‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 107 sur 157 · Chanson de Roland, v · texte numérisé non relu

Chanson de Roland, v

un fort beau tableau, si le moyen âge avait connu l'art de la concision*.

Ni Froissart, si pittoresque dans ses descriptions de tournois et de scènes de mœurs, ni Villon, d'un réalisme puissant dans ses évocations de la mort, n'ont exprimé le sentiment de la nature. Charles d'Orléans y fut plus sensible. S'il parle encore, dans une de ses ballades, de « l'ennuyeuse tristesse » de la forêt, son rondeau du printemps a quelque peu rajeuni un sujet rebattu, grâce à une forme plus serrée et à des images neuves :

I^e temps a laissé son manteau De vent, de froidure et de pluye, Et s'est vestu de broderye De soleil raiant, cler et beau.

Mais ici encore, nous ne sortons pas des motifs conventionnels.

La littérature de langue d'oc n'offre pas de caractères très différents. Gomme la forme poétique est généralement plus parfaite et plus achevée que dans le nord, on pourrait s'attendre à trouver des paysages ou tout au moins des croquis plus frappants. Il n'en est rien : peut-être même le sentiment vrai est-il encore plus rare.

1. Signalons un exemple saisissant et assez rare d'harmonie imitativc dans Bertheaux grands pieds (scène de laforêtj :

S'ol les ieus uller et li huans hua.

Nous avons d'innombrables « printemps » plus ou moins calqués les uns sur les autres. Voici l'un des meilleurs :

Quand la fleur nouvelle paraît dans le verger, où sont vermeils, verts et blancs les branchages, par la douceur que je sens au retour de l'an, je chante ahisi que font les autres oiseaux*.

Ces chants de mai se sont perpétués jusqu'à nos jours dans la poésie populaire du midi^ Ici le printemps est généralement associé à l'amour. Un troubadour auvergnat, le Moine de Montaudon, a remplacé le printemps par l'été, ce qui prouve son sens de la réalité et son aversion pour le cliché; car le printemps n'a guère d'attrait dans la montagne :

Et bien me plaît là-bas en été quand je me repose près d'une fontaine ou d'un ruisseau : les prés sont verts et la fleur revit, et les oiselets chantent aigu, et mon amie vient en cachette, et je lui fais un baiser rapidement ^.

L'homme, on le voit, est toujours uni à la nature. De même pour le chant des oiseaux, et plus spécialement du rossignol, qui a en général la réputation de réconforter les amoureux. Sa mélodie inspire à Gaucelm Faidit des réflexions un peu plus nuancées :

J'ai entendu le rossignolet sauvage qui s'ébaudit par amour en son langage et me fait mourir de jalousie; car celle que je désire ne se laisse point voir et refuse de m'entendre. Et cependant le doux chant qu'il fait, de concert avec sa com-

1. Bertran de Born, Poésies politiques XIV, v. 1-4 (Ed»" A. Tiîomas. Voir en note une série de débuts analogues chez d'autres troubadours), Cf. aussi Poire Rotglcr, Canso l début.

2. Voir l'édition de Flamenca de M. Paul Meyer, p. 334, n. 1.

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