Arcadia, Egl
zons toscans aux belles lignes, lumineux et clairs, coupés de platanes et de cyprès avec des fonds majestueux de montagnes. Le Lombard Vinci préfère les spectacles tourmentés, les rochers, les grottes, les eaux courantes, les perspectives de fleuves ou de lacs montagneux, comme dans la Joconde ou la Vierge aux Rochers : la finesse de coloris des lointains s'allie à la vigueur des reliefs.
Ces paysages révèlent déjà une observation remarquable et un sens profond de la nature, étudiée à travers ses transformations. Il faut relire, si on en doutait, le Traité de la peinture de Léonard, et notamment ces conseils pour représenter une tempête :
Pour figurer la tempête, tu feras d'abord les nuages déchirés et rompus se redresser dans la course du vent, accompagnés des poussières sablonneuses soulevées des rivages marins; ... les arbres etles herbes plies à terre, comme pour montrer qu'ils veulent suivre la course du vent, avec les branches tordues hors de leur état naturel, avec les feuilles bouleversées et retournées... ïu feras les nuages chassés par les vents impétueux, battus sur les cimes des montagnes, entre lesquelles ils s'embrouillent et se tordent conmie les vagues qui se heurtent sur les écueils ; l'air épouvanté par les ténèbres obscures faites de poussière, de brume, de nuages épais.
Voilà qui est écrit et senti : 1' « air épouvanté » et les nuages qui battent les montagnes comme des vagues ont un relief digne de Dante. Désormais, malgré le dédain de Michel-Ange, le paysage a mérité ses lettres de grande naturalisation.
Plus tardive, la Renaissance française a poussé moins loin l'art de l'expression et la profondeur du
sentiment; elle ignore la peinture de paysage. Mais les écrivains témoignent d'un souci tout nouveau au sortir du moyen âge : l'observation de la nature, le souci de la vérité. On en trouve déjà des exemples chez Clément Marot, qui donne une note personnelle en associant ses souvenirs d'enfance à l'éloge de la campagne {Eglogue au roy) :
O quantes foys aux arbres grimpé j'ay,
Pour desnicher ou lapye ou legeay,
Ou pour jetter des fruicts jà meurs et beaulx
A mes compaings qui tendoient leurs chappeaux!
Aucune foys aux montaignes alloye,
Aucune foys aux fosses devalloye,
Pour trouver là les gistes des fouynes,
Des hérissons ou des blanches hermines,
Ou pas à pas le long des buyssonetz
Allois cherchant les nidz des chardonnetz
Ou des serins, des pinsons, des lynottes.
Les exemples se multiplient à mesure qu'on avance dans le xvi® siècle. Dans le poème de Jean Rus sur la rose (éd. Larroque), je relève cette sensation nouvelle :
O rose odorante et sucrée
Voici encore une description de la rosée qui est vue :
Là où je veis la rosée espandue, Et sur les choulx ses rondelettes gouttes Courir, couler, pour s'entrebaiser toutes ; Puis tout soudain devenir grosselettes De l'eau tombée à prime gouttelettes Du ciel serein*.