Villehardouin
Ni relief, ni couleur expressive*. Seule la sensation de lumière et de clarté — comme chez les Grecs — paraît assez vive, tout en manquant de variété dans l'expression :
c< Clère est la nuit et la lune luisant 2 ».
« Et li jourz fu beaus et clers, et li venz douz el soués^ ».
Clers fut li jorz et bels fut li soleilz :
N'out garnement qui tôt ne reflambeit ^
Le premier souci du pittoresque visuel de la métaphore, de la comparaison plastique, apparaît chez Jean de Meung. Voici, par exemple une intéressante étude de nuages, bien que les vers soient filandreux et paraissent « tirés à la ligne » comme dans tout le Roman de la Rose :
Et por estre avenans et bêles
[Les nuées] Font robes, après lors dolors,
De moult desguisees colors.
Et mètent lors toisons sechier
Au beau soleil plaisant et chier,
Et les vont par l'air charpissant
Au tens cler et resplendissant.
Puis filent, et quant ont filé
Si font voler de leur filé
Grans aiguillées de fil blanches.
(L'Épisode de Nature.) Résumé en quatre ou cinq vers, ce pourrait^ être
1. La langue du moyeu Age a pourtant une riche palette de couleurs, surtout pour les rouges (Cf. André G. Ott, Étude sur les couleurs en vieux français).