‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 104 sur 157 · Doucement. [Charroi de Nimes, v · texte numérisé non relu

Doucement. [Charroi de Nimes, v

jours, simplement indiqués, dans ces notations brèves, généralement au début des poèmes \ Ces croquis se figent vite en clichés, et les écrivains postérieurs ne font guère qu'ajouter des chevilles et des lapalissades. Tel Guillaume de Lorris :

Li bois recovrent leur verdure, Qui sont sec tant com y vers dure.

{Roman de la Rose, début.)

Ou encore :

Tout autour oiseaulx volletoient Et si très doucement chantoient...

Et en chantant, en l'air montoient A l'estrivée, à qui mieulx mieulx; Le temps n'estoit mie ennieux :

De bleu se vestoient les cieulx.

(La vie des Quatre Dames, début.)

Cependant un anonyme a observé l'odeur du printemps pendant la floraison de la vigne :

Li tens est belz, les vinnes sont flories L'odor est bone, si Tamat molt mi sire '^.

Alain Chartier, de son côté, a trouvé une nouvelle note pour la douceur de l'air :

Des arbres ung flair doulx yssoit, Qui l'air sery adoulcissoit.

(La vie des Quatre Dames, ibid.)

1. Voir notamment le début de Berlhe aux Grands pieds, du Perceval de Chreslien de Troycs, du Romande la Rose, du Livre des quatre dames d'Alain Charticr, etc.

2. ï>dLus\Q Recueil des anciens textes publié par M. Paul Meyer, II, 207.

DAUZAT 13

Le chant des oiseaux a été célébré à l'infini, mais toujours sur le même mode :

La dolce vois du rossignol sauvage...

M'adoucist si le cuer et rassouage K

L'association à nos désirs ou à nos pensées de tel aspect ou de tel élément de la nature, produit parfois — trop rarement — de beaux effets poétiques, — comme dans le couplet bien connu de La Dame du Faël :

Et quant la douce ore vente Qui vient de cel douz païs Ou cil est qui m atalente, Volontiers i tor mon vis :

Adont m'est vis que jel seule Par desoz mon mantel gris.

Et quand souffle la douce brise, qui vient de ce doux pays où est celui quej'aime, volontiers je tourne vers elle mon visage : et alors il me semble que je le sens par dessous mon manteau gris.

Quelques comparaisons achèvent de montrer comment la nature est vue à travers l'homme. Est-il besoin de rappeler la parabole du chèvrefeuille et du coudrier dans le célèbre lai de Marie de France :

D'els dons fut il tôt altresi Come del chievrefueil esloit, Qui a la coldre se prenoit:

Quant il est si laciez et pris Et loz entor le fust s'est mis.

Ensemble pueent bien durer ; Mtds qui puis les vuelt desevrer - , La coldre muert hastîvement, Et li chievrefuelz ensement.

Bêle amie, si est de nos :

Ne vos sans moi, ne je sans vos.

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