Lettre à Denys du Saint Sépulcre
AVANT LES MODERNES : ÉPOQUES ET REGIONS 2o3
t-on jamais au monde un pâtre si agréable qui, en chantant parmi nous de si douces rimes, couvre le bois de feuillage et étende l'ombre des beaux rameaux sur les ondes * ?
Renouvelé des Romains, l'éloge de la maison de campagne et de la vie des champs est repris par le prosateur Pandolfini^-puis dans les vers de Politien. Mais le premier ajoute aux considérations agricoles de Cicéron le charme désintéressé du paysage : « On jouit à la « villa » de jours aérés, clairs et ouverts; on y a des spectacles légers et agréables, en regardant ces collines boisées, ces plaines aimables, ces sources et ces ruisseaux qui, en bondissant, se cachent entre les chevelures des herbes ». Il y a en même temps quelques expressionsneuves; joignons-y la métaphore du « blé ondoyant comme la mer », si souvent reprise depuis Politien.
Le fait le plus caractéristique que nous apporte le quinzième siècle en Italie est la naissance du paysage en peinture. De même que chez les écrivains, il se présente aussi comme un accessoire, mais dont l'importance augmente rapidement : en attendant de s'émanciper en Hollande, il sert de fond aux scènes religieuses, et donne de l'air, de la profondeur, de la vie à la fresque ou au tableau. Dès que Paolo Uccello a posé les règles de la perspective, les progrès sont rapides. Filippo Lippi dresse les ramures d'arbres vigoureux, plus réalistes que ses personnages. Mais les deux principales étapes sont fournies par Masaccio et Léonard de Vinci. Le premier, dont on peut étudier les paysages dans l'église del Car^ mine de Florence, a une prédilection pour les hori-