Regrets, XVI
Afin de voir au soir les Nymphes et les Fées, Danser dessous la lune en cotte par les prées, Fantastique d'esprit : et de voir les Sylvains Estre boucs par les pieds et hommes par les mains. Et porter sur le front des cornes en la sorte Qu'un petit aignelet de quatre mois les porte K
Quelle différence entre les deux poètes! quelle distance les sépare î On a peine à croire que ces vers sont postérieurs seulement de quelques lustres à ceux de Marot. Fermeté de l'expression, maîtrise de la phrase et du rythme, images neuves et évocàtrices, contour ferme du dessin : voilà ce qu'on ne retrouve plus dans la littérature française jusqu'à Chateaubriand-. Ronsard est surtout un forestier, un ami des plantes et des arbres. Sa célèbre description de la forêt de Gastine :
Dont l'ombrage incertain lentement se remue,
est présente à toutes les mémoires. Il se penche sur l'arbuste, le buisson, détaille les difformités du tronc qui servent d'asile aux insectes ' :
Bel aubespin fleurissant
Verdissant, Le long de ce beau rivage.
Tu es vestu jusqu'au bas
Des longs bras D'mie lambrunche sauvage.