquérir: que je vous ai expliqué comme quoi l'homme devait se délivrer de toute tendance à se sentir offensé, qu'il devait développer en lui-même l'amour, la compassion et le pardon, et que ce développement aurait pour résultat un état mental ferme et bien déterminé. Ainsi donc rhomme intérieur se délivre de tout ressentiment—ressentiment envers quoi que ce soit, envers les hommes, envers les circonstances, envers tout c? qu- l’entoure dans la vie. Pourquoi? Parce qu’il voit la vérité et connaît la Loi ; parce qu’il voit, par conséquent, dans les circonstances qui l'entourenl, quelles qu’elles soient, les effets de la bonne Loi. Il sait que les hommes, quelle que soit leur conduite à son égard, ne sont que les agents inconscients de la Loi. II sait que tout ce qui peut lui arriver dans cette vie a été créé par lui dans le passé. Aussi, ce qui caractérise sa manière d’être, c'esl l'absence de ressentiment. Il a acquis le sens de la justice et rien ne peut plus le mettre en
colère, car rien ne peut rallcindre s il ne l a patii mérité ; aucun oLslacle ne peut se trouver sur sorf chemin, s'il ne l'y a placé lui-méme dans ses existences précédentes. Nous voyons donc qu'aucun chagrin, ni aucune joie, ne peuvent plus le détourner de sa voie ; que la présence d’aucun obstacle sur sa route ne saurait le faire changer de direction. îl voit la route et la suit : il voit le but et il y court. 11 ne suit plus une direction vague et indéterminée, allant tantôt d un côlé. tantôt d’un autre, mais il suit, d'un pas ferme et décidé, la voie qu-il a choisie. Le plaisir ne saurait l’en détoîirrier ; la douleur ne saurait la lui faire abandonner, li ne se laissera décourager, ni par la Iristesse, ni par le vide, ni par le néant; aucun appel ne saurait l'induire à s’écarter de sa route, sauf celui duGou-* rou jusqu'aux pieds duquel il cherche à arriver. Etre incapable de se laisser détourner, avoir Ier force de tout endurer; ah î certes ! voilà des qua-* lités dont il a besoin sur la voie du noviciat. J’ai parlé, en elfet, des éprimves dont sa route sera semée et il est bon que je vous fasse comprendra le pourquoi de ces diffi^niltés. L'homme qui s'e.sl engagé sur la voie du noviciat se propose d'accomplir, durant un nombre très limité d'existences, ce que T homme de ce monde mettra des centaines d’existences à accomplir. 11 fait^comme l'homme qui, voulant atteindre le sommet d'une montagne, refuse de-suivre la route qui s'élève
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en spirales et se dit : « Je vais monter tout droit sur le flanc de la montagne. Je ne veux i)as perdre mon temps sur ce chemin battu et sinueux qui est si long ; sur cette route immense dont presque tout le parcours, battu par les myriades de pieds qui le foulent, est uni et commode. Je prendrai le chemin le plus court , le plus rapide, droit sur le flanc de la montagne. Qu importent les difficultés; j’escaladerai la montagne. Quels que soient les obstacles, jdrai de l'avant 1 si je vois des précipices, si je vois des murailles de rochers, je passerai par-dessus ; s’il y a des obstacles ou des blocs de rochers sur ma route, je m’arrangerai de façon à les franchir ou à les tourner, mais j’entends gravir le flanc de cette montagne. » Que résultera-t-il de cela ? H se trouvera entouré par mille fois plus de difficultés. Le temps qu'il gagnera, il devra le payer en se donnant du mal pour vaincre les difficultés de sa tâche. L’homme qui s’engage sur la voie du noviciat est comme celui qui a choisi le chemin le plus court pour atteindre le sommet de la montagne, et il attire sur lui-même tout le Karma qu'il a amassé jadis et dont il doit se libérer dans une large mesure, avant de devenir digne de f Initiation. Les Seigneurs de Karma, — dispensateurs de la Loi karmique et que l'on a parfois appelés les Archivistes de Karma, ou gardiens des archives de fAkâsha, dans lesquelles sont inscrites toutes
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ces puissantes Intelligences qui nous dominent de si haut, dont la grandeur majestueuse dépasse
tellement les limites de-notre compréhension, que notre raison est incapable de s en taire une idée — ces grands Êtres, ces Êtres divins ouvrent, en quelque sorte, un compte à chaque individu. Ils ont sous Leurs yeux omniscients le compte de chaque vie humaine et ce compte, il tant 1 acquitter en grande partie avant de franchir la porte del Initiation. Et lorsqu’un homme, un aspirant sérieux s’engage sur la voie du noviciat, lorsque, de son propre mouvement, il y met le pied, ce fait même constitue un appel aux .puissants Seigneurs de Karma, pour leur demander d'établir le bilan de ce qu'il doit et de lui présenter le compte karmique qu’il est tenu d'acquitter. Dans ces condiüons, est-il étonnant que cette voie soit semée de difficultés ?Le comptekarmiquequi auraitdûs’étendre 'sur des’ centaines d’existences doit être soldé en quelques-unes, en une seule peut-être, et il en résulte naturellement que la voie est difficile à parcourir. L’homme se trouve au milieu de chagrins de famille, accablé de difficultés dans'ses affaires, en proie à des troubles intellectuels et physiques ; vous étonnerez-vous alors, si je dis qu’il lui faut de la fermeté pour continuer à avancer sur la voie du noviciat, au lieu de rebrousser chemin,et pour ne pas se laisser aller au découragement? Tout
p(Hit par<ïîlre cons[)irer coiitie lui. Il peut lui sembler que son Maître la abandonné. Pourquoi i?eiait-il accablé par tout ce qu’il va de pire, alors quil s’efforce de faire pour le mieux ? Pourquoi serait-il assailli par toutes ces difficultés et 1 ou tes qes soufirances, alors qu'il mène une vie meilleure que toules celles qu’il a menées? — cela paraît si .injuste, si dur, si cruel, de se voir traiter plus ilurement que jamais jiar la Destinée, alors que J on vit plus noblement que Ton n’a jamais vécu! 11 doit sortir victorieux de l épreuve, sans pertnettre à la iiioindre idée d'injustice de pénétrer jusque dans sa vie intérieure. 11 doit se dire:
« C’est le résultat de ce que j'ai fait ; j'ai réclamé mon Karma, il n’y a donc rien d’étonnant à ce que je sois invité à l’acquitter. » Il a, du reste, la consolation de penser que la dette qu'il paie ^st payée pour toujours et, qu’une fois vécue, elle ne peut plus jamais venir le troubler. Chaque dette karmique qu'il paie est rayée pour toujours sur le grand-livre de sa vie. De celle-lè, au moins,, il est débarrassé. En sorte que si la maladie l’aba t, il songe qu'il est bon de se délivrei* de ce grand souci ; s’il se trouve assailli par la douleui* et l’anxiété,il accepte ces épreuves et .se dit : « J'aurai cela derrière moi dans le passé et non pas devant moi dans le futur. » Voilà pourquoi il resteplein de joie au milieu des chagrins, plein d'espérance au miii 11 des découragements, à son aise.
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*^ui milicAi des souirrances, car T homme iiiUM ievir -est satisfait de la Loi, heureux de la réponse qui a été faite à sa demande. S il n y avait pas eu de réponse, cela aurait voulu dire que.sa voix ne s était pas élevée jusqu aux oreilles des Grands Êtres, cela aurait voulu dire que sa prière était retombée sur la terre, car ce^ tourments sont la réponse à sa demande. G est ainsi qu au milieu de ces luttes, de ces difficultés, de ces etîorts, il [parvient ù conquérir le cinquième attribut mental qui est :
Shraddhâ, la foi, ou, comme nous pouvonâ 1 appeler, la confiance — confiance en son Maître et en lui-même. Il vous est facile de comprendre comment cela peut être le résultat d’une pareille lutte. Il vous est facile de vous expliquer comment, à l'issue de la lutte, la confiance doit naître, comme une tleur qui s épanouit sous 1 influence combinée du soleil et de la pluie. L homme a appris à avoir confiance en son Gourou, car Gelui-ci lui a fait franchir le sentier épineux et Ta confluit de l’autre côté, là où les portes de rinitiation s’entr’ouvrent devant lui. Il a appris h avoir aussi confiance en lui-même — non pas en son soi inférieur dont il a dompté la faiblesse, mais en son Soi divin dont il commence à constater la puissance. Il comprend désormais ({ue tout homme est divin, que ce que son Gourou <ost aujoud’hui, il le deviendra lui-même au cours
il: i
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des existences qu’il a encore à parcourir. Il a confiance dans le pouvoii- que possède son Maître de l’instruire et de le diriger ; dans le savoir qui rend ce Maître capable de le guider et de l’instruire ; il a aussi en soi-même une confiance, très humble, mais très forte, qui lui donne la conviction réelle de posséder le pouvoir de se pei*fectionner, parce qu’il est lui-même d'essence divine; une confiance qui lui donne la persuasion que la puissance, en lui, est celle de Brahman et suffit à lui faire surmonter toutes les difficultés, à lui faire subir victorieusement toutes les épreuves, quelle que soit la force à déployer, quelque grandes que soient les difficultés à vaincre Le sixième attribut mental Samâdhânâ, la pondération et le calme, la paix du mental, cet équilibre et cette fermeté qui sont les résultantes desqualitésprécédemment acquises. Après la conquête de cette dernière qualité, la voie du noviciat est franchie, le candidat-Chelâ se trouve devant l'entrée et, sans nouvel effort, la quatrième qualité requise fait son apparition :
Moumoukshâ, le désir de l'émancipation, le désir d'obtenir sa libération, qui est comme le couronnement des longs efforts du candidat et qui fait de lui un Adhikari, prêt pour l'Initiation. Il a été mis à l’épreuve et n'a pas été trouvé impropre ; son discernement est fin ; son indifférence n’est pas un dégoût momentané dû à un désappointe-
ment accidentel ; sa condition mentale et morale est élevée — il est mûr, il est prêt pour l’Initiation. Rien de plus ne lui est demandé, il est désormais digne de se trouver face à face avec son Maître, d’affronter la vie qu'il a si longtemps cherchée.
Remarquez bien, avant que nous ne portions la main sur les portes de l'Initiation, que chaque faculté développée sur la voie du noviciat est une préparation en vue de ce qui reste à faire. Ce sont ces facultés morales et mentales qui sont requises — et non pas les « pouvoirs », comme on les appelle, non pas un développement psychique anormal, non pas les Siddhis. (leux-ci ne sont en aucune façon exigés ou demandés. Un homme peut avoir développé quelques-uns des Siddhis (i) et cependant n’être pas prêt pour l’Initiation; il lui faut avoir acquis les qualités morales. Celles-ci sont exigées avec une rigueur que rien ne peut faire fléchir —avec une rigueur, permeltez-moi devons le dire en passant, qui est le résultat de l’expérience même. Les grands Gourous, avec leur profonde expérience de l’humanité, n’ont pas éessé de former, peu à peu, celte humanité et depuis des myriades d’années. Ils savent très bien que les qualités requises pour devenir un vrai disciple doivent avoir leur siège dans le mental et dans les conditions morales et non pas dans le développement
(i) Les Siddhis^ pouvoirs psychiques.
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ifle la nature psychique ; cæ deruier dévêloppcmeid <loit venir à son tour et au moment propice. Pour devenir un disciple reconnu, un chelà accepté, Je mental et le moral doivent être prêts à airronler les regards du Gourou. Les qualités qu’il exige sont celles que nous venons de décrire et ses élèves doivent les lui apporter avant de recevoir la seconde naissance que, seul, Il peut leur conférer. Remarquez aussi que ces qualités impliquent la connaissance et la dévotion — le développement de la connaissance qui permet à Thomme de voir, et le développement de la dévotion sans laquelle? la voie ne peut être parcourue. C'est pourquoi nous lisons dans les Oupanishads que le savoir sans la dévotion est insufiisaiit et que la dévotion ne suffit pas à elle seule : ces qualités sont nécessaires toutesdeux, car .elles sont Les ailes qui permettent au disciple de prendre son essor.
Nous arrivons à la Voie elle-même. Quelques mots sont tombes, de loin en loin, dans le monde matériel, delà bouche de fun des Maîtres au sujet des grandes Initiations qui marquent lés stages de la Voie, après que le chelâ a été accepté par son Gourou , et que le Gourou a pris sur lui de diriger, d'instruire et de surveiller son chelâ ; et nous pouvons découvrir, par-ci, par-là, des allusions indirectes, vérifiées par l'expérience de ceux qui ont franchi rentrée de la Voie, allusions qu'il est permis de répandre dans une petite mesure, non
pour la satisfaction d’une vaine curiosité, mais pour rinstriiction de ceux qui désireraient se préparer à ce grand pas en avant. Tout ce que l'on peut dire au sujet de ces Initiations doit être forv cément imparfait ; ce qu’il est permis de révéler au monde humain au sujet de ces grands mjstèi es ne peut constituer que des renseignements incomplets. Plus d'une question prendra naissance dans votre esprit, au fur et à mesure que je réunirai ces aperçus pour en former un tout bien mince, mais homogène ; plus d’une question vous préoccupera à laquelle la prudence ne permettrait pas de répondre. Comme je vous l'ai dit, ces remseignements ne sont pas fournis pour satisfaire la curiosité ; pour vous donner l’occasion de poser une série de questions et de recevoir une réponse à chacune d’elles ; ces aperçus ne sont destinés (ju’aux aspirants de bonne foi, à ceux qui désirent savoir, afin d'être à incarne de se préparer; à ceux Cjiii désirent comprendre, afin de pouvoir exécuter. Aussi, de loin en loin, des allusions indirectes sontelles faites, donnant des renseignements partiels, qui suffisent comme indication, mais ne sont pas dénaturé à satisfaire une vaine et mondaine curiosité.
• Deux puissants Maîtres figurent dans fhistoire comme ayant donné, à ce sujet, plus de renseignements que tous les autres et chacun d'eux est le Maître d’une religion grande comme le monde.
J’emploie les mois « grande comme le monde », non pas dans le sens de surface étendue, mais au point de vue de leur portée sur les âmes prêles à les recevoir. L'un de ces grands Maîtres fut le fondateur du Bouddhisme, le Seigneur Bouddha; l’an Ire de ces Maîtres fut Shrî Shankarâchârga^ qui fit pour I hindouïsme ce que Bouddha a fait pour les contrées hors de sa portée, en fondant sa foi éxotérique. En ce qui concerne la Voie à suivre, leurs enseignements sont identiques, comme léseraient ceux de tout grand Initié. Chacun d’Eux a établi les mêmes stades; chacun d’Eux a délimité ces stades par des Initiations spéciales qui les séparent de celles qui les précèdent, coinirie de celles qui les suivent. L'enseignement lui-même est parfaitement identique ; les différences ne se remarquent que dans la tournure des phrases qui les adaptent à l'une ou à l’autre des deux religions. Voilà, certes, encore un cas où les hommes devraient apprendre à découvrir la vérité sous toutes ses formes et sous tous ses aspects ; devraient se rendre compte, au lieu de se quereller à propos d’apparences, que sous ces noms divers, simples étiquettes extérieures, se cachent des vérités identiques.
Il y a quatre stades différents, dis-je, et chacun d'eux est caractérisé par une Initiation. Voici maintenant ce que veut dire Initiation : cela signifie l'épanouissement de la connaissance acquise
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grâce à rintervention bien déterminée du Gourou, qui agit comme représentant de Tunique Grand Initiateur de Thumanité, et confère la seconde naissance en Son Nom. Cet épanouissement de la connaissance est, en quelque sorte, la caractéristique de TInitiation, car il donne ce que Ton appelle « la clef du savoir » ; il ouvre à T Initié de nouveaux horizons de savoir et de pouvoir ; il met entre ses mains la clef qui ouvre les portes de la nature. Et dans quel but? Afin que Tlnitié devienne plus utile au monde en général ; afin que son pouvoir de servir les hommes soit augmenté ; afin qu'il puisse se joindre au petit groupe d’hommes qui se SDnt voués à Thumanité et ont renoncé à leur soi inférieur ; qui n'aspirent à rien, sauf a servir le ^laître et Thumanité ; qui savent que le service du Maître et le service de Thumanité ne font qu’un ; qui en ont fini avec le monde et tout ce qu’il peut leur offrir ; qui se sont, enfin, à jamais consacrés au service des Grands Êtres, leur servant d'instrum;;nts de travail, s’ofTrant à être les chenaux par lesquels se déversent leurs secours et leur grâce.
Entre chacune des grandes Initiations, certains résultats donnés doivent avoir lieu — des changements dans l'homme intérieur — mais qui diffèrent beaucoup de ceux que nous avons étudiés jusqu’à présent. Dès qu’un homme a passé par une Initiation, ce qu’il fait doit être accompli dans la perfection ; chaque entreprise doit être
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entièrement parachevée, toute chaîne doit être résolument brisée. Plus de travail imparfait; le disciple ne peut plus avancer avant d'avoir accompli dans la perfection l'œuvre du stage qu'il traverse. Cet état présente donc le caractère déter-. miné, — qu'on ne retrouve nulle part dans la vie, — de parachever chaque phase avant de passer à la suivante. L n travail à moitié fait, une entreprise» incomplète ny seraient pas acceptés. Quehfue temps que cela prenne, le travail doit être absolu mentlerminé avant que l'on puisse faire un nouveau pas en avant. Techniquement, cela s’appelle « briser les chaînes » par lesquelles certaine® choses entravent encore l’âme. A l’extrémité de la Voie se trouve Jîvanmukti ; avoir parcouru la voie,, c’est avoir atteint ce stage dans lequel la vie est libre; en sorte qu'il faut briser complètement toutes, les chaînes, afin que rien ne puisse entraver l'homme vivifié.
La première grande Initiation fait de I homni^? ce que Shri Shankarâchârya a appelé le Parivrâ- Jaka — ce que le Bouddha a appelé le Srotâpatti. Le mot bouddhiste, généralement employé sous sa forme Pâli, veut dire « celui qui est entré dans le courant » qui le sépare de ce monde. Il n’appartient plus à ce monde, bien qu’il y puisse 'dvre ; il n’y conserve plus aucune place, rien ne peut plus l’y retenir
La même idée, exactement, découle du mot Pa-
rivrajaka, « homme errant », c'est-à-dire homme qui n a pas de demeure fixe. Non pas nécessair rement errant dans son corps physique, non pas nécessairement privé de demeure pour son corps physique, ainsi que l'on a fini par traduire le mot en langage exotérique c est l’hômme qui, dans sa vie intérieure, est séparé de ce ràonde"^ qui n a pas de lieu, de séjour fixe dans ce monde transitoire, où un lieu en vaut un autre. 11 est prêt a aller dcKîi de-là, à aller partout où il plaît à son Maître de 1 envoyer. Aucun lieu n a le pouvoir de le retenir, il ne saurait s attacher à aucun endroit, car il a brisé les chaînes qui lient à un em[)lacejiient spécial. C est pour cela qu’il est appelé « 1 lionimé errant ». Je sais naturellement, comme vous le savez aussi, que l’on donne aujourd hui à ce stage un sens tout à fait èxoténque, mais* c’est dans le sens ésotérique que je le considère, dans le sens que lui ont donné les grands Etres qui l’ont institué. Nous savons, hélas ! combien les choses ont changé depuis le temps jadis, comment ce q.ui était alors une des réalités de la vie est devernu aujourd hui une affaire de mots et d’apparencé extérieure. Mais je liens à ce que vous connaissiez les quatre stages de la Voie, tels qu’ils sont décrits par 1 Hindouisme, car certaines personnes s’imaginent à tort qu’ils ont été révélés par ïjdSeUjneur i>owc/(f/za, alors que celui-ci n’a fait que décrire!à nouveau rancienne, l’étroite Voie que tous les Iifi-
liés de rUnique Loge ont parcourue, parcourent et parcourront à Tavenir.
Commençons par la réalité. L’homme qui a traversé le courant, ai-je dit, s'est déiinitivement séparé du monde ; il ne s’en occupe plus, sauf pour lui être utile. 11 ne s’en occupe plus que pour y exécuter les ordres de son Gourou. C’est là la caractéristique delà première grande Initiation de l’homme, qui est né une seconde fois. Dans la majorité des cas, la seconde naissance est conférée hors du corps physique,mais dans un état de pleine conscience : c’est-à-dire que l’homme est généralement initié dans son corps astral, en pleine conscience, tandis que le corps physique reste en étal de Irance ; quelquefois, un chelâ est initié sans qu'il lui soit permis, pour quelque temps, d en avoir connaissance à l’état de veille. Mais, dans les deux cas, ce qui a été acquis ne peut plus être perdu; l'homme ne peut plus être ce qu’il était auparavant. Le nouveau-né peut, pendant un certain temps, n’avoir pas ‘conscience du nouvel entourage au milieu duquel il se trouve, mais il lui est impossible de retourner dans le sein de sa mèrô et de se retrouver dans la position où il aurait été, s’il n’avait pas été mis au monde. De même, l’Initié, qui a passé par la seconde naissance, ne peut plus jamais se retrouver tel qu’il aurait été. si cette seconde naissance ne lui avait pas été conférée et il lui est impossible de prendre, à la vie de
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ce monde, la paît qu'y prennent ceux qui n’ont pas obtenu celte seconde naissance. Il peut s’attarder dans la voie du progrès, il peut avancer lentement, il peut employer plus de temps qu’il n’en faut pour se débarrasser des chaînes qui le lient encore ; mais il ne peut plus ne pas avoir été initié, la clef ne peut plus échapper de ses mains. Il est entré dans le courant; il est séparé du monde; il laut (ju il aille de l’avant, si lentement que ce soit, quel que soit le nombre d’existences qu’il lui laille consacrer à cela.
On a demandé combien il’exislences s’écoulaient entre ce degré et la libération finale, l’obtention de Jîvanmukii. Je me souviens d’avoir entendu dire que Siclnii T. Soubba Row, parlant ici à quelques amis de 1 opinion généraleineul répandue (jue seiit existences devaient être employées à cette partie dn développement du candidat chélâ, fit cette, remarque parlaitement juste et significative : « Il peut en falloir .sept, aussi bien que soixante-dix, comme il peut no falloir que sept jours ou sept heures. » Cela veut dire ; la vie de l’âme ne se chiffre pas par des années et des heures terrestres; le succès d(>pend de son énergie, (le sa torce et de sa volonté. Un homme peut perdre son temps ou remployer de la façon la plus avantageuse et de cela (lej)endronL les progrès qu’il jiourra faire.
.Mais durant ce stage, qui s’ouvre avec la première Initiation et qui finit à la seconde, il y a trois
choses (lifl'éi-enles dont un homme doit se débarrasser absolument, avant d'être à même de Iranchir le second portail. La première de ces choses est rilliisibn de la personnalité. Cette personnalité , doit être détruite ; il ne suffit plus de la dominer, de l'amoindrir, de la tenir en respect, il faut la détruire, la tuer à jamais. L’illusion du soi personnel distinct doit disparaître. 11 faut que le chélâ reconnaisse qu'il ne fait qu'un avec les autres, car le Soi de tous est unique. Il doit se rendre compte que tout ce qui l’entoure est un, l'homme et l'animal, aussi bien que le monde végétal cl les formes minérales et élémentales de la vie. 11 lui faut se délivrer de l'illusion de la personnalité. Vous voyez combien le développement de la connaissance jieut vous secourir en cela ; combien le fait de reconnaître le Soi véritable peut vous aidei h vous débarrasser du faux ; combien la vision du Réel contribue à faire disparaître l’illusoire ; de cette façon, l'illusion de la personnalité peut être absolument détruite. Pouniuoi? Parce que les yeux de l'homme se sont ouverts et que ses regards franchissent le cercle des illusions : il conquiert ainsi sa liberté et se délivre des chaînes que l’on nomme « rillusion de la personnalité ».
Le disciple doit ensuite s’affranchir du doute. C’est le second obstacle, qui l’empêcherait d aller plus loin. 11 doit s'en affranchir d'une manière q,ui est clairement déterminée — en acquérant le
•savoir. Les choses du monde invisible ne doivent, plus être pour lui des questions théoriques ; les grandes vérités de la religion ne doivent plus être pour lui de simples idées philosophiques ; il doit les avoir admises comme des faits réels. Il ne doit plus avoir à se demander le « pourquoi o ou le '<< comment » de quoi que ce soit. Il y a certaines vérités fondamentales delà vie, au sujet desquelles il ne lui est plus possible de conserver le moindre doute. Avant de pouvoir faire un nouveau pas en avant, il doit avoir acquis, au sujet de la grande vérité de la Réincarnation, une conviction assez absolue pour que Tombre même d'un doute ne puisse l’effleurer; la grande vérité de Karma doit être définitivement établie pour lui ; il doit avoir ac({uis une certitude que rien ne saurait ébranler, au sujet de cette autre grande vérité : l'existence <les Hommes Divins, des Jîvanmuktas, qui SGviit les Gourous de l'humanité. Sur ces points, son savoir ne doit plus être théorique, mais réel, mais pratique, afin que l’ombre même d’un doute ne puisse plus jamais obscurcir son mental; la seule situation qui puisse donner cette certitude, c'est celle où la connaissance s’est substituée h la théorie et • où le contact absolu avec la réalité rend désormais impossibles les déceptions provoquées par les illiisions du monde matériel.
La dernière des trois chaînes dont il faille se ^débarrasser entièrement durant ce stade est la
superslitioii. Rendez-vous clairement compte de ce que ceci veut dire et vous comprendrez parfaitement pourquoi Shrî Shankarâchâvya et le Bouddha ont, tous deux, fait usage des noms par lesquels Ils ont respectivement désigné cette phase de la vie du chélâ. Superstition veut dire, au sens technique du mot (sens que j’entends naturellement lui donner), confiance dans les rites extérieurs des sectes pour obtenir l’assistance spirituelle. En ce qui concerne la nature extérieure de ces rites, riiomme perçoii,sous la forme, la vérité qu’ils contiennent et, si la vérité est là, la valeur de l’apparence extérieure dépend de son plus ou moins d’adaptation à ce monde d’ignorance et d’illusion. L'homme s’est élevé au-dessus des aspects exoiériques et des cérémonies : mais vous ôtes familiarisés avec celte idée dans votre vie de tous les jours. Le Sannyâsî est supposé être un homme qui s’est élevé au-d^^ssus de ces choses, un homme auquel on ne les demande plus. Pourquoi en estil ainsi? Parce qu'il est supposé avoir atteint la réalité, parce qu'il est supposé n’avoir plus besoin de ces choses, qui sont les degrés de l'échelle que les hommes doivent gravir; elles sont nécessaires durant les premiers stades — ne l'oubliez pas — c’est une question de développement. Si vous' voulez atteindre le haut d'une maison, il vous faut grav ir l’escalier ou l’échelle; et il serait fou, l'homn e qui dirait : u Je ne veux pas gravir l'escalier par les
marches », à moins qu’il ne possédât un pouvoir e1 une connaissance des lois de la nature, lui permettant de modifier la polarité de son corps et de s'élever au moyen de ce que l'on nomme la lévitation ; — en utilisant l'action de la volonté, au lieu d’employer la méthode, comparativement lente et vulgaire, qui consiste à monter marche après marche. Pour un tel homme, l’escalier est inutile, attendu qu’il peut s’élever à l'aide de sa propre volonté et atteindre le haut de la maison sans employer la lente méthode de l’ascension. Mais il ne s’ensuit nullement que l'escalier soit inutile; il ne s’ensuit pas que d'autres que lui puissent atteindre le haut de la maison en refusant de faire usage de l'escalier. Ils ne sont que trop nombreux, aujourd'hui, les hommes qui, tout en étant incapables de s’élever d'eux-mémes, refusent d’employer l’escalier, oubliant que tant que la volonté n'est pas développée, les méthodes inférieures sont nécessaires, pour peu que l'on veuille arriver à s’élever le moins du monde.
Ceci m'amène à vous dire un mot du « vrai Sannyasî ». Il y a cinq mille ans, comme aujourd'hui, le mot était employé sans la réalité. Même il y a cinq mille ans, au début du Kali Yiiga (i), nous voyons Shrî Krishna ( 2 ) établir une distinction
(1) Kali Yu(ja^ âge noir.
(2) Shrt Krishna. Avalar^<ie Vishnou. •
entre le Saiiiiyâsî apparent et le Sannyâsî réel.. Vous souvenez-vous, qu ayant à traiter ce môme sujet, il a dit : « Celui qui agit par devoir, sans se soucier du résultat de ses actions, est un Sannyâsi et un Yoguî,mais non pas celui qui est sans teu et ne fait rien. » « Celui qui est sans feu », c’est-à-dire celui qui n’allume pas les feux du sacrifice, qui n'accomplit pas les rites et les cérémonies, car on ne les exige plus du Smmyâsi.
Mais, a dit Shri Krishna, « il n’est pas un vrai San nyasi, celui qui ne se fait remarquer que par l’absence de rites et de cérémonies et par 1 inaction dans le monde des hommes ! » Et si cela était vrai il y a cinq mille ans, c’est, liélas î encore bien plus vrai aujourd’hui. Si cela était vrai lorsque le grand Avatar foulait le sol de l’Inde, c’est encore bien plus vrai après cinq mille ans d'obscurité. Si nous embrassons d’un coup d œil le monde oriental tout entier, si nous prenons les Indes elles-mêmes avec leurs innombrables Sannyâsîs, nous trouvons des hommes qui ne sont Sannyâsîs que par le costume qu’ils portent et non pas par la vie qu ils mènent, des hommes qui ne sont Sannyâsîs que par l’apparence extérieure et non en vertu de l enonciations internes. Et si nous quittons le soldes Indes pour nous transporter, par exemple,à Ceylan,, en Birmanie, en Chine ou au Japon, nous y trouvons aussi des moines bouddhistes, qui ne sont moines que par leurs robes jaunes et non par la no—
])lcsseclcleur vie: par l’apparence extérieure et non par la vérité interne. Et s'il reste vrai que la religion soit plus facile à pratiquer ici que dans tout autre pays; s'il reste vrai que les traditions des Indes rendent son sol sacré et son atmosphère [)lus spirituelle que celle des autres pays ; s'il est vrai qu’il s’y trouve des localités si sanctifiées par les existences qui s'y sont écoulées que, même pour l’homme de ce monde, le fait seul de s y rendre ait pour conséquence d’apaiser le mental et d éveiller les aspirations de l’âme ; s’il est vrai que les Indes, à cause de cela, sont à jamais cheries et sacrées, ses enfants, hélas ! sont indignes de ce qu'elle est et ont failli de toutes les manières. Si nous scrutons du regard le monde physique tout entier, nous ne trouvons aucun endroit où la vie spirituelle soit menée d'une façon générale, aucune nation chez laquelle elle soit placée au premier rang. 11 sent son cœur se briser, celui ([ui sait ce ([lie l'homme jiourrait faire et qui voit ce (|uil fait ; celui qui a conscience de ce qui pourrait être et constate ce qui est ; celui qui pçrçoitda vérité et ne trouve ici-bas, hélas! que du mensonge sous des apparences de vérité. Et pourtant, malgré tout, le cœur d'aucun disciple ne doit se briser, car les Maîtres sont à jamais vivants et Leurs disciples conlinuenl à fouler le sol du monde des humains ; mais, aujourd’hui, leur qualité n’est pas indiquée par l'apparence extérieure et par le cos-
liime qu’ils portent, mais par la vie intérieure, le savoir, la pureté et la dévotion qui ouvrent toujours encore les portes de T Initiation.
Mous arrivons maintenant au second stade, à celui que Slirî Shankarâchârya appelle le stade du Koutîchaka, c’est-à-dire de riiomine qui construit une hutte ; et que les Bouddhistes appellent le stade, du Sakridâgâmin, de l'hoinme auquel une nouvelle naissance est encore conférée. Dans ce stade, on n’a plus à briser des entraves déterminées, mais à acquérir certaines facultés. C’est le moment où les Siddhis sont nécessaires. Après la seconde Initiation., ils doivent être développés parce que le disciple a atteint une phase de sa vie où des devoirs très étendus l’attendent, non seulement dans le monde des hommes physiques, mais aussi dans les autres mondes qui rentourent et qui sont en dehors du plan matériel. Il doit être capable de parler, non seulement avec les lèvres, mais aussi en communiquant directement,de mental à mental, et en le faisant consciemment et délibérément. Je tâcherai de vous expliquer demain les différentes sortes de devoirs en présence desquels il se trouve, devoirs qui réagissent sur le monde physique et qui, s’ils étaient parfaitement remplis,—comme cela n est pas le cas aujourd'hui, — changeraient considérablement l’orientation même de la vie matérielle de l’homme. Mais pour pouvoir s’acquitter de cette partie de
sa lâche ; afin de pouvoir se préparer aux devoirs élevés qu’il aura à remplir; lorsque toutes les les sources du savoir lui seront ouvertes et que la Nature aura dépouiUé tout voile assez épais pour lui fermer les yeux, il lui faut, ce stade une fois atteint, développer ses facultés internes et dérouler, une à une, toutes les capacités latentes en lui. C’est durant cette phase qu'il faut, si cela n'a pas été fait auparavant, que le feu latent soit avivé ; c’est durant cette phase que Koundalini (i) doit être amené à fonctionner dans le corps physique et dans le corps astral de l'homme vivifié. Vous pouvez bien lire dans certains livres, comme dans VAnanda Lahiri Shrî Sankarâchârya^ des passages traitant de la façon d’attiser le feu vivant et de le faire passer de chakram en chakram.
En s’éveillant, ce feu confère à l'homme le pouvoir de quitter à volonté son corps physique, car au fur et à mesure qu'il passe de chakram en chakram,il dégage le corps astral du corps physique et le met en liberté. A partir de ce moment, un homme peut, sans cesser un instant d’être conscient, sans qu'il se produise dans son mental la moindre lacune séparant un état de l'autre, quitter son corps physique pour passer dans le monde invisible, y agir d’une façon pleinement consciente et rapporter avec lui, à son retour, le souvenir de
(i) Siddhis : Les pouvoirs psychiques.
l oui ce qu’il y aura accompli. C’est durant ce second stage que tous ces pouvoirs sont développés et évolués^ s'ils n’ont pas été évolués plus tôt; et tant qu'ils ne sont pas en pleine activité, tant qu'ils ne sont pas absolument aux ordres du cliélA, tant que les barrières séparant le monde visible du monde invisible n’ont pas été brisées, le disciple ne peut aller plus loin. Lorsque ces barrières tombent par suite du développement des sens et des pouvoirs latents de riiomme, par suite de l'acquisition des Siddhis, le disciple se trouve prêt à rrarncliir le troisième grand pas dans la voie du progrès, et à entrer dans une phase d’éxistence nouvelle et plus hante. Vous comprendrez facilement tout le tort que des^ hommes mal préparés peuvent se faire à euxmémes, en essayant d'atteindre artificiellement ce stade, avant le moment où l'évolution régulière les y amène ; avant d'etre développés air point de vue spirituel. Il se trouve, dans les écrits, qui ont été publiés, spécialement dans les Tûntrika, bien des aperçus sur lesquels se jettent avidement ceux qui aspirent à posséder des pouvoirs, tout en se préoccupant fort peu de savoir si leurs, capacités mentales et morales les mettent à même de manier correctement ces pouvoirs. Dans plusieurs des Tântras, il y a des vérités cachées, à la disposition de ceux qui peuvent les atteindre, mais les indications superficielles, à cause de leurs.
lacunes, sont souvent trompeuses pour ceux qui n’ont pas connaissance des faits réels et qui n'ont pas de Gourou, pour leur en expliquer les allégories et les réticences. En sorte que certaines personnes,— mettant, dans leur ignorance, ces leçons incomplètes en pratique, dans le but de hâter leur développemenl psychique, avant que leur dé\ eloppement mental et moral les ait mis en étal de le faire avec sécurité, — ces personnes, dis-je, obtiennent en effet des résultats, mais des résultats qui leur font du mal au lieu de leur faire du bien. Souvent elles ruinent leur santé physique, perdent leur équilibre mental, et compromettent leurs facultés intellectuelles, en tentant de cueillir les fruits de l’arbre de Vie avant même qu’ils aient atteint leur maturité ; en essayant de pénétrer dans le Saint des Saints avec des mains souillées et des sens impurs. Dans ce temple, l’atmosphèic est telle que rien d’impur ne peut y subsister : les vibrations y sont si puissantes qu elles brisent tout ce qui est au-dessous du diapason, qu’elles mettent en pièces tout ce qui est impur, tout ce qui n'est pas de nature à s'adapter à leur redoutable activité.
Mais, lorsque sous la direction de son Gourou — car c’est dans cette seule condition que cela devrait être tenté — lorsque sous la direction de son Gourou, le disciple a complètement traversé ce stade, il atteint la troisième grande Initiation,,
celle qui fait de riiomriie ce que Shri Shankarâchârya a appelé un Hamsa,ce que la littérature Bouddhiste appelle un Anâgâmin, Fliomme auquel aucune incarnation n’est plus imposée, à moins, toutefois, que ce ne soit par l’elfet de sa propre volonté. Ce stage — comme l’indique le nom que lui a donné Shrî Shankarâchârya — est celui où l'homme arrive à la conception de l'unité, celui où il apprend qu’il ne fait qu’un avec le Suprême. Ce nom lui a été donné parce que l’expansion de son état de conscience l'a élevé jusqu’à la région de l’univers où cette identité devient un fait acquis et qu’il a obtenu l’expérience du « Je suis Cela ». En perfectionnant ses sens psychiques et leurs rapports avec ses sens physiques, il devient non seulement apte à pénétrer dans les régions où l’on atteint la conception de Tunité, mais encore à rapporter le souvenir de cette conception dans son état normal de veille, et à l’imprimer dans son cerveau physique. Est-il besoin de vous dire qu’il doit perdre le dernier lambeau de désirs terrestres, s’il en conserve encore des traces lorsqu’il arrive à ^e stade ? Durant cette période, il brise donc une dernière chaîne que l’on appelle Kâmarâga, désir teinté — si peu qu'il le soit — d'aspirations terrestres, car lorsque Ton se rend compte de l’unité universelle, tout ce qui est séparé en apparence perd à jamais le pouvoir de décevoir. Le disciple s’est donc élevé bien
au-dessus des limitations de la séparalivité et domine, non seulement ce que nous appellerions icibas les désirs terrestres, mais encore les désirs les plus épurés, les plus spirituels qui se rapportent, le moins du monde,au Soi personnel. Les désirs spirituels,eux-mêmes,abandonnent riiomme qui atteint à une pareille hauteur; même en pensée, il ne peut seséparer des autres, en sorte qu’il ne peut éprouver de désirs spirituels pour lui-même, comme entité séparée,mais seulement pour lui-même comme taisant partie intégrante du tout. Ce qu’il acquiert, c'est {:ovir tous (ju’il Tacquiert ; ce qu’il gagne, c’est pour tous qu'il le gagne. 11 se^'trouve dans une région de l'univers d'où la force descend dans le monde des hommes, et ce qu’il gagne, il le transmet, il le déverse sur tous; il le partage avec tous, lien résult(' ([lie le monde devient meilleur chaque fois qu'un homme atteint a cette hauteur. Tout ce qu'il obtieni est acquis à l’humanité et tout ce qui arrive à portée de ses mains ne lait que passer par elles pour se répandre de là dans le monde des hommes. Le disciple ne fait qu’un avec Brahman el,par suite, avec chacune de ses manifestations ; et il réalise cela parfaitement dans sa propre conscience, et non seulement par ses espérances et ses aspirations. On fait usage d'un singulier mot pour désigner l'autre entrave qu'il brise durant ce stade, on emploie le mot Pâli Patigha, que nous sommes bien obligés, en anglais, de traduire par u haine ».
bien que le mol anglais soit absurde dans ce cas. On veut dire, en réalité, que s’étant identifié avec tous, il n’établit plus de distinction entre les races et les familles, entre les différentes choses de ce monde. 11 ne peut désormais plus éprouver ni amour, ni haine, provoqués par des distinctions extérieures. Il ne peut désormais plus aimer ou haïr quelqu’un, parce qu’il appartient à une race différente, Il ne peut désormais plus aimer ou haïr parce qu il établit une distinction entre les hommes et les choses qui les entourent. Vous vous souvenez de celte curieuse expression de Shrî Krishna. ïor^- (ju il parle du Sage, qui n’établit aucune distinction entre le Brdhmane éclairé et un chien. Il a atteinf la conception de l unité et voit Brahman en tout, ou, pour me^servir d’une autre expression, il voit Shri Krishna partout et Tapparence extérieure que revêt le Seigneur ne signifie rien pour sa vision purifiée ; il est donc absolument exempt de ce que nous sommes bien obligés d’appeler « la haine » ou la répulsion ». Rien ne le repousse, rien ne le fait reculer. 11 n'éprouve plus qu’amour et compassion pour tout et pour tous. Il fait, en quelque sorte, rayonner autour de lui une atmosphère enveloppante d’affection. Tous ceux qui viennent à lui, tous ceux qui l’approchent, ressentent rintluence de sa divine compassion. Et c’est pourquoi, à l’époque où les Brahmanes étaient réellemenl tout ce que leur dénomination implique.
on disait que le BrAhmane était « l’ami de toute ehose et de toute créature ». Leur cœur, ne taisant qu’un avec la Divinité, était assez large pour contenir tout ce que la Divinité avait créé.
Après s'ôtre à jamais débarrassé de l’illusion de la séparativité, le disciple entre dans le stade final qui lui est dévolu ; Shrî Shankarâchdrya l’appelle l^aramahansa et le terme Bouddhiste estArhat. A ce propos, nous constaterons une fois de plus le terrible avilissement moderne des termes sacrés, ■en voyant celui qui désigne cette haute situation employé d’une façon si générale et avec tant d’insouciance ; .en le voyant employer souvent par simple courtoisie, pour désigner une apparence extérieure, au lieu d’une vivante réalité. La vraie signification de ce terme implique que l'homme a passé par la quatrième grande Initiation et traverse le stad(i qui précède celui de Jivanmoukti ; il peut, tout en restant pleinement conscient, s’élever jus((u’à la région de Tourîya (i) et y vivre. Il n’a pas besoin de quitter son corps pour en éprouver la béatitude, pour y être absolument conscient. Son état de conscience comprend cette région et l’embrasse, tout en se trouvant active dans le cerveau j)hysique. C'est une des grandes caractéristiques <le l'accession à ce stade. Il n’est nullement néces-
(1) Touriya, l’état suprême, celui de la haute conscience ispirituclle.
saii e que la conscience quille le cerveau physicpie pour s’exercer clans cette haute région ; la conscience du chélà s’est agrandie jusqu'à l'embrasser; et, en meme temps qu'il parle, et qu’il agit dan^le monde des hommes, tout ce vaste savoir reste sous ses yeux et il en fait rexpérience à volonté. Durant ce stade, il se libère^ des cinc| dernières « entraves », afin de devenir le Jîvanmoukta. La première de ces entraves est appelée Roûparâga, le désir d’une « vie corporelle », car aucun désir d’une telle vie ne saurait le touclier. Ensuite il se débar rasse d’Aroûparâga, le désir d'une « vie incorporelle », aucun désir de ce genre n’a plus de pouvoir sur lui. Puis il se délivre de Mâna et nous sommes encore obligés d'employer un mot anglais beaucoup trop grossier pour exprimer la réelle et subtile nature de cette entrave,l’orgueil; il ne songe pas un seul instant à la grandeur du but qu'il a atteint, à la hauteur vertigineuse à laquelle il se trouve, (•ar, pour lui, il n’y a plus ni haut ni bas, ni hauteurs élevc^.es, ni humbles vallées. Les unes et les autres ne lui iiaraissent- faire qu'un.
Il perd ensuite la possibilité de se trouvei' froissé par quoi c|ue ce soit. Quoi qu'il arrive, il demeure inébranlable. Les mondes peuvent s’entre-choquer, il restera impassible. Rien de ce qui peut arriver dans ce monde manifesté ne peut tiy)ubler la sublime sérénité de l'homme qui s'est élevé ainsi jusqu’à la conception du Soi universel.
Oi? importe une calnsfrophe — la l'onne seule (‘st l)risee. Ou importe réurasement d'un monde, —ce U est (fue le ^enre de manirestation qui change. Il vit dans ce qui est anti(|ue, constard, immortel, (deruel ; et il n y a rien t[ui puisse troubler sa sérénité, rien qui |)uisse amoindrir la parfaite sensation de paix qu il eprome. (Vest alors que ses meml)res se trouvent dégagés de la dernière de toutes les entraves— Avidyâ — ou ce qui produit 1 illu^iojî ; le dernier et léger nuage ([ui entrave la \ision parlaite (d la liberté absolue. 11 n est plus oblige de renaître; aucune conlrainte ne ])eut le 1 amener à la terre, mais il p^uit se réin(*ai*ner volontairement. Son savoir embrasse tout ce c[iie comporte notre chaîne planétaire. Il apprtmd tout ce (jue ctdle manifestation j^utavoir àenseigner; aucune leçon ne r(‘ste inapprise, aucun secret ne demeure plus cacdie, il n'existe aucun recoin qm* ses regards ne puissent scruter, aucune possibilité qu il ue soit apte a saisir. A la fin de ce stade, toutes les le^'ons ont été a|)prises ; tous les ])ouvoirs ont été com|)lètemenl ac({uis. Il est omnis(*ienl et omnipotent dans toute celte chaîne planétaire. 11 a accompli l’évolution de l'humanilé; il a franchi le dernier des degrés (pie riiumanilé aui‘a franchis lorsque le grand Manvantara prendi-a tin (d (fu(‘ Tienvre de cet univers sera terminée. Il n y a plus rien de voilé pour lui ; il n'v a rien (fui n existe en lui, car son étal (h' conscience s'(‘st
dilaté ]ioiir tout embrasser. Il peut entrer quand! il le veut dans le Nirvâna oïi régnent Funité, la conseience universelle et la plénitude de la vie. 11 a atteint le but de Fluunanité ; la dernière porte est devant lui et s’ouvre à deux battants au seul bruit de ses pas. Cette porte franchie, il devient le .livanmoukta, comme disent les Hindous ; l'Adepte Asékha, ou celui qui n a plus rien à apju’endre. comme l’indique la nomenclalm-e bouddhiste.
Tout est su, tout est accompli. Devant Luis ouvrent différentes voies parmi lesquelles il peut choisir à son gré ; devant Lui s'étendent de vastes possibilités parmi lesquelles II peut jtrendre celle qu'il veut, en allongeant la main. Au delà des limites de cette chaîne planétaire, au delà des limites de notre Cosmos, dans des régions dont notre compréhension ne saurait se faire la plus légère idée, s'ouvrent des voies au milieu desquelles le Jîvanmoukta peut i hoisir celle qu’il veut parcourir. Hais il est um' voie — la plus difficile, la plus pénible de toutes, bien que la plus rapide. — que l’on appelle la voie de la Grande Renonciation. Si c'est celle-ci qu'il choisit, après avoir consifléré attentivement le monde des hommes, le Jîvanmoukta refuse de s'en éloigner; Il déclare qu II veut y rester et assumer réincarnation après réincarnation, dans le butd'insti uire et d'aider les hommes. Une fois de plus Shri Shanknrâchàrya parle de Ceux qui restent et travaillent, jusqu'à ce (juc
rœuvre soit accomplie. Leur propre tâche est bien achevée, mais Ils Se sont identifiés ariiiimanilé, et tant que 1 évolution de cette humanité ne sera pas terminée. Ils ne quitteront pas les rangs des hommes qui luttent. Ils sont libres, mais restent -dans une servitude volontaire; Ils ont atteint la libération, mais cette libération ne sera complète que lorsque les autres seront libérés comme eux. Ce sont là les Maîtres de Compassion qui vivent à portée des hommes, afin (pie l'humanité ne soit pas dans la position d un orphelin sans père, afin que les élèves ne cherchent pas vainement un Gourou pour les instruire. Ce sont les Grands Maîtres envei-s lesquels plusieurs d'entre nous éprouvent un sentiment si jirotond de gratitude, parce qu'ils restent sur ce globe terrestre, tout en vivant au delà, dans un état de conscience Nirvanique. afin de maintenir un lien entre les Mondes supérieurs et les hommes qui ne sont pas encore libres; les hommi-s pour lesquels le corps physique est une prison dont la vie n'a pas encore été libérée. Tous Ceux qui ont atteint à ce niveau élevé sont (ie's Êtres glorieux, tons Ceux qui s'v trouvent sont divins, mais on peut oser dire, sans manquer de respect, que les plus chers au cœur de rhumanité. Ceux auxquels elle est le plus intim<*ment attachée ])ar des liens de reconnaissance [passionnée, à cause de la Renonciation accomplie, ce sont Ceux là memes (jui auraient [)u nous aban-
donner, qui auraient pu nous laisser orphelins, mais qui n ont pas voulu s'éloigner, afin de servir de Pères aux hommes. Tels sont les grands (iourous aux pieds desquels nous nous inclinons ; tels sont les grands Maîtres qui soutiennent la Société théosophique. Us ont envoyé leur messager, H .-P. Blavatsky, pour apporter au monde un message presque entièrement oublié ; pour lui montrer de nouveau l'étroite et ancienne Voie (jue quehpies-uns parcourent en ce moment et que vos pieds pourraient l'ouler.
LE PROGRÈS FUTUR DE LTlUMAxMTÉ
Méthodes de la science future. — Développement à venir des hommes
l'rères, — la tâche qui nôiis incombe ce matin n est nullement tacile. Jusqu'à présent, je vous ai décrit le progrès de l’individu ; juscfu’à présent, j ai essayé de vous expliquer comment un homme, qui se fixait, résolument ce but, pouvait s'élever, pas à pas, de la vie de ce monde à la vie du disciple ; comment il pouvait devancer le progrès de riiumanité ; comment il pouvait accomplir, en un petit nombre d'années, ce que la race accomplira au cours d'innombrables siècles. Mais, ce matin, ma tâche est ditïerente. Je vais m'etTorcer de vous décrire la marcliedece progrès à travers les âges. Je vais lâcher de vous exposer, très brièvement, cela va sans dire, les grandes phases dix progrès de l'humanité considérée comme un tout. Cela nous donnera, en quelque sorte, une vue à vol d'oiseau de l'évolution ; un aperçu, non seulement du passé d’oü nous sommes partis pour atteindre notre niveau présent, mais encore de l avenir qui
es! resorvé à notre race. C'est du progrès des nations que je vais vous parler ; c'est du développement de riiumanité que nous allons nous occuper. En tentant une pareille envolée, il me semble que je vous invite à monter avec moi le coursier de Vishnou, Sarouda le puissant oiseau, et à fran chir rapidement l'atmosphère d’innombrables époques, en fixant les yeux sur le panorama qui se déroulera au-dessous de nous. Vous et moi, nous nous trouverons, à coup sûr, à bout de respiration après un tel voyage. C'est, dans un sens, plus facile pour moi que pour vous, parce que ces pensées me sont devenues familières è force de m’y arréier, tandis que, poui: beaucoup d'entre vous, le terrain paraîtra étrange et la conception théo-' sophique de l'évolution séculaire semblera un peu nouvelle dans ses détails. Il me faudra, nécessairement, glisser avec rapidité d’un point à un autre, sans éclaircissements, et je vais, par conséquent, vous faire promptement franchir maintes difficullés, plutôt par la vitesse de notre course que par la compréhension bien nette de l'ensemble. Mais laissez-moi vous dire ceci : je puis me tromper dans quelques-uns des détails que je vous donne; je puis commettre une erreurdans une des parties secondaires de ce vaste tableau, mais la description, en général, est exacte ; elle n est pas de moi, elle provient d'une autre source et, bien que la faiblesse de rinterprète puisse être la cause d'er-
veurs dans les détails, rexaclitude fondainenlale de Tesquisse est de nature k inspirer toute confiance.
L'Homme, aux yv^ux des Grands Êtres qui rurent ses premiers Instructeurs, ses premiers Gouvernants et ses premiers Guides, n'est pas riiomme tel que nous le voyons aujourd'hui, car il n'a pas encore atteint le niveau pour lequel il est fait et qu'il doit atteindre un jour. Je ne veux pas dire, par là, que ses progrès; en général, n'ont pas été satisfaisants. La situation qu'il a atteinte dans son évolution, situation pleine de difficultés, <le doutes et de douleurs, est, en général, assez salisfaisante lorsqu'on la considère en se plaçant ^u point de vue le plus élevé et si l'on tient compte du temps très court qui s’est écoulé ; temps très court d'après les divines mesures, et qui semble si long lorsqu’on le chiffre par des années terrestres* Assurément l'homme, tel qu’il est aujourd'hui, ne répond en aucune façon à l'idéal de Ceux qui ont décidé son pèlerinage, de Ceux qui l'ont lancé sur la voie de l'évolution. lia terminé sa descente et dépassé le point le plus bas de son trajet ; il lui reste à escalader de hauts escarpements au boul desquels riuimanité, parfaite et glorieuse, sera bien différente de ce qu elle est aujourd'hui, au bout des([uéls elle sera telle qu'elle a été projetée par la Pensée divine.
L'univers, il faut vous en souvenir constamment,
comprend sept grandes régions bien dislineles, qui ont jailli, en quelque sorte, de la Pensée divine ;(|ui ont été projetéesdudedans au dehors, ou de haut en lias, selon rex[)]*ession que vous préférerez ; — un puissant univers divisé en sept plans ou régions. La matière de chaque plan est disi incte, bien que toutes ces matières proviennent d'une seule et même essence : ParamâtmA d’où tout procède. Lorsque cette Pensée divine prit forme, de par la Volonté divine, dans l univers manilesté et au fur el à mesure de la constilution de chaque plan, chacun de ceux-ci fut caraclérisé par la densité différente de la matière qui le composait, })ar le nombre différent d'enveloppes servant à voiler l’énergie primordiale ; — en sorte ([ue, ])our une esquisse à grands traits, vous pouvez considérer ce grand Kosmos et le Logos qui lui a donné naissance, comme un puissant svstème solaire, dans lequel le soleil représenlerail leLoj^os (d chacun des globes concentriques successifs, l'im des plans de runivers. Les globes intérieurs représenteraient les plans sur les([uels la matière est la |)lus subtile et l'énergie la moins voilée ; les globes extérieurs, au contraire, représenteraient les plans sur lesquels la matière devient |)lus grossière et l’énergie comme paralysée par la densité de la matière qui l’enveloppe.
11 faut ensuite vous rendre compte que chacune de ces régions a ses propres habitants et
([lie le courani de révolution comporte une dilfusion (lu centre à la circonférence, puis un retour de la circonférence au centre. Lorsque le Grand Souffle est émis et que la matière entre en existence, elle devient de plus en plus dense el il arrive un moment où elle atteint son maximum de densité alors que l’énergie est k son minimum de puissance. A ce moinenl, la forme sera k son maximum de rigidité et la vie à sa p*ériode la plus voilée, en sorte que cette j)ériofle sera caractérisée [lar ce fait ({ue la malièrn y devient ])lus dense et la forme plus rigi(J(‘, tandis (|ue la vie y devieid de plus en [)!us voilée. Ensuite, lorscjue le Souffle se retire, l(>rs([ue son activité créatrice revicmt, en quelque solde, vers le centre, la matière commence à devenir de plus en j)lus subtile,la vie de moins en moins voilée, jus((u’au moment o(i le Grand Souffle aura extrait de ce Kosmos manifesté toutes les expériences qui ont été acquises dans les diirérents mondes. L'humanité, ({ui était le but et le résultat de cette évolution, sera devenue alors divine et sei a prête à atteindre des [diases encore plus élevées. Si nous suivons celle grande courbe décrite du centre à la circonférence, nous constatons, qu’en ce qui regarde les habitants, elle tend à leur individualisation , à mesure qu'ils passent dans un milieu où la matière est plus dense. En sorte que, si nous jetons un regard en arrière sur
le^ habitants des divers plans, nous voyons ce que , Ton appelle l'essence élémeniale revêtir des formes de plus en plus définies. Son évolution se faisant SU!* l'arc descendant a pour conséquence de la rendre plus distincte et de lui donner des formes pins matérielles. C'est une chute dans la matière, tandis que févolulion actuelle de l'humanité se faisant sur l'arc ascendant a, pour conséquence, de l'unifier et de lui donner des formes plus subtiles, car c'est une marcbe ascendante vers la vie dévoilée.
Vous pouvez ainsi vous représenter une image grossière du Kosmos en général et vous vous rendrez compte que sur les plans possédant moins de densitéque le plan physique, nous n'avons pas seulement une humanité ascendante, en voie d'évolution, mais aussi de fessence élémentale descendante, en voie d'involution. Le point tournant se Irouve dans le monde, minéral, où la phase la plus dense est atteinte. Dans révolution ascendante, le règne minéral el le règne végétal de ce monde physique occupent le plan physique el n'atleignent pas un étal de conscience supérieur; au cours de révolution, le règne animal avance d'un degré et l'animal est appelé à vivre sur ce que l'on appelle le plan astral, aussi bien que sur le plan physique; quant à l'homme, il doit, dans la pensée de ses Créateurs, conquérir et occuper, durant cette évolution, cinq plans sur les sept
iloiit se compose T univers. Il est supposé devoir agir et dominer sur le plan physique, sur le plan astral, et sur le plan supérieur, ou plan mental, qui comprend le Svarga de rHindou et le Devakliau du Théosophe. Nous pouvons employer un lutre terme qui exprime mieux toute rétendue de cet état de conscience, c'est le terme de Soushoiipti, un état qui n'est actuellement connu, durant la \ie terrestre, que par ceux qui sont exceptionnellement développés, mais qui, au cours de l'évolution, sera expérimenté par la majorité de la race humaine. Au-dessus, se trouve le quatrième ou plan de Toiirîya, le plan de Bouddhi,^et plus haut encore, le plan de Nirvâna, ou Touriya-tîta. En sorte que nous avons cinq régions distinctes de 1 univers, que l'humanité est supposée devoir •occuper durant le cours de cette évolution — le plan physique, le plan astral, le plan Soiishouptiqiie, le plan Tourîyique et le plan Nirvànique. Ce sont les phases d'expansion de l'état de conscience que l'homme doit traverser, s'il veut accomplir avec succès le pèlerinage qui lui est tracé. Chaque individu peut franchir ces degrés plus rapidement, au moyen dv‘ la Yoga, mais la majorité de la race n'accomplira cette évolulion qu’au cours (Jes siècl(‘s. Avant que le Manvantara ne prenne fin, la majorité du genre humain, mais non [)as la race tout entière, aura conquis tous ces plans d expansion de Télat de conscience et sera en
pleine activité sur tons les cinq. L homme se sera alors constitué des véhicules dans lesquels son état de conscience puisse être actif sur chaque plan. Et si nous prenons riiomme (raujourd'hui, nous savons qu'il a en lui la possibilité de développer celte quintuple vie, de développer les cinq véhicules qui occiqieront ces différentes régions et feî*onl de lui ce qu’il est supposé devoir être, c'est-à-dire le seigneur et maître de cet univers manifesté.
11 existe encore, au-dessus et bien au delà, deux plans (|ue la majorité du genre humain n'atteindra pas du dont durant cette évolution — deux plans qui ne représentent guère poui* nous que des noms n'éveillant aucune idée bien définie, tant ces sphères sont hautes, tant elles dépassent nos conceptions les plus élevées. Ces plans sont, d'abord, celui que l'on désigne sous le nom de Parauirvâna, puis encore plus haul, celui ([ue l'on a[)pelle Mahâparanirvâna. Ce que sont ces états, nous ne saurions même le rêver !...
Telles sont donc les sept phases du Cosmos. L.t majorité de rhunianité est appelée à conquérir ef à occuper cinq d’entre elles et quelques-uns de ses enfants atteindront même les deux dernières qui sont encore plus élevées ; mais, pour le gros de notre race, révolution est limitée au quintuple univers.
Cela peut vous donner une idée — je n'ai pas
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le temps de dévcdopper la question dans celte conlerence — de riinportance des nombres « cinq •) ou « sept » dans la Nature. Il y a eu beaucoup de discussions à ce sujet, principalement entre quelques Théosophes et nos frères Brâhinaiies. Les Brâhmânes réclament la quintuple classification, tandis ([ue les Théosophes insistent pour la classification par sept. La vérité, c'est que la classificalioii totale esl septuple, comme vous le constaterez en lisant les livres sacrés; il est fait souvent allusion, dans les Oupanishads, au septuple leu qui divise. Mais révolution actuelle n'est que d'une quintuple nature symholisée par les cinq prânas (i), qui nous sont si l'amiliers dans la littérature hindoue. Je ne fais que mentionner cela en passant, parce que des discussions de ce genre ne pourraient pas s'élever, si les gens se comprenaient mutuellement, mieux qu'ils ne le l'ont. S'ils allaient au fond des choses au lieu de discuter sur de simples apparences, ils tj'ouveraient généralement un terrain d'union. Comme je vous l'ai dit, je n'ai pas 1(‘ temps de m'arrêter sur cette (juestion, mais voilà bien la clef de l’énigme des « cinq » et des u sept ». Le genre humain, en général, développe (dmf véhicules en vue de la quintuple évolution, tandis que ceux (jui consl il vient la fine tleur de l'humanitc' arrivent
(i) Prûna, in iiioipo de vie.
à atteindre deux autres })hases qui sont bien nu delà.
En étudiant révolution de riiumanité, nous, voyons la Première et la Seconde Race employées à révolution delà forme et de la nature inférieure ou animale; c'est-à-dire que ces races ont développé le corps physique, le double éthérique ((jui a été appelé Linga Sharîra dans les livres théosophiques) et le corps kâmique ou nature passionnelle, — ce que vous trouvez dans l'animal comme dans l'homme. En arrivant à la Troisième Race, nous constatons qu'une assistance spéciale.lui a été donnée, lorsqu’elle a atteint le milieu de son évolution. Cela ne veut pas dire que l'humanité ne se serait pas développée au cours des siècles sans cette assistance spe^ciale, mais, grâce à elle, sa marche a été prodigieusement accélérée et l'évolution s'est accomplie bien plus rapidement ([ue si cette assistance ne lui avait pas été donnée. Les grands Kouraâi*as, ceux qu'on a appelés les Mânasapoutras, lés fils de la Pensée, l'élite des prémices d'une évolution passée, sont venus aider l'humanité afin de hâter sa croissance et son développement et, en projetant une étincelle de Leur propre essence, Ils lui ont donné cette impulsion qui nous a été décrite, impulsion grâce à laquelle Mauas, ou l'âme individuelle^ a pris naissance dans l’homme.
Le premier résultat de cette assistam e spécial .
fut, comme je viens de le dire, d'augmenter considérablement la rapidité de l’évolution humaine. C est alors que fut formé le véhicule connu sous^ le nom de Kârana Sharîra, ou corps causal. C’est le « Corps de Manas qui persiste durant toute la vie de l’Ego réincarnateur. 11 persiste d'une vie à l'autre, apportant dans chacune les résultats de la vie précédente. Pour cette raison, on Ta nommé le corps causal, c'est-à-dire le corps qui renferme les causes productrices des elïets. sur les plans inférieurs de la vie terrestre.
A partir de ce moment, le plan du développement humain est le suivant : le corps causal étant formé constitue un véhicule dans lequel tout peut être mis en réserve et accumulé ; il est une espèce de réceptacle, de dépôt, pour l'expérience acquise. Passant à la vie terrestre, l’homme y jette, de la façon que je vous ai expliquée auparavant, une sorte de projection de lui-même et emploie sa vie terrestre à amasser de l'expérience, en recueillant dans le monde physique certains faits, certaines connaissances..., en un mot, ce que nous désignons sous le terme général d’expérience de la vie. Lorsqu’il franchit les portes de la mort, l'homme doit assimiler l'expérience qu'il a amassée et il passe, hors du corps physique, une existence durant laquelle il n’est plus visible en ce monde, mais séjourne sur les plans astral et devakhannique qui sont au delà. Là, il produit certains
effets et assimile rexpéi*ienee qu’il a amassée sur la terre, riiicorporaiü, ridentifianl avee sa natiuv même. Chaque existence lui donne certains résultats ; il s’en empare et les transforme en facidtés et en pouvoirs. Si, par exemple, un homme a, diLiranl sa vie physique, déployé beaucoup d'énergie pour penser, s’il s'est efforcé de comprendre, d’accumuler du savoir, de développer son mental, cet homme, pendant la période qui s’écoule entre la mort et la naissance, sera occupé à transformer ces efforts en facultés intellectuelles qu il rapportera avec lui lorsqu’il renaîtra en ce monde. He meme, ses as|>irations élevées, ses espoirs et ses désirs spirituels seront identifiés avéc l'essence même de sa natuji'e. pendant le lenq)s cpii s'écoulera entre sa mort et sa naissance suivante. Lors- (ju'il reviendra sur cétte terre, il y naîtra dans un milieu qui sera de nature à faciliter son progrès, et il apportera avec lui les facultés spirituelles qu'il a développées et (ju'il poui'ra utiliser pour pousser ])lus loin son dévelo|)pement pendant cette nouvelle vie qu'il va ))asser sur la.terre.
\ous voyez avec (|uell(' parfaite réguUu’ité se succèdent les phases de progrès, dans le corps (|ui persiste d'une vie à l'autre. Le Karana Sharîra jette une projection de lui-même sui* les'jdans inférieurs et y fait une moisson d'expérience; il la rappelle ensuite à lui avec son expérience, la laisse pendant un certain temps en Devakhan, pour
q U elle y assimile celte expérience et la transforme en 1 acuités, en pouvoirs, en capacités, puis il la réabsorbe complètement en lui-méme, comme dans le véhicule destiné à contenir l’état de conscience. Ensuite a lieu une nouvelle projection de celle vie maintenant plus développée, projection qui mandeste, sur les plans inférieurs, les pouvoirs qu elle a ac(|uis de cette façon. Le progrès se [)Oursuit ainsi d une vit‘ à l autre, d'une manière régulière et continue, et le Kârana Sharîra est le récejitacle de toutes les expériences acquises; c est lui qui est l homme permanent dans lequel toutes ces expériences sont incorporées.
Lors(|iie vous vous serez rendu compte de cela, vous conî|)rendrez ce ([lie l'on entend par le « pèlerinage de I ànie ». A chaijue vie nouvelle, un homme devrait être jilus grand par son mental, plus grand par ses faculti-s morales, plus grand par ses capacités spirituelles. C'est Là le plan de 1 évolution. C.e plan est mis à exécution d’une manière très imparfaite et c'est la cause de 1 ('iioruH* longueur du pèlerinage. Il est exécuté avec bien des tours et des détours, avec dès écarts et des (-scapades sur des chemins de traverse. au lieu de la marche droit en avant. Voilà pourquoi le voyage de l'humanité est si long, voilà j)Ouripu)i rachèvemenl de TiWclution nécessite renqiloi de tant de myriades de siècles. Elle n en sei*a pas moins accomplie, car telle est la
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Volonté divine pour rhoinme, et elle ne peut être déjoiiée, quel que soit le retard apporté dans son acaouiplisscment.
L’évolution a continué durant la seconde moitié de la Troisième Race et a atteint la quatrième. C’est durant la Quatrième Race que s’est développée cette puissante civilisation de rAtlantiile, qui atteignit son apogée à Tépoque de Ja grande sous-race dont la science occidentale elle-même vous a dit quelques mots — la race ToUèque. O fut une civilisation merveilleuse pai* les ré-ultals qu’eJle atte^nit, mais elle grandit au milieu de grosses difficultés. L’homme se trouvait encore très bas Sur Tare ascendant et était profondénuMit plongé dans la matière. Ses facultés mentales ressemblaient beaucoup à ce que nous appellerions aujourd'hui des facultés psychiques vi il était indispensid^le de les voiler pendant quehpie lemps, afin c[ue les facultés intellectueiles pussent être évoluées et que l'évolution supérieure de l'humanité devînt possible dans l'avenir. (Vest pourquoi la grande loi cosmique, à laquelle rien ixe résiste, poussa la race dans une civilisation très grande, mais très matérielle. Cette disparition des facultés psychiques fut hâtée, dans une certaine mesure, par l'action voulue des classes dirigeantes de l'empire Toltèque de rAllanlide, De propos délibéré et pour faciliter leui*s projets égoïstes, elles s’efTorcèrent d'amoindrir les facultés
psychiques et d'en arrêter le déveloiipeineiit dans les classes intérieures de la population, classes inférieures an point de vue de l’évolution et, par conséquent, moins élevées sur réclielle sociale. Afin d'en faire des instruments mieux appropriés ci servir leurs propres desseins, les classes élevées employèrent leurs connaissances or*cultes à étoulîer délibérémenl les facultés psychicpies de <*es dernières. Dans ces conditions, ces facultés furent artificiellement arrêtées dans leur croissance, plus ([lie ne le voulait la grande loi cosmique, et cela m'amène à vous signaler une chose sur laquelle il serait bon que vous réfléchissiez à loisir, tfest qu'aucun homme n’est capable de remonter le grand courant de la loi cosmique ; qu'aucun homme n'est capable d'arrêter la marche puissante de la divine Évolution, mais que l'homme est, toutefois, libre de coopérer à son oeuvre ou ^le la contrecarrer. 11 est libre de diriger ses (dforls vers le bien, (^mine vers le mal. Reconnaissant la sagesse et la grandeur de l'œuvre, il peut s'y associer pai- devoir et pour se soumettre à la Volonté divine ; mais il peut aussi chercher à s'emparer, à son profit personnel, de ([uelquesunes des forces de la nature et s'en servir pour satisfaire son égoisme personnel et éphémère, au lieu (1 aider à la réalisation des Intentions divines. Lor.squ'un homme enqiloie les grandes forces du Kosiuos dans ùn but égoïste, il se cr(^e à lui-même
un mauvais Karma individuel, liien (|ue la lignoi générale du Kaima de la race n'en soit pas mud'i-' fiée. I n individu |)eul, de la sorte, nuire a son propre avenir, tout en restant dans le eonrant de la loi eosniicpie; il peut se préparer des souIlVances dans le cercle élroit de son propre dévelo])])ement individuel, car, s il lait un usage égoïste de la loi cosmirpie, il récoltera une moisson d'égoïsme, lui
aussi. En sorte tpie, sous 1 empire de celU' gramle etuni(pie loi, il se prépare des Karmas individuels heureux et malheureux. Ce (pie je vous dis là, je le recommande à voire plus sérieuse attention, car cela peut vous aider à résondri? (piekpi(“s-uns des problèmes (pie les hommes .se posent souvent ; cela vous fera comprendre comment Karma |)ent être une loi divine (pii pousse les hommes im avant, peut être semblable à une destinée qui leur serait imposée, alors que ceux-ci savent leur volonté
relativement libre; ('ela vous expliquera (iomment les hommes peuvent choisir leurpropre voie, mais sans cchapper à cette puissante impulsion.
Comme je vous le disais donc,durant cette civilisation du passe, I homme employait cette grande loi du Kosmos à satisfaire ses ambitions égoïst('s et il en est résulté la destruction de l'.Vtlantidé, la disparition totale de cette civilisation, sauf quelques épaves qui subsistèrent, éparpillées dans le monde et princijialement dans rAnumiqne du Sud, dans la civilisation du Pérou, où se retrou-
veiil certaines (races etï'acées de sa splendeur. Ces ("épaves élaient encore si belles malgré leur dégradation rpie, lors de la conquête du Pérou par les Espagnols de rOuest, ceux-ci rurent éinei'veillés par le bonheur (pii régnait dans la communauté, [>ar la douceur, l’amabilité et la pureté des individus, par la sagesse du gouvernement et par la prosjx'rité de la nation en général. Cette civilisation que les Espagnols (‘gorgèrent, rpie leurs légions envahissantes toulèrent aux pieds, n'était que la dernière et vacillante lueur de la civilisation dont je parle, de cette civilisation cpii tut ‘^i grande à son apogée, dont la chute fut si retentissante et ipii fut balayée par la catastrophe, à la suite de lacfuelle les vagues de l'océan Atlantique roulèrent leurs flots à l'endroit nu^me où s'étendai(mt jadis de IVrtiles tèi‘ritoires.
(dis>ant rajjidement sur cette ([ueslion, nous ai rivons a l'évolution de notre propre rac(‘. Pour bien suivre le reste de cette évolution, vous devez vous rappeler ([ue le Logos de notre système Se ré^èh‘ sous trois as[)ects ditférents. Vous savez que, dans toute grande religion, la Trimoùrli, ou Trinité, est la représentation du Dieu manifesté cl vous savez égahunent, ou. tout au moins, les plu'^ rétl(‘chis et les plus philosophes d’entre vous sav('nt (pie les Ti*ois ne sont que la triple manifestation de rtui, les trois aspects de l uniipie Existence non manifestée, (p.ii nej^eut ('^tre connue